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27/10/2013

William Sydney Graham

 W.S. GRAHAM

LES DIALOGUES OBSCURS

Poèmes choisis

 

 

Traduit de l’anglais par Anne-Sylvie Homassel & Blandine Longre

Introduction de Michael Snow / Postface de Paul Stubbs

Recueil bilingue

 

The Dark Dialogues

Selected poems

translated from the English by Anne-Sylvie Homassel & Blandine Longre

Introduction by Michael Snow / Afterword by Paul Stubbs
bilingual book

---------------------------

 

 

ws graham.jpg

 

© Black Herald Press, Septembre 2013
174 pages - 14 € / £ 12 / $18
ISBN  978-2-919582-07-5

 

 

 

 

Lecture

 

W.S. Graham

« des lumières de tous côtés »

__________________________________________________________________________________________

 

Beau présent poétique que nous offrent actuellement les Editions Black Herald Press avec les fabuleux « Dialogues Obscurs/The Dark Dialogues » de W.S. Graham : une vingtaine de poèmes, extraits de plusieurs recueils, publiés entre 1942 et 1993, sont traduits pour la première fois en français.

Né en 1918 dans la petite ville écossaise de Greenock, William Sydney Graham vouera très tôt sa vie à l’écriture et à la poésie. Une introduction au poète et à son œuvre est signée Michael Snow, qui fut un proche de Graham, et ne cessera de promouvoir son œuvre, avec notamment The Nightfisherman : Selected letters of W.S. Graham (1999). Traduit en néerlandais, en allemand, en espagnol et en suédois, les traductions en français devraient participer à une reconsidération de l’œuvre poétique. Sur ce sujet, une postface de Paul Stubbs nous éclaire avec grand intérêt sur la réception de l’œuvre de Graham en Grande-Bretagne : jugé poète difficile, son travail aura souffert de « comparaisons littéraires les plus superflues ». En réponse à une opinion critique malhabile « fondée sur la notion terroriste de 'goût' du public », P. Stubbs trouve justice à penser que « la qualité de ces traductions est telle que Graham (…) n’est pas seulement un imposteur dans un autre langage, une créature pseudo-métaphysique captive d’une peau étrangère ; au contraire, ce recueil lui permet de poursuivre son exploration parmi les phonèmes, d’une calotte polaire à la suivante » (p.136).

Si l’histoire poétique de Graham ne vise pas le champ politico-social, elle a son point d’ancrage dans le champ marginal des inventions et de la transgression linguistiques. Poésie influencée par Joyce, Beckett, Marianne Moore, Pound, Eliot, Les Dialogues Obscurs nous révèlent un espace éclairé de reliefs énergiques, et au cœur de ce même espace, le lecteur « explorateur », en même temps qu’inspiré, ne peut que partager l’euphorie du poète : « l’euphorie d’être vivant dans le langage » ; partager également ce portrait succinct de ce que peut être un poète qui, lorsque abandonné à lui-même, devient cet « étranger métaphysique enfin dépouillé de la fiction de la personnalité ». (P. Stubbs)

 

Pour écrire, il y a des lumières et des obscurités à emprunter de tous côtés, des dialogues à saisir, qui nous parlent d’Etre et de non-être, peut-être pour nous inciter à davantage de rêveries, de relâchements. Ces dialogues obscurs n’ont rien de mystique : ils nous laissent entrevoir une autre dimension de nous-mêmes, issus d’un ici et maintenant non dénué de singularité. La poésie ne doit pas rester parmi les mots. Elle doit emprunter au monde réel, et non au rempart de la pensée conceptuelle. Mais « Si ce lieu où j’écris est réel alors/Il me faut être allégorique » :

 

                                                          

 

 

                                                               Pauvre tel un gribouillage, mon crime pour un diamant

                                                               Est un fou de Bassan en lequel je suis fait,

                                                               Non par la tête mais par le bec de la main qui plonge

 

                                                         (p.21)

 

 

 

 

Le poème est une navigation de la langue, et le délire du poète est d’être un chercheur incessant, qui aborde toutes les directions. Poète aussi de la transmutation des êtres et des choses, l’écriture est un monde de mouvances, un hors-temps du temps, avec ses navires d’écume, ses fourches d’eau, ses récifs naufrageurs, ses vagues en troupes de la mer, ses planchers en noyade, ses murs marins d’écaille

 

                                                          Et nous tranchons les flots

                                                               Quittons la terre noire

                                                               Au large dans les nerfs

                                                               Ondulants de la mer

 

                                                               (p.47)

 

 

« (…) une montagne artificielle, un ajout au monde » : le poème, dans sa géographie de masses rocheuses, de volumes saillants ou en creux, a aussi le « pouvoir de libérer un individu dans son propre monde », ainsi que « permettre au lecteur de faire quelques découvertes sur lui-même ». Le poème existe de la difficulté à communiquer, à s’exprimer, et du prodige à être présent, c’est-à-dire, à être auprès de soi, nous soufflerait Henri Maldiney*, de l’autre côté de soi, dans une proximité inapprochable.

 

________

* Henri Maldiney, « Art et existence », Ed. Klincksieck, 2003 – (p.222)

 

© Nathalie Riera, octobre 2013

 

 

 

 

 

Extrait de “Le seuil blanc”/«The White Thresbold», 1949

 

p. 29.

 

 


Les siècles tournent leurs verrous

Et ouvrent sous la colline

Leurs livres et leurs portes reçus en héritage

Rassemblés pour distiller

Tels joyeux cueilleurs de baies

Une voix unique pour nous parler.

 

The centuries turn their locks

And open under the hill

Their inherited books and doors

All gathered to distil

Like happy berry pickers

One voice to talk to us.


 

 

***

 

Extrait de “La pêche de nuit”/«The Nightfishing», 1955

 

 

p. 47.

 

 


Et de nouveau aveuglé par

L’hémisphère

Désouvert et lumineux,

Ancien par-dessus moi,

 

Ce lieu présent  

Est transmuté en

Lieu sans souffle, immobile,

Déroulé sur manuscrit

Et tourné vers cette lumière

 

Now again blindfold

With the hemisphere

Unprised and bright

Ancient overhead,

 

This present place is

Become made into

A breathless still place

Unrolled on a scroll

And turned to face this light.


