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23/11/2020

Bernard Vargaftig par Gérard Titus-Carmel

BERNARD VARGAFTIG

par Gérard Titus-Carmel

[extrait]

 

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[1934-2012]

 

 

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  Extrait

 

[Gérard Titus-Carmel,

« Dans la nudité d’être », Ecrits de chambre et d’écho

L’Atelier Contemporain, 2019.]

 

« […] Tout poète a un lexique, qu’il conserve et alimente jalousement, et par quoi il se nomme au monde – grâce auquel, aussi, il se livre à nous. Si les mots appartiennent à tous, certains sont oblitérés d’une présence particulière, sinon spécifique, qui les rend différents ou, mieux, reconnaissables, comme appartenant de fait à une langue propre et que leur seule qualité d’esseulement distingue. Dans la forte brassée de mots que manœuvre et maçonne Bernard Vargaftig, je retiens ceux-ci, parmi beaucoup d’autres, qui sont matière vivante, comme en suspension dans l’air, mais qui sont indubitablement siens – qu’il a fait siens : stupeur et éblouissement, silence et aveu, nudité et oubli, immensité et acquiessement, soudaineté et vitesse, désert et aveuglement, distance et effroi, feuillage et oiseau. Ils reviennent régulièrement, avec la seule force de l’entêtement qui les a souhaités et immobilisés dans ses rets et qui, partant, les somme chaque fois de paraître. Bernard Vargaftig les appelle à lui, il les appelle au-devant de lui, puisque tout est centre et mouvement depuis la blessure d’enfance qui sans cesse remonte comme salpêtre, comme mauvaise enfance qui étrangle, quoi qu’on en dise, et à quoi il faut donner du langage à moudre pour pouvoir encore survivre ou, pour dire les choses plus simplement – plus implacablement, aussi – pour vivre, enfin, dans la ressemblance. […] » (pp.185-186)

*

« […] “Je n’écris pas, je marmonne”, dit-il encore. Marmonner, ressasser, travailler les mots avec la bouche, les mesurer et les tordre dans l’antre de la gorge, depuis le cœur de la voix, une voix sourde, presque fêlée, pantelante. Avoir le texte au souffle, comme on dit à l’usure et, par le souffle, le soumettre. Puis solidifier tout cela, malaxer, ségréger les phrases dans le dit de la voix, avant que de les transcrire. Et se voir ainsi écrire ce qu’on en voulait, ou ne pouvait, pas dire : le trouble du nom propre mais sans son ombre portée, la séparation sinon consentie, du moins avouée, mais du bout des lèvres : “Je faisais tourner les mots en essayant d’ailleurs de ne pas remuer les lèvres”, confesse-t-il dans un entretien.

 

Car parfois les lèvres se refusent au texte, le brident, ou, plus encore, l’interdisent. Libre alors aux mots de forcer la barrière des lèvres, de s’oublier, ou de se perdre à leur entour. Ce qui, autrement, s’appelle composer avec la langue, jusqu’au revers de la langue – dans son inentamable rétivité. […] » (pp.187-188)

 

© L’Atelier Contemporain 

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15/11/2020

PINA BAUSCH - Vollmond

08/11/2020

GERTRUDE STEIN PAR PHILIPPE BLANCHON

GERTRUDE STEIN

Vue par Philippe Blanchon

[extrait]

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    Extrait 

de Gertrude Stein par Philippe Blanchon, Folio Biographies, 2020.

 

« […] Américaine, elle fut particulièrement sensible à la circularité du monde. Aristarque l’avait pressenti, et on sait depuis Kepler et Galilée que la Terre est ronde. Avec l’arrivée des Européens sur le continent américain et la révolution historique qui s’ensuivit, cette connaissance n’était plus seulement théorique. L’humanité, sachant qu’elle occupait dorénavant tout l’espace, en bouclant physiquement le cercle, prit conscience d’une clôture. La jeune Gertrude en fut bouleversée. Il en résulta une constante aspiration pour les infinis : celui de l’univers et celui de l’esprit humain, individualisé. La conscience de sa propre individualité – qui aurait pu ne pas être – devint sa propre obsession, obsession qui conditionnera son travail sur le langage, fascinée qu’elle fut par les singularités peuplant le monde, toutes animées par une infinité de pensées et de sentiments.

Aidée en cela par sa force créatrice, forte de son appétit pour la vie, elle s’appliqua à conjurer ses angoisses. Le goût de la vie doit s’entretenir et Gertrude Stein s’y attacha avec assiduité. C’est ainsi qu’elle a pu conduire un travail atypique sur le temps, à travers des expériences sur le langage, et mener une vie tournée vers les plaisirs s’offrant à elle. Elle en parlera comme d’un « présent continu » : un temps réinventé qui ne cesse de commencer, entre plaisirs et questionnements, et qui a construit son écriture. »

 

 

 

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© Éditions FOLIO-BIOGRAPHIES 

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WALLACE STEVENS - Transport vers l'été

WALLACE STEVENS

Transport vers l’été

 

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Soldat, il existe une guerre entre l’esprit
Et le ciel, entre le jour, la nuit et la pensée. C’est
pourquoi le poète est toujours dans le soleil

 

 

[Ni renard, ni croûton, ni patates]

 

Il n’est pas là, le vieux soleil,

Aussi absent que quand on dort.

 

Le champ a froid. Les feuilles sont sèches.

Mal est ultime en cette lumière.

 

Dans cet air morne les tiges brisées

Ont des bras sans mains. Ont des troncs

 

Sans jambes ou, pour cela, sans têtes.

Ont des têtes où un cri captif

 

Est le simple mouvement d’une langue.

La neige pétille comme une vision tombant

 

Du ciel, comme la vision de claires disparitions.

Les feuilles sautillent, griffent le sol.

 

C’est grand janvier. Le ciel est rude.

Les tiges dans la glace ont leurs fermes racines.

 

Là, dans cette solitude, une syllabe,

Hors de ces gauches palpitations,

 

Entonne son vide singulier,

Le rien le plus féroce des bruits d’hiver.

 

Là, dans ce mal, nous connaissons

Le bien dans la suprême pureté.

 

Le corbeau rouillé prend son vol.

Son œil brille de méchanceté…

 

On vient le voir ici pour se distraire,

Mais à distance, sur un autre arbre.

 

 

[Extrait de Transport vers l’été]

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Éditions Nous, 2020, pp. 43/44.

 

 

 

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© Éditions Nous, 2020

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Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Alexandre Prieux
Collection Now
208 pages

ISBN : 978-2-370840-75-2

 

 

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[BIOGRAPHIE]


Wallace Stevens (1879-1955) peut prétendre, en France, au titre de plus grand poète méconnu de langue anglaise. Souvent considéré comme le centre de son œuvre, Transport vers l’été restait son seul livre non traduit en français.

 

 

30/04/2020

Gilles Ortlieb, "Un dénuement. Arthur Adamov"

 Gilles Ortlieb

UN DÉNUEMENT Arthur Adamov

 

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 Extrait

 pp. 50-51

 

Je le revois encore, pieds nus dans ses sandales, à Saint-Germain-des-Prés. Pas si différent d’Artaud si souvent croisé sur les mêmes trottoirs. À cela près qu’Adamov était lucide, conscient, présent. De toute façon, l’Adamov première manière est l’un de ceux qui ont le mieux continué, prolongé l’enseignement d’Artaud. C’était un personnage fascinant. A cause de sa culture, d’abord : il donnait l’impression d’avoir lu tous les livres. A quoi il fallait ajouter cette expérience, particulièrement singulière et riche et aigüe qu’il avait de la vie. Une grande difficulté d’être, les graves problèmes, les vertiges que nous révèle L’Aveu. Mais il avait de surcroît participé à tous les mouvements littéraires et politiques de son époque depuis qu’il était arrivé à Paris, à seize ou dix-sept ans. Un virtuose de la parole. Il avait beaucoup d’humour. C’est un aspect d’Adamov que l’on mentionne peu mais que tous ses amis connaissent. C’était aussi un conteur prodigieux, doué d’un extraordinaire humour. Il y avait une communication intense entre l’adolescent que j’étais et lui. C’était un homme blessé et tout adolescent est blessé dans la mesure où le monde se refuse à lui. Je me suis reconnu en lui. C’était mon expérience. C’était moi.  (Laurent Terzieff)

 

***

 

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© éditions Fario, 2019


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18/04/2020

LES CARNETS D'EUCHARIS (édition 2020) en livraison à partir du 11 mai 2020

LES CARNETS

D’EUCHARIS

[Édition 2020]

 

 

YVES BONNEFOY

"DIRE NON À LA NUIT"

 ALBERTO GIACOMETTI – NICOLAS DE STAËL

BENJAMIN BROU KOUADIO

 

[Portraits de Poètes – Vol. III]

 

 

 [LIVRAISON LE 11 MAI 2020]

 

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avec le soutien de la Fondation Jan Michalski

 

 

 

L’édition 2020 de la revue Les Carnets d’Eucharis, et son troisième volume « PORTRAITS DE POÈTES », est en partie centrée sur le mémorable et regretté Yves Bonnefoy. DIRE NON À LA NUIT réunit 9 contributeurs, pour rendre compte de son acuité de poète mais aussi de son attachement aux artistes. Cette 8ème édition est aussi l’occasion de revenir sur des écrivains et des artistes majeurs, à travers des portraits saisissants comme celui d’Alberto Giacometti en dialogue avec Jean Genet dans son atelier rue Hippolyte-Maindron ; puis celui de Nicolas de Staël en chercheur perpétuel, possédé de peinture, totalement voué aux fulgurances de la création.

Portraits de Poètes avec William S. Merwin (1927-2019) sous le regard bienveillant de la poète Jane Hirshfield qui évoque sa longue amitié avec l’un des chefs de file du renouveau de la poésie américaine après la Seconde guerre mondiale. Pour l’un comme pour l’autre Poetry is a way of looking at the world for the first time (La poésie est une façon de regarder le monde pour la première fois). Quatre poèmes accompagnent cette « amitié en poésie », traduits de l’américain par Geneviève Liautard et Luc de Goustine.

7 voix contemporaines se partagent « Au pas du lavoir ».

Pour la rubrique « À Claire-Voix », nous avons choisi de nous entretenir avec deux personnalités du monde des lettres : Sophie Loizeau, membre du comité éditorial de la revue Formes poétiques contemporaines, puis  l’éminent traducteur André Markowicz, qui a traduit l’intégralité de l‘œuvre romanesque de Dostoeïvski (29 volumes), du théâtre complet de Gogol et de Tchekhov, et qui répond à nos questions sur ce qui se joue dans la traduction et la retraduction ainsi qu’entre traduction et historicité.

L’artiste vidéaste, Richard Skryzak, nous entraîne dans ses divagations esthétiques, « divagations » à prendre sûrement au sens de « déplacement total ou partiel », rompre avec la notion de sens commun ou première notion des choses ordinaires. Il y est question de L’invention du Clin d’œil et de ses multiples formes.

Pour « ClairVision », Richard Skyrzak s’entretient avec le peintre et universitaire Benjamin Brou Kouadio sur le devenir de la peinture aujourd’hui, notamment en regard de ce qu’il est convenu d’appeler l’art contemporain.

Les Carnets d’Eucharis, c’est aussi une fenêtre ouverte sur un laboratoire de « Traductions » de textes vivants. La sélection 2020 offre un généreux bouquet de poèmes en langue portugaise (Nuno Júdice), italienne (Italo Testa) et grecque (Giannis Ristos).

