07.11.2009
Salah Stétié - En un lieu de brûlure

Poète et essayiste libanais de langue française, longtemps ambassadeur, Salah Stétié est l'homme de deux rivages. Ses écrits regardent vers l'Occident, sans jamais cesser d'être illuminés par l'Orient, qui les guide. Œuvre solaire, située au point du jour, à égale distance de la modernité qu'elle assume et de la tradition qu'elle réinvente, elle est habitée par les voix de la grande littérature française - de Baudelaire aux surréalistes - et par celle de l'Islam, de ses poètes et de ses mystiques, comme Ibn Arabî ou Rûmî... Le présent ouvrage est constitué d'oeuvres devenues rares, de textes désormais classiques, mais aussi de plusieurs inédits importants. On retrouve les poésies, les proses et les essais critiques d'un homme qui a su unir sous le même regard une volonté d'élucidation du monde et de ses phénomènes, ainsi qu'une pratique du français qui fait de Salah Stétié - comme Beckett, Ionesco, Jabès ou Cioran - un des maîtres de notre langue, qu'il a su revivifier avec amour.
- Editions Robert Laffont (15 octobre 2009)
Le texte est de croissant sur des brisures
De cicatrices sur ces cristaux aigus
Qu’un ciel couvre de ciels arrachés ou figures
Jusqu’à l’obscur œillet qui respire
Paysage à la destruction de l’épaule
A ce bois contenu par la lune
Quand cela bat dans l’arbre et s’embrouille avec colère
Et d’aile, d’un éclat, fait la mer trop grande
- où allons-nous, doux époux ?
Alors vient la femme avec étoiles ici et jambes
et vraie menthe
Et lignes pour le vent l’assouplir avec plis
dans ses beaux linges
Allume un ongle de miroir à la nuit où ses doigts
s’éteignent
Afin que l’oiseau casse et tombe dans les chambres
du monde
(Extrait L’eau froide gardée)
------------------------------------------------
Or l’arbre et l’écriture
Eglise désirante
Et le voyage nuageux la dispersion
Si ton visage d’arbre
Sauvé du sang sévère dans le vide
Accueille un bruit de cheval dans la matière
L’arbre en sa grâce pure
Le voici double à vouloir nous retenir
Dans le silence où nous allons tomber
(Extrait XL, Fragments : Poème)
------------------------------------------------
… L’herbe mourir !
…………………………………
Substance est de beau sein.
Retiré dans sa guerre
Illuminant le genre des fourmis
- Du feu faisant substance
Retiré dans sa guerre est beau sein
Cornu, ayant blessé
L’esprit, sollicitant l’arbre du sein
( Extrait XXI, Inversion de l’arbre et du silence)
------------------------------------------------
Ma lumineuse ma liée mon adorante
Dans tes rectangles nuageux une bougie
Par forme et par façon de nuit tremblante
Voilant ton nom d’embrasement nocturne
Et tout le sang qui fait briller ton corps en blé
Comme une neige endormie dans la neige
Au carrefour de toute lampe divisée
Non frontalière de l’esprit ni des fragments
(Extrait LXXV, L’être poupée)
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05.11.2009
Bulletin des carnets d'eucharis n°15 du 2 novembre 2009
© Gladys – TĒTE - Archéologie du présent
■ Lien : http://www.gladys.fr/
Cette fuite hors de nous pour se réfugier dans le châle,/et autour du silencieux centre, le désir/que revienne encore une fois et encore/une fois la fleur inouïe/qui s’accomplit dans le vibrant tissu
Châle – Poèmes épars (1907-1926), Rainer Maria Rilke (traduit par Philippe Jaccottet)
2
Avec

Gladys
Série TETE – Archéologie du présent
N°15
2 novembre 2009
SOMMAIRE………
Extraits de Poèmes épars et de Nouveaux poèmes de Rainer Maria Rilke
&
Extrait d’une lettre de Claude Simon à Jean Dubuffet
Exposition LABORATORIO Galerie du Tableau/Diem Perdidi
POESIE AVEC Luc-André Rey la rue la vérité le vent
SCULPTURE avec Patricyan Le corps mou…
&
DU CÔTÉ DE CHEZ… WALACE STEVENS et A l’instant de quitter la pièce
LECTURE DE PASCAL BOULANGER Les âmes aux pieds nus Maram al-Masri
VIENT DE PARAITRE Vol stationnaire du dragon Didier Bourda
&
PAR AILLEURS ………………….. N°32 – Art Absolument L’art d’hier et d’aujourd’hui
Carnets d'eucharis n°15 du 2 novembre 2009.pdf
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03.11.2009
Gilles Hutchinson à la Galerie Alain Paire