 

***

 

 

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Nathalie Riera_W.S. Graham.pdf

10/10/2013

Les Carnets d'Eucharis N°39 - Automne 2013

 

 

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Poésie | Littérature Photographie| Arts plastiques 

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En ligne

 

 

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Les carnets d’eucharis n°39

AUTOMNE 2013

 

1ère Couverture_Les carnets d'eucharis N°39.jpg

 [« Les tortues du jardin hanbury »] © Nathalie Riera, 2013

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logo pdf.jpg 

 

Cliquer ICI

 

 

 

 

Les Carnets d'Eucharis N°39_Automne 2013_WEB.pdf

08/10/2013

"Les dialogues obscurs" de W.S. Graham - Black Herald Press

 W.S. GRAHAM

 

 

GRAHAM.png

 

 

 

© Black Herald Press, Septembre 2013
174 pages - 14 € / £ 12 / $18
ISBN  978-2-919582-07-5

 

 

 

 

L’ouvrage vient de paraître et peut être commandé:

 

http://blackheraldpress.wordpress.com/buy-our-titles/ 

 

 

 

 



 

 

 

 

W.S. GRAHAM

LES DIALOGUES OBSCURS

Poèmes choisis

 

Traduit de l’anglais par Anne-Sylvie Homassel & Blandine Longre

Introduction de Michael Snow / Postface de Paul Stubbs

Recueil bilingue

 

The Dark Dialogues

Selected poems

translated from the English by Anne-Sylvie Homassel & Blandine Longre

Introduction by Michael Snow / Afterword by Paul Stubbs
bilingual book

---------------------------

■ LIEN : http://blackheraldpress.wordpress.com/books/les-dialogues-obscurs-the-dark-dialogues-w-s-graham/

 

■ AUTRES SITES

■ Jean-Pierre LONGRE : http://jplongre.hautetfort.com/tag/jean-pierre+longre

 

 

 

 

 

 

[NOTE. William Sydney Graham, né en Écosse en 1918 et décédé en Cornouailles en 1986, est l’un des poètes britanniques majeurs du xxe siècle, remarqué dès 1949 par T.S. Eliot, alors éditeur chez Faber and Faber – maison qui publiera l’ensemble de son œuvre à partir de son troisième recueil. Lié entre autres à Dylan Thomas, à Edwin Morgan et à de nombreux artistes, Graham se consacre presque exclusivement à la poésie, menant une vie d’extrême pauvreté. Ce recueil (dont on doit l’introduction à Michael Snow, ami proche du poète dont il fut l’exécuteur testamentaire, et la postface au poète britannique Paul Stubbs) rassemble un choix de textes traduits en français pour la première fois, ainsi qu’un essai de W.S. Graham sur sa poésie ; l’ensemble vise à retracer l’itinéraire d’un écrivain d’une originalité rare, explorateur d’un langage à la fois allié et adversaire. Parfois jugée « difficile », son œuvre fut par conséquent méconnue de son vivant, mais la renommée du poète n’a cessé de grandir depuis sa mort, comme en témoignent la publication des New Collected Poems en 2004 (Faber and Faber) et cette première parution en français. -- Paul Stubbs & Blandine Longre]

 

[NOTE. William Sydney Graham, born in Scotland in 1918 and deceased in Cornwall in 1986, was one of the major British poets of the 20th century, and from 1949 found a noteworthy champion in T.S. Eliot, then poetry editor at Faber and Faber, the press that would publish all of Graham’s poetry from his third collection onwards. Close to writers such as Dylan Thomas and Edwin Morgan and to various artists, Graham devoted himself almost exclusively to poetry, leading a life of extreme poverty. This selection (with an introduction by Michael Snow, a close friend of Graham, whose literary estate he had been bequeathed, and with an afterword by the British poet Paul Stubbs) gathers together poems translated into French for the first time, along with an essay by W.S. Graham on his poetry. This bilingual book presents an overview of the work of a writer of rare originality, an explorer of a language with which he was both friend and foe. Judged sometimes to be too “difficult” a poet, and consequently overlooked when alive, Graham’s reputation has nevertheless increased steadily since his death, a fact confirmed by the publication of his New Collected Poems in 2004 (Faber and Faber) and by this first selection of his poems into French. -- Paul Stubbs & Blandine Longre]

 

 

07/10/2013

La Bête, Thomas Vinau (Galerie Le Réalgar)

Galerie Le Réalgar
Contact: Daniel Damart 0687602234
Adresse: 23 rue Blanqui, 42000 Saint Étienne
lerealgar@gmail.com

 

 

 

 

La Bête.jpeg

 

 

 

 

 

 

http://www.lerealgar.com/

 

 

Reproduction des peintures et dessins de Sylvie Lobato

 

La Bête est là. Elle va commencer sa tranquille invasion..." Un homme venu d'ailleurs vit au fond d'un bois reculé. La découverte inopinée d'un étrange animal lui permet de trouver l'amour, de se confronter à la sauvagerie des hommes et de retrouver le rire"

 

 

 

 

 

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Thomas Vinau,jeune écrivain, est connu pour sa poésie et ses romans largement salués par la critique. http://etc-iste.blogspot.fr/

 

 

Sylvie Lobato, artiste peintre, a exposé ses peintures et dessins à la Galerie le Réalgar en 2012. Séduite par le texte de Thomas Vinau, elle nous montre la Bête sous tous ses aspects.http://www.sylvie-lobato.com/fr/

 

 

 

06/10/2013

Nathalie Riera - Les tortues du Jardin Hanbury

NATHALIE RIERA

Au fil des tortues

2013

 

 

 

 

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© Nathalie Riera – Les tortues du Jardin Hanbury, 2013

 

 

 

 

 

 

[Les tortues du Jardin Hanbury/Giardini Hanbury - Ventimiglia]


©  Nathalie Riera, 2013

 

 

 

 

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© Nathalie Riera – Les tortues du Jardin Hanbury, 2013

 

 

 

 

 

Les Carnets d'Eucharis par Patrick Kéchichian

 

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Les Carnets d'Eucharis

 

Poésie/Littérature Photographie Arts plastiques

 

 par Patrick Kéchichian

__

L’événement est à marquer d’une pierre blanche. Ces dernières années, on voyait surtout des revues qui passaient – étaient contraintes de passer – de l’état papier à l’état virtuel. On s’est presque habitué à tourner des pages qui n’avaient aucune réalité palpable, même si la machine, par excès de zèle, imite parfois le bruit ! La littérature, l’écrit, en voie de dématérialisation : la chose avait, a toujours, de quoi nous alarmer. Là, c’est l’inverse : le papier a une consistance, une odeur. On respire mieux soudain.

Les Carnets d’Eucharis, animés par Nathalie Riera, existent depuis 2008 en version numérique. Prose et poésie, mais aussi arts plastiques et réflexion critique se rencontrent, se croisent, dialoguent. Dans le premier numéro papier elle explique dans un entretien la vocation de sa revue : « Ma décision d’en venir, une fois par an, à une version papier, est aussi une manière de ne pas négliger un autre pan du lectorat qui s’avère peu attaché à la seule lecture numérique. Je n’ai aucune certitude quant à savoir si cela est ou non un bon choix. Certains lecteurs ont trouvé la démarche curieuse, l’estimant à contre-courant de ce qui se passe actuellement, à savoir la désertion du support papier en faveur du support numérique. » Puis elle cite cette amorce d’analyse par Claude Minière : « Dans le passage à l’édition “papier”, il y a un geste significatif. Par là, vous allez vers ce qui se donne à la main, ce qui peut se lire dans la main (dans la méditation) – et donc n’est plus sous l’impression binaire “informatique”, se déroulant pour l’œil seul. C’est important. » Oui, Claude Minière a raison de souligner la signification de ce passage préalable par la main qui éprouve avant l’œil, autrement que lui. Ce « travail de circulation » dont parle Nathalie Riera trouve là, en même temps que son support naturel, sa raison d’être.