Le carnet se referme avec « Et banc de feuilles descendant la rivière » : notes de lectures sur les derniers livres de Cécile Wajsbrot, Pascal Boulanger, Édith Boissonnas, Cees Nooteboom et Alexandre Blaineau.

Un cahier visuel de 8 pages s’ajoute au précédent portfolio Lignes de fuite, en une suite d’instantanés photographiques, sous le titre : Alentour l’horizon. Ces photographies inédites sont assurées par Nathalie Riera.

 

……………………………………… [Nathalie Riera]

 

Claude Darras

Julie Delaloye

Laurent Enet

Alain Fabre-Catalan

Alain Freixe

Michel Ménaché

Nathalie Riera

Pierre-Yves Soucy

André Ughetto

 

 

La justice nocturne

[Je rêve que je n’ai retenu de la peinture du monde que la Dérision de Cérès, d’Adam Elsheimer, et La Diane et ses filles, de Vermeer.

 

C’est la « justice nocturne ». Je suis maintenant tout près d’elle. Elle a tourné vers moi son petit visage enfantin, elle rit sous ses cheveux en désordre.]

 

Yves Bonnefoy

La vie errante

-– éditions Mercure de France

 

Sophie Loizeau André Markowicz Anne-Lise Blanchard Jacques Estager Corinne Le Lepvrier Martine Konorski Christophe Migault Angèle Paoli Jean-Charles Vegliante Benoît Sudreau Nuno Júdice Italo Testa Yannis Ritsos William S. Merwin…

               

 

 

Format : 16 cm x 24 cm | 216 pages (dont un Cahier visuel de 8 pages)

| France : 26 € (frais de port compris)

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CONTACT

nathalriera@gmail.com

 

L’ATELIER LES CARNETS D’EUCHARIS

L’Olivier d’Argens – Chemin de l’Iscle

BP 90044

83521 Roquebrune-sur-Argens Cedex

 

 

 

© L’Atelier des Carnets d’Eucharis, 2020

 

 

 

11/04/2020

Lorenzo Pestelli (par Nicolas Bouvier)

LORENZO PESTELLI

Vu par Nicolas Bouvier

[extrait]

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  Extrait

 

Texte paru dans Écriture, n°4, Lausanne, 1968.

 

 

 

« […] Depuis quinze ans qu’il écrit et mène sa vie précaire et vagabonde, Pestelli a vu passer dans son mortier plusieurs continents, quelques races, toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et beaucoup d’herbes amères. Sans doute, aussi, est-il plusieurs fois tombé dedans mais, pileur ou pilé il n’a en tout cas pas chômé : d’où le jus âcre et fort qui irrigue ces textes-échantillons. C’est frappant à la relecture : cette sève qu’on sent perler partout, ces liqueurs, ces humeurs toujours prêtes – par germination ou par écrasement – à sourdre des hommes et des choses parturientes ou blessées. Passés à ce pilon-là, même les minéraux saignent et la lune menstrue. Tout – y compris la rage et la révolte – participe à une sorte d’écoulement général […]

Voyager trop dur et trop longtemps finit par revenir à ne pas voyager du tout : la carène s’use, la perception et l’humour s’étiolent, l’endurance prend le pas sur l’invention. Le cœur n’y est alors plus et le jour vient où, pour n’avoir pas trouvé sa Toison d’Or, on s’en prend au soleil lui-même quand encore on ne voit pas un trou noir à sa place.

Lorsqu’on écrit, surtout, il faut pouvoir s’installer. Aucun oiseau ne nidifie en l’air, et les saumons plus nomades que nous s’arrêtent pour frayer.

Lorenzo n’a pas encore pu. Après le Japon : l’Indonésie, l’Inde, le Népal, le bateau. Depuis une année qu’il est de retour en Europe : le Tessin, Genève, Dunkerque, Bruxelles, Rome ; qu’il l’ait voulu – amis, curiosité – ou qu’il l’ait fallu – pas de logis, visas, paperasses, conneries – il a déjà déménagé quatre ou cinq fois avec sa femme et ses fillettes. Toujours aussi difficile à situer, toujours des lettres qu’il faut faire suivre on ne sait où. Aux avant-dernières nouvelles il était au fond d’une crevasse du Glacier du Théodule ; aux dernières, dans un hôpital de Turin en train de recoller solidement sa carcasse. Aux prochaines, j’aimerais le savoir établi quelque part dans cette Romandie où il y a aujourd’hui plus d’éditeurs, de poètes, de lecteurs, d’attention et de sympathie que nous n’osons nous-mêmes le croire. Qu’il puisse ici souffler un peu, se refournir le poil, poser ce sac dont tout est encore à tirer, consacrer à une œuvre qui peut devenir magistrale une partie au moins du temps qu’elle mérite, et mettre enfin dans son mortier un peu d’herbe tendre ».

 

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De gauche à droite : Nicolas Bouvier et Lorenzo Pestelli

 

© ZOE Éditions 

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10/04/2020

NIETZSCHE, Lettres d'Italie (Note de lecture de Nathalie Riera)

 

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NIETZSCHE

Lettres d’italie

 

Nietzsche, Lettres d’Italie, paru aux éditions Nous, nous livre un choix de plus de 100 lettres écrites par Nietzsche durant ses différents séjours dans le sud de l’Europe, principalement en Italie, de 1872 à 1888. La traduction de ces correspondances est assurée par Florence Albrecht et Pierre Parlant.

Mener une vie de « Fugitivus errans » – terme employé par Nietzsche dans une lettre à Paul Rée, fin juillet 1879 – répond avant tout du souci d’être rentable à soi-même. Volonté assurément guidée par son état de santé fluctuant mais aussi par l’impératif de s’assurer la tranquillité d’esprit : « vivre des aventures durant quelques années, pour donner à mes pensées du temps, du silence et un terreau frais ».

Le philosophe a quitté l’université de Bâle pour une vie de solitude et de voyage, se contentant de vivre dans de modestes pensions et hôtels, avec l’Italie comme nouveau territoire. Chiavenna, Gênes, Sorrente, Lugano, Venise, Recoaro, Messine, Rapallo, Rome, Florence, Ruta en Ligurie, Cannobio et Turin : autant « de nouveaux territoires, c’est-à-dire de nouvelles hypothèses de vie » (Pierre Parlant). Une vie en ermitage pour se procurer une santé, mais aussi pour éviter d’éveiller en soi « le mauvais génie de l’impatience ». Un tel choix n’est cependant jamais signe d’immobilisme chez Nietzsche. Marcher de longues heures comme à Sorrente, sur les « chemins tranquilles dans la pénombre » ou comme à Venise, là où « rien que des ruelles ombragées »… « Je vais ! Oui, je marche beaucoup ! Et je grimpe aussi ! »… « – j’ai besoin de mes 6-8 heures de marche en pleine nature ».

Toujours l’importance du chemin chez Nietzsche, le chemin vers la santé. S’il doit supporter des migraines intempestives et des troubles de la vue, ce sera « sans pour autant perdre nécessairement le goût de vivre ». Endurer mais non sans le dessein de « ramener à l’équilibre mon bateau de vie »… « c’est un tour de force et non des moindres : vivre et ne pas s’aigrir ».

Des séjours entrecoupés à Gênes, la grande ville marine va offrir à Nietzsche une proximité avec lui-même. Heureux enthousiasme aussi à l’idée de « continuer de vivre sous la protection de mes saints patrons du lieu, Colomb, Paganini et Mazzini ». L’étendue ouverte devant lui et sa chambre « très claire, très haute », tout est réuni pour avoir bon effet sur son humeur, mais la cité génoise ne sera pas promesse à recouvrer meilleure santé. Il ne suffit pas d’un ciel lumineux pour influer sur elle et sur son humeur. Il lui faut alors poursuivre son errance sur le littoral italien, la Suisse, et la Côte d’Azur. À Messine, le 8 avril 1882 : « je suis arrivé à mon “bout du monde” où, selon Homère, le bonheur doit habiter »… « Rome n’est pas un endroit pour moi »… La Spezia, le 13 octobre 1883 : « je ne sais toujours pas où demeurer ». La ville de Florence ne lui convient pas davantage, « elle est bruyante, pavée de manière inégale et les routes sont pleines de dangers pour moi ». À partir de 1881 jusqu’en 1888, tous ses étés se passeront à Sils-Maria, en Haute-Engadine.

Si Gênes, ville toute « débordante de force vitale » est ce qui lui est arrivé de mieux, sa reconnaissance pour la ville de Turin sera sans précédent. Ville qui lui sera « infiniment sympathique (…) Un paradis pour les pieds, pour mes yeux aussi ! »… « Turin ? C’est une ville selon mon cœur ». Son séjour dans la capitale du Piémont se passera sans accrocs, la ville produit sur lui « l’effet d’un flux de vie certain »… rien d’oppressant mais plutôt « un grand luxe d’espace partout » et où même les vents du nord ne sauraient le déchanter. L’enjouement et l’engouement au rendez-vous, Turin comptera parmi sa troisième résidence après Sils-Maria et Nice.

On sait aussi de son séjour turinois son incroyable productivité : Le cas Wagner, Crépuscule des idoles, L’Antéchrist, Ecce Homo et Nietzsche contre Wagner. 1888 sera l’année la plus féconde, dans une chambre via Carlo Alberto, n°6, piano quarto, avec pour vis-à-vis le sublime Palazzo Carignano : « Tout avance continûment dans un tempo fortissimo de travail et de bonne humeur »… À son ami Henrich Köselitz (de son surnom Peter Gast ou Pietro Gasti), le vendredi 20 avril 1888 : « Turin, cher ami, est une découverte capitale (…) Dans l’annuaire des adresses, on trouve 21 compositeurs, 12 théâtres, une accademia philarmonica, un lycéum de musique et un nombre énorme de professeurs de tous les instruments. Moralité : presque un lieu fait pour la musique ! – Les vastes et hauts portici sont une fierté : ils s’étendent sur 20 020 mètres, c’est-à-dire deux bonnes heures de marche. De grandes librairies trilingues. Je n’ai encore rien rencontré de semblable. »

Parmi ses correspondants les plus importants, nous retiendrons le compositeur Henrich Köselitz et le théologien Franz Overbeck. Plusieurs lettres également à sa mère Franziska et sa sœur Elisabeth qu’il n’épargnera pas dans un célèbre passage d’Ecce Homo : « Quand je cherche mon plus exact opposé, l’incommensurable bassesse des instincts, je trouve ma mère et ma sœur, – me croire une parenté avec cette canaille serait blasphémer ma nature divine ».

La traîtrise familiale sera sans précédent. L’œuvre même de Nietzsche déformée par la sœur qui, mariée avec Bernhard Föster, un « idéologue pangermaniste et antisémite », profitera de son internement pour monter les Archives Nietzsche et sous sa seule autorité donner naissance à la première grande édition des œuvres de son frère. Il s’ensuivra, comme on le sait, une récupération par les nazis dont il faudra attendre en France le travail de réhabilitation de l’œuvre mené par Georges Bataille : montrer que Nietzsche n’avait que profond dégoût pour ces « maudits groins d’antisémites ». « Les gens comme ma sœur sont nécessairement les ennemis irréductibles de ma pensée et de ma philosophie ».

