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23/11/2016

Andrea Zanzotto (extrait de "Idiome")

 

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 | © Andrea Zanzotto Photo : Undo.Net | © Pier Paolo Pasolini

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Idiome

[extrait]

 

 

Librairie José Corti, 2006

© Andrea Zanzotto pour le texte italien

Édité en Italie par Arnoldo Mondadori editore, Milano.

© José Corti pour le texte français.

Selected poems
Traduit de l’italien, du dialecte haut-trévisan (Vénétie) et présenté

par Philippe Di Meo    

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José Corti ICI

 

Notice bio&bibliographique

Andrea ZANZOTTO (1921-2011), natif de Pieve di Soligo, dans la région de Venise. Il est un des poètes les plus considérables de la deuxième moitié du XXème. En 1950, le Prix San Babila lui est décerné par un jury où siègent Giuseppe Ungaretti, Salvatore Quasimodo et Eugenio Montale.

 

 

EXTRAIT

 

en souvenir de Pasolini

 

 

Allant à l’école, dans le train,

entre Sacile et Conegliano

tu mangeais ton morceau de pain ;

je n’étais pas bien loin,

mais en ces temps-là, dix kilomètres étaient une immensité.

C’est pourquoi en ce temps-là,

deux garçons ne se sont jamais rencontrés.

Mais quand donc aurions-nous pu

nous trouver sous le même abri

d’une petite gare en plein champ

avec sa petite cloche qui fait ding, ding, ding

pour nous dire combien profond est le ciel clair –

            et, entre temps, heures, journées et saisons

            avec l’ombre qui écrit s’en vont,

            par les vitres, murets, prés et maisons,

            par les haies et partout dans les lieux écartés,

            racines et gribouillis ?

Mais quand donc, avant qu’arrive le train,

aurions-nous eu le temps

d’échanger deux ou trois mots,

les seuls qu’il peut donner sur cette terre

pour que nous nous connaissions un peu, un peu mais vraiment ?

 

            Plus tard, nous nous sommes parlés, nous nous sommes lus ;

            parfois, nous nous sommes querellés ou nous nous sommes tus,

            la vie nous a poussées sous des horions

            et des traquenards différents,

            moi, immobile, barbouillé de mes vers,

            toi partout avec ta passion pour tout ;

            mais il y avait pourtant un fil pour toujours nous lier :

            de ce qui importe, nous avions la même idée.

 

Je t’attendais ici, en haut où, encore,

avec leurs scintillements soupirent les alba pratalia

mais toujours plus pourris par en dessous et en dessus ;

toi, tu t’es porté avec courage

là où l’Italie délire davantage.

            Ah, pardonne-moi, si maintenant je ne sais te donner

            autre chose sinon ce marmottement, d’un vieil homme désormais…

 

            C’est seulement un pauvre effort, un tremblement,

            pour recoudre, et d’une certaine façon relier

            – un moment seulement, pour te saluer –,

            ce qu’ils ont fait de tes os, de ton cœur.

 

……………………………………………………………………… (pp.117/118)

 

 

 

 | © JOSE CORTI, 2006

 

 

Sacile (Frioul), Conegliano (Vénétie) : villes où les jeunes Pasolini et Zanzotto se rendaient respectivement au collège.

Alba pratalia : vers célèbres de la Cantilène véronaise, attestant du passage du latin à l’italien, cité par Pasolini comme par Zanzotto dans leurs œuvres respectives. Ces prés blancs sont une image, mieux, une allégorie de la page blanche et de l’écriture.

En haut : autrement dit, en Haute Italie : soit : Rome, le centre du pouvoir politique, objet d’un ressentiment traditionnel de la part des Italiens du nord, d’autant plus inexplicable qu’ils représentent 60% des élus du parlement italien.

De tes os de ton cœur : évocation de la mort de Pasolini : ses os avaient été brisés, son cœur avait éclaté sous les coups reçus attesta l’autopsie pratiquée par les médecins légistes.

 

 

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14/09/2016

Erri De Luca, l’écrivain des vents contraires : S'engager

 

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Ecrivain, traducteur et poète, Erri De Luca a tenu sa vie durant ses engagements politiques et littéraires : « ouvrir sa bouche pour le muet », donner les mots à ceux que l’on tente de faire taire.

 

27/05/2016

P. P. Pasolini, La rage - éditions Nous, 2016

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LA RAGE

La « force diagonale » avec Hannah Arendt, la « Survivance des lucioles » avec Georges Didi-Huberman, « organiser le pessimisme » avec Walter Benjamin… relire ces textes en ces temps où l’on n’a toujours pas « couper la mèche – avant que l’étincelle n’atteigne la dynamite » - revisiter les « Ecrits corsaires » du scandaleux P. P. Pasolini et son célèbre article du 1er février 1975, l’article de son pessimisme définitif et radical : « La disparition des lucioles ». Puis, parmi les nouveautés, « La rage », texte du film « La rabbia », enfin traduit pour la première fois en France aux Editions Nous. Retrouver ici un Pasolini en résistance, allié des minorités, à l’époque des dernières utopies, et avant sa rupture au début des années 1970 avec un cinéma plus métaphorique.

 

LA RAGE (La Rabbia), film sous-estimé par le grand public, produit par Gastone Ferranti (Directeur de la société Opus Film), est sorti en Italie en avril 1963. Construit à partir d’archives d’actualité des années 1950 et 1960, sa réalisation en deux parties convoque P.P. Pasolini et l’écrivain, journaliste et satiriste Giovannino Guareschi. Les deux hommes, dans leurs visions diamétralement opposées, sont conviés de répondre à la question: «Pourquoi notre vie est-elle dominée par le mécontentement, l'angoisse, la peur de la guerre, la guerre?». Avant la réalisation de ce film, Guareschi n'était pas prévu au projet. Ferranti dirigeait depuis de nombreuses années des images d'actualités non-utilisées qu'il confia à Pasolini pour le montage. Mais la version proposée par le cinéaste - le choix du sujet, le montage et les commentaires - ne sera pas validée. Liés par un contrat, néanmoins les deux hommes s'accorderont à faire suivre la version de Pasolini d'un volet supplémentaire, en le confiant à un autre auteur. Pasolini pensait aux journalistes Montanelli, Barzini ou Ansaldo, mais ce sera l'humoriste réactionnaire Guareschi qui assurera la deuxième partie du film. LA RAGE est en fait deux films en un: un film de Pasolini et un film de Guareschi, aux antipodes l'un de l'autre. La Rage restera en salles à peine quatre jours.

Film italien aujourd’hui presque oublié, en France les Éditions NOUS nous offrent la lecture d’un «journal lyrique et polémique à l’époque des dernières utopies pasoliniennes» (Roberto Chiesi). Comme l’écrivait Alberto Moravia, Pasolini a toujours «fait passer le poétique avant l’intellectuel», la critique littéraire avant l'essai idéologique. Scandaliser, blasphémer, on dira de l’écrivain, du cinéaste et du critique qu’il est «l’homme qui dit tout ce qu’il pense, l’homme de la transparence, de l’athéisme politique. Grâce à quoi, il était devenu une sorte de conscience publique pour les Italiens»[1].

Nous savons que presque toutes les œuvres de Pasolini ont fait l’objet de procès, de condamnations jusqu’à souffrir de la censure. Les insurrections de Pasolini sont nombreuses: contre l’homme-masse, contre le néo-fascisme parlementaire en tant que continuum du fascisme traditionnel, contre le «développement» et la montée du matérialisme capitaliste, contre la fossilisation du langage, contre la télévision qu'il comparait à l'invention d'une nouvelle arme «pour la diffusion de l'insincérité, du mensonge, du mauvais latin»[2]. Du temps des Scritti Corsari Pasolini ne pouvait tolérer l’idéologie hédoniste, car c’était pour lui tolérer « la pire des répressions de toute l’histoire humaine ».

Chacune de ses interventions polémiques pourrait se définir ainsi que ce que lui-même en disait: «d'être personnelle, particulière, minoritaire. Et alors?»[3].

Certaines séquences de LA RAGE seront abandonnées par le producteur, mais seront reprises par Pasolini dans la rédaction définitive du texte littéraire: «Cent pages élégiaques en prose et en vers et un tissu d'images en mouvement, photographies et reproductions de tableaux: dans le laboratoire du film La rage, Pier Paolo Pasolini expérimenta pour la première fois une forme différente de la narration filmique traditionnelle et des conventions du documentaire»[4].

27/05/2016

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© Nathalie Riera

 

 

[1] Pier Paolo Pasolini, Écrits Corsaires, éd. Champs Arts, 2009 – Traduit de l’italien par Philippe Guilhon – Philippe Gavi et Robert Maggioni, p.13.

[2] Pier Paolo Pasolini, La rage, éd. Nous, 2016 – Traduit de l’italien par Patrizia Atzei et Benoît Casas – Introduction de Roberto Chiesi Nouvelle édition en format poche, p.50.

[3] Écrits Corsaires, p.151.

[4] La rage (Roberto Chiesi), p. 7.

 

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ǀ LA RABBIA : Le film sur youtube

 

 

07/09/2015

Italo Calvino, Ermite à Paris (éditions NRF Gallimard, 2014)

 

Italo Calvino

 

 

« Les histoires que j’aime raconter sont toujours des histoires de recherche d’une intégration, d’un achèvement humain, auxquels parvenir à travers des épreuves à la fois pratiques et morales, au-delà des aliénations et des réductions imposées à l’homme contemporain. Je crois que c’est là qu’il faut chercher l’unité poétique et morale de mon œuvre. »

I. Calvino, Ermite à Paris (Pages autobiographiques), Nrf Gallimard, 2014 – (p. 21) –

 

« (…) si nous avons la capacité de penser en termes non nationaux mais mondiaux (c’est le minimum que l’on puisse demander à l’ère interplanétaire), nous pourrons être non pas des pions passifs de l’avenir, mais ses véritables ‘inventeurs’. »

I. Calvino, Ibid., (p.164)

 

 

« Ermite à Paris, Pages autobiographiques » réunit 19 textes d’Italo Calvino, dont un inédit « Journal américain » et un récit du même nom « Ermite à Paris » (publié en tirage limité en 1970). Le « Journal américain, 1959-1960 », au-delà d’un ensemble de lettres adressées à son ami Daniele Ponchiroli, est un document autobiographique « essentiel », selon Esther Calvino : « l’autoportrait le plus direct et le plus spontané ».[1]

Une naissance en 1923 à Santiago de las Vegas, petite ville cubaine de la Havane ; une enfance sur la côte Ligure, à San Remo ; puis un premier roman, en 1947, « Le sentier des nids d’araignée », Calvino connaîtra également une vie de résistant sur une dizaine d’années d’appartenance au Parti Communiste Italien (PCI). Il aurait pu choisir Milan, Rome, Florence, lui qui a passé enfance et adolescence sur une terre, la Ligurie « qui n’a d’une tradition littéraire que quelques fragments ou allusions »,[2] Calvino se fait « oiseau migrateur » et choisit Turin comme terre d’adoption – avant lui, l’écrivain et théoricien politique Antonio Gramsci se fera aussi Turinois d’adoption –. Le premier texte « Étranger à Turin » donne le ton, informe déjà le lecteur de la personnalité de l’écrivain. Pourquoi cette ville italienne plutôt qu’une autre ville ? Calvino est clair dans ses choix. En quelques lignes et en évoquant Piero Gobetti (« Turinois de pure tradition ») son choix repose sur son attrait pour « le Turin des ouvriers révolutionnaires (…) le Turin des intellectuels antifascistes ».[3] Ce sera l’attirance d’un Turin en rapport à une image « morale et civique » qu’il s’en fait. Mais Calvino connaît aussi un Turin littéraire de par son amitié avec Cesare Pavese. Comme il l’écrit, l’enseignement de Turin c’est en même temps et aussi l’enseignement de Pavese :