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29.10.2009
Yves di Manno, Objets d'Amérique
Depuis la fin des années 1970 – et sa traduction prémonitoire du Paterson de William Carlos Williams – la poésie nord-américaine occupe une place particulière dans le travail et la réflexion d’Yves di Manno : sans doute parce qu’elle permettait alors de définir un principe, une visée, et même de nouveaux modes de composition, très éloignés de notre tradition. « Une poésie proche de l’archéologie, en quelque sorte, soucieuse de l’histoire éparpillée des hommes et des formes qu’ils auront trouvées pour l’inscrire, dans une insaisissable durée. »
Les Objets d’Amérique proposent une traversée personnelle de ce grand continent caché. On y trouvera des études sur la prosodie visuelle de W.C. Williams et le serial poem de Jack Spicer, une introduction aux Cantos d’Ezra Pound, une méditation sur l’ethnopoétique. Mais aussi, insérés ici au titre de la critique active, quelques pages traduites des « objectivistes » (George Oppen, Louis Zukofsky), des extraits de L’ouverture du champ de Robert Duncan, un oracle de Jerome Rothenberg, une image de Rachel Blau DuPlessis… Le livre s’ouvre sur une série d’autoportraits évoquant les liens de l’auteur avec ces oeuvres et le rôle de la traduction dans son propre parcours. Il s’achève par un texte rétrospectif, L’Epopée entravée, qui retrace les étapes majeures de cette révolution poétique, de la fin du XIXe siècle à l’aube du XXIe. lire la suite Editions Corti, "série américaine", 2009.
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13.10.2009
ClairVision de Nathalie Riera sur publie.net
Présente
ClairVision
Nathalie Riera
Illustrations par Lambert Savigneux

"L’érotisme, si rare aujourd’hui qu’on le croirait indésirable dans le poème, devient exploration et connaissance".
Si vous souhaitez lire les 14 premières pages de ClairVision, via le site Publie.net (François Bon)Téléchargement texte intégral 5,50 euros.
Le recueil est présenté par François Rannou et Mathieu Brosseau
Cliquer ici : http://www.publie.net/tnc/spip.php?article274
Autre lien pour lecture :
http://www.calameo.com/books/00000799417aec88a5eb4...
Clairvision, de Nathalie Riera
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11.10.2009
Les carnets d'eucharis n°14 du 12 octobre 2009

… il y a une forme d’intelligence dans le noyau de la cerise.
CXIII, Esquisses et fragments, Ezra Pound
Nota : l’intelligence de l’homme est son sol.
Harmonium, Wallace Stevens
N°14
12 Octobre 2009
SOMMAIRE………
Extraits de Harmonium de Wallace Stevens
&
François Bard UNE SAISON EN FÔRET Galeries Roy Sfeir et Samagra
POESIE AVEC Hélène Sanguinetti Le Héros
PHOTOGRAPHIE Lyrisme de l’intériorité Fabien Leblanc
&
DU CÔTÉ DE CHEZ… ESTHER TELLERMANN et Terre exacte
PEINTURE AVEC Anna Baranek du château Galerie Bernard Mourier
LECTURE D’ANDRE CHENET TRANS(E)CREATION ou l’art de sabrer le poulpe et la pulpe Cathy Garcia
&
PAR AILLEURS ………………….. N°29 – Octobre 2009 La Pensée de Midi/Actes Sud Istanbul, ville monde
Télécharger le document ici
Carnets d'eucharis n°14 du 12 octobre 2009.pdf
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07.10.2009
E.E. Cummings
E X T R A I T
POÈMES CHOISIS