Le premier numéro est consacré à Susan Sontag, avec des contributions diverses et des extraits de l’oeuvre. La littérature n’est pas un secteur délimité. « Lire c’est espérer le voyage qui ébranle mes certitudes ou mes acquis », affirme Nathalie Riera dans le même entretien. Le geste esthétique comme volonté de « faire de la résistance » : Susan Sontag, jusqu’à sa mort en décembre 2004 à New-York (elle était née en 1933) incarna cet esprit de résistance. La vieille Europe autant que le Nouveau Monde, la politique et l’esthétique, la capacité d’admiration et la volonté d’analyse s’harmonisaient chez elle au sein d’une grande intelligence. Intelligence dont témoignent ses écrits, y compris posthumes (on édite actuellement son Journal chez Christian Bourgois). « Si je me suis engagé en littérature, tout d’abord comme lectrice puis comme écrivain, c’est aussi une extension de mes sympathies pour d’autres personnes, d’autres domaines, d’autres rêves, d’autres mondes, d’autres grandes questions. » Cette forme de « sympathie », assez rarement revendiquée par les écrivains, ne vient pas concurrencer l’intelligence, mais la renforcer.

Le dossier Sontag occupe environ le tiers du numéro. Des cahiers de création, poétique, photographique et de traduction, forment la deuxième partie. Enfin, classiquement (mais nécessairement), un ensemble de recensions critiques conclut le numéro.


La Revue des revues no 50, 2013

 

LIEN : http://www.entrevues.org/revue_extrait.php?id=8193

 

18/09/2013

Wallace Stevens - Choix de poèmes traduits par Raymond Farina

 

 

 

WALLACE STEVENS

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©Poésie

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© Photo : Bettmann/Corbis | http://www.nybooks.com/

Wallace Stevens, early 1950s

 

POÈMES CHOISIS

BOURGEOIS DE LA PETITE MORT / BURGHERS OF PETTY DEATH

ANGLAIS MORT A FLORENCE

ESTHÉTIQUE DU MAL (extrait) / ESTHÉTIQUE DU MAL (Excerpt)

LE VENT TOURNE / THE WIND SHIFTS

      CARTE POSTALE DU VOLCAN / A POSTCARD FROM THE VOLCANO

LE MONDE COMME MEDITATION / THE WORLD AS MEDITATION    

DE LA POESIE MODERNE / OF MODERN POETRY

UN PLAT DE PECHES EN RUSSIE / A DISH OF PEACHES IN RUSSIA

CHATEAU GALANT / GALLANT CHATEAU

CONNOISEUR DU CHAOS / CONNOISSEUR OF CHAOS

CHRONIQUE DE L'HOMME QUELCONQUE / PAISANT CHRONICLE

 

 

Traduit de l’anglais par Raymond Farina

■ Sur le site Les Carnets d’Eucharis

http://lescarnetsdeucharis.hautetfort.com/archive/2013/09/18/wallace-stevens-choix-de-poemes-traduits-par-raymond-farina.html

 

 

 


Wallace Stevens

Poèmes traduits par Raymond Farina

                                

**

 

(BOURGEOIS DE LA PETITE MORT)

 

 

Ces deux là près du mur de pierre

Sont un léger fragment de mort.

L’herbe est encore verte.

 

Mais c’est une mort totale,

Une dévastation, une mort vraiment haute

Et profonde, couvrant toute surface,

Envahissant l’esprit.

 

Les voilà les petits citadins de la mort,

Un homme et une femme,

Semblables à deux feuilles

Qui restent attachées à l’arbre,

Avant que l’hiver gèle et qu’il devienne noir –

 

Vraiment haute et profonde

Sans aucune émotion, un empire de calme, 

dans lequel une ombre épuisée,

Portant un instrument,

Propose, pour finir, une musique blanche.

                                    

------------------------- 

 

(BURGHERS OF PETTY DEATH)

 

These two by the stone wall

Are a slight part of death.

The grass is still green.

 

But there is a total death,

A devastation, a death of great height

And depth, covering all surfaces,

Filling the mind.

 

These are the small townsmen of death,

A man and a woman, like two leaves

That keep clinging to a tree,

Before winter freezes and grows black-

 

Of great height and depth

Without any feeling, an imperium of quiet,

In which a wasted figure, with an instrument,

Propounds blank final music.

 

-------------------------

 

(ANGLAIS MORT A FLORENCE)

 

**

 

Il se retrouvait un peu moins chaque printemps.

La musique déjà lui faisait défaut. Même Brahms,

Son grave démon familier, marchait souvent à l’écart.

 

Son esprit devenait incertain de la joie

Certain de son incertitude, dans laquelle

Ce grave compagnon le laissait inconsolé

 

A des souvenirs qui le rendaient presque toujours à lui-même.

Ce n’est que la dernière année qu’il dit que la lune nue

N’était pas celle qu’il avait l’habitude de voir, de sentir

 

(Dans les pâles harmonies de lune et d’humeurs

Quand il était jeune), la lune nue et lointaine,

Brillant plus faiblement au fond d’un ciel plus sec.

 

Sa pâleur colorée devenait cadavérique.

Il cultivait sa raison, exerçait sa volonté,

Avait parfois recours à Brahms à la place                                                                                                                            

 

De la parole. Il était cette musique et lui-même.

Ils étaient parcelles d’ordre, une unique majesté.

Mais il se souvenait du temps où il se levait seul.

 

A la fin il se levait avec l’aide de Dieu et de la police,

Mais il se souvenait du temps où il se levait seul.

Il se soumettait à cette unique majesté;

 

Mais il se souvenait du temps où il se levait seul,

Lorsque être et jouir d’être semblaient ne faire qu’un,

Avant que les couleurs ternissent et rapetissent.

             

------------------------- 

 

 

 

 

(ANGLAIS MORT A FLORENCE)

 

A little less returned for him each spring.

Music began to fail him. Brahms, although

His dark familiar, often walked apart.

 

His spirit grew uncertain of delight,

Certain of its uncertainty, in which

That dark companion left him unconsoled

 

For a self returning mostly memory.