« Il est vrai que ses livres ne suffisent pas à rendre une image achevée de sa personne : parce que, chez lui, ce qui était fondamental c’était l’exemplarité du travail – voir comment la culture de l’homme de lettres et la sensibilité poétique se transformaient en travail productif, en valeurs mises à la disposition du prochain, en organisation et commerce d’idées, en pratique et école de toutes les  techniques qu’implique une civilisation culturelle moderne ».[4]

 

La vie dans la région du Piémont sera pour Calvino marquée par Pavese. Ce sera entre les deux hommes une amitié sans pareil. D’autres écrivains auront aussi leur importance, à des degrés variables : Alberto Moravia, Mario Tobino, Carlo Levi, et parmi ses écrivains de prédilection : Ernest Hemingway, Thomas Mann, Edgar Allan Poe, Mark Twain, Saul Bellow…

La passion de la politique, le journalisme (il écrit dans l’Unità), la littérature (il est rédacteur à la maison d’édition Einaudi en 1947), toutes ces activités participent à sa formation intellectuelle. À travers les lettres du « Journal américain », Calvino nous parle de sa « tâche d’ambassadeur de la culture italienne d’opposition » dans une Amérique où la bonne littérature est clandestine « dans les tiroirs d’auteurs inconnus », confie t-il. [5] Dans chaque ville visitée ou approchée des Etats-Unis (New York, Middle West, Californie, San Francisco, South West), Calvino se refuse à l’écriture de description de paysage, de monument ou de parcours touristique de la ville, peut-être du fait qu’il considère ce pays « d’une platitude sans issue »[6] : « Ces paradis terrestres où vivent les américains, je n’y vivrais pas, même mort ».[7] Il reconnait cependant en la ville de San Francisco être « la seule ville américaine qui ait une ‘personnalité’ au sens européen »[8]. Los Angeles, selon lui, demeure « le véritable paysage de l’Amérique ». Tout ce que voit Calvino passe au tamis de la critique, comme après sa visite d’un ranch en Californie. Nous sommes alors en 1960, quand il écrit :

« Toujours sans êtres humains, comme d’habitude dans l’agric. américaine : tout est fait par des machines, même le gaulage des noix. La récolte des oranges, en revanche, est confiée à un syndicat de Mexicains spécialisés. Là aussi j’ai vu des cow-boys, ils passaient entre des palissades qui, sur des étendues immenses, enclosent les vaches : elles ruminent, ennuyées, les aliments synthétiques qui leur arrivent par des conduits et qui sont dosés comme il faut par un moulin spécial. Jamais de leur vie les vaches ne verront une prairie, pas plus que les cow-boys. »[9]

 

L’intelligence « éclairante » de Calvino ne fait pas de place à la fioriture ou à la démesure de la pensée, les observations reposent sur des situations réelles, rapportées avec précision, comme cette journée du 6 mars 1960, à Montgomery, Alabama : « C’est une journée que je n’oublierai pas tant que je vivrai. J’ai vu ce qu’est le racisme, le racisme de masse, accepté comme une des règles fondamentales de la société. »[10]

Le 7 mars 1960, l’écrivain traverse l’Alabama et la Géorgie en autobus « à travers la campagne pauvre, les masures en bois des Noirs, les little towns désolées – on peut tristement constater que l’économie américaine n’a pas la moindre aptitude à résoudre les problèmes des zones sous-développées ; tout ce qui a été fait l’a été au temps du New Deal (…) et la prostration économique du Sud saute aux yeux (…) ».[11] Si Calvino se refusait d’écrire un livre sur l’Amérique, il n’a pas hésité à reconsidérer la question : « les livres de voyage sont une façon utile, modeste, mais pourtant complète, de faire de la littérature ».[12]

« Le communiste pourfendu » est le titre donné à un entretien de Carlo Bo avec Italo Calvino, le 28 août 1960. À la question de savoir si le fait de voyager est profitable pour un écrivain, nul doute : « Humainement, mieux vaut voyager que rester chez soi. D’abord vivre, ensuite philosopher et écrire. Il faudrait avant tout que les écrivains vivent avec une attitude à l’égard du monde qui corresponde à une plus grande acquisition de vérité. C’est ce quelque chose, quel qu’il soit, qui se reflètera sur la page et sera la littérature de notre temps ; rien d’autre. »[13] Dans ce même entretien, Calvino évoque ses « souvenirs de ligurien », son histoire politique qu’il définit comme être « d’abord une histoire de présences humaines ». Son adhésion au communisme ne prend appui sur aucune motivation idéologique, il s’agit plutôt pour lui « de partir d’une tabula rasa ». Communisme et anarchisme = recommencer à zéro. Mais Calvino démissionne du PCI l’été 1957, la politique ne sera plus pensée « comme une activité totalisante » : « Je pense aujourd’hui que la politique enregistre avec beaucoup de retard des choses qui se manifestent dans la société par d’autres biais et j’estime que souvent la politique réalise des opérations abusives et mystificatrices ».[14] Il quittera donc le Parti pour continuer la politique autrement, et ce en qualité de franc-tireur.

 

Une jeunesse sous le fascisme laisse des traces, « une ligne de jugement ne se forme qu’avec les années ».[15] Son premier souvenir politique (nous sommes en 1939) sera celui d’un socialisme frappé par des bandes fascistes organisées, les Squadristi. Périlleuse entreprise que celle d’écrire des souvenirs autobiographiques. Calvino se gardait de cette erreur commune à bien des écrivains, « la tendance à présenter sa propre expérience comme l’expérience ‘moyenne’ d’une génération et d’un milieu donnés, en faisant ressortir les aspects les plus communs et en laissant dans l’ombre ceux qui sont plus particuliers et plus personnels (…) Je voudrais à présent mettre l’accent sur les aspects qui s’écartent le plus de la ‘moyenne’ italienne, parce que je suis convaincu que l’on peut tirer toujours plus de vérité de l’état d’exception que de la règle ».[16] Les « Pages autobiographiques » s’élaborent autour de deux figures tutélaires : le père et la mère définis comme des « libres-penseurs ». Le conditionnement familial est un des éléments qui a conduit Calvino « à partager spontanément des opinions antifascistes, antinazies, antifranquistes, antibelliqueuses et antiracistes ».[17] L’engagement dans la lutte politique sera une réponse à un autre type de conditionnement, celui du « conditionnement historique ». L’expérience de l’histoire pour toute la génération d’Italo Calvino se démarque des générations précédentes. Sa génération « a été précocement dotée de ce sentiment de la continuité historique qui fait du véritable révolutionnaire le seul « conservateur » possible, c’est-à-dire celui qui, dans la catastrophe générale des vicissitudes humaines abandonnées à leur impulsion biologique, sait choisir ce qui doit être sauvé, défendu, développé, ce qui doit fructifier ».[18] Jusqu’à la fin de sa vie, Italo Calvino aura une haute reconnaissance pour « l’esprit partisan » qui, à son goût, répond à « une attitude humaine sans égale pour se mouvoir dans la réalité contrastée du monde ».[19]

 

« Ai-je été stalinien moi aussi ? » fait un retour sur les désillusions d’un communisme nouveau, et « Les portraits du Duce » nous parlent des vingt premières années de la vie de Calvino passées avec le visage de Mussolini : les portraits du Duce envahissent toute la sphère publique.

 

Après un idéal politique sans lendemain, il semble que chez Calvino il n’y ait pas eu de place pour un idéal littéraire. Dans un entretien avec Maria Corti, Calvino cite un extrait de « Giorni aperti » de Giorgio Caproni, un des auteurs qui l’aura le plus marqué, en réponse à ce que pourrait être son « idéal d’écriture ». Si le rêve de Calvino était d’avoir l’illusion d’être invisible dans une ville de n’importe quel pays, l’invisibilité semblait alors sonner chez lui comme un « idéal d’écrivain » :

« Je crois que la condition idéale de l’écrivain est (…) proche de l’anonymat ; c’est alors que l’autorité maximale de l’écrivain se développe, quand il n’a pas de visage, de présence, mais que le monde qu’il représente occupe tout le tableau (…) Aujourd’hui, au contraire, plus l’image de l’auteur envahit le terrain, plus le monde qu’il a représenté se vide ; puis l’auteur aussi se vide, et de tous les côtés il ne reste que le vide. »[20]

 

 

Septembre 2015 © Nathalie Riera – Les carnets d’eucharis

 

 

 

 

 

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Editions Gallimard

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[1] Ibid., p.11.

[2] (p.13).

[3] (p.14).

[4] (p.14).

[5] (p.66).

[6] (p.113).

[7] (p.114).

[8] (p.116).

[9] (p.120/121).

[10] (p.143).

[11] (p.150).

[12] (p.159).

[13] (p.160).

[14] (p.252).

[15] (p.167).

[16] (p.168).

[17] (p.184).

[18] (p.186).

[19] (p.187).

[20] (p.214).

01/05/2014

Vaclav Havel

 

Václav Havel

 

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Václav Havel

[1936-2011]

Photo  d’Ivan Kyncl

 

EXTRAIT

Prague au carré

(par Claudio Magris, revue Sigma, 2 mars 1978)

 


Dans les essais qu’il a écrits quand il était persécuté par le régime communiste alors au pouvoir, dans la Tchécoslovaquie envahie par les Soviétiques en 1968, Havel défendait la vie contre l’idéologie, distinguait infatigablement la vérité de l’apparence, en accusant le totalitarisme d’anéantir la première avec la seconde ; il luttait pour l’authenticité contre le mensonge, pour les valeurs contre la réduction de l’existence entière à la simple satisfaction des besoins, pour le sens de la vie et pour l’art qui l’exprime. Durant ces années-là, Havel luttait contre la dictature du communisme brejnévien, qui l’incarcérait, mais en même temps il se demandait si cette tyrannie n’était pas aussi la « caricature de la vie moderne en général » et si la situation en Tchécoslovaquie à cette époque n’était pas « en réalité une sorte de mémento pour l’Occident, qui lui dévoilait son destin latent ».

  

 

■ Claudio Magris

Alphabets, Ed. Gallimard/L’Arpenteur, 2012

Traduit de l’italien par Jean et Marie-Noëlle Pastureau

 

 

 

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À CONSULTER

[L’ESPRIT DE L’ESCALIER] 

Václav Havel et la vie dans la vérité

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Alda Merini - La Terra Santa

 

 

34

 

Nous avons nos nuits insomniaques…

 

Les poètes proclament le vrai,

ils pourraient être dictateurs

et sans doute aussi prophètes,

pourquoi devons-nous les écraser

contre un mur incandescent ?

Et pourtant les poètes sont inoffensifs,

L’algèbre douce de notre destin.

                      Ils ont un corps pour tous

                      et une mémoire universelle,

                      pourquoi devons-nous les arracher

                      comme on déracine l’herbe impure ?

Nous avons nos nuits insomniaques,

les mille calamiteuses ruines

et la pâleur des extases du soir,

nous avons des poupées de feu

comme Coppélia

et nous avons des êtres turgescents de mal

qui nous infectent le cœur et les reins

parce que nous ne nous rendons pas…

 

Laissons-les à leur langage, l’exemple

de leur vivre nu

nous soutiendra jusqu’à la fin du monde

quand ils prendront les trompettes

et joueront pour nous.

 

 

 

ALDA MERINI...........................