En parallèle à ces lettres et avant d’apporter une conclusion à cette note, j’aimerais citer Clément Rosset qui dans La force majeure regrettait que les « préoccupations » des commentateurs de Nietzsche soient « complètement étrangères à ce qui intéresse Nietzsche ». Il leur reprochera en effet d’effacer l’originalité et la portée de la pensée nietzschéenne « en assimilant ce que pense Nietzsche à ce qui les préoccupe eux-mêmes »… « Cette manière moderne d’ignorer Nietzsche par le biais d’un commentaire enthousiaste soit du fait que Nietzsche ne pense pas, soit du fait qu’il pense dans le sillage d’une modernité post-hégélienne, équivaut évidemment à une fin de non-recevoir (…) Il y aurait sans doute à s’interroger sur les causes d’une telle fin de non-recevoir, qui persiste près d’un siècle après la mort de Nietzsche. La raison fondamentale de ce rejet me paraît résider en ceci que tout discours totalement affirmateur, comme l’est celui de Nietzsche ou comme le sont ceux de Lucrèce et de Spinoza, est et a toujours été reçu comme totalement inadmissible. Inadmissible non seulement aux yeux du plus grand nombre, comme l’insinuait Bataille dans son livre sur Nietzsche, mais aussi, et je dirais plus particulièrement, aux yeux du petit nombre de ceux qu’on appelle les "intellectuels" »[1].

:- :- :- :- :- :

© Nathalie Riera, avril 2020.

 

 

ǀ NIETZSCHE, Lettres d’italie, Éditions nous, 2019

 

 

[1] Clément Rosset, La force majeure, Les Éditions de Minuit, 1983 in « Notes sur Nietzsche », pp. 33/34.

30/03/2020

Gérard Cartier - L'Oca Nera (une lecture de Nathalie Riera)

 

 

 

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ǀ L’Oca Nera, Éditions La Thébaïde, 2019

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Gérard Cartier

 

GERARD CARTIER

[L'OCA NERA]

L’Oca Nera est le premier roman de Gérard Cartier, avec sa structure de 62 chapitres pour répondre au traditionnel Jeu de l’Oie et ses 62 cases aux figurines diverses, toutes en référence à la mythologie, dont certaines présentent un nombre de risques ou d’accidents, autant de cases fastes que néfastes – non sans quelque lien avec la vie humaine et ses vicissitudes. Jeu de hasard pur, qui n’implique ni réflexion ni calcul, où l’aléa règne en maître, le Jeu de l’Oie est marqué du double sceau de la simplicité et du mystère. D’origine italienne, probablement Florence, la première édition remonterait à 1580. Au Musée du Jeu de l’Oie, à Rambouillet, le narrateur nous avise : « Quatre siècles sont représentés là, depuis les premiers jeux, de simples gravures à l’encre bistre, jusqu’aux planches richement enluminées du début du siècle ».

Le narrateur sait l’enracinement dès son enfance du culte de l’image, « comme tous ceux de mon âge, j’ai appris le monde dans les livres d’images », une fascination que rien ne peut éradiquer, et c’est en protagoniste ocaludophile qu’il nous entraîne dans les ruines du passé, parmi celles de la tragédie du Vercors et son foyer de la Résistance française anéanti dans un bain de sang lors de l’attaque des Allemands le 21 juillet 1944. Puis, dans un temps moins reculé, du temps où le protagoniste – comme l’écrivain Gérard Cartier – menait une carrière d’ingénieur sur des projets d’infrastructures, il y aura cette autre guerre, jugée plus protéiforme, l’attaque du chantier La Maddalena et ses manifestations NO TAV dans le Val de Suse (27 juin 2012), simulacre de « jeunes gens révoltés qui (…) jouent, comme disent les journaux, à la guerre ». La lutte de ce mouvement populaire de protestation contre la nouvelle ligne ferroviaire Lyon-Turin dure depuis le milieu des années 1990. On se souvient des chefs d’accusation retenus contre l’écrivain Erri De Luca, pour instigation au sabotage et vandalisme et aussi de son acquittement le 19 octobre 2015 par le TPP (Tribunal Permanent des Peuples) de Turin.

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Le regard profond de Gérard Cartier sur l’Histoire répond à sa hantise de la guerre, celle précisément « qui nous a engendrés, dans l’ombre de laquelle mon esprit s’est formé », écrit le narrateur. Le passé remonte par bouffées, rien ne peut rompre les fils qui nous y rattachent.

Tout au long de ces 62 séquences sans chronologie dans le temps, le lecteur avance chapitre après chapitre, presque à l’aveugle, parfois tout aussi perdu que le narrateur qui veut bien croire que nous ne sommes pas seulement « un pion poussé au gré des nombres », mais plutôt croire « que nous sommes volonté et raison », au même titre qu’au jeu de hasard raisonné, à même de nous permettre d’opérer des choix pour tirer le meilleur parti du résultat des dés.

Le roman de Gérard Cartier est on ne peut plus troublant, intriguant, dans sa substance même, où le temps, qu’il soit présent ou passé, est à jamais vecteur de nostalgie : « Que devient ce qu’on possède dans l’instant, dans la pure dilapidation du désir », en même temps que ce paradoxe de vouloir y remédier avec juste ce qu’il faut d’ « un peu d’invention et même beaucoup (…) pour rendre vie au passé ».

Le premier jeu de l’oie du protagoniste remonte du temps de l’après-guerre, du temps de la ferme de Carrue, en décembre 1964, où il entendra pour la première fois le nom énigmatique de Graz, nom étroitement lié à la vie de son père, brancardier pendant la guerre, nom « tout à coup surgi des ténèbres du siècle ». Graz désigne Wolfsberg, une petite ville en Autriche, au sud-ouest de la frontière slovène que notre protagoniste aura le souci de sillonner, à la recherche « des baraquements couverts de toile goudronnée où des milliers de juifs ont langui avant d’être wagonnés vers Auschwitz ». Mais aucune trace ne subsiste. Aucune mémoire. Une usine de filtres automobiles remplace le camp mortifère. « Quant à mon père, j’en sais trop peu pour lui rendre un passé, trop peu même pour l’inventer, quand bien même, le suivant à distance, j’ai sillonné Wolfsberg et la Styrie et traversé l’Italie en regardant le monde avec ses yeux ».

C’est au retour de Graz que son père va retrouver « sous le lit de son enfance (…) la boîte de carton du jeu de l’oie qui l’attendait dans la poussière, et que le soir même, encore crasseux du long voyage en train à travers l’Autriche, l’Italie et la Savoie, à peine apaisée la faim dévorante qui l’avait presque réduit aux nerfs, il avait ouvert la planche colorée sur la grande table de la ferme et, le doigt errant de case en case, qu’il avait relaté son aventure à la famille réunie pour l’occasion. (…) Là, au milieu des miettes du repas, devant un verre encore à demi rempli de piquette, mon père avait entrepris de raconter la drôle de guerre et la défaite, cherchant ses mots, amenant à lui pour se donner une contenance le jeu de l’oie abandonné sur le buffet (…) ».

Une autre hantise de l’écrivain Gérard Cartier, rattachée à la tragédie du Vercors, celle du nom emblématique de Mireille Provence, hantise qui occupe une grande partie de L’Oca Nera. Mireille Provence, de son vrai nom Simone Waro, n’est pas sans lien dans l’histoire familiale de l’écrivain puisqu’elle serait impliquée dans la disparition de son oncle Marcel. Une double photo anthropométrique nous est donnée page 295. Mireille Provence dite l’espionne du Vercors, ou encore, l’égérie de la milice… Condamnée à mort à la Libération, De Gaulle la gracie, alors qu’elle a envoyé à la mort une quarantaine de maquisards. Que sait-on aujourd’hui du dossier du procès de Mireille Provence ? Après consultation aux archives de Grenoble dans l’espoir d’accéder au dossier de la condamnée, puis aux archives de Fontainebleau pour tenter d’élucider la disparition des dossiers de demande de grâce, la renégate n’est plus que fantôme, et pour l’écrivain parti sur ses traces, obnubilé « à sonder les bibliothèques et à dépouiller les vieux annuaires du Dauphiné et de la Provence », mais aussi pour les victimes et leurs familles, rien de plus abject que d’apprendre que la levée du secret n’aura pas lieu avant la fin de ce siècle : « la vérité est ensevelie dans les archives de la Cour de Justice de Grenoble », le dossier mis sous scellé « pour encore quatre-vingts ans » ! – Après une enquête toute personnelle, l’écrivain lui-même apprend que Mireille Provence a finalement écopé de seulement huit années de prison, ce qui paraît si faible au regard de l’assassinat d’environ 40 maquisards ! Mireille Provence « avait disparu des annales, après son procès, avalée par le siècle avec les Fredy Howard de Luz et les Hélène Coudreuse. Mais si j’avais su la retrouver, le sens était perdu. Mon sujet était autre : mesurer l’ombre que jette en nous l’Histoire (…) ».

Photo-7.-Mireille-Provence.jpg

« (…) l’Histoire (…) la Littérature, lesquelles ne font jamais bon ménage, l’une nette et sévère, tracée à la pointe sèche, constellée de dates et de noms, certifiée par mille preuves inscrites sur les cartes et les stèles, l’autre vague et fluctuante, humide, ambigüe, plus propre à émouvoir qu’à enseigner, témoignage équivoque des anciens égarements, longue ombre portée sur la postérité. »

Tout comme le père – si peu disert quand le fils l’interroge sur cette époque sinistre de l’Histoire –, qui en passe par le jeu de l’oie afin de pouvoir faire récit, de pouvoir raconter, la passion (ou l’obsession) du fils pour le jeu de l’oie ne répond-elle pas au besoin de perpétuer la mémoire ? Et en passer par la littérature mémorielle, comme une manière de vaincre le temps ? Soustraire le passé de son propre néant, revisiter le passé pour mieux le redécouvrir, dans les moindres détails.

Le narrateur de L’Oca Nera s’est constitué une ocathèque avec plusieurs centaines de planches. Peut-on penser que cette fièvre de la collection recèlerait comme une nostalgie des origines, « l’émotion du révolu » pour reprendre une expression de Jean Starobinski au sujet de l’écrivain Claude Simon et ses Photographies. Chez le narrateur, nostalgie et vertige de la possession ne sont peut-être pas si éloignés, et l’acte de collectionner ne répond-il pas d’ « une sorte d’exercice d’hygiène mentale », de son aveu même.

Même si le lecteur peut parfois douter quand il s’agit de différencier la fiction de l’autobiographie, il lui reste de jouer le jeu, d’avancer de case en case, d’accompagner le narrateur dans son aventure peu commune, quitte à se perdre, revenir en arrière ou rebrousser chemin, jusqu’à parcourir toutes les cases de L’Oie Noire.

 

Mars 2020

:- :- :- :- :- :

© Nathalie Riera

 

 

 

20/03/2020

FRIEDERIKE MAYRÖCKER

friederike mayrocker 2.jpg

FRIEDERIKE MAYRÖCKER

 

[DES ALOUETTES FOLLES QUI …]

 

chèvrefeuille et acajou dans l’aurore, la

rosace de tigre sur l’un des murs de la chambre qui s’effeuille,

moucheture à la fenêtre, rouge, dardant sa langue

dans l’indigo qui s’ouvre en dessous, bouffant

toupet de fleurs : calendrier coriandre.

dans un épuisement, larguée dans l’herbe, au visage

la trompette de l’ange, et comme le poing

de son propre cœur s’ouvre et se referme sur l’écran.

tourbillon saturnien et cuisine jaune, vibrants

les accessoires de la linotte.

 

 

Traduit de l’allemand (Autriche) par Jean-René Lassalle

 ……………………………………………………………………………………………………….

[Extrait de Notizen auf einem Kamel – Suhrkamp, 1996]

 

 

Compagnia delle Poete - LA MAISON DEHORS / LA CASA FUORI

Compagnia delle poete

___________ 

LA MAISON DEHORS

 

 

…………………………………………………………………………………………..

Traduction Jean-Charles Vegliante

 

 

 

 

de ce côté s’étend un paysage avare

de là un chien s’approche

il aboie

faisons comme si nous n’avions pas peur.