Only last year he said that the naked moon

Was not the moon he used to see, to feel

 

(In the pale coherences of moon and mood

When he was young), naked and alien,

More leanly shining from a lankier sky.

 

Its ruddy pallor had grown cadaverous.

He used his reason, exercised his will,

Turning in time to Brahms as alternate

 

In speech. He was that music and himself.

They were particles of order, a single majesty:

But he remembered the time when he stood alone.

 

He stood at last by God’s help and the police;

But he remembered the time when he stood alone.

He yielded himself to that single majesty;

 

But he remembered the time when he stood alone,

When to be and delight to be seemed to be one,                                                                                                                           Before the colors deepened and grew small.

 

-------------------------

 

 

(ESTHÉTIQUE DU MAL)

                                          extrait

 

                                            

                           XII

 

Il ordonne le monde en deux catégories :

Celui qui est peuplé, celui qui ne l’est pas.

Dans les deux, il est seul.

Mais il y a, dans le peuplé,

Outre ses habitants, le savoir qu’il a d’eux.

Et dans le dépeuplé, ce qu’il sait de lui-même.

Quel est le plus désespéré dans les moments

Où son vouloir exige que ce qu’il pense soit vrai ?

 

Est-ce lui-même en eux qu’il connaît ou bien eux

En lui-même ? Si c’est lui-même en eux, ils n’ont

Point de secret pour lui. Et si c’est eux en lui,

Il n’a point de secret pour eux. Car ce qu’il sait

D’eux et de lui détruit chacun de ces deux mondes,

Sauf quand il s’en évade. Etre seul c’est pour lui

Etre dans l’ignorance et d’eux et de lui-même.

 

Cela en crée un troisième sans connaissance,

Où personne ne cherche, où le vouloir n’exige

Rien et accepte tout ce qui passe pour vrai,

Y compris la douleur, qui, autrement est feinte.

Dans le troisième monde, alors, pas de douleur. Oui, mais,

Quel amant en ressent dans de tels rocs, quelle femme,

Même si on la connaît, tout au fond de son cœur ?

 

-------------------------

 

 

(ESTHÉTIQUE DU MAL)

               Excerpt

 

                         XII

 

He disposes the world in categories, thus :

The peopled and the unpeopled. In both, he is

Alone. But in the peopled world, there is,

Besides the people, his knowledge of them. In

The unpeopled, there is his knowledge of himself.

Which is more desperate in the moments when

The will demands that what he thinks be true?

 

It is himself in them that he knows or they

In him? If it is himself in them, they have

No secret from him. If it is they in him,

He has no secret from them. This knowledge

Of them and of himself destroys both worlds,

Except when he escapes from it. To be

Alone is not to know them or himself.

 

This creates a third world without knowledge,

In which no one peers, in which the will makes no

Demands. It accepts whatever is as true,

Including pain, which, otherwise, is false.

In the third world, then, there is no pain. Yes, but

What lover has one in such rocks, what woman,

However known, at the centre of the heart ?

 

-------------------------

 

 

                       

                        XIII

 

Il se peut qu’une vie soit la sanction d’une autre

Comme celle d’un fils pour celle de son père.

Mais cela ne concerne que les seconds rôles.

C’est une tragédie fragmentaire

Au sein du tout universel. Le fils,

Le père aussi, ont fait leur temps, pareillement,

L’un et l’autre, en vertu de la nécessité d’être

Soi-même, de l’inaltérable nécessité

D’être cet inaltérable animal.

Cette puissance de la nature en action est la tragédie

Majeure. C’est le destin sûr de lui,

Le plus jubilant ennemi. Et il se peut

Que, dans son cloître méditerranéen, un homme

étendu, libéré du désir, établisse

Le visible, une zone de bleu et d’orange

Dont changent les couleurs, établisse un moment

Pour contempler la mer, simulacre du feu, et l’appelle le bien,

Le bien suprême, sûr de la réalité

De la plus longue méditation, du maximum,

De la scène de l’assassin. Le mal dans le mal est

Relatif. L’assassin se dévoile lui-même,

la force qui nous détruit est dévoilée dans

Ce maximum, une aventure à endurer

Dans l’impuissance la plus polie. Mais oui !

On sent son action circuler dans nos veines.

 

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                        XIII

 

It may be that one life is a punishment

For another, as the son’s life for the father’s.

But that concerns the secondary characters.

It is a fragmentary tragedy

Within the universal whole. The son

And the father alike and equally are spent,

Each one, by the necessity of being

Himself, the unalterable necessity

Of being this unalterable animal.

This force of nature in action is the major

Tragedy. This is destiny unperplexed,

The happiest enemy. And it may be

That in his Mediterranean cloister a man,

Reclining, eased of desire, establishes

The visible, a zone of blue and orange

Versicolorings, establishes a time

To watch the fire-feinting sea and calls it good,

The ultimate good, sure of a reality

Of the longest meditation, the maximum,

The assassin’s scene. Evil in evil is

Comparative. The assassin discloses himself,

The force that destroys us is disclosed, within

This maximum, an adventure to be endured

With the politest helplessness. Ay-mi!

One feels its action moving in the blood.

 

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 WALLACE STEVENS_Choix de poèmes traduits par Raymond Farina_LCE 2013.jpg

 

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Wallace Stevens traduit par Raymond Farina_LCE 2013.pdf

 

17/09/2013

L'Atelier Contemporain N°1 - Eté 2013

 

REVUE(S)

 

 

 

 

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REVUE DE POÉSIE

n°01/Printemps 2013

 

 

L’ATELIER CONTEMPORAIN

 

 

COLLECTIF

 

 

 

Cette nouvelle revue d’art intitulée L’Atelier contemporain du nom du recueil sur la peinture de Francis Ponge, paraîtra deux fois par an, en se référant à l’éthique de créateur de ce poète. Elle s’intéressera particulièrement à la peinture actuelle en illustrant les œuvres d’artistes peu connus, commentées et analysées par des écrivains. Des textes qui nous permettront de mieux saisir ce qui est en jeu dans leur atelier, leurs préoccupations, interrogations et inquiétudes. De l’art vers la littérature, mais aussi de la littérature vers l’art afin de renouer le dialogue.

 

 

 

http://www.r-diffusion.org/index.php?ouvrage=LAC-08

 

25/08/2013

Michel Seuphor

 

Michel Seuphor.jpg

 

© Michel Seuphor

 

 

 

 

Michel Seuphor

(1901-1999)

 

 

 

HISTOIRE

 

 

je me rappelle le temps où j’étais grand parmi les

            mammifères séniles doux et lents

ils n’étaient pas vainqueurs

ils n’avaient pas le beau rôle des victimes mais

regardaient ceux qui bataillaient simplement en

            essayant de comprendre

 

l’air était frais à la hauteur de leur taille

ce n’était pas celui des fourmis très étroites

            qui sont près de la terre

ni celui trop vif des musiciens

 

on respirait à l’aise

on ignorait la bousculade

on souriait au lyrisme

on était bien pas fier et sage sans calcul

 

puis

quand un soleil tout à coup s’éteignit

des êtres égoïstes et pleins de science sont descendus

des pays froids

 

et il fallut servir

se conformer à leur commerce de détail et renoncer

au bien penser devant le monde

 

depuis ce temps la vie est devenue un labyrinthe où

toutes les portes font du bruit

 

quand l’homme dormira-t-il ?