 

 

et ligne après ligne/and line after line

 

Du côté de chez…

Alda Merini

 

© ALDA MERINI | © Cristinapigna *

 

La terra santa

Oxybia Editions

2013

  

 

*  Frammento tratto dal film documentario di Antonietta de Lillo LA PAZZA DELLA PORTA ACCANTO conversazione con Alda Merini

 

 

 

 

 

Abbiamo le nostre notti insonni…

 

I poeti conclamano il vero,

potrebbero essere dittatori

e forse anche profeti,

perché dobbiamo schiacciarli

contro un muro arroventato ?

Eppure i poeti sono inermi,

l’algebra dolce del nostro destino.

                      Hanno un corpo per tutti

                      e una universale memoria,

                      perché dobbiamo estiparli

                      come si  sradica l’erba impura ?

Abbiamo le nostre notti insonni,

le mille malagevoli rovine

e il pallore delle estasi di sera,

abbiamo bambole di fuoco

cosi come Coppelia

e abbiamo esseri turgidi di male

che ci infettano il cuore e le reni

perché non ci arrendiamo…

Lasciamoli al loro linguaggio, l’esempio

del loro vivere nudo

ci sosterrà fino alla fine del mondo

quando prenderanno le trombe

e suoneranno per moi.

 

...............................

 

La Terra Santa - Alda Merini

 

 

 

 

_______________

 

ALDA MERINI
Poème extrait de “La Terra Santa”, préface de Flaviano Pisanelli

Traduction de Patricia Dao

(Editions Oxybia, 2013)

SITE EDITEUR : http://oxybia.free.fr/

 

 

 

 

 

À CONSULTER

 

[LES CARNETS d’eucharis] 

 une lecture de NATHALIE RIERA

Alda Merini, « de sa fièvre amoureuse »

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27/02/2014

Antonio Prete

[… le traducteur se meut surtout dans l’univers de sa langue : c’est là qu’il doit trouver toutes les ressources, les capacités d’invention et les moyens de construire un système d’équivalences avec le texte original. C’est pourquoi l’horizon véritable de la pratique du traduire est l’imitation – au sens exact de mimêsis – par laquelle c’est sa propre langue qui est mise en jeu, jusqu’à l’extrême. La traduction comme imitation : construction d’un univers linguistique parallèle, réverbération du premier, mais aussi son contrepoint dialogique, réplique et réinvention tout à la fois. Correspondance, mais dans l’autonomie. Relation profonde, mais dans l’infidélité.

Et c’est aussi pour cela que la traduction appartient à l’écriture, en est un genre particulier, comme la poésie, le roman, l’essai.]

 

et ligne après ligne/and line after line

 

Du côté de chez…

Antonio Prete

 

©INTERNET | Antonio Prete

                                                                 

« À l’ombre de l’autre langue.

Pour un art de la traduction »

Editions Chemin de ronde, 2013 –

Dessin original de couverture de Catherine Chevolleau

Traduit de l’italien par Danièle Robert

 

 

 

 

 

 

 

… le traducteur part non pas d’une possibilité de compréhension directe de l’autre langue mais de sa différence, de son éloignement. C’est cet éloignement que le traducteur doit, pour Leopardi, ne pas abolir artificiellement mais laisser entrevoir dans la langue d’arrivée ; d’où sa polémique à propos des traductions modernisantes qui font passer le texte original dans les outils linguistiques du moment, le déguisement en une contemporanéité qui annule l’effet d’éloignement : dans certaines traductions françaises du XVIIe siècle, Anacréon, dit Léopardi, est « un Grec habillé à la parisienne, ou plutôt un Parisien monstrueusement habillé à la Grecque ». Dans ce cas, la langue du traducteur ne s’adapte pas pour recevoir l’autre langue, c’est au contraire un chemin opposé qui s’effectue, c’est-à-dire que l’autre langue s’adapte aux modes, aux formes, au goût de la langue du traducteur ainsi qu’ils apparaissent conventionnellement au moment où il traduit. De cette façon c’est non seulement le caractère propre du texte original mais même le timbre du traducteur qui est aboli. Une adaptation qui n’est plus « réflexion » d’une langue dans l’autre, mais annexion, phagocytage, incorporation d’une expérience linguistique – de son éloignement et sa différence – dans les formes prédominantes, usuelles, historiquement reconnaissables, d’une autre langue. La présence « réfléchie » de l’autre langue dans la chambre noire de sa propre langue maintient au contraire, dans un équilibre précieux même si difficile, obscur, provisoire et abstrait, la richesse d’une relation, le surprenant bonheur d’un dialogue.

(p.24/25)

 

 

Parfois, devant telle traduction particulièrement réussie, on est tenté de renoncer à en proposer une nouvelle : pourquoi retraduire « The Rime of  the Ancient Mariner » de Coleridge, « Orpheus, Eurydike, Hermes » de Rilke ou « Le Cimetière marin » de Valéry ? Pourquoi ne pas reproposer les belles traductions existantes devenues classiques, afin de consacrer ses forces à des textes peu connus, écrits par ces mêmes poètes ou par d’autres rarement traduits, voire jamais ? Je crois que ce qui prévaut, finalement, dans le choix d’un traducteur comme dans ceux d’un poète, c’est justement le dialogue, la confrontation avec ce qui nous a précédé et, d’autre part, le désir de se colleter à la langue, d’entreprendre un combat avec l’ange de la langue.

Ce sentiment s’accompagne cependant de la conscience du fait que toute traduction est provisoire, que c’est un passage, une allusion à l’impossibilité de réaliser une traduction parfaite. La multiplicité des traductions est en quelque sorte la réplique de la pluralité des langues, le redoublement à l’infini de cette pluralité. Si la traduction idéale n’est qu’une « imitation pleine et parfaite » (selon la définition même de Leopardi), toute expérience de traduction se place comme une petite borne sur ce chemin. La recherche n’est jamais décisive, ne touche jamais vraiment au port. C’est pourquoi l’imperfection est l’horizon exact du traducteur.

 

(p.69/70)

 

 

Antonio Prete...............................

 

 

A l’ombre de l’autre langue. Pour un art de la traduction.

 

Fruit d’une rencontre privilégiée entre deux langues, deux histoires propres, deux sensibilités, la traduction a pour but, par les vertus d’hospitalité, d’écoute, d’imitation, de musicalité, d’imagination, de transposition, non de pâlement copier le texte original — bien qu’elle prenne corps à son ombre — mais d’opérer sa pleine et entière métamorphose. Elle est ainsi la meilleure interprétation que l’on puisse donner d’une œuvre littéraire, le plus bel hommage rendu à sa force et un véritable acte de création.

C’est ici ce que développe Antonio Prete, à la lumière d’abord de Leopardi et de Baudelaire, auxquels il associe dans ses réflexions sur l’acte de traduire d’autres écrivains : Cervantes, Borges, mais aussi Mallarmé, Rilke, Jabès, Bonnefoy (qu’il a traduits) et Benjamin.

Dans À l’ombre de l’autre langue son propos n’est pas tant de proposer une théorie du traduire que d’interroger, du point de vue du poète, prosateur, exégète et praticien fervent de la traduction qu’il est lui-même, la relation intime qui s’établit entre un traducteur et un auteur et ce qui se joue alors ; ce qui lui fait dire : « Traduire un texte poétique a la même intensité qu’une expérience amoureuse. »

 

 

« L’Ordre animal des choses »

Editions Chemin de ronde, 2013 –

Dessin original de couverture de Catherine Chevolleau

Traduit de l’italien par Danièle Robert

 

 

 

ZENZISQUE

… Le zenzisque aime exercer son aiguillon contre les dérivés du bois, en particulier le papier, qu’il soit imprimé ou manuscrit, et avec une persévérance telle qu’il finit par pulvériser l’objet… les entomologistes, on le sait, décrivent les caractéristiques d’un autre insecte dit insecte typographe, dont les larves déposées dans l’écorce d’un arbre, font un élégant dessin, qui pourrait être la matrice d’une xylographie (et cette action donne son nom à l’insecte). Or, notre zenzisque agit au contraire à la fin du processus, là où le bois est devenu papier ; en outre son action n’a pas pour but de dessiner des figures mais d’effacer tout signe.

 

(p.24)

 

 

 

L’Ordre animal des choses

 

L’ordre animal des choses est caché dans les plis du pouvoir humain sur le monde. Ouvert à la mémoire et à l’imaginaire, il est son contrepoint secret, et comme innocent : sans le moi, habité par le silence des origines, dont les hommes sont exilés. Maintenant intacte la force initiale de la présence, il fait se croiser des animaux réels, mythiques, fantastiques, et quelques humains.

Dans les récits qui composent L’Ordre animal des choses Antonio Prete nous invite à parcourir un univers parallèle à celui qui pour la plupart d’entre nous est seul à exister. Univers où les repères soudain sont perdus — les certitudes abolies, les points de vue modifiés. Il revient là au cœur des thèmes qui parcourent son œuvre, fondent sa réflexion : le sentiment d’étrangeté, d’éloignement, la nostalgie (celle d’abord d’une pureté perdue), la frontière entre nature et culture, la relation entre l’animal et l’humain, ses porosités — la clé de voûte de l’ensemble étant le langage, véritable instrument de métamorphose.

Passant de la gravité à la légèreté, de la mélancolie à l’humour, sa phrase incarne cette mise en crise d’un monde sûr de son pouvoir dont elle redessine les contours grâce au regard porté sur lui par des êtres qui parlent une autre langue. Labile, inventive, elle offre une fresque subtile, toute de correspondances, dont la contemplation nourrit les parts les plus rêveuses de notre esprit.

 

 

 

Antonio Prete

Professeur de littérature comparée à l’université de Sienne, Antonio Prete est un spécialiste majeur de Leopardi : il a édité ses Operette morali et Pensieri et lui a consacré plusieurs essais. Traducteur de Mallarmé, Valéry, Jabès, Bonnefoy, Rilke, d’abord de Baudelaire (une traduction très remarquée des Fleurs du mal en 2003), il a également fait paraître de nombreux ouvrages de poésie et de fiction. Conjointement publiés aux éditions chemin de ronde, L’Ordre animal des choses et À l’ombre de l’autre langue affirment en France la singularité de son œuvre.

 

 

Sur le site : les éditions chemin de ronde

 | © www.cheminderonde.net

 

les éditions chemin de ronde

campagne Saint-Jean

84160 Cadenet

04 90 08 59 62

 

| © contact@cheminderonde.net

 

 

 

 

 

 

 

27/01/2014

Anna Toscano - Ritratti di Poesia, 2012 (seconda parte)

Franco Marcoaldi

 [Que dis-tu ? Que si je t’embrasse fort fort, j’ai quelque chance de plus d’échapper à la mort ?]

 

 

 

Dernières Parutions

2013

Editions de Corlevour

 

 

Franco Marcoaldi

 

 

©INTERNET | Franco Marcoaldi (à gauche) avec l’acteur Toni Servillo

                                                                 

« Le temps désormais compté »
Traduit de l’italien par Roland Ladrière.

 

 

 

Une lecture de Philippe Leuckx

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Italien d’Orbetello, né en 1955, a écrit une quinzaine de livres, essentiellement des poésies, chez Einaudi et Bompiani. Il a, entre autres, obtenu plusieurs prix importants : le Viareggio pour « A mouche aveugle », le Prix Pavese pour « Animaux en vers », et pour ce recueil, traduit par Roland Ladrière, le Prix international LericiPea, en 2008.