 

attendons

que quelqu’un réponde à notre coup de sonnette

les fenêtres de la maison nous regardent

sombres

 

si la grille devait s’ouvrir

je me demande

quelle lettre dirait

son grincement ?

[Brenda Porster]

 

 

       parmi les détritus une maison

                                    de papier

avec un toit et des rideaux

blancs, un, un unique

nuage rouge dans

le ciel qui par moments

                                    déborde

des lignes

[Barbara Pumhösel]

                         

 

D’abord il faut un toit rouge

la cheminée la fumée grise

foncé le long du contour de la maison

carrée un nombre pair de fenêtres

le pré rendu avec une ligne verte

celle du ciel bleu

cinq traces noires en vol

C’est le printemps

la glycine commence juste

toute blanche comme la feuille

c’est pourquoi on ne la voit pas

les racines enfoncées qui sait où

les branches m’ont suivie jusqu’ici

confondus dans cet ailleurs blanc à moi.

Je remets tous en rang les crayons

demain j’essaierai à nouveau

avec son parfum

les fleurs flétries de la voix

[Mia Lecomte]

 

 

Corps maison

qui sue

par les parois,

 

taches qui ne s’enlèvent pas.

Et l’on ne trouve pas

les choses, les causes.

 

Maison corps

envahie

par un passage

continuel

[Eva Taylor]

 

 

○○○

 

 

       Des autres

il y a des dents dans un tiroir

des sparadraps sur les coins des buffets

des voix marmonnantes dans les serrures

des souvenirs difformes sous les lits

des amas de poussière et des poils de chat

Où êtes-vous à présent ?

Voulez-vous que je vous cherche ?

Je forme des entrelacs avec mes doigts

je lisse le bois avec des jets de salive

il y a des signes pâles de tasses chaudes

des moments fixés à des empreintes

Où êtes-vous ? Je crie mais comme dans les rêves

c’est seulement la poitrine qui répond.

Les vestes des autres restées accrochées sur des cintres en bois

sentent le cèdre et la naphtaline.

Il y a ce brouhaha brut de pigeons qui volètent

et de la poussière de guano quand j’ouvre les volets.

 

J’allume et éteins la lumière

cherchant dans les ombres des coins domestiques.

Je détacherai,

et tout dans ces murs reniera le passé.

[Barbara Serdakowski]         

 

 

Du coin de l’œil je la vois

devant l’évier

entre une assiette rincée et l’autre

qui fait des claquettes pour moi

et pour l’amie invitée à déjeuner

(un sandwich au thon, peut-être,

une pomme ou une pâtisserie,

avec la hâte de retourner à l’école

pour les cours de l’après-midi).

 

Enfant elle avait chanté

à la radio pour ‘The Children’s Hour’

et à présent nous voici

   la petite Dorothy Polsky

auront-ils dit

et moi qui la regarde, incertaine

entre la gêne et la fierté

d’avoir une maman comme ça

[Brenda Porster]                                               

 

 

 

1.

 

le tablier de ma grand-mère n’était pas tablier

mais habit, sa peau vert-bleu

le tablier de ma grand-mère cachait

la femme que ma grand-mère était et ne voulait pas

voir et faire voir :

les heures cousues à l’intérieur

avec un fil de sueur, fièvre faible en préparant des montagnes

de neige claire, des lacs de compotes, des fleuves de jus,

d’entiers paysages pour le palais.

 

et dans ses poches elle cachait photos et mots

près des clefs, piécettes et mouchoirs

souvenirs grattés avec un regard languissant

de cuisine.

 

le tablier de ma grand-mère était le monde à carreaux

était rythme, vérité et maison

ce corps tablier vert-bleu.

 

 

2.

 

ma mère avait des tabliers blancs

amidonnés comme des glaciers.

 

devant les fours elle ne fondait guère :

elle était sibylle blanche cire.

 

elle créait des gâteaux d’obéissance

– ils brûlaient douloureusement

 

l’obéissance paraît toujours blanche

et ma mère demeure elle-même.

 

mais le tablier prend feu la nuit

se consume sous la lumière

nue de la lune

 

 

3.

 

je vois un tablier pendu à la porte

quand le vent l’agite

il s’ouvre comme un livre déployé.

 

il y a des taches à la place des lettres.

il y a des yeux et des mains

et chaque lavage confirme le passé :

 

les couleurs passées

les taches qui ne s’enlèvent pas.

 

 

chaque jour je le mets

pour nager à contre-courant

remonter à une origine.

 

ce tablier est une peau

qui le porte endosse mon histoire

[Eva Taylor]

 

 

Depuis toujours fin septembre

la maison se remplit du parfum

de soupe de prunes au sureau.

Je n’y suis plus depuis des années il arrive

toutefois que je sois frappée d’étranges

hallucinations olfactives et alors

je regarde mes mains mais non

jamais elles ne sont tachées de violet –

du reste quand j’ai pu

j’ai toujours évité d’aider

à égrener les corymbes de sureau.

[Barbara Pumhösel]                                   

 

 

       Léthargie après léthargie.

Tu prétends tout dans les armoires creuses

graine déposée et sans pudeur

tu changes la saison castore écureuille

serpent parmi tes noix défaites

habits, souliers, maillots, lingerie

change la saison femme

Sans la patience de te croire famille

jamais l’hiver ne peut venir

[Mia Lecomte]

 

 

○○○

 

 

       Elle avait un tapis rouge ma pièce

pièces à repeindre continuellement

la seule que j’ai pu choisir

les pièces arrivent

le tapis rouge perdait ses poils

mais comme j’étais contente.

Ils arrivent avec leurs hauteurs angles et senteur

fenêtres à des endroits variés pour la trajectoire du regard

ils m’avaient fait voir trois types de papiers peints

je n’avais pas compris que les autres coûtaient trop cher.

Armoires, tables de chevet, tout en position déplacée.

Allongée je n’arrivais pas à voir dehors,

juste le ciel voilé par le petit rideau crème

fait au crochet par ma mère et la pointe de la haie.

Des vues et des échappées qui changent pensées, idées, rêves.

L’autre fois c’était un mur avec des lichens et une grille verte.

[Barbara Serdakowski]          

 

 

j’ai quatre fenêtres cardinales

dans mon salon de l’air

et à l’heure maison j’ouvre les volets

sans regarder en direction des grillages

                               aux pointes en acier

je choisis un encadrement sûr libre

de toute espèce de ligne ou fil

barbelé et je brûle les pensées qui insistent

pour garder allumé quelque chose au delà

[Barbara Pumhösel]

 

 

Je ne sais si on pouvait l’appeler cave –

elle n’était pas sombre, un rayon lumineux

entrait par la fenêtre haute –

Des fois nous jouions dans la pénombre

à sauter, d’un panier en métal.

 

Ce jour-là nous le sentions : quelque chose

allait arriver. Excitées,

nous goûtions notre peur.

Quand un pied se prit

dans un fil je tombai, mal,

tapant le visage sur le ciment.

 

Je me mis à saigner du nez.

 

Des années passèrent avant que je comprenne :

c’était alors le jour

de Ethel et Julius Rosenberg

[Brenda Porster]                                    

 

 

Dans les murs les fentes

les fenêtres grand ouvertes

sur le pré le blanc des oies

le tilleul planté ce jour-là.

 

J’entends le récit des dernières années

les nuits sans sommeil et les lettres

les voyages, les attentes et la colère.

Je regarde

 

mais toi de l’autre côté de la route

en ce lieu où tu es né

tu ne reviens plus

pour une virgule de loi

mise à Moscou

signée à Berlin.

 

L’ombre du tilleul nous embrasse tous les deux

mais toi tu n’oublies pas

et moi je m’en échappe.

[Eva Taylor]

 

 

Les pièces de la maison

n’ont jamais été plus éloignées entre elles

Une matinée de marche

pour rejoindre la moka à la cuisine

passé le marais à gué le fleuve

une secousse au dernier tronc mal assuré

Pour les toilettes il faut le périple du volcan

ou en alternative deux trains

il pleut si l’eau tombe de l’avant-toit

jusqu’à l‘angle le plus extérieur du lavabo

Les vêtements alignés dans l’armoire

concentrent la lumière à l’horizon

la mer est immense de ce côté

plus loin se dresse l’escalier du bureau

les chênes qui cèdent la place aux pins

jusqu’à l’étendue de mousse

entre les roches toujours vertes de la bibliothèque

Au salon à pic avec la cascade

pour ensuite se diriger vers la chambre

avec le premier avion suspendu entre l’abat-jour

et quelques-unes des plus simples étoiles

Du début jour après jour

si tu ne peux sortir de la maison

c’est que dehors il ne t’est rien resté

ton au-delà s’établit dans l’empreinte

laissée en temps morts sur un coussin

[Mia Lecomte]

           

 

dépouillée de tout

même des murs

seulement quelques pierres

                  sur la nue

planimétrie et neige lente

qui obscurcit

[Barbara Pumhösel]

 

○○○

 

 

       C’est déjà temps pour autre chose

il est sept heures

pousser le poids du chien étendu devant la porte

tu es encore réveillé

comme dans cette autre maison

peut-être un train passe, et tout tremble

les choses au fond ne changent pas.

Il y a trop de coins dans ces pièces

déranger les boîtes qui restent

moins de lumière dans la salle

trouver des photos perdues depuis longtemps

des terrasses avec des plantes non miennes

et mettre en ordre de nouveau

tout dans la cuisine.

Les briques sont froides sous les pieds

je chercherai des années le sel là où sont à présent les verres.

Je voudrais être seule à flairer les murs

tu m’appelles de loin

entendre les voix des autres imprimées çà et là

et tu demandes si je sais où est ce livre.

[Barbara Serdakowski]         

 

 

Avant que l’on sorte de la pièce les choses

commencent déjà à s’en aller

elles se font raides privées de genre

une à une elles reprennent tout

d’elles-mêmes sans un regret

elles se font inutiles sans peur

de ne pas insister elles vont précises

droit là dehors une à une

elles nous font sortir un peu à la fois

sans douleur en morceaux simples jusqu’à

ce qu’il ne reste de nous plus rien

[Mia Lecomte]

 

 

       j’insiste – il doit y avoir quelque chose

une apparence minime

un trait non disparu tout-à-fait

quelque chose des zones marquées une

frontière en commun

               quelque trace

prouvant le fait qu’ici –

je répète – qu’ici il y avait quelque chose

non – tous secouent la tête

et le temps piétine tout

[Barbara Pumhösel]

 

 

j’ai entendu dire par une

qui avait perdu la mémoire

le temps est

un néant entre deux néants

le présent un point unidimensionnel

immatériel

le passé n’est plus

le futur n’est pas encore

mais je me demande si viendra de nouveau

le temps de la crue,

l’instant lourd

de présent

[Brenda Porster]

 

 

Pitié de nous, pitié

de l’herbe qui ne pousse pas, pitié

du toit et la façade les portes

sans clé, pitié de nos

espaces vides, pitié du son et

de la lumière, encore éteints

 

pitié de nous à l’intérieur, pitié

avec de fausses fenêtres

pitié, d’y habiter l’absence

de ne pouvoir y être

pitié

de nous dans cette maison

dans cette nôtre d’autrui.

[Mia Lecomte]

 

 

 

| Textes inédits. © Compagnia delle poete, 2020.

LA CASA FUORI

 

 

 

di qua si estende un paesaggio scarno

di là un cane si avvicina

abbaia

fingiamo di non avere paura.

 

aspettiamo 

che rispondano al nostro suonare

le finestre della casa ci fissano

scure.