 

Extrait de « Lecture élémentaire »

 

-------------------------    (p. 52)

 

 

POEME MODELE

 

 

ris ras rampe ma rourou tes songes

rise rase rampe oh bellechasse ta peau

ou alezan ta peau mon beau dimanche ou bucéphale

 

s’entend s’émeut salue

s’entend s’émeut salive et sue et sonne

s’adonne au jeu salive et sonne

et prouve son authenticité

 

il s’ouvre tout entier devant la mère de plomb

jaillit le cœur jaillissant les entrailles

d’une échancrure jaillit l’espoir

 

Extrait de « Lecture élémentaire »

 

-------------------------    (p.80)

 

 

 

l’amour pour porter fruit n’a pas besoin que d’imagination

la pensée n’a pas besoin que de soleil (que de fleurir)

mais de caresses exactes

 

 

-------------------------    (p.166)

 

 

 

 

Lecture élémentaire

Michel Seuphor

Editions Rougerie, 1989

 

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Willy Ronis

Willy Ronis_LE PETIT PARISIEN_1952.jpg

© Willy Ronis - "Le petit parisien", 1952

 

Mario Santiago Papasquiaro

 

 

Mario Santiago Papasquiar.jpg

Source : © Mario Santiago Papasquiaro

dans “Poems and Poetics” de Jerome Rothenberg

 

 

 

Mario Santiago Papasquiaro

 

 

We’re poets

          Cymbals of the black sun
          that magnetizes us

Nous sommes des poètes

          Cymbales du soleil noir
          qui nous magnétise

 

 

Already Far from the Road

4

 

Our tongue has been barbed
It’s watermelon / dripping deep-laughing vagrant
Adventure that’s torn open our abrasions
What we’ve been we are in the crescendoing of echoes
          For such shoulders : such thighs
          For those ankles / those steps
Lessons of cleansing by the scalpel

 

 

-------------------------     

 

 

 

Mario Santiago Papasquiaro

Sur le site de Jerome Rothenberg

Poems and Poetics

---------------------------

■ LIEN : http://poemsandpoetics.blogspot.fr/2013/07/mario-santiago-papasquiaro-already-far.html

 

 

 

 

 

[translator’s note.  In 1975, the Mexican poet Mario Santiago Papasquiaro (1953-1998) and Roberto Bolaño co-founded Infrarrealism, a poetry movement that drew inspiration from Dadaism, Surrealism, Stridentism, the Beats, and the contemporary Peruvian movement Hora Zero. Their project, at its core, was to explode literary, social, and political conventions through a radical reconception of the poetic imagination and the poetic life. As Bolaño put it in the “Infrarrealist Manifesto:” “The true imagination is the one that dynamites, elucidates, injects emerald microbes into other imaginations…Perception opens by way of an ethic-aesthetic taken to the extreme.” Bolaño’s novels (especially The Savage Detectives, in which Santiago appears as Ulises Lima) are now well known in the U.S. and stand as a profound testament to the extraordinary daring and energy of Infrarrealism. But Santiago’s large and astonishingly powerful body of work has yet to receive the recognition it deserves outside the Spanish-speaking world. To date, only Santiago’s first major poem, Consejos de 1 discípulo de Marx a 1 fanático de Heidegger (1975), has been translated into English. The poem presented here, “Already Far from the Road,” was originally published in the collection Beso eterno (Al Este del paraíso, 1995), and gives English readers their first taste of Santiago’s later work.  -- Cole Heinowitz]

 

 

 

[note du traducteur.  En 1975, le poète mexicain Mario Santiago Papasquiaro (1953-1998) et Roberto Bolaño deviennent co-fondateurs de l’Infra-réalisme, un mouvement de poésie qui s’inspire du dadaïsme, du surréalisme et du stridentisme (un mouvement avant-gardiste artistique et multidisciplinaire fondé au Mexique par Manuel Maples Arce) des Beats, et du mouvement péruvien Zero Hora. Leur projet, à la base, consistait à faire sauter les conventions littéraires, sociales et politiques, à travers une nouvelle conception radicale de l’imagination poétique et de la vie poétique. Comme Bolaño l’indique dans le Manifeste Infra-réaliste : “La vraie imagination est celle qui dynamite, élucide, injecte des microbes d'émeraude dans d'autres imaginations ... La perception s'ouvre au moyen d'une éthique-esthétique poussée à l'extrême». Les romans de Bolaño (en particulier The Savage Detectives, dans lequel Santiago apparait dans le personnage d’Ulises Lima) sont désormais bien connus aux Etats-Unis, et se présentent comme un profond témoignage de l’extraordinaire audace et énergie de l’Infra-réalisme. Jusqu’à présent, le premier poème majeur de Santiago, Consejos de 1 discípulo de Marx a 1 fanático de Heidegger (1975), a été traduite en anglais. Le poème présenté ici, “Already Far from the Road,” a été à l’origine publié dans la collection Beso eterno (Al Este del paraíso, 1995), et a donné aux lecteurs anglais un premier avant-goût du dernier travail de Santiago. -- Cole Heinowitz]

 

(Traduction personnelle : Nathalie Riera)

 

 

 

 

Bernard Noël

 

Noel_Bernard_2010.jpg

Photographie : © Sophie Bassouls

 

 

Bernard Noël

 

 

 

 

■ LIEN : http://www.sophiebassouls.com/page.php?page=ecrivains&alias=Noel_Bernard_2010-05-23

 

 

 

 

 

 

 

ce qui nous leurre est si lié à l’œil qu’il faut

étriper le regard pour ouvrir le tombeau.

 

sous ce chapeau moral, les mots prennent des rides,

et le ronron qui suinte aux articulations,

couvre un chuintement de tête qui se vide :

rien ne sert de penser, il faut penser à fond.

empifrée de savoir, la conscience a du bide,

tout son caca mental engorge la vision.

 

dans le dodelinement du dernier gâtisme,

être un vieux qui oublie son alphabêtisme !

 

le visible déjà me prend comme une mer…

 

o les yeux, les yeux, les yeux qu’on cloue à l’amer

étonnement de voir claquer la fermeture

idéale et l’esprit naitre de cette injure :

lors, tout n’est que signe, humanisme et littérature.