Un poète, aux prises avec le temps, voilà un thème très souvent exploité, mais Franco Marcoaldi en donne une exploration à la fois intimiste et universelle. Sous l’égide de Paul, dans sa « Première épître aux Corinthiens », il cerne « ce temps désormais compté » dans les anses, les obscurités et les clartés de l’existence. Une approche ontologique donne même à penser que ce poète, par des côtés très lisible et très réaliste, sait aussi instiller à ses textes une bonne dose de réflexion voire de philosophie. L’existence nous est comptée, dès lors faut-il en assumer la charge ? Ou veiller à l’oublier dans les rets de la vie ordinaire ?

Dans une écriture qui alterne tout petits poèmes de quelques vers et longues laisses plus descriptives, l’auteur décline ses passions : l’archéologie du proche et la prise en compte des grands défis de l’existence, prise entre fête et mort.

La maison du poète est centrale : qu’elle soit reposoir d’écriture ou demeure natale à reconquérir dans la trame de ses vers. Le poète luministe happe des lueurs, des ambiances, renoue avec un temps de jadis :

 

Car quelque chose éternellement circule dans l’air –

va et vient.

Il suffit de desserrer

les cordages, de laisser couler

le temps sur ses tempes,

                                   sans frayeur.

 

La maison devient pour ce passager du temps  un « protectorat/ vaste et étriqué » et la figure du père, avec lequel il a conclu « avant que tu meures…une paix profonde et durable », traverse l’air natal, suscite une quête profonde, comme s’il fallait plonger aux racines de l’être familial qu’il est.

Cette paix, cette « sérénité », ce travail à l’ombre sur un temps qu’il faut exhumer et ramener au jour de l’écriture sont autant de repères que le poète de « Amore non amore » se donne pour avancer, peu à peu, dans la nasse de Chronos.

Le reflet, le miroir, la quête sont au cœur du livre : même les passants et les chiens ordonnent sa pensée et la route appelle les pas. « La marche », sans doute, pour affronter les distances avec ce temps « circulaire », quitte à se « brûler » à l’intensité d’un réel, qui chauffe la course et attise l’heure de vivre.

Car « Il n’y a qu’à vivre,/au fond » ou, dernier jalon d’une précieuse aventure avec soi : « De commencer à vivre,/ voilà de quoi il s’agit », vers qui closent le beau livre.

« Une faim de la vie » insuffle à ces poèmes un supplément d’âme et de lucidité et pourtant, il a dû en découdre avec les contraintes, avec les limites d’une existence parfois bien étriquée – cette chambre qu’on partage avec une flopée de frères et sœurs -, et pourtant, « le temps qui s’ouvre » laisse planer l’issue d’un jour « idéal pour mourir/ apaisé ».

À flairer le temps chez ses contemporains ou au contact d’illustres anciens (Saint Augustin), le poète nous parle, comme un ami pourrait avec lucidité et ferveur vous enjoindre à plus de clairvoyance encore et le lecteur sort du livre, conquis par l’élégance de la réflexion, des images qui tressent ce temps, à la fois familier et collectif, entre jugement de moraliste et inquiétude d’homme vivant.

La traduction est magnifique d’aisance.

Un bien beau livre.

 

Philippe Leuckx

© Les Carnets d’Eucharis

Janvier 2014

CLIQUER ICI

 

 

 

 

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SITES A CONSULTER

FRANCO MARCOALDI

 Site : EDITIONS DE CORLEVOUR

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 Site : ITALIAN POETRY

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18/01/2014

Pier Paolo Pasolini

 


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« Pasolini représente une mémoire, la mémoire d’un pays déchiré entre tradition et développement économique, entre un passé paysan et ouvrier et un présent post capitaliste dans lequel progrès et développement ne sont pas forcément des synonymes. Cette mémoire, vive, s’est exprimée et s’exprime à travers les nombreuses commémorations et célébrations organisées depuis novembre 1975 à l’intérieur et à l’extérieur de la Péninsule.

 

Mais Pasolini représente également un héritage pour nombre d’artistes du passé récent, du présent et sûrement du futur, qui ont su et voulu puiser dans une œuvre immense, complexe, toujours à la frontière entre la réalité et le rêve, l’histoire et l’utopie, tout un répertoire d’images, de raisonnements et de valeurs universelles que notre poète-cinéaste nous a laissé dans son corpus. Il s’agit de cinéastes, d’intellectuels, de poètes, d’écrivains, de chorégraphes, d’artistes qui, sans constituer d’école et des quatre coins du monde, se sont retrouvés à créer en partant du sens esthétique et de la sensibilité de quelqu’un qui, par ailleurs, n’a jamais voulu être un maître ou un père, mais plutôt un « frère aîné ». Pasolini donc comme un « maître sans école », comme un point de départ pour faire évoluer – au-delà de tout type de frontière – l’acte de création, pour essayer de lire « différemment » notre temps, notre réalité sans préjugés et surtout sans la prétention de vouloir prononcer une Vérité définitive et ultime. »

 

Extrait de : « Pasolini : les héritages d’un maître sans école »

Flaviano Pisanelli – conférence du 28 mai 2013 au cipM

 


 

 

Cahier du Refuge
Pier Paolo Pasolini

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cipM, juin 2013

 

 


cipM

Sur le site : Le Cahier du Refuge

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15/12/2013

Antonio Pizzuto

 

 

ANTONIO PIZZUTO

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© Écrivain sicilien

 

 

 

Antonio Pizzuto / 1893-1976

 

 

EXTRAIT

LE TRIPORTEUR et autres proses / IL TRICICLO

(traduit de l’italien, présenté et annoté par Madeleine Santschi)

postface de Gianfranco Contini

L’Age d’homme, Lausanne, 1987

 

 


 

Grand-mère[1] 

 

Erice, odorants la sauge ses paradis, en bas de l’escarpement la mer crêpue immobile[2], essuyées comme vaisselle les routes spirales[3], portes et impostes fermées, y dedans cours où minuscules lunes d’eau dans les très profonds puits en échos, bien rare dans la symétrique citerne[4], au milieu quelque arbre, mur sur mur les liserons, issues secondaires sur candide ruelle parmi vertes persiennes opposées aux principales[5]. Pendaient du blanchi plafond à poutres, par familles, grappes maures nil or s’empergolant, au licou les oblongs fromages, abeilles buridanes tout autour, moucherons en poussière[6]. Les coups de l’heure quarte, pas solitaires violent silence après midi plus lourd dans la générale torpeur[7], et de s’apprêter en son lieu la fanfare, ordre carré, bouches contre anches, cymbales pour entrer en collision, prête la mailloche pour frapper grosse caisse. S’étant faits furibonds les regards et universellement centripètes, levée la main s’abattant pour fendre[8], explosaient les cuivres avec grand éternuement, caverneux parcheminé grondement, d’où frémissements ventraux pour ceux dans le passage ère d’aile[9], dans chaque silence vils les nasillards clairons. Au son de l’énergique marche conventionnelle diffuse dans l’enceinte citadine, demeure par demeure surgissaient les contribuables vers ablutions a cappella[10], contrepointant d’éclaboussements les tymbales, solfiant la laborieuse brosse, il y avait balancement dans les diamantifaires lampadaires. Déposés ensuite les instruments, revenaient les musiciens artisans[11], vers enclumes établis étaux, évident le s’acheminer vers l’ensoleillé de tous ceux auparavant réveillés par le massif souffle[12].

 

[…]

------------------------------ (p. 35/37)

 

 

Erice, odoranti di salvia i suoi paradisi, ingiù dallo scosceso il mare cresputo immobile, terse come stoviglie le strade spirali, ingressi ed imposte chiusi, laddentro cortili dove minuscole lune l’acqua nei profondissimi pozzi in echi, ben scarsa entro cisterna simmetrica, framezzo qualche albero, mura mura convolvoli, secondari usci su candida viuzza tra verdi persiane opposti a quelli maestri. Pendevano da imbiancato soffito a travi, per famiglie, grappoli mori nilo aurei impergolando, in capestro oblunghi formaggi, api buridane intorno, moscerini pulviscolosi. I rintocchi di quarta ora, passi solitari a violar silenzio dopo mezzogiorno più greve nel generale sopore, ed apparecchiarsi in suo luogo la banda, ordine quadrilungo, bocche contro ance, piatti per collidere, pronta  mazzuola da picchiare grancassa. Fattisi gli sguardi furibondi e universalmente centripeti, levata mano calando per fendente, esplodevano ottoni con gran sternuto, cavernoso pelliccio rombo, onde ventrali fremiti cui nel passaggio era d’ala, in ogni zittita alacri i clarini nasardi. All’energica Marcia convenzionale diffusa nel circuito cittadino, dimora per dimora sorgevano I contribuenti verso abluzioni accappella, contrappuntando di sbruffi le timballate, solfeggiava operosa spazzola, c’era dondolo in diamantiferi lampadari. Dismessi poi gli strumenti, tornavano I sonatori artigiani, da incudini deschetti morse ovvio l’incamminarsi all’aprico quanti dianzi desti il mazzicato soffio.

 

 

                                                                                                    

SITE À CONSULTER :

Madeleine Santschi

Culturactif

 

 



[1] Tiré de « Testamento » (Il Sagggiatore di Alberto Mondadori, Milan 1969) : d’une fin de journée à une autre, l’évocation d’une grand-mère, du lieu en Sicile où P. passait ses vacances.

[2] La mer comme elle apparaît du sommet du mont où est situé Erice.

[3] La route en lacet qui relie la mer à Erice.

[4] Pour indiquer l’aspect mystérieux de la bourgade close sur ses patios dans lesquels seule miroite parfois l’eau au fond des puits.

[5] Issues.

[6] Le raisin et les fromages accrochés aux poutres.

[7] Le réveil après la sieste.

[8] Mimique de la fanfare.

[9] Les sons bruyants pour ceux qui sont près mais caresse pour les autres.

[10] Toute la population entraînée par la musique.

[11] Le concert terminé les artisans musiciens retrouvent leurs occupations coutumières.

[12] Toute la population est désormais réveillée.

 

10/11/2012

Pier Paolo Pasolini

PIER PAOLO PASOLINI

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©

 

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Pier Paolo Pasolini / macchina da scrivere

 

 

EXTRAIT

Qui je suis / Poeta delle ceneri

(traduit de l’italien, présenté et annoté par Jean-Pierre Milelli)

Arléa, éditions, 2004

 

 


 

[…]

 

 

Voilà, ce sont les œuvres que je voudrais faire,

qui sont ma vie future – mais aussi passée –

et présente.

Tu sais – je te l’ai dit, vieil ami, père

un peu intimidé par le fils, hôte

allophone puissant aux humbles origines –

que rien ne vaut la vie.

C’est pourquoi je ne voudrais que vivre,

même en étant poète,

parce que la vie s’exprime aussi par elle-même.

Je voudrais m’exprimer avec des exemples.

Jeter mon corps dans la lutte.

Même si les actions de la vie sont expressives,

l’expression, aussi, est action.

Non pas cette expression de poète défaitiste,

qui ne dit que des choses

et utilise la langue comme toi, pauvre,

direct instrument ;

mais l’expression détachée des choses,

les signes faits musiques,

la poésie chantée et obscure,

qui n’exprime rien sinon elle-même,

selon l’idée barbare et exquise

qu’elle est un son mystérieux

dans les pauvres signes oraux d’une langue.

 

[…]

 

il n’y a pas d’autre poésie que l’action réelle

(tu trembles seulement quand tu la retrouves

dans les vers ou dans les pages de prose,

quand leur évocation est parfaite).

Je ne ferai pas cela de bon cœur.

J’aurai toujours le regret de cette autre poésie

qui est action elle-même,

dans son détachement des choses,

dans sa musique qui n’exprime rien

sinon son aride et sublime passion

pour elle-même.