 

se dovesse aprirsi il cancello

mi chiedo

quale lettera direbbe

il suo cigolio?

[Brenda Porster]

 

 

       tra i detriti una casa

        di carta

con il tetto e le tende

bianche, una un’unica

nuvola rossa nel

cielo che a tratti

va fuori

dalle righe.

[Barbara Pumhösel]

                         

 

Prima ci vuole il tetto rosso           

il comignolo il fumo grigio

scuro lungo il contorno della casa

quadrata un numero pari di finestre

il prato risolto con una linea verde

quella del cielo azzurra

cinque le tracce nere in volo

È primavera

ora comincia il glicine

tutto bianco come il foglio

per questo non si vede

le radici sprofondate chissà dove

i rami mi hanno seguita fino a qui

confusi in questo mio bianco altrove   

Ripongo tutte in fila le matite

domani proverò di nuovo

con il suo profumo

i fiori sfatti della voce

[Mia Lecomte]

 

 

Corpo casa

che suda

dalle pareti,

 

macchie che non si tolgono.

E non si trovano

le cose, le cause.

 

Casa corpo

invasa

da un passaggio

continuo.

[Eva Taylor]

 

 

○○○

 

 

       Di altri

ci sono denti in un cassetto

cerotti sugli angoli delle credenze

rumoreggianti voci nelle serrature

ricordi malformi sotto i letti

mucchi di polvere e peli di gatto

Dove siete ora?

Volete che vi cerchi?

Fabbrico intrecci con le dita

liscio i legni con spruzzi di saliva

ci sono segni pallidi di tazze calde

momenti fissati ad impronte

Dove siete? Grido ma come nei sogni

è solo il petto che risponde.

I giacconi altrui rimasti appesi su spalle di legno

odorano di cedro e di naftalina.

C'è quel schiamazzo lordo di piccioni che svolazzano

e polvere di guano mentre spalanco le serrande.

 

Accendo e spengo la luce

cercando nelle ombre angoli domestici.

Smacchierò,

e tutto tra queste mura rinnegherà il passato.

[Barbara Serdakowski]         

 

 

Dalla coda dell’occhio la vedo

davanti all’acquaio

tra un piatto risciacquato e l’altro

fa il tip-tap per me

e per l’amica invitata a pranzo

(un panino al tonno, forse,

una mela o un dolcino,

con la fretta di tornare a scuola

per le lezioni pomeridiane).

 

Da bambina aveva cantato

alla radio per ‘The Children’s Hour’  

e adesso eccoci qui

   la piccola Dorothy Polsky

avranno detto

e io che la guardo ora, incerta

tra l’imbarazzo e l’orgoglio

di avere una mamma così.

[Brenda Porster]                                               

 

 

 

1.

 

il grembiule di mia nonna non era grembiule

era vestito, pelle sua verde-blu

il grembiule di mia nonna nascondeva

la donna che mia nonna era e non voleva

vedere e far vedere:

le ore cucite dentro

col filo di sudore, sottile febbre nel preparare montagne

di neve chiara, laghi di composte, fiumi di succhi,

interi paesaggi del palato.

e nelle tasche nascondeva foto e parole

accanto a chiavi, monete e fazzoletti

ricordi grattati con lo sguardo languido

da cucina.

il grembiule di mia nonna era il mondo a quadretti

era ritmo, verità e casa

quel corpo grembiule verde-blu.

 

 

2.

 

mia madre portava grembiuli bianchi

inamidati come ghiacciai.

davanti ai forni non si scioglieva:

era sibilla bianca cera.

creava dolci di ubbidienza

– bruciavano con dolore

l’ubbidienza appare sempre bianca

e mia madre rimane se stessa.

ma il grembiule s’infuoca la notte

si consuma sotto la luce

nuda di luna.

 

 

3.

 

vedo un grembiule appeso alla porta

quando lo muove il vento

si apre come un libro spiegato.

 

ci sono chiazze al posto delle lettere.

ci sono occhi e mani

e ogni lavaggio conferma il passato:

i colori sbiaditi

le macchie che non si tolgono.

ogni giorno me lo metto

per nuotare contro corrente

risalire ad un’origine.

quel grembiule è una pelle

chi lo porta indossa la mia storia.

[Eva Taylor]

 

 

Da sempre alla fine di settembre

la casa si riempie del profumo

di zuppa di prugne e sambuco.

Non ci sto più da anni succede

tuttavia che io venga colpita da strane

allucinazioni olfattive e allora

mi guardo le mani ma mai

che siano macchiate di viola –

del resto quando ho potuto

ho sempre evitato di aiutare

a sgranellare i corimbi di sambuco.

[Barbara Pumhösel]                                   

 

 

       Letargo dopo letargo

Pretendi tutto negli armadi cavi

deposto il seme e svergognato

cambi la stagione castora scoiattola

serpe fra le tue noci sfatte

abiti, scarpe, magliette, biancheria

cambia la stagione femmina

Senza la pazienza di crederti famiglia

non può venire mai l’inverno.

[Mia Lecomte]

 

 

○○○

 

 

       Aveva il tappeto rosso la mia stanza

stanze da imbiancare di continuo

la sola che ho potuto scegliere

le stanze succedono

perdeva i peli il tappeto rosso

ma quanto ero contenta.

Arrivano con le loro altezze angoli e sentore

finestre in posti diversi per la traiettoria dello sguardo

mi avevano fatto vedere tre tipi di carte da parati

non avevo capito che le altre costavano troppo.

Armadi, comodini, tutto in posizioni alterate.

Da sdraiata non riuscivo a vedere fuori,

solo il cielo celato dalla tendina crema

fatta ad uncinetto da mia madre e la punta della siepe.

Vedute e sbocchi che mutano pensieri, idee, sogni,

L'altra volta era un muro con licheni e un cancello verde.

[Barbara Serdakowski]          

 

 

ho quattro finestre cardinali

nel mio salotto aria

e all’ora casa apro le imposte

senza guardare nella direzione dei reticolati

             delle punte d’acciaio

scelgo un riquadro sicuro libero

da qualsiasi tipo di linea o filo

spinato e brucio i pensieri che insistono

per tenere acceso qualcosa oltre.

[Barbara Pumhösel]

 

 

Non so se si poteva chiamarla cantina

non era buia, un raggio di luce

entrava dalla finestra in alto –

A volte giocavamo nella penombra

a saltare, da un cesto di ferro.

 

Quel giorno lo sentivamo: qualcosa

sarebbe successo. Eccitate,

gustavamo la nostra paura.

Quando un piede mi s’impigliò

in un filo caddi, male,

battendo il viso sul cemento.

 

Mi calò il sangue dal naso.

 

Passarono anni prima che capissi:

quello era il giorno 

di Ethel e Julius Rosenberg.

[Brenda Porster]                                    

 

 

Nei muri le crepe

le finestre spalancate

sul prato il bianco delle oche

il tiglio piantato quel giorno.

 

Sento il racconto degli ultimi anni

le notti senza sonno e le lettere

i viaggi, le attese e la rabbia.

Io guardo

 

ma tu sull’altro lato della strada

in questo luogo dove sei nato

non torni più

per una virgola di legge

messa a Mosca

firmata a Berlino.

 

L’ombra del tiglio abbraccia noi due

ma tu non dimentichi

ed io ne sfuggo.

[Eva Taylor]

 

 

Le stanze della casa

non sono mai state più lontane tra loro

Una mattina di marcia

per raggiungere la moka in cucina

superata la palude a guado il fiume

una scossa all’ultimo tronco malcerto

Per il bagno serve il periplo del vulcano

in alternativa due treni

piove se l’acqua gronda dalla pensilina

fino all’angolo più esterno del lavabo

I vestiti allineati nell’armadio

infittiscono la luce all’orizzonte

il mare è immenso da questa parte

oltre si inerpica la scala dello studio

i larici che lasciano il posto ai pini

fino alla distesa di muschio

tra le rocce sempreverdi della libreria

In salotto a precipizio con la cascata

per poi dirigersi verso la camera

sul primo aereo sospeso tra l’abat-jour

e alcune delle più semplici stelle

Da capo giorno dopo giorno

se non puoi uscire dalla casa

è perché fuori non ti è rimasto altro

il tuo al di là si assesta nell’impronta

lasciata in tempi morti su un cuscino.

[Mia Lecomte]

           

 

spogliata di tutto

anche delle mura

soltanto qualche pietra

          sulla nuda

planimetria e neve lenta

che scurisce.

[Barbara Pumhösel]

 

○○○

 

 

       È già il tempo per altro

sono le sette

spingere il peso del cane sdraiato dietro la porta

sei ancora sveglio

come in quell'altra casa

forse passa un treno, ora tutto trema

le cose in fondo non cambiano.

Ci sono troppi angoli in queste stanze

scomporre le scatole rimaste

meno luce nella sala

trovare foto perse da tempo

terrazzi con piante non mie

e ordinare nuovamente

tutto in cucina.

Il cotto è freddo sotto i piedi

cercherò per anni il sale dove ora vanno i bicchieri.

Vorrei essere da sola ad annusare le mura

mi chiami da lontano

sentire le voci d'altri impresse qua e là

e chiedi se so dov'è quel libro.

[Barbara Serdakowski]         

 

 

Prima che usciamo dalla stanza le cose

cominciano già ad andarsene

si fanno rigide prive di genere

una ad una riprendono tutto

di loro stesse senza un rimpianto

si fanno inutili senza paura

di non insistere vanno precise

dritte là fuori una ad una

ci fanno uscire poco per volta

senza dolore in brani singoli finché

di noi non rimane più niente.

[Mia Lecomte]

 

 

       insisto – ci deve essere qualcosa

una sembianza minima

un tratto non del tutto scomparso

qualcosa delle zone segnate un

confine in comune

      qualche traccia

a prova del fatto che qui –

ripeto – che qui c’era qualcosa

no – tutti scuotono la testa

e il tempo pesta tutto

[Barbara Pumhösel]

 

 

ho sentito dire da una                                                            

che la memoria l’aveva perduta                         

il tempo è                                                                                  

un nulla tra due nulla

il presente un punto uni-dimensionale                

immateriale                                                          

il passato non è più

il futuro non è ancora                                                 

ma io mi chiedo se verrà di nuovo

il tempo della piena,                                           

l’attimo pregno

di presente.

[Brenda Porster]

 

 

Pietà di noi, pietà,

dell’erba che non cresce, pietà,

del tetto e la facciata, degli usci

senza chiave, pietà, dei nostri

ambienti vuoti, pietà del suono e

della luce, ancora spenti

 

pietà, di noi qua dentro, pietà,

con le finestre finte

pietà, dell’abitarci assente

del non poterci stare

pietà

di noi in questa casa

in questa nostra altrui.

[Mia Lecomte]

 

 

 

 

| Textes inédits. © Compagnia delle poete, 2020.