 

Extrait de « Troisième suite »

 

-------------------------    (p.24)

 

 

 

 

être ou pas quel trou en tête du paraître

 

mourir meut le temps et non le temps mourir

entre soi et soi toujours cela pénètre

maniant le vif auquel il s’enchevêtre

enterrez la terre ou bien faudra gésir

 

à nu reste l’os rêveur rassi de l’être

 

sac à sang ne veut saignée il ceint l’obscur

un oubli sans houle et dur comme les choses

il veut vivre et va dans la vue du futur

vaillant d’être vivace par ce qu’il ose

rire à la ruine au râle au dodo du rien

éboue le baba qui se frime aérien

 

et la bouche bée bleue cherchant le suis-je

tout à trac détraqué ô cru vertige

ce qui croise en nous le vif et le vestige

 

Extrait de « Quatrième suite »

 

-------------------------    (p.41)

 

 

 

Bruits de langues

Bernard Noël

Editions talus d’approche, 1980

 

---------------------------

 

Philippe Beck

 

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Source photo :

C/o Œuvres Ouvertes de Laurent Margantin

 

 

Philippe Beck

 

 

 

 

■ LIEN : http://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article230

 

 

 

 

5. Couture

 

Feu est dressé.

Cheminée mange paille.

La paille rapide et verticale.

Haricot tombe

à côté de brin d’or.

Braise dialogue avec eux.

Paille s’interroge.

Braise fait un saut par hasard.

Le hasard élancé.

Elle quitte la cendre.

Haricot a évité le feu.

Paille a fui les doigts

de la femme qui veut manger.

Ils sont parallèles à la mort.

Vers un autre pays.

En chemin, Paille est un pont

du ruisseau.

Braise passe à petits pas.

Le courant fait du bruit.

Mer a des lames ou des plis

d’hymnes collectifs,

les collections de souplesse

dans un texte d’eau dure

qui ferait peur à des fleurs de terre.

Braise s’arrêt à cause de la peur.

Comme une fleur de feu.

Paille s’allume,

et casse en deux, tombe à l’eau,

où Braise meurt.

Haricot est au bord. Dans un pays de prudence

et de plaisir.

Il éclate de rire ce soir.

Un tailleur passe et recoud

H. Divisé.

Recouture de fil noir.

Dans le soir d’huile.

Et de rayons.

Il y a des repas réciproques.

 

 

 D’après « Bout de paille, braise et haricot »

 

-------------------------    (p.30/31)

 

 

Chants populaires

Philippe Beck

Editions Flammarion, 2007

http://editions.flammarion.com/peoples_detail.cfm?ID=133245&levelCode=home 

 

-------------------------

 

 

92.

 

Traces embaumées de chaman

séparent du désert.

Parures précieuses,

car le sable résiste au vent polyvalent.

Au désert s’élargit la mémoire

de collection de branches dressées

dans pinède,

et de piquets feuillus accidentels

fichés dans Indifférence.

Chaman vise en principe

un volume de décrets

par nœuds de tendons et de crispations.

Cependant que bribes séparées

gomment atoll,

varech, herbe à avirons, volant d’eau,

cuir, herbe-ruban et coup de vent soleils,

entrant dans longue

histoire d’hommes tout

au moisson de contrariétés.

Il s’agit Surnature impossible

et pointe insuffisance de l’Insurmontée.

Le désert naturel où il bouge reste

l’addition de férocité, symétrie et dépendance

renforcée.

Jusqu’à l’esthétique de l’abeauté.

Mer violette acceptée.

 

 

-------------------------    (p.104)

 

 

 Dans de la nature

Philippe Beck

Editions Flammarion, 2003

ICI 

 

-------------------------

 

 

 

 

Philippe Beck a publié treize livres de poésie dont quatre aux éditions Flammarion, dans la collection « Poésie » : Chants populaires (2007) ; Dans de la nature (2003) ; Aux recensions (2002) ; Dernière Mode familiale (2000). En 2006, une monographie lui a été consacrée : L'Impersonnage (avec G. Tessier, Argol).

 

 

 

Autres sites à consulter :

Terres de Femmes

 

02/08/2013

Une pause

Les Carnets d’Eucharis

reprendront après le 20 août 2013.

 LOGO EUCHARIS.jpg

 

LES CARNETS D’EUCHARIS

Nathalie Riera

Courriel : nathalieriera@live.fr

http://lescarnetsdeucharis.hautetfort.com

 

 

 ●●●●●●

 

29/07/2013

Antonio Porchia, voix réunies (éditions Erès, 2013)

 

ANTONIO PORCHIA

Voix réunies

 (Editions Erès, 2013)

 

 

COLLECTION « PO&PSY » dirigée par Danièle Faugeras & Pascale Janot

Traduites de l’espagnol par Danièle Faugeras

SITE DE L’EDITEUR - http://www.editions-eres.com/

 

 

 

Sans titre 1.jpg

Antonio PORCHIA

 Site officiel | © http://www.antonioporchia.com.ar/

 

 

 

 

____________________________________________________________________________

 

 

Antonio Porchia (1885-1968), natif de la région de Calabre (Italie), est décrit comme un homme très introverti, ne parlant que très peu, aussi secret que ses voix intérieures. Poète-aphoriste d’un unique ouvrage : « Voces » (Voix), dont la première édition est adressée au poète et critique Roger Caillois, il émigre en Argentine, à Buenos Aires, dans les années 1910, après le décès du père. Parmi les personnalités littéraires marquées par le travail de Porchia, citons Breton, Miller, et parmi ses proches amis, Juarroz et Badii. Dès 1949, « Voces » sera traduit et publié en France (par Caillois), puis également en Allemagne, en Italie et en Amérique du Sud.

 

Les Editions Erès ont réunies dans leur intégralité les voix d’Antonio Porchia, dans une nouvelle traduction de Danièle Faugeras. Voix réunies est le deuxième volume de la collection PO&PSY in extenso.

 

Ouvrage composé de 1182 aphorismes,  ou sortes de « sentences », la présente traduction s’appuie sur la publication en 2006 par les éditions Pre-Textos (Valencia).

 

 

Nathalie Riera, juillet 2013

Les carnets d'eucharis

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Les hauteurs guident, mais dans les hauteurs.

La alturas guÍan, pero en las alturas.

 

---------------------------------------------------------------------------             35

 

***

 

Mes yeux, pour avoir été des ponts, sont des abîmes.

Mis ojos, por haber sido puentes, son abismos.

 

---------------------------------------------------------------------------             40

 

***

 

Cent hommes, ensemble, sont la centième partie d’un homme.

Cien hombres, juntos, son la centésima parte de un hombre.

 

---------------------------------------------------------------------------             45

 

***

Le lointain, le très lointain, le plus lointain, je ne l’ai trouvé que dans mon sang.