 

         Eh bien, je vais te confier,

avant de te quitter,

que je voudrais être compositeur de musique,

vivre avec des instruments

dans la tour de Viterbe que je n’arrive pas

à acheter,

dans le plus beau paysage du monde, où l’Arioste

serait fou de joie de se voir recréé avec toute

l’innocence des chênes, collines, eaux et ravins,

et là, composer de la musique,

la seule action expressive

peut-être, haute, et indéfinissable

comme les actions de la réalité.

 

 

------------------------------ (p. 50/52)

 

 

 

Ecco, queste sono le opere che vorrei fare,

che sono la mia vita futura – ma anche passata

- e presente.

Tu sai, tuttavia te l’ho detto, anziano amico, padre

Un po’ intimidito dal figlio, ospite

Alloglota potente dalle umili origini,

che nulla vale la vita.

Perciò io vorrei soltanto vivere

pur essendo poeta

perché la vita si esprime anche solo con se stessa.

Vorrei esprimermi con gli esempi.

Gettare il moi corpo nella lotta.

Ma se le azioni della vita sono espressive,

anche l’espressione è azione.

Non questa mia espressione di poeta rinunciatario,

che dice solo cose,

e usa la lingua come te, povero, diretto strumento ;

ma l’espressione staccata dalle cose,

i segni fatti musica,

la poesia cantata e oscura,

che non esprime nulla se non se stessa,

per una barbara e squisita idea ch’essa sia misterioso suono

nei poveri segni orali di una lingua.

 

 

[…]

 

 

non c’è altra poesia che l’azione reale

(tu tremi solo quando la ritrovi

nei versi, o nelle pagine in prosa,

quando la loro evocazione è perfetta).

Non farò questo con gioia.

Avrò sempre il rimpianto di quella poesia

che è azione essa stessa, nel suo distacco dalle cose,

nella sua musica che non esprime nulla

se non la propria arida e sublime passione per se stessa.

Ebbene, ti confiderò, prima di lasciarti,

che io vorrei essere scrittore di musica,

vivere con degli strumenti

dentro la torre di Viterbo che non riesco a comprare,

nel paesaggio più bello del mondo, dove l’Ariosto

sarebbe impazzito di gioia nel vedersi ricreato con tanta

innocenza di querce, colli, acque e botri,

e li comporre musica

l’unica azione espressiva

forse, alta, e indefinibile come le azioni della realtà.

 

 

 

 

 

                                                                                                    

 

 

 

SOURCE TEXTE :

PIER PAOLO PASOLINI/TUTTE LE OPERE

Poesie varie e d’occasione, (p.1287/1288)

Edizione diretta da Walter Siti – Tomo secondo

Arnoldo Mondadori Editore, 2009

 

 

22/10/2012

P. P. Pasolini, entretiens avec Jean Duflot

 

Pier Paolo PASOLINI

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 P. P. Pasolini

 

EXTRAIT

Entretien avec Jean Duflot

 

 


- (…) à Venise, l’an passé, un critique français vous a demandé quelles solutions vous proposiez à cette crise permanente des rapports de production au cinéma. Vous avez suggéré l’autogestion ?

 

- Je visais surtout le festival de Venise, et son organisation de foire commerciale. J’ai simplement souligné que le règlement administratif du festival de Venise, actuellement en vigueur, n’est autre que le code fasciste. Je tenais à mettre en évidence qu’il s’insérait dans le cadre d’un Etat bureaucratique, centralisateur et en conséquence répressif. Entre autres, le directeur de la Mostra est élu à Rome, ce qui implique qu’il soit en très bons termes avec les autorités centrales : il est en quelque sorte le produit de multiples compromis entre les partis, ou plus exactement l’élu d’un parti dominant.

De fait, dans un pays où la démocratie chrétienne a régné pendant longtemps, on s’est cru obligé de nommer des directeurs « démo-chrétiens » parmi lesquels il n’est pas étonnant de trouver des hommes d’une haute ignorance. A l’époque du fascisme, naturellement, les directeurs étaient fascistes. A présent, avec l’avènement du parti socialiste, nous avons eu Chiarini : c’est une nette amélioration ; mais qui peut garantir qu’avec le retour d’un fascisme quelconque le festival ne connaîtra pas de nouveau une direction néo-fasciste ? L’objectivité de la lutte que nous avons menée à Venise était d’empêcher que le directeur soit nommé d’en haut, de sorte que la légalité du festival ne dépende plus d’arrêtés gouvernementaux. Bref, que l’élection et le règlement du festival soient le résultat d’une concertation des travailleurs et des auteurs de cinéma : nous demandions une gestion interne, l’autogestion du festival et une décentralisation permettant un premier pas vers d’autres changements. C’était là une revendication strictement démocratique.

 

 

 

 

■ Pier Paolo Pasolini, Entretiens avec Jean Duflot

Ed. Gutenberg, 2007

Ernesto Sabato par Claudio Magris

 

ERNESTO SABATO

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 Ernesto Sabato Buenos Aires en 2005 par Eduardo Longoni.jpg

Ernesto Sabato

[à Buenos Aires, 2005]

par Eduardo Longoni

 

EXTRAIT

Ernesto Sabato et les deux écritures

(par Claudio Magris, Corriere della Sera, 2 avril 2000 et 17 avril 2002)

 

 


La grandeur créatrice et humaine de Sabato réside dans la rigueur avec laquelle il a respecté les deux vérités, la diurne et la nocturne, sans les confondre et sans faire de l’une un alibi pour déformer l’autre. De ce point de vue, il constitue une exception rare parmi les écrivains, qui sont parfois des margoulins. Souvent celui qui professe – avec une véritable honnêteté intellectuelle ou avec une rhétorique fausse – la vérité diurne et affirme des valeurs positives se fait le douanier vigilant de la moralité et barre la route aux vérités de la nuit parce qu’il a peur de les regarder ou en est incapable. Celui qui au contraire fait profession de fréquenter les ténèbres, le gouffre obscur où tout se confond, en profite souvent, même de jour, pour se soustraire à tout choix moral, pour imposer sa domination sur les autres, en s’attribuant un permis de transgression qui autorise toutes les bassesses, toutes les prétentions et toutes les arrogances. Sabato, lui, descend dans le noir, là où l’on découvre qu’il n’est pas très important de savoir combien font deux et deux et que parfois cela peut même faire cinq, mais quand il remonte à la surface il n’en profite pas pour tricher sur l’addition et ne pas payer ce qui est dû aux autres. Et quand il entre en lice, il ne le fait pas, comme tant de ses confrères, en se limitant à protester dans les manifestations ou dans les salons, à signer des pétitions ou à lancer des invectives, mais en mettant en jeu sa vie, son temps, son travail.

Il ne s’est pas contenté de signer des appels contre les bourreaux de la junte militaire argentine mais, en tant que Président de la Commission d’enquête sur les personnes disparues en Argentine pendant la dictature, il a travaillé concrètement, en sacrifiant son écriture, pour reconstituer l’existence, l’itinéraire et le sort de beaucoup de desaparecidos, pour savoir comment et où étaient morts Untel ou Untelle, avec le sentiment humain et poétique de l’individualité unique et non interchangeable de chacun de ces noms et de ces destins perdus. C’est ce respect, humble et intrépide à la fois, pour chacun qui constitue sa grandeur humaine, à des années-lumière de la risible suffisance narcissique fréquente chez tant d’écrivains, surtout parmi ceux de second ordre mais aussi chez quelques uns des plus doués.

 

 

 

 

 

                                                                                                    

 

 

 

■ Claudio Magris, Alphabets, Ed. Gallimard/L’Arpenteur, 2012

Traduit de l’italien par Jean et Marie-Noëlle Pastureau

 

 

 

16/09/2012

Eugenio Montale & Annalisa Cima (traduits par Raymond Farina)

 

HOMMAGE  A  EUGENIO  MONTALE

 

                                         ET ANNALISA  CIMA

 

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© traduits par Raymond Farina

 

 

montale&cima par Carmelo Bene.jpg

Annalisa Cima & Eugenio Montale

[par Carmelo Bene]

 

 

 

EUGENIO MONTALE

Sans coup de théâtre/Senza colpi di scena

 

 

Les saisons

ont presque disparu.

Tout cela n’était qu’un jeu trompeur des Esprits

de l’Ether.

 

Il ne nous est pas possible de vivre

par instants, par à-coups, par échappées

et en escapades longues et brèves.

 

Qu’on soit vivants ou morts, la balançoire

ne pouvait durer plus que l’éternel

le si fugace âge de notre enfance.

 

Voici que commence le cycle de la stagnation.

Les saisons ont fait leurs adieux

sans salamalecs ni cérémonies, lasses

de leur roulement. Nous ne serons plus

tristes ou heureux, oiseaux de l’aube ou de la nuit.

Nous ne saurons même plus

ce qu’est savoir et non savoir, vivre

presque ou pas du tout. C’est vite dit,

pour le reste nous nous en tiendrons au fait.

 

 

Le stagioni

sono quasi scomparse.

Era tutto un inganno degli Spiriti

Dell’Etere.

 

Non si può essere vivi

a momenti, a sussulti,a scappa e fuggi

lunghi o brevi.

 

O si è vivi o si è morti, l’altalena

non poteva durare oltre l’eterna

fugacissima età della puerizia.

 

Ora comincia il ciclo della stagnazione.

Le stagioni si sono accomiatate

senza salamelecchi o cerimonie, stanche

dei loro turni. Non saremo più

tristi o felici, ucelli d’alba o notturni.

Non sapremo nemmeno

che sia sapere e non sapere, vivere

o quasi o nulla affatto. È presto detto,

il resto lo vedremo a cose fatte.

 

 

Poème extrait de “Diario del 71 e del 72”

(Mondadori, Milan, 1973)

 

 

 

annalisa2.jpg

 

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ANALISA CIMA

Le tout et le rien/Il tutto e il nulla

 

 

Il ricane le temps rapace qui sait

combien il est pour nous inutile de croire

en notre étoile, inutile de passer

notre vie à jouir, car s'approche déjà

le jour de la douleur ainsi que de l'absence.

Démence des dieux cruels

qui nous laissèrent sous la coupe

d'un destin si obtus.

Devant la mort de nos amis

devant l'injure et le délire

de celui qui tourmente hommes et malheureux

toutes nos fibres se brisent dans la douleur.

C'est pour cela que j'accuse la vie injuste

qui fait souffrir tout un chacun.

J'accuse celui qui amasse de l'argent

parce que la vie est brève et qu'elle n'est vraie

que si on la vit comme un don.

Je voudrais me confier dans une fraternelle

accolade aux gens, qui comprennent

la signification de la connaissance.

Ainsi, poète et femme je pleure deux fois :

la naissance, la mort avec notre destin

dans les oscillations d'un chant modulé

aux notes qu'on siffle en sourdine.

Oui, les promesses d'un Eden bienheureux

n'étaient pas qu'ignobles mensonges.

Montrez-moi comètes le lieu

où je retrouverai mon oncle bien-aimé,

Colombine et Tita, ainsi que Montale

et Palazzeschi, Marianne et Amanda,

et je mettrai pour les rejoindre des ailes.

 

Où je retrouverai l'amour qui de tout temps

refleurit avec l'oléandre,

le lentisque qui brûle

et embaume, le myrte

qui calme la douleur: oh l'odeur

de la mort qui entoure le monde

et qui tourmente les vivants,

en narguant la naissance, en narguant le destin.

Avec le temps l'amour aussi part en fumée

s'envole comme s'envolent les heures;

ainsi notre cœur vieillit

et avec lui nos sentiments et notre audace.