 

 

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| BIO-BIBLIOGRAPHIE :

La Compagnia delle poete (www.compagniadellepoete.com) est née en été 2009 à l’initiative de Mia Lecomte. Elle se compose de femmes poètes étrangères unies par la commune italophonie –  Prisca Agustoni, Cristina Ali Farah, Anna Belozorovitch, Livia Bazu, Laure Cambau, Adriana Langtry, Mia Lecomte, Sarah Zuhra Lukanic, Vera Lucia de Oliveira, Helene Paraskeva, Brenda Porster, Begonya Pozo, Barbara Pumhösel, Francisca Paz Rojas, Candelaria Romero, Barbara Serdakowski, Jacqueline Spaccini, Eva Taylor – chacune avec une histoire individuelle particulière de migration, accompagnée d'autres artistes ayant travaillé dans un cadre international avec des expériences différentes. L'idée est celle d'une sorte d'"orchestre" harmonisant la poésie de chaque poète : elle s'imprègne de l'influence des diverses traditions linguistiques et culturelles à l'intérieur de spectacles où la parole est soutenue et développée par la multiplicité des langages artistiques. Étape après étape, et suivant une structure "modulaire", la formule de base sur laquelle est bâti tout spectacle de la Compagnie, se modifie et s'adapte vis-à-vis des diverses situations de performance ainsi que des différentes poètes sur le plateau. Le but est de ramener la poésie vers le grand public, en lui restituant sa fonction primitive d'oralité partagée ; mais c'est aussi donner la voix à l'écriture transnationale, la vraie avant-garde littéraire de ce siècle. La Compagnie, objet d’études et de thèses universitaires, est souvent invitée à participer à des séminaires et à des colloques académiques et littéraires, en Italie et à l'Étranger, autour de transferts plurilingues entre les littératures. Elle s'occupe également de projets collectifs de traduction de poésie contemporaine, tels que la rubrique du magazine du festival Babel Specimen (http://www.specimen.press/articles/compagnia-delle-poete-translates-antonella-anedda/).

 

 

11/02/2020

A PARAITRE - Nathalie Riera - Instantanés des géographies de l'amour

Instantanés

DES GÉOGRAPHIES DE L’AMOUR                   

Nathalie Riera

 

PARUTION LE 10/03/2020

 

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Dans le prolongement de la revue, L’atelier Les Carnets d’Eucharis inaugure la collection « Au Pas du Lavoir », avec un texte inédit de Nathalie Riera, Instantanés des géographies de l’amour.

 

Propos de l’auteure :

Flux de paroles dans une courbe continue aux ressauts qui se succèdent : se laisser entraîner par le courant des mots et leurs petits ronds d’éclats. Mouvement d’une langue, non qui raconte mais qui vibre de l’amour, depuis la Rencontre, celle-ci toujours renouvelée dans une écriture inépuisable, l’étreinte du verbe par où ne cesser de revivre l’histoire, au secret du cœur et ses profondeurs, et par où rejoindre les arums du désir, pour au mieux s’éloigner des marais, leur préférer les ressacs du feu.

Géographie terrestre et maritime, à quelques faibles lieues du Rastel d’Agay, du Pic de l’Ours et du Cap Roux. Puis l’inoubliable Turin, la ville amoureusement citée, quand l’amour est ce « soleil besant d’or / de la nuit où nous être aimés / de midi à minuit nous être attendus ». Toujours l’amour, toujours « au fond de soi l’incarnat qui nous incarne / de l’aube à l’aurore de Turin ».

Instantanés écrits sous l’égide de la fulgurance. Passion pour la vie, pour les mots. Pour « l’éclat solaire même la nuit ». Instantanés d’un Amour.

Trame blondoyante la prairie des mots après l’érosion. Toujours avec le poème faire bain de langue. La ciselure de ce que nous écrivons. Jusqu’à la transparence. La musique de ce que nous écrivons est le bois noir d’une basse de viole. Le bruissage d’un drap. Nous souvenir que c’est août, l’ectasie des syllabes jusqu’à l’étoilement venue la nuit. Nous redire Turin à partir du même canevas.

[Extrait]

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L’Atelier Les Carnets d’Eucharis

Collection AU PAS DU LAVOIR | ISBN : 978-2-9543788-9-3 | 36 pages | 11 X 17 cm

| France : 15 € (frais de port compris)

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08/02/2020

Eduardo Arroyo. La peinture est aussi un combat - Nathalie Riera

Nathalie Riera

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 [Eduardo Arroyo. La peinture est aussi un combat]                                       

 

  

« Les artistes, en général, écrivent peu » affirmait Eugène Delacroix, et non sans raison, quand on sait l’importance, pour ce peintre-écrivain du XIXe siècle, de l’écriture expérimentale du journal comme un espace essentiel à son art pictural. En écho à Delacroix, notre contemporain Eduardo Arroyo s’est toujours intéressé aux peintres, notamment ceux qui étaient à la fois peintres et écrivains, « les peintres les plus intéressants sont ceux qui écrivent ». Il cite entre autres Max Ernst et Giorgio De Chirico comme « piliers » de sa peinture. Par ailleurs, Arroyo ne se cache pas d’être un artiste protéiforme : « Je ne suis qu’un peintre qui fait beaucoup de choses, qui se balade de l’écriture à la poésie, de la sculpture à la scénographie, pour arriver à la peinture, et peindre avec plus de force ».

Si peinture et littérature sont chez lui indissociables, son exil de l’Espagne franquiste le décidera à choisir la peinture plutôt que la littérature. On parlera d’une peinture « autobiographique » liée à la Figuration narrative, un mouvement pictural né au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris qui revendiquait « l’intérêt de l’anecdote, le droit au récit ». Pour Fabienne Di Rocco, traductrice, « […] cette conception de la peinture arcboutée sur l’anecdote et la littérature, il la tient autant de Francis Picabia que de Giorgio De Chirico »[1].

Né en 1937 à Madrid, Arroyo quitte l’Espagne en 1958, ce « pittoresque Paradis des mouches » où toute vie est soumise à la terreur. Banni de son pays par le régime de Franco, son passeport lui est confisqué le 25 octobre 1974 à Valence. Il attendra la fin du cauchemar et la restitution de son passeport espagnol le 1er avril 1976 avant de remettre les pieds sur le sol ibérique. Dans Berlin – Hiver 1975-1976, il écrit : « Le 20 novembre 1975, Francisco Franco Bahamonde rendait son âme dans un hôpital de Madrid, troué par les canules, percé par des tuyaux de différentes couleurs, lardé d’aiguilles. Moi, je suivais à la radio sa lente agonie. J’étais cloué au téléphone avec ma famille et, avec la main qui me restait libre, je peignais la réplique de la Ronde de nuit. Repeint, ce tableau, dans sa genèse et dans sa fin, exprime un souffle d’espoir ou la fin d’un cauchemar pour moi et pour l’Espagne. La mort du dictateur redonnait sens à ma vie »[2].

Arroyo est un artiste de la rupture, marqué par l’exil et par la fin d’un XXe siècle « riche de contradictions et de découvertes ». Dans le catalogue Eduardo Arroyo, Berlin-Tanger-Marseille, Germain Viatte précise au sujet de l’exil, outre qu’il permet à l’artiste d’affirmer sa propre singularité : « Le départ est une réaction du peintre aux menaces sur sa propre identité […]. Après les bouleversements du début du siècle et le traumatisme de la Grande Guerre, tout l’art moderne historique semble être ainsi né de l’exil. Dans ses ruptures successives, il a entraîné à travers l’Europe, puis outre Atlantique via Marseille, une cohorte d’ambulants réfractaires à l’étouffement. »[3] Eduardo Arroyo faisait partie du lot.

Peindre dans la rupture, c’est donner une physionomie à l’Histoire : « j’avais décidé irrévocablement de devenir un peintre d’Histoire ou d’histoires au pluriel »[4]. Sans condescendance pour le chantre du Ready-made il peint « Vivre et laisser mourir ou la fin tragique de Marcel Duchamp », une façon de crier haro sur la supercherie de l’avant-garde américaine ; avec « Les Quatre dictateurs » le peintre se mue en « assassin » : « il dissèque le Généralissime dans un grouillement de viscères […] éviscère aussi Salazar, Mussolini, Hitler… »[5]. Quand il aborde Napoléon en tant que figure de l’histoire : « c’est contre l’histoire, telle qu’elle m’a été enseignée que mes tableaux se dressent, contre l’histoire définitive, immuable, statufiée »[6]. Arroyo ne voue aucune sympathie pour Dalí et son adhésion à Franco, non plus pour Miró « dont il juge inacceptable les voyages entre Paris et Majorque alors que Picasso refuse de transiger et de rentrer en Espagne. »[7] Arroyo révèle n’avoir « jamais peint un seul tableau en Espagne de Franco. Jamais, j’ai vendu une seule litho (…) j’ai commencé à exposer en Espagne en 1977 », il veut dire deux années après la mort de Franco. En contrepartie le peintre-écrivain n’hésite pas à multiplier les hommages pour les poètes, les artistes et les étudiants victimes du franquisme, qui face à l’ennemi choisiront pour la plupart le suicide plutôt que l’arrestation. Il peint le suicide de Walter Benjamin à Port-Bou. Il peint le diptyque « Jean Hélion évadé en route de Poméranie vers Paris » pour saluer son aîné qui s’est évadé du Stalag II-B, en Silésie, le 13 février 1942. Arroyo ne peut concevoir l’acte de peindre sans cette attitude de transgression et il est conscient qu’il ne pourra jamais s’en sortir indemne, et tant mieux et tant pis. Il a toujours eu l’intuition que la peinture était libre, que tout était permis dans la peinture.

Constellation (non sans quelques coups d’éclats !) du trio Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo et Antonio Recalcati, à une époque où les avant-gardes méprisaient la peinture. Arroyo s’en explique dans une interview avec Guitemie Maldonado et Jacques Henric : « … la peinture a toujours été mal vue… elle sentait la térébenthine. Mais moi je l’ai toujours défendue, elle m’a toujours intéressé, avec la littérature, les deux. »[8] Arroyo exclut la dimension « politique » dans sa peinture, lui accordant plutôt d’être « obsessionnelle ». De même il remet en question « l’efficacité de l’art dans la lutte idéologique ». Avec une « ironie joyeuse », il avoue : « J’aurais 20 ans aujourd’hui je serais bibliothécaire. Je peindrais pas. Tout le monde peint la même chose. »[9]

Formé à la peinture dès son arrivée à Paris, Arroyo choisit la multiplicité des pratiques picturales : collage, céramique, gravure, lithographie, jusqu’à l’invention d’objets scéniques, d’installations éphémères pour le théâtre ou l’opéra (plusieurs collaborations avec le metteur en scène Klaus Michael Grüber). Tout un travail de recherche et de création nourri de littérature, mais aussi de cinéma, de photographie, sans oublier sa passion pour la boxe, car rien n’échappe à cet artiste trublion.

Arroyo mènera une longue enquête, sur près de cinq années, pour écrire la biographie du légendaire Panama Al Brown (Alfonso Teofilo Brown), alias la « libellule noire » : « Al Brown me hantait, j’étais incapable de peindre. Alors je l’ai raconté ». La biographie de 300 pages est publiée la première fois en 1982.[10]

J’ignore si Arroyo a lu le remarquable livre de Joyce Carol Oates, De la boxe [11]. Sûrement qu’il partagerait cette évidence que « … la boxe, c’est en fait bien la vie, et qu’elle est loin d’être un simple sport […] ». Arroyo ne désapprouverait pas le point de vue de l’écrivain américaine qui ne voit pas dans la boxe la dimension ludique telle que reconnue dans le baseball, le football ou le basket : « On joue au football, on ne joue pas à la boxe », précise-t-elle. Je me permets ce parallèle dès lors qu’Arroyo fait entendre ne pas supporter les existentialistes, dont Sartre, « parce qu’ils méprisaient le sport. Mais le sport, ce n’est pas un mensonge, comme la peinture ou la littérature. Si on saute 2,20 m, on saute 2,20 m et si on saute 2,18 m, on ne saute pas 2,20 m. »[12]

Grand admirateur de Ray Sugar Robinson, Arroyo n’est pas le seul artiste attiré par la boxe ni le seul écrivain à écrire sur le sujet. On peut citer Norman Mailer (qui avait pour maître en littérature Hemingway, lui-même attiré par la boxe mais qui n’écrira que sur la corrida) et son livre sur le géant du ring Cassius Clay-Mohammed Ali, alias « le Plus Grand Athlète du Monde »[13].