Lo lejano, lo muy lejano, lo más lejano, sólo lo hallé en mi sangre.

 

---------------------------------------------------------------------------             57

 

***

La fleur que tu tiens dans tes mains est née aujourd’hui et déjà elle a ton âge.

La flor que tienes en tus manos ha nacido hoy y ya tiene tu edad.

 

---------------------------------------------------------------------------             85

 

***

La douleur ne nous suit pas : elle marche devant.

El dolor no nos sigue : camina adelante.

 

---------------------------------------------------------------------------             107

 

***

Tu es venu à ce monde qui ne comprend rien sans mots, presque sans mots.

Has venido a este mundo que no entiende nada sin palabras, casa sin palabras.

 

---------------------------------------------------------------------------             111

 

***

L’arbre est seul, le nuage est seul. Tout est seul quand moi je suis seul.

El árbol está solo, la nube está sola. Todo está solo cuando yo estoy solo.

 

---------------------------------------------------------------------------             124

 

***

L’homme aveugle porte une étoile sur ses épaules.

El hombre ciego lleva una estrella sobre sus hombros.

 

---------------------------------------------------------------------------             233

 

 

 

■ SITES A CONSULTER :

 

Editions Erès

http://www.editions-eres.com/parutions/psychanalyse/poetpsy/p3193-voix-reunies.htm

 

Site officiel Antonio Porchia

http://www.antonioporchia.com.ar/

 

 

 

27/07/2013

Kate Summerscale

 

 

Kate Summmerscale

La déchéance de Mrs Robinson

 (Christian Bourgois Editeur, 2013)

 

 

JOURNAL INTIME D’UNE DAME DE L’EPOQUE VICTORIENNE

Traduit de l’anglais par Eric Chédaille

SITE DE L’EDITEUR - http://www.christianbourgois-editeur.com/

 

 

 

 

Kate Summerscale

Juin 2006 | Bloomsbury plc | © Mark Pringle

 

 

 

Une lecture de Nathalie Riera 

____________________________________________________________________________

 

« La déchéance de Mrs Robinson » a pour cadre le procès devant le tribunal des Divorces et Affaires matrimoniales d’Henry Oliver Robinson et d’Isabella Walker. Après avoir découvert par accident le journal intime de son épouse, et son aveu d’adultère, H.O. Robinson convoque le tribunal londonien pour dissolution de son mariage. Requête qui soulève la question de l’écrit comme preuve et de la complexité face à la crédibilité du journal intime et à la véracité des évènements qui y sont rapportés. Le journal d’Isabella ne serait-il pas le produit d’un dérangement mental ? de fantasmes sans corrélation avec des faits réels, ou, au contraire, l’œuvre d’un esprit s’adonnant à une activité purement littéraire, se jouant à mêler réalité et fiction sans autre but qu’une « forme d’apprentissage, d’exercice préalable à la composition d’un roman. » (p.212). Ici, référence à Emily Brontë et sa sœur Anne, et à la diariste Fanny Burney.

Consigner ses expériences pour une femme née dans la société victorienne, c’est faire du journal un lieu de révélation et d’effusion, mais aussi un moyen de « déchiffrer sa vie », et pour une anglaise de classe moyenne, être « capable d’attenter à la décence avec sa plume » : « Comme l’économiste et philosophe Herbert Spencer, qui décrivait ses mémoires comme ‘une histoire naturelle de (sa) propre personne’, elle dressait le relevé de son évolution personnelle. En écrivant et en lisant son journal, elle avait espoir de comprendre son moi aliéné et conflictuel par le biais de cette extériorisation, de pénétrer dans sa propre tête et sous sa propre peau. » (p.61)

Dans l’histoire littéraire, certains journaux intimes passent pour apocryphes, ou ont au contraire la réputation d’un excès d’honnêteté. Kate Summmerscale cite à ce sujet les carnets d’Horace Walpole qui « consigna délibérément des choses fausses » (p.205), à l’opposé du journal de Samuel Peppys « réputé pour sa franchise ». Du temps de l’époque victorienne, « la rédaction des annales de la vie domestique et spirituelle » révèle un goût prononcé pour l’introspection, tels que les carnets personnels du mémorialiste et bibliophile John Evelyn, parus pour la première fois en 1818.

 

Outre les fonctions du journal intime, Isabella souffre d’un mariage malheureux, institution considérée de son point de vue : « arbitraire et inique ».  Lecture et écriture sur soi, contre le desséchement et l’esseulement : K. Summerscale ne manque pas de faire un parallèle avec Madame Bovary. Isabella écrit son journal à la même époque que la parution du roman de Gustave Flaubert.

Durant le procès, journalistes, médecins et spécialistes du royaume seront appelés à témoigner, à partir des écrits d’Isabella, autrement dit à mettre en cause la véracité du journal.  Mais la « défense d’Isabella fut beaucoup plus dégradante que ne l’aurait été un aveu d’adultère. » (p.224) Isabella considère cette lecture non consentie de son journal « comme une agression quasi sexuelle ». Dans une lettre pleine de rage, elle écrit :

« Que des hommes, de parfaits inconnus, nullement autorisés à le faire, se soient crus en droit d’y mettre le nez, de dépouiller et de censurer mes écrits intimes, d’y choisir des passages, avec leurs pattes fouineuses, impudentes, ignobles, cela je ne puis le comprendre. Je n’aurais jamais agi de même, pas plus que je n’aurais eu la bassesse d’espionner leurs prières, les balbutiements de leur sommeil ou les accents de leur délire ; je me serais tenue pour insultée par la simple invite à lire des pages destinées au seul regard de leur rédacteur. » (p.229)

 

« Le journal offre un aperçu de ce que pourrait devenir la société si la vision nouvelle, évolutionniste, du monde venait à s’imposer ».

 

Nathalie Riera, juillet 2013

Les carnets d'eucharis

 

                                    

 

 

 

 

 

p. 214.

 

 

Mr Nightingale décrit son journal comme son « seul réconfort », mais il est devenu un symptôme et même une cause de sa maladie. Lorsqu’il est dérobé et lu par d’autres personnes, il le trahit ; au lieu de l’aider à voir en lui-même, il permet à d’autres de lire en lui ; au lieu de le laver de son péché, il le livre à ceux qui vont le châtier. La passivité de ce journal est une illusion. A la fin de la pièce, Mr Nightingale reçoit ce conseil : « Brûlez ce livre et soyez heureux ! »

 

 

 

***

 

p. 212/213.