Condottiera de batailles perdues,

grande idéologue de philosophies

jamais exposées; le monde comprendra-t-il

que n'existe aucune

possibilité de salut ?

La terre finira dévorée par

des vents pestilentiels, les hommes

périront peut-être avec eux, mais leur trace

restera dans ces pierres.

Ici devant les nuraghes,

parfaites constructions mégalithiques,

je revis aujourd'hui une culture antique              

histoires de vie et de mort comme toujours.

M'est donné le pouvoir de retenir ou de

lâcher des œuvres qui pourraient s'éparpiller

mais signifient maintenant vie et amour.

Nous avons supporté hérétiques et saints,

penseurs, transgresseurs et héros,

et l'éternelle créature continue à engendrer

d'autres êtres et joue indifférente avec

les neurones et le destin : l'inconscient.

 

 

Des voiles qui s'ouvrent, des mers qui se ferment.

Le temps dévore tout, mais

restera le souvenir même en un seul

être vivant : que ce soit un homme ou un ver.

Oh mer couleur de l'émeraude

où l'on se regarde avec Thétis et Neptune,

personne n'oubliera tes eaux heureuses,

ni les poissons ni nous qui nous laissions lécher.

Tu es l'ensemble de toutes ces particules

qui vivent dans une éternité bienheureuse,

nous sommes des petits pions de ce jeu,

mais nous deviendrons un jour nous aussi

une partie de ces eaux et de ce tout.

Comme les vers, l'ammoniac, l'énergie,

nous survivrons de trois façons différentes.

Nous pourrons, libérés des offenses du mal,

engendrer des vers indéfiniment,

nourrir les plantes et les semences

et persister comme l'énergie solaire.

Il tourne en rond l'arc du désir.

Et le vent tourbillonne à l'entour

pour nous rappeler le son des violons

et des contrebasses qui accompagnera

notre ultime voyage vers

le rien éternel, qui n'est pas le néant,

parce que le vent lui aussi a un son,

et la mer un son différent,

parce que la solitude est pour l'homme

la plus grande des punitions.

Nous vivrons oui dans le rien, mais unis

dans des enchaînements d'atomes lumineux

dans ce tout et rien qu'est la vie

en contraste avec une vie

qui n'est qu'attente de la mort.

 

 

Ride il tempo predatore che sa

quanto per noi sia inutile sperare

nel buon fato, inutile gioire

nel vivere, perché già s’avvicina

il giorno del dolore e dell’assenza.

Demenza degli dèi crudeli

che ci lasciano in balia

di un destino ottuso.

Per la morte dei nostri amici

per l’ingiustizia e il delirio

di chi perseguita uomini e infelici

si spezza nel dolore ogni fibra.

Perciò accuso il vivere ingiusto

che fa soffrire questi e quelli.

Accuso chi accumula denaro,

Perché la vita è breve ed è vera

solo s’è vissuta come dono.

Vorrei espandermi in un fraterno

abbraccio alla gente, che capisce

il significato della conoscenza.

Così, poeta e donna piango due volte :

nascita, morte e la nostra sorte,

in un alterno canto modulato

di sibilanti e note sommesse.

Sì, le promesse d’un Eden felice

non erano che laide bugie.

Dove ritroverò il nonno amato,

Colombina e Titta, dove Montale

e Palazzeschi, Marianne e Armanda,

indicatelo voi comete il luogo

e metterò l’ali per raggiungerli.

 

 

Dove ritroverò l’amore che da sempre

rifiorisce insieme all’oleandro,

dove il lentischio che brucia

e profuma, dove il mirto

che lenisce il dolore. Oh odore

irridente nascita, irridente destino.

Anche l’amore sfuma con il tempo

Svanisce come svaniscono le ore ;

così il cuore invecchia

e con lui sentimenti e ardire.

Condottiera di battaglie perdute,

grande ideologa di filosofie

mai espresse ; capirà il mondo

che non esiste possibilità

alcuna d’essere salvato ?

Finirà la terra divorata da

maleodoranti venti, gli uomini

forse periranno con lei, ma rimarrà

traccia di loro in queste pietre.

Qui di fronte ai nuraghi,

perfette costruzioni megalitiche,

oggi rivivo una cultura antica

storie di vita e morte come sempre.

A me è dato il poter ricordare

o lasciar scritti che forse spariranno,

ma che ora significano vivere ed amare.

Hanno sofferto eretici e santi,

pensatori, trasgressori ed eroi,

e l’eterno creato continua a generare

altri esseri e gioca indifferente

con neuroni e destini: l’incosciente.

 

 

Veli che s’aprono, mari che si chiudono.

Il tempo divora ogni cosa, ma

rimarrà il ricordo anche in un solo

essere vivente : uomo o verme che sia.

Oh mare dal colore di smeraldo

dove specchiarsi  con Teti e Nettuno,

nessuno dimenticherà le tue acque felici,

né i pesci, né noi che ci lasciamo lambire.

Tu sei l’insieme di tante particelle

viventi in un’eternità felice,

noi siamo piccole pedine del gioco,

ma diverremo un giorno anche noi

parte di queste acque e di questo tutto.

Come vermi, ammoniache, energia,

Sopravviveremo in tre modi diversi.

Potremo liberi dagli insulti del male

generare vermi all’infinito,

alimentare piante e semi

e perdurare come l’energia solare.

Gira in tondo l’arco del desiderio.

E il vento, turbine intorno

per ricordarci il suono dei violini

e contrabbassi che accompagnerà

il nostro ultimo viaggio verso

il nulla eterno, che non è il niente,

perché anche il vento ha un suono,

e il mare un altro suono,

perché la solitudine per l’uomo

è la più grande punizione.

Vivremo sì nel nulla, ma uniti

in catene di atomi lucenti

in quel tutto e nulla che è vita

da contrapporre al vivere

ch’è solo attesa della morte.

 

 

 

Poème extrait de « Il tempo predatore »

in « Di canto in canto »

(Longo Editore, Ravenne, 2007)

 

 

ANNALISA CIMA

Née en 1941 à Milan.

En 1965 elle expose ses œuvres à Venise puis au Brésil, aux USA, en Suisse et au Japon où elle fait la connaissance de Akiro Kurosawa. Puis, à la fin des années 60, elle fait celle de M. Marini,  Max Ernst,  Pablo Picasso,  Jorge Guillen, A. Palazzeschi, Giuseppe Ungaretti, Ezra Pound.

Elle rencontre, en 1968, Eugenio Montale à l’œuvre duquel elle consacrera plus tard de nombreux essais (Eugenio Montale, via Bigli, Milano, Milan, Scheiwiller, 1968 ;  Incontro Montale, Milan, Scheiwiller, 1973; Le reazioni di Montale ,in Profilo di un autore : Eugenio Montale, Milan, Rizzoli, 1977). Elle est actuellement présidente de la Fondation Schlesinger de Lugano.

Parmi ses nombreuses recueils figurent notamment Terzo Modo ( Milan, Scheiwiller, 1969 ), La genesi e altre poesie (Milan, Scheiwiller,1971), Immobilita (Milan, Scheiwiller,1974), Sesamon (Milan, Guanda,1977), Ipotesi d’amore (Milan,  Garzanti,1984), Aegri somnia somnia (Stamperia Valdonega, Vérone, 1989), Eros e il tempo ( Stamperia Valdonega,Vérone 1993 ), Quattro Canti (Stamperia Valdonega, Vérone, 1993), Il tempo predatore, avec des dessins inédits d‘Eugenio Montale ( Milan, Scheiwiller, 1997 ), Manifesto dell’oblio (Pulcino-Elefante, 2001),Rivive (Pulcinoelefante, 2004), Un canto per Cordelia (Josef Weiss Editore, 2007), Di canto in canto (Longo Editore, 2007).

Auteure d’essais sur Marianne Moore, Ungaretti, Palazzeschi, Guillén et Pound, elle a aussi traduit des poèmes de Paul Celan et Emily Dickinson.

Ses oeuvres ont été traduites en chinois, en français, en anglais, en portugais, en espagnol, en japonais, en allemand.

 

 

■ SITE www.annalisacima.com

ANNALISA CIMA

Le muse convergenti

 

 

 

Dossier publié avec l’aimable permission d’Annalisa Cima, Présidente de la Fondation Schlesinger.

27/08/2012

Cesare Pavese par Philippe Leuckx

Cesare PAVESE

 

 

 

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© Source : INTERNET

 

 

 

LE 27 AOUT 1950, CESARE PAVESE DISPARAISSAIT APRES UNE CARRIERE FULGURANTE

par Philippe Leuckx

Soixante-deux ans. Sans doute l'un des plus doués de la génération italienne qui va de la période fasciste aux lendemains de la libération. Les lettres italiennes des années trente et quarante voient arriver ce prodige, cet hyperdoué, tout à la fois traducteur, professeur de lettres, grand amateur de littérature américaine, antifasciste notoire qui en a payé pour ses convictions (un séjour de confinato en Calabre), poète, romancier, nouvelliste, diariste. Le temps d'une quinzaine d'années, de la parution de LAVORARE STANCA (1936) à son suicide à l'Hôtel Roma de Turin (1950), il produit des dizaines de nouvelles, deux livres de poésie, une bonne dizaine de romans brefs, un journal littéraire (MESTIERE DI VIVERE), édite chez Einaudi, traduit de beaux livres américains, connaît les soubresauts de la guerre et des suites de la libération, l'émergence du communisme italien et les premières inquiétudes de la future société occidentale, industrialisation massive, années aussi où ses tourments personnels, sentimentaux s'aiguisent jusqu'à l'usure.

On s'étonne de voir aujourd'hui le peu d'intérêt pour ce poète immense, pour ce romancier qui a donné sans doute avec LE BEL ETE, LA LUNE ET LES FEUX, LE CAMARADE les plus beaux fleurons romanesques de la période dite néo-réaliste.

Pas de Pléiade! Pas de commémoration en 2008 pour son centenaire de naissance, du moins en France. Pas de Magazine Littéraire personnalisé!

Etrange sinon injuste.

Né à San Stefano Belbo dans les Langhe, très vite orphelin de père, vit à Turin, avec l'intense souvenir de son enfance rurale. Ce thème prégnant - la perte des collines de l'enfance - traverse toute l'oeuvre et offre l'un des mythes fondateurs de l'oeuvre pavésienne.

Mais avec Cesare Pavese, tout est toujours plus complexe voire démultiplié en nuances et en ramifications. Ces aller-retour campagne/ville importants vont déterminer une quantité de regards et d'histoires autour et au pourtour de ces lieux essentiels. Excepté "La prison" qui relate son séjour de résidence forcée par le régime fasciste, toutes ses oeuvres déroulent un fort lien avec la topographie mentionnée. Tantôt, ce sont les cheminements d'amis et/ou d'amies au travers des collines ou au sein de la ville. Ce sont les nouvelles liées au travail en usine (Trilogie des machines), en campagne (Travailler fatigue). Quand on n'évoque pas les collines de la résistance ou les combats d'un communiste, camarade et partisan. Bien sûr, les oeuvres les plus intenses répondent à l'appel d'air des Langhe, des environs, entre vignes et fêtes rurales (La lune et les feux). Le jounal, publication posthume, trace les épreuves et les preuves intellectuelles, littéraires d'un parcours d'une lucidité éblouissante. Le "tu" auquel l'auteur s'adresse est un juge impitoyable de soi-même, qui consigne toute avancée, tout rejet, toute déperdition, sans complaisance. Comme les diverses étapes par lesquelles une conscience littéraire de haut vol est passée.