Cinq années consacrées à l’écriture de Panama Al Brown n’est bien sûr pas anodin. Des liens de parenté peuvent exister entre le boxeur et l’artiste, quand l’un et l’autre se construisent sur la douleur ou comme l’écrit Oates « une des explications de la fréquente attirance qu’éprouvent de grands écrivains pour la boxe (de Swift, Pope et Johnson à Hazlitt, Lord Byron, Hemingway, sans parler de nos Norman Mailer, Georges Plimpton, Ted Hoagland, Wilfrid Sheed, Daniel Halpern et autres) reste la recherche systématique de la douleur dans ce sport, et ce au nom d’un projet, du but d’une vie… »[14]

Arroyo peint aussi la boxe de même qu’il collectionne divers documents sur le Noble Art. « Eduardo Arroyo, du ring à l’atelier, même combat » titre le journal L’Humanité du 21 octobre 2015 suite à la mise en vente le 22 octobre de plus de 300 documents qui retracent l’histoire des héros de la boxe. Parmi les peintures et les dessins d’Arroyo : l’huile sur toile de Marcel Cerdan (en 1972), Jack Johnson (1969, collage et papier de verre), le poète-boxeur Arthur Cravan après son combat contre Jack Johnson (1991, mine de plomb sur papier), puis encore Cravan, avant et après le combat avec Johnson (1993, aquarelle et mine de plomb sur papier), sans oublier son hommage à l’ancien mineur polonais Yanek Walzak (1974, mine de plomb)…et bien d’autres figures de la boxe à consulter sur le site de l’éditeur.[15]

« Lorsque j’étais enfant puis adolescent, il y avait beaucoup de combats de boxe à Madrid. Je suis allé voir des réunions à partir de l’âge de sept ou huit ans, en particulier avec mon grand-père. J’ai notamment eu la chance d’assister au championnat d’Europe entre Raymond Famechon et Luis de Santiago, le 29 juillet 1950, à Madrid. À l’époque, j’avais 13 ans. À partir de ce moment-là, j’ai commencé à beaucoup aimer ce sport même si je ne le pratiquais pas car je faisais du basket. Puis, quand je suis venu vivre à Paris en 1958, cela a vraiment été formidable. Il y avait le Palais des Sports, l’Élysée Montmartre, le Central, etc. J’allais tout le temps assister à des galas. J’aimais l’ambiance extraordinaire des salles, le public issu de milieux et de quartiers différents. Au Central, les titis parisiens avaient des formules extraordinaires et géniales. Ils rigolaient beaucoup avec un peu de dérision. Quand un boxeur était K.-O., ils avaient par exemple coutume de crier : “Faites de la place pour laisser passer la veuve !” À mes yeux, tout cela était très beau et magnifique. J’ai commencé à comprendre la richesse de la boxe et l’étendue de son champ aussi bien au niveau littéraire que cinématographique, sans compter les biographies de boxeurs. »[16]

Arroyo aurait été amusé d’entendre le champion poids plume irlandais Barry McGuigan répondre à la question « Pourquoi êtes-vous boxeur ? » : « Je ne peux pas être poète. Je ne sais pas raconter les histoires… ».

Un parcours thématique de ses œuvres depuis 1964 s’est tenu à la Fondation Maeght (de juillet à novembre 2017) sous le titre d’un tableau d’Arroyo « Dans le respect des traditions ». 7 autres toiles plus récentes seront réalisées pour cette exposition. C’est à cette occasion que j’ai découvert le travail engagé d’un artiste pour qui la parole était à la peinture.

Au moment où j’écris ces lignes, j’apprends la disparition d’Eduardo Arroyo, à 81 ans, le 14 octobre 2018. Avec un éléphant géant (semblable à celui du dessinateur et graveur Alfred Kubin), Arroyo avait rêvé de son enterrement aux côtés de ses livres préférés : « L’éléphant m’apportait mes livres ! Pas la totalité, bien sûr, mais une bonne part de ceux que j’aime, ceux que pour rien au monde je n’oublierais, ceux qui ont occupé mes nuits d’insomnie. […] Je me recouchai alors et posai ma nuque sur Robinson Crusoé, le volume qui serait mon compagnon dans l’au-delà, et me tiendrai lieu de passeport pour passer la frontière, la frontière de l’expiration […] »[17]

 

© Contribution publiée dans Les Carnets d'Eucharis (2019).

 

[BIBLIOGRAPHIE]

[Livres d’Eduardo Arroyo]

Deux balles de tennis, Flammarion, 2017.

Minutes d'un testament, Éditions Grasset & Fasquelle, 2010.

Dans des cimetières sans gloire : Goya, Benjamin et Byron-Boxeur, Grasset, 2004.

Panama Al Brown, 1902-1951, Grasset, 1998.

Saturne ou le banquet perpétuel, Éditions Jannink, Paris, 1994.

Sardines à l'huile, Édition Plomb, 1993.

 

 

EDUARDO ARROYO 1.jpg 

© Nathalie Riera, en mémoire à Eduardo Arroyo | Le poète-boxeur Arthur Cravan.

Collage sur papier canson noir profond (d’après un dessin d’Eduardo Arroyo, 1937).

 

 

[1] Fabienne Di Rocco, Eduardo Arroyo et le Paradis des mouches, Galilée, Paris, 2017, p.119.

[2] Eduardo Arroyo, Berlin – Tanger – Marseille, Musée Cantini, Marseille (12 février – 18 avril 1988).

[3] Ibid.

[4] Eduardo Arroyo, Dans les cimetières sans gloire – Goya, Benjamin et Byron-Boxeur, Grasset, Paris, 2004, p.56.

[5] Fabienne Di Rocco, Eduardo Arroyo et le Paradis des mouches, op. cit. p.39.

[6] Ibid., p.54.

[7] Ibid., p.62.

[8] In Art Press n°446 (juillet-août 2017).

[9] Ces paroles sont extraites de « Visite dans l’atelier de ce grand personnage de la Figuration narrative » (vidéo du journal Le Figaro) : http://www.lefigaro.fr/culture/2017/08/05/03004-20170805ARTFIG00013-eduardo-arroyo-l-ironie-joyeuse-du-peintre.php

[10] Eduardo Arroyo, Panama Al Brown, 1902-1951, Grasset, Paris, 1998.

[11] Joyce Carol Oates, De la boxe, Tristram, Auch, 2012.

[12] In Art Press, op. cit.

[13] Norman Mailer, Le Combat du siècle, Denoël, Paris, 2000 (Traduit de l'américain par Bernard Cohen).

[14] Joyce Carol Oates, op. cit. p. 31.

[15] Collection Eduardo Arroyo. De la boxe, etc., 2015. Site des éditions Piasa : https://www.piasa.fr/fr/auctions/collection-eduardo-arroyo

[16] Eduardo Arroyo raconte dans les colonnes de France Boxe. Voir le site : http://www.ffboxe.com/news-24660-boxe-professionnelle-arroyo-l-adieu-aux-armes.html

[17] Eduardo Arroyo, Deux balles de tennis, Flammarion, 2017.

16/11/2019

Pouvons-nous nous passer de pesticides ?

05/06/2019

Les Carnets d'Eucharis au Marché de la Poésie (Paris)

L’ATELIER DES

CARNETS D’EUCHARIS

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vous attend sur le stand d’Ent’Revues (700/704)

place St. Sulpice, Paris VI

(5-9 juin 2019)

pour la présentation de la dernière parution de la revue Les Carnets d’Eucharis et son cru 2019 dédié à Claude Dourguin.

 

samedi 8 & dimanche 9 juin 2019

à partir de 11h30 (toute la journée).

 

+ d'info :

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15/05/2019

Cees Nooteboom - 533. Le Livre des jours

 

 

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Cees Nooteboom 

 

Le Diario Novo de Cees Nooteboom

 

L’écrivain néerlandais Cees Nooteboom signe son dernier livre chez Actes Sud sous le titre 533. Le Livre des jours, à ne pas comparer à un journal, mais plutôt « quelque chose qui permette de fixer de temps à autre un peu du flux perpétuel de ce que vous pensez, de ce que vous lisez, de ce que vous voyez, mais en aucun cas un réceptacle à confessions ». Dans ce Diario novo, selon une expression de l’auteur, « Etats d’âme et examens de conscience n’y ont pas leur place », ce qui importe est d’avoir des choses à dire et à cela je me permets un rapprochement quand pour Max Frisch il convenait que toutes « choses à dire » soit dit « très précisément, et très simplement, c’est-à-dire sans ambition littéraire. Une bouteille à la mer ».[1] Toujours dans son Journal berlinois, vit-on pour dire quelque chose et à qui ?

Dans Le Livre des jours, ce sont pensées, voyages et souvenirs, entre le 1er août 2014 et le 15 janvier 2016, qui livrent le portrait d’un écrivain qui se demande toujours « Jusqu’à quel âge doit-on se soucier du monde ? » en même temps que le portrait d’un homme transformé « en individu de masse » : « pour personne vous n’êtes qui vous êtes », écrit-il. Cees Nooteboom vit dans ce « monde de malentendus » mais se réserve quelques échappées, sortes de temps de suspension, ce qui ne signifie pas pour autant que l’écrivain se tient loin du monde. Cees Nooteboom partage son temps entre Amsterdam et Berlin, puis, depuis plus de quarante ans, migre chaque été, pour quatre mois, jusqu’à l’île de Minorque, en Espagne. S’adapter dans une autre vie, dans un autre pays est « un exercice spirituel », mais ce qui est plein d’enseignements, ce qui requiert le plus l’attention de l’écrivain en dehors de l’île et de sa géographie maritime c’est son jardin : « Ce jardin, c’est un portrait de ton âme », mais aussi : « Il faut cultiver notre jardin, dit Voltaire (…) Je ne suis pas une plante, mais si c’était au contraire le jardin qui me cultive, moi ? ».

Le Livres des jours rapporte des moments d’observation, une attention toute particulière de l’écrivain pour les cactus, ces « habitants les plus impassibles du jardin » à la vue desquels « l’on ne peut s’empêcher de croire à la symétrie et à l’harmonie comme finalités de la création », puis également les aeoniums arboreum avec « ses feuilles vert clair disposées en cercle avec une belle régularité mathématique » ou encore les sempervivums : « Ces plantes n’ont pu être conçues que par un génie euclidien ». Ainsi, le séjour insulaire serait-il la promesse de mieux consentir au monde, lui accorder meilleure figure, c’est-à-dire s’accommoder de sa part tragique. Cees Nooteboom est « né avant une guerre » où son père trouvera la mort à la fin de l’hiver 1945 lors du bombardement de son quartier, « ensuite il y a eu des guerres pendant tout le reste de ma vie », écrit-il.

Le monde ne peut être autrement que paradoxal et la littérature n’est-elle pas pour s’en faire témoin ? Cees Nooteboom accorde à la littérature une juste place, loin du superflu ou de tout ce qui la rapprocherait d’une « perfection sculpturale ». Se rapproche-t-il de Witold Gombrowicz pour qui « le propos de la littérature n’est pas de résoudre les problèmes, mais de les poser ». À sa lecture de Cosmos, il reconnaîtra chez l’écrivain polonais son « absence totale de compromis ». En est-il ainsi du rôle de l’écrivain, de n’écrire comme personne d’autre et, pour reprendre Max Frisch, de ne surtout pas être le « pantin de l’opinion publique ».