 

Diaries (du latin dies) et journals (du français jour) étaient par définition un lieu d’épanchements quotidiens, mais leur apparente immédiateté pouvait être trompeuse. Isabella remplissait souvent le sien un ou plusieurs jours après les évènements qu’elle décrivait. Un journal pouvait n’offrir qu’une approximation du temps véritable, de même qu’il pouvait ne faire que suivre et effleurer les sentiments qu’il cherchait à définir avec précision. Il agissait sur celle qui le tenait, tendant à en intensifier les émotions et à en altérer les perceptions. Jane Carlyle, épouse de l’historien John Carlyle, décrivit ce processus dans le sien à la date du 21 octobre 1855 : « Ton journal, qui ne parle que de sentiments, accuse tout ce qui est artificiel et morbide en toi ; cela, je l’ai vécu. » L’acte de tenir un journal faisait honneur à maintes valeurs de la société victorienne – la confiance en soi, l’autonomie, la capacité de garder des secrets. Poussées trop loin, ces vertus pouvaient toutefois se changer en vices. L’autonomie pouvait se faire déconnexion radicale d’avec la société, ses codes, ses règles et ses contraintes ; le secret pouvait se muer en dissimulation, le contrôle de soi en solipsisme, l’introspection en monomanie. »

 

 

 

  

■ SITES A CONSULTER :

 

Christian Bourgois Editeur

http://www.christianbourgois-editeur.com/fiche-livre.php?Id=1384

 

 

 

09/07/2013

Les Carnets d'Eucharis N°38 - Eté 2013

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Artsplastiques●●●●●●●●●●●●

En ligne

 

 

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Les carnets d’eucharis n°38

ÉTÉ 2013

COUVERTURE CARNET D'EUCHARIS 38_Eté 2013.jpg

  [BY MYSELF « BOUQUETS DE FLEURS & GRAMINÉES »]

© Nathalie Riera, 2013

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Cliquer ICI

08/07/2013

Nathalie Riera, Paysages d'été - une lecture de Marie-Hélène Prouteau

Paysages d'été_Nathalie RieraPaysages d’été

Juillet 2013 par Marie-Hélène Prouteau

Site : Recours au Poème

 

 

 

Editions Lanskine, 2013

72 pages, 14 euros

http://www.editions-lanskine.fr/livre/paysages-dete

 

 

Ce recueil de Nathalie Riera a quelque chose d’un art de la joie, le mot revient souvent. Lumière du soleil, sèves du sud, galop des chevaux, il y a chez elle une disposition sensuelle à accueillir la beauté du monde qui se trouve exacerbée par ce moment d’acuité singulière de la rencontre amoureuse.

Comment garder l’intensité de ce premier souffle du désir, voilà ce qu’elle dit avec une infinie justesse. Les trois parties du livre dessinent un glissement dans l’espace et dans le temps qui va du bonheur amoureux en train de se vivre au geste d’une femme qui écrit, « près de [lui] dans l’écart » et non dans la fusion. Pas de mièvrerie ici, l’auteure de La parole derrière les verrous n’oublie pas « les tollés du monde ». La chevelure au vent, la jupe qui flotte, la crinière du cheval sont présentes. Autant d’instantanés traversés d’images, celle de l’effleurement en particulier. Au cœur est le sentiment aigu que rien n’est jamais si fulgurant que l’amour lointain, cité en exergue : « elle a pleuré imploré la main absente : c’est étrange de penser que l’amour n’offre pas tout et ainsi préfère-t-elle alors l’amour dans sa fermeté de garder son origine »

Au fil des versets à la syntaxe bousculée et aux associations inédites, l’émotion passe de l’embrasement, soleil, pierres, amour confondus, à la pénombre où s’écrit le roman. Ainsi se joue la liberté d’une voix de femme qui parvient à être elle-même dans l’écriture. Celle de Nathalie Riera se situe dans l’écart, pour reprendre sa formule, porteuse d’une énergie nouvelle et créatrice, à l’image de la revue qu’elle anime, Les Carnets d’Eucharis

 

Paru dans Encres de Loire numéro 64.

 

 

 

 

LIEN 

 

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Lucien Clergue par Claude Darras

portrait lucien clergue par claude darras.jpg

logo pdf.jpg

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29/06/2013

Etienne Faure, La vie bon train

 

 

 

 

Etienne Faure

 

 

 

La vie bon train

(proses de gare)

Etienne Faure

Champ Vallon, 2013

 

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La hiérarchie des bagages est signée en pleine peau d’une marque ostensible ou en tissu écossais doublé de caoutchouc, en plastique dur – aspect métal – ou en imitation du cuir bleu ciel usé aux angles. Du skaï. D’autres viatiques en polyester ou carton font l’affaire, et aussi en bois pour ranger l’instrument. Derrière ces matériaux nobles ou imités, les balluchons ont encore droit de cité sur de petits trajets, rappelant les voyages plus lointains noués aux quatre coins du globe. A dos d’homme elles circulent, ces besaces qui se ressemblent, d’où le tissu provienne : la technique des tissages est souvent la même à des milliers de kilomètres de distance, à des centaines de jours à pied, des heures à vol d’oiseau ou par bateau – des siècles de décalage à dos de femme. Bouclée d’un ceinturon de père de famille, une valise avachie resurgit parfois, suivi de près par le magique sac en plastique, bagage léger, imperméable et adapté aux formes les plus folles. (Et puis d’autres, à jamais, ont bourré leurs poches et leurs revers de vestes en inconditionnels du tout portatif.)

           

 

-------------------------    (p.19)

 

 

Et puis soudain les arbres transparents tout l’hiver – on voyait à travers – réapparaissent autour de l’enceinte avec des bourgeons. La verdure fait écran. A quel signal les oiseaux au printemps se mettent-ils à chanter dès l’aube quand la gare ne bouge pas d’un train ? Avec des filtres et des mégots, ils ont bâti leur nid dans l’espace sans soleil au-dessus des quais. Les voies délaissées débordent en verdeur chronique, accaparant le fer et les remblais. « Rendue à la nature » est exagéré, mais le fait est qu’après chaque ondée la traverse en est recouverte. Les plantes à contre-voie ont repoussé. Comme autrefois envolés des jardins, les émissaires sont venus germer le long des rails. Des cruciféracées aux oreilles vertes qui la nuit faisaient le bonheur des lapins dans la gare, presque une garenne, où divaguaient les chiens. Mais c’était bien avant. Les petits potagers ont pris le large depuis belle lurette et avec eux tous les rongeurs végétariens. D’où viennent alors ces graines, ces spores, ces akènes ? On dirait des amis que vent emporte.

           

 

-------------------------    (p.39)

 

 

 

Etienne Faureest né en 1960. Il vit et travaille à Paris.

Il a publié dans les revues NRF, Conférence, Théodore Balmoral, Rehauts, Europe, Le Mâche-Laurier, Pleine Marge, Contre-allées. http://www.m-e-l.fr/etienne-faure,ec,832

 

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la vie bon train.png

 

 

 

 

 

 

 

SITES À CONSULTER

 

Champ Vallon

Terres de Femmes

Poezibao