Il y a quelque chose de sismique, de vibratile chez Pavese, et un ton, insurpassable. Qu'il se mette à la place d'un ouvrier des routes, d'une responsable de maison de mode (Clélia de "Tra donne sole"), d'un fervent politique, ou d'un émigrant, chaque fois le narrateur distille une incomparable vertu aux personnges. Vertu au sens romain. Et le lecteur se sent d'emblée pris par cette manière de rendre compte d'une vie unanimiste.

Et puis, qui a aussi bien parlé des femmes, de la fête, des amitiés?

En février 2013, je serai content de présenter aux "Midis de la poésie" "LAVORARE STANCA", qui est un regard sur son monde. Une lecture du monde par Pavese, dans une manière qui relève aussi bien de l'attention précise que de la tension suspendue.


■ SITE A CONSULTER :

Terres de Femmes

23/08/2012

Giacomo Cerrai

 

Giacomo

CERRAI

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© Site Les Carnets d’Eucharis

 

 giacomo cerrai.jpg

© SOURCE PHOTO | FACEBOOK

 

QUATRE POÈMES

Traduits par Raymond Farina

 

 

 

■ Sur le site Les Carnets d’Eucharis

http://lescarnetsdeucharis.hautetfort.com/

 

 


Giacomo Cerrai

Quatre poèmes

Traduit de l'italien par Raymond Farina

                         

                              

 

  

 

 

 

 


 

 

Aruspices

 

Le grincement de la balançoire

obsédant, il ressemble

au cri des oiseaux qui tombent

dans le bleu.

Qui sont-ils je l’ignore

peu importe. Seulement,

l’air las, des petits

citadins et leurs mères

aux poumons

chargés d’une fumée légère.

Les oiseaux crient

méthodiques. On dit qu’ils pressentent 

le premier acte le second

d’un drame

sans entracte

 

 

 

Aruspici

 

Il cigolio dell’altalena

ossessivo, somiglia

al grido di uccelli che precipitano

nell’azzurro.

Chi siano non so

né importa. Solo

aria stanca, bambini

cittadini e madri

con un carico di fumo leggero

nei  polmoni

Gli uccelli gridano,

metodici. Si dice presèntano

l’atto primo il secondo

d’un dramma

senza  intervallo

 

 

 

(le ciel reflété sur une fenêtre très lointaine)

 

 

Le ciel reflété sur une fenêtre très lointaine

son obliquité de périscope, de lumière

qui tombe par un hasard infini,

et son rayon qui offusque,

par une direction insolite,

un plan parallèle différent,

notre liberté de penser,

de jeter au vent la plus-value,

la vie qui nous reste,

un autre sud

de monde renversé et d’horizons

de temps et lieu,

ce privilège de  pierre

qui attend immobile le coucher de soleil

et son déracinement…

Les frontières ne sont pas tracées,

disparaît le droit divin de la lumière

qui agit

et qui vire au rouge,

l’indifférence des oiseaux,

silhouettes obscures dont la migration

traverse des territoires

sur une fenêtre lointaine.

 

 

 

(il cielo riflesso su una finestra lontanissima)

 

 

Il cielo riflesso su una finestra lontanissima

la sua obliquità di periscopio, di luce

che precipita da una casualità infinita,

e il raggio che traffigge,

da una direzione inconsueta,

da un differente piano parallelo,

la nostra libertà di pensare,

di gettare al vento il plusvalore,

la vita che ci avanza,                                       

un differente sud

di terra capovolta e orizzonti

di tempo e luogo,

questo privilegio di pietra

che attende immobile il tramonto

o il suo sradicamento…

i confini non sono segnati,

cessa il diritto divino della luce

che agisce

e vira al rosso,

e indifferenza degli uccelli,

oscuri sagome migranti

attraversano territori

su una finestra lontana.

 

 

 

 

(aux vieux et aux enfants qui ne saisissent pas)

 

Aux vieux et aux enfants qui ne peuvent saisir  

entre pouce et index

le geste vague et incertain

de l’exiguïté des rêves, comme

celui de considérer la finesse des cheveux

devant la transparence du ciel,

un geste opposable

comme la main sur le cœur pour retenir

le souffle ou celui qui s’enfuit ou la pensée

qui  vient à l’esprit tout à coup et avorte… 

que soit l’inexpérience la déshabitude de  vivre,

la lassitude des os la myopie du moi,

perdre notre prise sur les choses

c’est comprendre les choses leur indicible anarchie

de feuilles qu’agite un vent majeur ;

et l’œil, en hésitant, guide le geste

et le geste ouvre et ferme des horizons

ou ferme le cercle.

 

 

 

(dei vecchi e dei bambini il non cogliere)

 

 

dei vecchi e dei bambini il non cogliere

tra pollice e indice

il gesto incerto e vago

dell’esiguità dei sogni, come

chi considera la finezza di capelli

contro la trasparenza del cielo,

un gesto opponibile

come una mano sul cuore a trattenere

il fiato o chi fugge o il pensiero

che improvviso balùgina e abortisce…

che sia imperizia disabitudine del vivere,

stanchezza delle ossa miopia dell’io,                

il perdere la presa sulle cose

è capire le cose la loro indicibile anarchia

di foglie mosse da un vento superiore ;

e l’occhio incertamente guida il gesto

e il gesto apre e chiude orizzonti

o chiude il cerchio

 

 

 

 

(une  erreur remédiable)

 

 

Si nous avions  - imaginais-je –

l’espoir secret des enfants :

se réveiller un matin

avec la seule obligation de vivre

avec  le courage des pastels

avec l’avenir d’une feuille blanche

et des oiseaux aériens

revenir en arrière en interrompant

le jeu ou réparer

des blessures même profondes des méchancetés

avec de petites blandices.

Si nous avions le droit au retour

juste avant la limite de l’innocence

au bord d’une journée imprévoyante

le simple geste qui efface

la douleur

fait renaître l’amour scelle

dans ce toujours un toujours

qui est nôtre. Si nous pouvions

sauver ce qui peut l’être

comme à la fin d’une journée

de vacances

fermer les tiroirs en riant

comprendre que nous avons grandi                               

et  peut-être

que l’essence de l’action

est  une  erreur remédiable…    

 

 

 

 

 (un rimediabile errore)

 

 

Avessimo – immaginavo –

la speranza segreta dei bambini :

risvegliarsi un mattino

col solo obbligo di vivere

col coraggio dei pastelli

col futuro di un foglio bianco

e di uccelli ventosi

tornare indietro interrompendo

il gioco o risarcire

ferite pur profonde cattiverie

con piccola blandizie.

Avessimo il diritto al ritorno

appena prima del limite dell’innocenza

sull’orlo d’una giornata improvvida

il semplice gesto che cancella

il dolore

ripristina l’amore sigilla

in questo sempre il sempre

che è nostro. Potessimo

salvare il salvabile

come alla fine d’un giorno

di vacanza

chiudere ridendo i cassetti

capire che siamo cresciuti

e forse

che essenza dell’agire

è un rimediabile errore…


Bio-bibliographie :

 

Giacomo Cerrai est né à S.Giuliano Terme (Pise). Il a fait ses études de Littérature italienne à Pise, où il travaille et vit.  Après la publication de son premier recueil, intitulé « Imperfetta elisse », il a collaboré à la revue de photographie et d’écriture « Private » (n°18/2000) et à l’ouvrage collectif, consacré à Cesare Pavese « AA.VV. – Cesare perduto nella pioggia », dirigé par Massimo Canetta (Di Salvo Editore, Naples). Il a été rédacteur en chef de la section « Poésie » du site de littérature « I Fogli nel Cassetto », jusqu'à sa fermeture, à la fin de l’année 2002. Ses textes figurent sur de nombreux sites, blogs et revues de poésie en ligne tels que « Dadamag » (n°6, 1999), « La costruzione del verso » de Gianfranco Fabbri, « L’Attenzione» (n°4, janvier 2007), « La poesia e lo spirito », « Viadellebelledonne », « Sottopelle », « Cartesensibili ».

 

Est également disponible sur « Lulu.com » une version imprimée de « La ragione di un metodo », un recueil de textes écrits au cours des années 80-90. On peut trouver, par ailleurs, sur le blog de Francesco Marotta « La dimora del tempo sospeso », quatorze poèmes du même auteur, écrits à des périodes différentes.

 

Giacomo Cerrai figure aussi dans l’anthologie de Luca Ariano et Enrico Cerquiglini « Vicino alle nubi sulla montagna crollata » ( Campanotto Editore). Il a récemment publié en ebook « Sinossi dei licheni » aux « Editions Clepsydra » et, en juillet 2009, aux « Editions l’Arca Felice » de Salerne, « Camera di condizionamento operante ». Ces deux ouvrages sont téléchargeables gratuitement. Viennent également de paraître –sur GAMMM- un texte expérimental, « A tribute to John Cage » et, en co-traduction, avec Rita R. Florit et Alfredo Riponi, l’anthologie de poèmes de Ghérasim Luca « La fine del mondo – Poesie 1942-1991 » (Joker Edizioni, 2012). De prochaine publication aux « Editions L’Arcolaio » le recueil « Diario estivo e altre sequenze »

 

Il gère l’espace web « Imperfetta Ellisse » (http://ellisse.altervista.org).

 

 

 

27/07/2012

Nathalie Riera (Extraits de "Puisque Beauté il y a" traduit en italien par Francesco Marotta)

NATHALIE RIERA

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© Editions Lanskine Puisque Beauté il y a, 2010

 Nathalie Riera Port Llighat_juin 2002.jpg

Nathalie Riera à Port Lligat (Cadaquès, Espagne) en juin 2002

 

 

Extraits

Traduit en italien par Francesco Marotta

 

 

 

 

 

Ta voix en eau peu profonde: sa menthe des marais,
et ses graines qui germent à la lumière.
Ta voix à fleur d’eau qui m’appelle.
Me boire. Me susurrer.
Me festoyer.

Mouvementée ma longue silhouette herbacée, poussée
par les vents et leurs risées amères.
Quelques égratignures à mes couleurs, et sur mes murs
de lierre et de pierre, volettent mes cursives de papillons.

A nouveau le chant de l’oiseau que les feuillages épient.
La géomancie de leur chute. L’arborescence de leurs
figures sur le sol.
Et pour toi et moi le prodige de ce que nous sommes
capables d’édifier pour nous conduire aux cimes et aux
racines de notre provenance.
Décrypter les initiales de notre amour.
Décrypter les ombres des sommets et des fossés, et le
grésillement du soleil dans les arbres.

Si nos rêves et nos pensées ne penchent plus du côté
du soleil, s’il n’y a plus rien à espérer de soi et de l’autre
que nos assortiments de plantes invasives.

 

 

--------------------------------------- (p.28)

 

 

 

La tua voce in acqua poco profonda: la sua menta di palude,
i suoi semi che germogliano alla luce.
La tua voce a fior d’acqua che mi chiama.
Bevimi. Sussurrami. Festeggiami.

Si agita la mia lunga figura erbacea, mossa
dai venti e dalle loro risate amare.
Qualche graffio ai miei colori, e sui miei muri
d’edera e di pietra, i miei svolazzanti corsivi di farfalle.

Di nuovo il canto dell’uccello che le foglie spiano.
La geomanzia della loro caduta. L’arborescenza delle loro
figurazioni sul terreno.
E per te e me il prodigio di ciò che siamo
capaci di costruire per portarci verso le cime e alle
radici della nostra provenienza.
Decifrare le iniziali del nostro amore.
Decifrare le ombre delle alture e dei fossati, e il
frusciare del sole tra gli alberi.