Tout comme les arbres du jardin, les livres sont la famille de l’écrivain, mais pas n’importe quel livre. Il faut que le livre vous donne cette « impression d’avoir passé des heures à faire du trapèze (…) Travailler sans filet, sous la menace d’un saut périlleux, cela peut vous arriver aussi en lisant ». Quelques pages sont consacrées aux écrivains hongrois Miklós Bánffy, Péter Esterhazy et Miklós Szentkuthy et, plus brièvement, aux poètes Leopardi, « un haut sommet que j’ai l’intention de gravir depuis des années » et Mallarmé pour sa « poésie dépouillée de tout superflu » que Cees Nooteboom compare à un Malevitch ou un Mondrian.

 

14/05/2019

:- :- :- :- :- :

© Nathalie Riera

 

 

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ǀ SITE : Actes Sud

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[1] Max Frisch, Journal berlinois (1973-1974), éd. Zoe, 2016.

15/03/2019

LES CARNETS D'EUCHARIS - SUR LES ROUTES DU MONDE (Vol. II, 2019)

LES CARNETS

D’EUCHARIS

[Édition 2019]

 

 

 

CLAUDE DOURGUIN

CLARICE LISPECTOR – OLIVIER ROLIN – EDUARDO ARROYO

 

 

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 [PARUTION LE 25 MARS 2019]

 

Tristan Hordé Myrto Gondicas Pierre Chappuis Bernhild Boie Jean-Baptiste Para Claude Chambard Éryck de Rubercy Marco Martella Didier Pinaud Richard Blin Michaël Bishop Nathalie Riera

 

 

 

[… l’asphalte trace ses trajectoires de tentation, montées, courbes, descente, sombres, humides ou claires elles arpentent le pays, me voici encore et toujours halée par le mirage des découvertes, dans l’air glacial et dur projetée vers là-bas – au loin que je rejoindrai, une lumière, une contrée, un rivage, des architectures différentes, une manière autre de parler…]

[Extrait]

 ……………………………………………………………………………..

Chemins et Routes, Éditions Isolato, 2010.

 

 

Nicolas Boldych Michel Gerbal Catherine Zittoun André Ughetto Rita R. Florit Christophe Lamiot Enos Jean-Paul Bota Gilles Debarle Thierry Dubois Laurent Enet Benoît Sudreau Victoria Gerontasiou Yin Ling Gianni D’Elia Sarah Kirsch…      

 

 

Format : 16 cm x 24 cm | 216 pages (dont un Cahier visuel de 8 pages)

| France : 26 € (frais de port compris)

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12/12/2018

CHARLES RACINE - DANS LA NUIT DU PAPIER / Edition spéciale - Parution le 17 décembre 2018

LES CARNETS

D’EUCHARIS

[Édition spéciale 2018]

 

 

CHARLES RACINE

DANS LA NUIT DU PAPIER

 [PARUTION LE 17 DECEMBRE 2018]

 

 

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Lambert Barthélémy

Silvio R. Baviera

Alain Fabre-Catalan

Frédéric Marteau

Charles Racine

Gudrun Racine

Nathalie Riera

André Wyss

Gérard Zinsstag

 

Charles Racine : Dans la nuit du papier, numéro hors-série des Carnets d’Eucharis (2018) est une première monographie consacrée au poète suisse Charles Racine (1927-1995). Pour Nathalie Riera, Directrice de la revue, à l’initiative de cette publication, cet hommage monographique a été rendu possible grâce au concours de ceux qui ont été proches du poète, mais aussi de ceux qui ont pressenti une œuvre à venir.

 

Même si les signes de reconnaissance ont été nombreux, le nom de Charles Racine est resté dans l’ombre durant les années 1980/1990. Il faudra attendre 1998, trois ans après la disparition du poète, pour la parution de Ciel étonné (Éditions Fourbis), avec les préfaces de Jacques Dupin et de Martine Broda. Puis récemment, de 2013 à 2017, la publication des trois volumes des œuvres (presque) complètes aux éditions Grèges, avec les préfaces de Yves Peyré et de Jean Daive.

 

Toute la vie de Charles Racine sera une vie d’exil entre Zurich et Paris. Ses liens à Paris avec les poètes seront nombreux : Yves Bonnefoy et André du Bouchet le publieront dans la revue L’Éphémère (1967), André Dalmas dans Le Nouveau Commerce, Claude Esteban dans Argile et Michel Deguy dans Po&sie. Jacques Dupin l’introduira dans sa collection chez Maeght avec la publication en 1975 du recueil Le Sujet est la clairière de son corps (illustré par des gravures d’Eduardo Chillida).

 

Conçu sous forme de triptyque, Charles Racine : Dans la nuit du papier rassemble tous les textes publiés dans les numéros annuels des Carnets d’Eucharis des éditions 2016 et 2017, augmenté en 2018 de documents inédits, dont un long et passionnant entretien que Gudrun Racine (l’épouse du poète, dépositaire des Archives Charles Racine à Zurich) a bien voulu accorder à Alain Fabre-Catalan et qui, placé sous le signe de « À la rencontre de Charles Racine », est un document de toute importance, à dessein de nous éclairer autant sur la vie que sur l’œuvre de Charles Racine.

 

La coordination de cette édition spéciale assortie d’un cahier visuel en quadrichromie est assurée par le poète Alain Fabre-Catalan.

 

Des textes, des poèmes, des lettres, des notes, des manuscrits, des entretiens et des témoignages ont aidé à la réalisation de cet ouvrage exceptionnel diffusé en France et en Suisse.

 

 

 

Je m’éveillerai de la mort

c’est certain ! Je traverserai

les lignes, les courbes de ma texture

les enjambant toutes, je serai libre de tout opprobre

je serai la route et le vaisseau

je serai l’eau voyante, l’eau voyant ceux qui existent

Je n’irai pas portant mon sac vide de pain

 

1975

 

[Extrait de « Il faut avoir traversé l’écriture]

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Poésie ne peut finir, Éditions Grèges, 2017, p.177.

 

 

[VOTRE COMMANDE]

 

 

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CONTACT: Nathalie Riera nathalriera@gmail.com /

 

Format : 16 cm x 24 cm | 104 pages (dont un Cahier visuel de 8 pages)

| France : 26 € (frais de port compris)

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Ouvrage publié avec le soutien de la Fondation Jan Michalski.

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01/05/2018

W. G. Sebald

W.G. SEBALD

Les Anneaux de Saturne

 

 

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  Extrait

 pp. 223-225

 

[…] Quand le taxi, une grande limousine scintillante, était arrivé, j’avais tenu ouverte la porte arrière pendant qu’elle s’installait au fond. Sans un bruit, la limousine s’était mise en mouvement, et Anna n’avait pas eu le temps de s’adosser que l’on était déjà loin de la ville, plongé dans une forêt, incroyablement profonde et traversée de rais de lumière étincelante, qui s’étendait jusque devant la maison de Middleton. On avançait à une allure dont on ne pouvait pas dire si elle était rapide ou lente, non point sur une route mais plutôt sur une voie merveilleusement moëlleuse, de loin en loin légèrement incurvée. L’atmosphère à travers laquelle la voiture se déplaçait était plus dense que l’air et avait quelque chose d’un lent court d’eau. J’ai vu la forêt défiler dehors, dit-elle, des détails infimes, impossibles à rendre, me sont apparus en pleine clarté, les fleurs minuscules sur les coussins de mousse, les brins d’herbe les plus fins, les fougères tremblantes et les troncs gris ou bruns, lisses ou rugueux se dressant à la verticale, disparaissant à quelques mètres de hauteur dans le feuillage impénétrable des buissons poussant entre les arbres. Par-dessus s’étendait une mer de mimosas et de malvacées d’où dégringolaient, venant d’un étage encore plus élevé de ce monde forestier foisonnant, des centaines de sortes de plantes grimpantes qui flottaient tels des nuages blancs ou roses dans les branches des arbres surchargées d’orchidées et de bromélias et semblables aux vergues de grands voiliers. Et couronnant le tout, à une hauteur que l’œil avait peine à atteindre, oscillaient des cimes de palmiers dont les fins plumets en éventail étaient de ce vert noir insondable, apparemment soutenu d’or ou de cuivre, que Léonard applique aux faîtes de ses arbres, ainsi qu’en témoigne, par exemple, La Tentation de Marie ou le Portrait de Ginevra de’ Benci. Mais l’incroyable beauté de tout cela, dit Anna, je n’en ai plus maintenant qu’une idée vague, et de même, je ne pourrais plus décrire précisément la sensation que me procurait le fait de rouler à bord de la limousine sans chauffeur à ce qu’il semblait. En fait, je n’avais pas l’impression de rouler mais plutôt de planer comme cela ne m’était plus arrivé depuis l’enfance, lorsque je pouvais effectivement me mouvoir à quelques pouces au-dessus du sol. Durant le récit d’Anna, nous étions sortis ensemble dans le jardin déjà gagné par la nuit. En attendant le taxi, nous nous tenions près de la pompe hölderlinienne, et dans le faible reflet projeté depuis l’une des fenêtres du salon sur le trou du puits ceint d’un muret, je vis, avec un frisson qui me pénétra jusque dans la racine des cheveux, un scarabée pagayer d’un bord sombre à l’autre, sur le miroir de l’eau.

 

 

 

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© Actes Sud, Babel, 2017

 

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Anne-Marie Albiach

ANNE-MARIE ALBIACH

Cinq le Chœur

1966-2012

 

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FIGURE VOCATIVE

« Réminiscence »

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  Extrait

 pp. 363-364

 

La nuit « dans ses lambeaux révolus » renouvelle leur trace de dénuements.

Une date préfigure les limites de la faim rendue sauvage et rituelle ; leur rythme de conjugaison en répondait.

Tel se présentait-il et leur regard se libérait des perspectives de force. Il fallait évoluer dans un lieu qui les unissait par-delà l’expression.

 

Je l’appellerai ainsi, je le nommerai,

son nom se réfléchissait dans la ligne droite des épaules ; dans la ligne des paupières ; la mémoire attirait, sur une eau d’étang, des personnages divers, le souffle, et cet extrême imprécis, nouveau à l’excès.

Posaient-ils leur main ouverte sur le point douloureux, et une ardeur tendant vers sa maturité alternait son discours de violences souterraines, de retraits et d’approches.

« Tu as retrouvé des traces de cette jeunesse » – et je me remémore des objets savants pour toi devenus familiers dans leur reddition.

Il a déplacé le vouloir des éléments, la tête baissée pour pressentir l’eau sépia de l’envol. Elle aurait pu croire dans cette immanence ; des rires de gazelles enténébrées dans l’allée. Le sommeil hante la nuque tel une déperdition de soi rompue par la Perte. Un cercle dans nos respirations noires.

 

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« Le chemin de l’ermitage »

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  Extrait

 p. 398

 

Face à eux, complices dans le lieu privilégié de blanc et de ceinture précise dans le flou de la jupe, elle vérifie de deux mains le point exact du masque, où le féminin et le masculin s’exaspèrent ; dans la pénombre du double, ils regardent avec apaisement, une fragilité dans leurs jabots d’un bleu évanescent : un songe indécis s’empreint d’elle à eux ; dans l’attente, une blancheur irradie nos pulsions.

Comment pénétrer dans cette luminosité qui annule le spectateur le plus ardent. Deux ardeurs, l’une blanche, l’autre écarlate, séparées par le rideau d’une distance que les occlusions temporelles auraient travaillée.

Cela se situe dans une mémoire immédiate.

Un enjeu traverse les positions, de part et d’autre d’un reflet, alors qu’elle s’astreint à des mouvements altérant cette immobilité.

 

 

 

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© Flammarion, 2014


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