Se i nostri sogni e i nostri pensieri non si tendono più verso
il sole, se non vi è più niente da sperare di sé e dell’altro
se non le nostre combinazioni di piante invasive.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des chuchotis d’insectes le papier que tu froisses,
le craquèlement de tes lèvres: ce que tu cherches
à écrire, alors que tu ne sais encore rien du froid,
et de ses crimes.

 

Un bruit d’abeille la mer et l’aube, écrire
Pour tout ce qui est terre, et fragile.
Ainsi nos
feuilles rugissantes dans les poussières sonores des
cités, ou dans les arbres qui nous enseignent les
branches et leurs coups d’archets.

 

     Et mes souvenirs blancs comme du jasmin.

 

 

--------------------------------------- (p.46)

 

 

 

Bisbigli di insetti il foglio che accartocci,
la screpolatura delle tue labbra: ciò che cerchi
di scrivere, quando non sai ancora nulla del freddo,
e dei suoi crimini.

 

     Un ronzio d’ape il mare e l’alba, scrivere
per tutto ciò che è terra, e fragile. Così le nostre
foglie che urlano nella polvere sonora delle
città, o negli alberi che ci insegnano
i rami e i loro colpi d’archetto.

 

     E i miei ricordi bianchi come il gelsomino.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parfois massif est le bleu de la mer.

 

     J’écris avec l’encre de la lisière, avec le réel ancré
dans la pierre, avec l’immédiateté de l’air, l’imminence
de l’instant, la contiguïté du noir et du blanc.
     J’écris à l’orée de ce qui ne me tient plus en lisière,
et de ce que je maintiens dans la plus étroite servitude.

 

     Le bleu massif de l’enfance dans la lumière de la
colline.

 

     Ma verte contemplation.

 

--------------------------------------- (p.50)

 

A volte compatto è l’azzurro del mare

 

     Scrivo con l’inchiostro del margine, con il reale ancorato
nella pietra, con l’immediatezza dell’aria, l’imminenza
dell’istante, la contiguità del nero e del bianco.
     Scrivo sul limitare di ciò che non mi trattiene più nella morsa,
e di ciò che tengo nella più ferrea schiavitù.

 

     L’azzurro compatto dell’infanzia alla luce della
collina.

 

     La mia contemplazione verde.

 

 

La dimora del tempo sospeso (Francesco Marotta)

 

 

__________________________

Nota biobibliografica

Nata nell’aprile del 1966 (originaria di Lille), Nathalie Riera vive in Provenza, autrice di un saggio, La parole derrière les verrous (Ed. de l’amandier, 2007), e di raccolte di poesia: ClairVision (Ed. Publie.net, 2009), Puisque Beauté il y a (Ed. Lanskine, 2010), Variations d’herbes e Paysages d’été (in via di pubblicazione entro il 2012).

Pubblicata in riviste cartacee e siti telematici dedicati alla poesia e alle arti figurative, ha tenuto seminari di scrittura e partecipato a letture pubbliche nelle mediateche, le prigioni, le scuole.

Ha creato la rivista telematica Les Carnets d’eucharis, che gestisce dal marzo 2008 (34 numeri editi fino ad oggi).

__________________________

 

 

26/07/2012

Salvatore Quasimodo

SALVATORE QUASIMODO

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© Editions Unes Poèmes, 2000

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Peut-être le coeur

Traduit de l'italien par Michel Costagutto

 

 

 

S’engloutira l’odeur âcre des tilleuls

dans la nuit de pluie. Sera vain

le temps de joie, sa furia,

sa terrassante morsure de foudre.

Il reste un peu d’indolence,

un geste, une syllabe,

comme un lent vol d’oiseaux entrevu

à travers la brume. Et tu attends encore,

quoi, mon égarée : un moment

qui décide, qui rappelle l’origine ou la fin :

c’est égal, désormais. Ici la fumée noire des incendies

dessèche la gorge. Si tu peux,

oublie ce goût de soufre,

et la peur. Les paroles nous fatiguent,

ressurgies d’une eau lapidée ;

peut-être nous reste-t-il le cœur, peut-être le cœur…

 

--------------------------------------- (p.36)

 

14/07/2012

Francesco Marotta

 

Francesco

MAROTTA

 

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© Site Les Carnets d’Eucharis

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© SOURCE PHOTO | PRIVEE

 

EXTRAITS

Il verbo dei silenzi

 

 

 


Francesco Marotta, Il verbo dei silenzi

Edizioni del Leone

Traduction de Raymond Farina

                                

 

 

(Entre pupille et langue)

Tra  pupilla  e  lingua                                         

 

 

 

 

**

 

 

 

Erodée par l’infinité du feu

 

la pierre que je chante.                                           

 

 

 

Seuil    s’enfonce un cri.

 

 

 

 

 

Eboulis d’alphabets par l’aube recueillis

 

dans ses silences  de lumière.

 

 

 

Signes de fièvre

 

sur l’unique miroir sauvé

 

 

 

de l’incendie de l’ombre.

 

 

 

 

 

La mémoire parfois s’illumine

 

de ces fragiles voix

 

 

 

que gemme une errance de sable.

 

 

 

 

 

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Erosa da infinità di fuoco                      

 

 la pietra che canto.

 

 

 

 

 

Soglia dove si addensa un grido.

 

 

 

 

 

Alfabeti franati l’alba raccoglie

 

nei suoi silenzi di luce.

 

 

 

Segni di febbre

 

sull’unico specchio scampato

 

 

 

all’incendio del buio.

 

 

 

 

 

La memoria talvolta si illumina

 

di queste fragili voci

 

 

 

gemmate da un vagare di sabbia.

 

 

 

 

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Paroles de sel

 

sur la pierre silencieuse des jours.

 

 

 

 

 

Un chant que remue le ressac

 

parmi des vagues semées d’écumes.

 

 

 

Parmi des lueurs incertaines.

 

 

 

 

 

Ici où un vers

 

vaut ce qu’il vit de temps

 

à l’insu de l’ombre

 

 

 

(une fleur d’aubes brûlées

 

façonnée sur la crête d’échos

 

absents)

 

 

 

inventer les lumières de la sentence.

 

 

 

 

 

La flamme est une voix en quête de demeure.

 

 

 

Obscur accent qui plie les cartes

 

de routes indéchiffrables.

 

 

 

 

 

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Parole di sale

 

sulla pietra silenziosa dei giorni.

 

 

 

 

 

Un canto che muove la risacca

 

tra onde seminate di spume.

 

 

 

Tra chiarori incerti.

 

 

 

 

 

Qui dove un verso

 

è quanto del tempo vive

 

all’insaputa del buio

 

 

 

(un fiore di albe bruciate

 

plasmato nella creta di echi

 

assenti)

 

 

 

inventare lumi di condanna.

 

 

 

 

 

La fiamma è voce in cerca di dimora.

 

 

 

Oscuro accento che curva le mappe

 

di rotte indecifrabili.

 

 

 

 

 

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Couleurs des syllabes

 

fêlées par le ressac du vent.

 

 

 

 

 

La mer aussi se nourrit des floraisons absentes.

 

 

 

 

 

Retourne à son lieu d’origine

 

la vague qui murmure

 

pétrifiée dans l’écho

 

 

 

 

 

comme flamme de vols déjà éteints.

 

 

 

 

 

Et la parole est air                                                                                                                                                        endurci dans les profondeurs.

 

 

 

 

 

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Colori di sillabe

 

incrinate da risacche di vento.

 

 

 

 

 

Anche il mare si nutre di fioriture assenti.

 

 

 

 

 

Ritorna al luogo d’origine

 

l’onda che sussurra

 

pietrificata nell’eco

 

 

 

 

 

come fiamma di voli ormai spenti.

 

 

 

 

 

La parola è aria indurita nei fondali.

 

 

 

 

 

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Eclats de vie

 

dans des livres brûlés.

 

 

 

 

 

Je disperse sur le sol des semences de cendres

 

pour que mes yeux puissent entendre.

 

 

 

Mes lèvres voir.

 

 

 

 

 

Dès que les ombres vont décroître

 

j’enlèverai  mes mains du feu.

 

 

 

 

 

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Schegge di vita

 

nei libri bruciati.

 

 

 

 

 

Spargo semi di cenere al suolo

 

per avere occhi che sentono.

 

 

 

Labbra che vedono.

 

 

 

 

 

A  ombre appena calate

 

ritirerò le mani dal fuoco.

 

 

 

 

 

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Fièvre subtile de la métamorphose.

 

 

 

 

 

Allumée sur la frontière

 

qui entre pupille et langue

 

rappelle le temps corrodé

 

 

 

ramifié en cercles de flamme.

 

 

 

 

 

L’éclair surgit de la blessure.

 

 

 

Parole qui devient obscure

 

si quand elle donne un nom au monde

 

 

 

toutes les choses révélées

 

ont déjà consumé leur plus secret visage.

 

 

 

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Febbre sottile della metamorfosi.

 

 

 

 

 

Accesa sul confine

 

che tra pupilla e lingua

 

ricorda l’età corrosa

 

 

 

ramificata in circoli di fiamma.

 

 

 

 

 

Il lampo è sorgente di ferita.

 

 

 

Parola che si oscura

 

se nominando il mondo

 

 

 

alle cose rivelate

 

ha già bruciato il volto più segreto.

 

 

 

 

 

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Le temps où demeurent les cris                     

 

est constellé de lumières

 

 

 

qu’assiège le silence.

 

 

 

 

 

Dans ce grumeau d’éclairs tourmentés

 

par des étoiles ayant erré sur des orbites inconnues

 

 

 

force ton regard

 

à combler l’air usurpé

 

 

 

 

 

afin qu’il se déploie

 

pour dépouiller les images

 

 

 

de la blanche superficie de la mort.    

 

 

 

 

 

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Il tempo dove dimorano grida

 

è costellato di luci

 

 

 

assediate di silenzio.

 

 

 

 

 

In quel grumo di lampi tormentati

 

di stelle erranti per orbite ignote

 

 

 

 

 

costringi gli occhi

 

a colmare l’aria usurpata

 

 

 

 

 

affinché si spandano

 

a predare di immagini

 

 

 

la bianca superficie della morte.

 


 

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Fiche bio-bibliographique :

Francesco Marotta est né à Nocera Inferiore, dans la province de Salerne en 1954. Il a fait des études classiques, est titulaire d’une licence de philosophie et de lettres modernes et vit dans la province de Milan, où il enseigne la philosophie et l’histoire. Ses textes et ses traductions ont été publiés dans les revues : Alla Bottega, Portofranco, Anterem, Convergenze, Il Segnale. Parmi ses recueils figurent Le Guide del Tramonto (Firenze, 1986) ; Memoria delle Meridiane (Brindisi, 1988) ; Giorni come pietre (Ragusa, 1989) ; Alfabeti di Esilio (Torino,1990) ; Il Verbo dei Silenzi (Venezia, 1991) ; Postludium (Verona, 2003) ; Per soglie d’increato (Bologna, 2006) ; Hairesis (Milano, 2007) ; Inpronte sull’acqua (Sasso Marconi, 2008) ; Esilio di voce (Messina, 2011).

En anthologies, il a fait paraître Creature di rogo (1995) et Notizie della Fenice (1996).

Ses textes ont été traduits en allemand, par Stefanie Golisch, en albanais, par Gezim Hajdari, en  français et en espagnol. Ses contributions critiques (notes, recensions, préfaces, essais) sur des auteurs contemporains (Bonnefoy, Neri, Cepollaro etc.) figurent sur la toile ou sur son blog.

Il gère l’espace web : http://rebstein.wordpress.com