J’aime mon corps quand il est avec ton
corps. C’est une si toute nouvelle chose.
Muscle améliore et nerf plus donne.
j’aime ton corps. j’aime ce qu’il fait,
j’aime ses comments. j’aime sentir l’échine
de ton corps et ses os,et la tremblante
-ferme-douce eur et que je veux
encore et encore et encore
embrasser, j’aime de toi embrasser ci et ça,
j’aime,lentement caressant le,choc du duvet
de ta fourrure électrique,et qu’est-ce qui arrive
à la chair s’écartant…Et des yeux les grosses miettes d’amour,
et possiblement j’aime le frisson
de sous moi toi si toute nouvelle
E.E. Cummings, Poèmes choisis (traduits par Robert Davreu), éd. José Corti, 2004 (p.33)
"E.E. Cummings a lui-même défini la poésie comme ce qui ne peut être traduit. Entendons : le poème est la parole absolument singulière qui, d’un même mouvement, dynamite – et dynamise aussi – la langue pour inventer la sienne dans le refus de tout ce qui est commun, ou qui relève, disait avant lui Mallarmé, de l’universel reportage. Comme une lettre d’amour, le poème n’a pas de public, il n’a pour destinataire, si nombreux qu’ils puissent être, que des lecteurs singuliers, visés chacun dans ce qui le différencie, dans son être unique, dans ce qui, de lui, demeure farouchement et irréductiblement rebelle à toute négation et dissolution de soi dans une pseudo-identité sociale ou collective, mortifère par essence, si l’on ose dire ; mortifère dans le refus de la condition de mortel qui la sous-tend. En chaque lecteur le poème s’adresse au poète et au vivant mortel qu’il est aussi, à l’amoureux, au fou, à l’enfant, à l’idiot qu’il demeure..." (Robert Davreu)
Présentation de l'éditeur
Si Edward Estlin Cummings (1894, Cambridge, Massachusetts – 1962, New York), l’un des poètes américains les plus importants du XXe siècle, a expérimenté de façon radicale la forme du poème (ponctuation, orthographe, syntaxe) inventant une nouvelle langue dans la langue, il n’en appartient pas moins à une vieille tradition américaine, celle de sa Nouvelle-Angleterre natale et de son individualisme non conformiste, c’est un grand lecteur de classique en particulier de Longfellow. Ses parents encouragent très tôt ses talents de poète et de peintre. Il est diplômé d’Harvard en 1916. Pendant la première guerre mondiale, il travaille comme ambulancier en France où il est emprisonné (une expérience qu’il raconte dans L’énorme chambrée). Son premier recueil de poèmes Tulipes et Cheminée paraît en 1923, suivront XLI poèmes, Font 5 et ViVa. Refusé par de nombreux éditeurs pour un nouveau recueil de poèmes 1935, il l’intitule No thanks.
Un premier recueil de l’œuvre (Collected Poems) paraît en 1938, suivi de 50 poèmes et de 1 X 1 (« un fois un » étant sa formule pour l’amour). Il donnera une série de conférences qu’il intitule : Moi, six in-conférences (publiées en français aux éditions Clemence Hiver).
Si Cummings a pu dire qu’il lui faudrait encore cent ans pour mener à bien l’achèvement de son oeuvre, force est de constater l’ampleur de celle-ci et les Complete Poems paraîtront en 1968.
Le choix des poèmes retenus correspond (à une exception près, et quelques ajouts personnels de Robert Davreu – La Renommée parle et la suite de La Guerre) à celui que Cummings fit lui-même en 1958 pour le volume des Selected Poems (1923-1958).
L'auteur vu par l'éditeur
Robert Davreu a donc respecté l’ordre non chronologique retenu par le poète américain. Il précise bien toutefois qu’il s’est référé à l’édition des Complete Poems (1904-1962), éditée par George J. Firmage (Liveright, New York, 1991) afin de vérifier que les versions proposées étaient identiques.
11:31 Publié dans E.E. Cummings | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Eugène Delacroix, Journal
La lettre Corti n°73
Eugène DELACROIX, Journal,
nouvelle édition intégrale établie par Michèle Hannoosh
Domaine romantique, éditions Corti, 2009.

Eugène DELACROIX – Journal
Dimanche 4 janvier. – Malheureux ! que peut-on faire de grand au milieu de ces accointances éternelles avec tout ce qui est vulgaire ? Penser au grand Michel-Ange. Nourris-toi des grandes et sévères beautés qui nourrissent l’âme. Je suis toujours détourné de leur étude par les folles distractions. Cherche la solitude. Si ta vie est réglée, ta santé ne souffrira point de ta retraite. Lire la suite
11:21 Publié dans 4EMES DE COUVERTURE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Vincent Leray
47 ports, 47 escales, 47 voyageurs
Oeuvres Vives se définit comme un tour du monde à bord d’un voilier imaginaire sillonnant les océans du globe selon un axe nord-sud, reliant Dunkerque – La Réunion par les voies navigables du réseau Internet. Les 47 escales qui constituent ce programme de navigation sont déterminées d’après l’implantation géographique des 47 quartiers maritimes français installés le long du littoral.
Si les origines du projet s’inscrivent dans un vocabulaire plastique, un prolongement de l’œuvre s’associe aux langages de la littérature. Ce corpus littéraire consiste à réunir un équipage de 47 voyageurs - écrivains, poètes, artistes, critiques d’art – à construire un récit autour d’un port d’escale.
Chaque participant qui embarque virtuellement choisi une destination ainsi qu’un traitement littéraire qui lui convient.
*Oeuvres vives : parties d’un navire situées au-dessous de la ligne de flottaison.
10:27 Publié dans REVUES-EDITIONS&COLLECTIONS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01.10.2009
"Eaux dormantes ?" au Musée de l'Orangerie
Cycle d'art vidéo « Eaux dormantes ? »
(octobre 2009 – janvier 2010)
Oeuvres de Jean Yves Cousseau, Marcel Dinahet,
Richard Skryzak et Bill Viola

La saison culturelle du musée de l'Orangerie s'ouvre avec une nouvelle programmation tournée vers la création contemporaine. Les œuvres présentées dialoguent avec Les Nymphéas de Claude Monet. Les artistes-vidéastes vous invitent à une nouvelle forme d'immersion dans l'art et la nature.
Le samedi 3 octobre de 19h à minuit lors de la Nuit Blanche à Paris.
Puis tous les jours sauf le mardi jusqu'au 31 janvier 2010 aux horaires suivants :
11h25 et 16h15 Bill Viola : The Reflecting pool
11h35 et 16h25 Marcel Dinahet : Source
11h45 et 16h35 Marcel Dinahet : La Seille
11h50 et 16h40 Richard Skryzak : L'arc-en-ciel
12h et 16h50 Jean Yves Cousseau : Immersion
12h35 et 17h25 Jean Yves Cousseau : Nuée
Téléchargez le dossier de presse
14:54 Publié dans CLINS D'OEILS (arts plastiques) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Olivier Bernex par Claude Darras
L’Exécution magistrale d’Olivier Bernex
Ce qui nous est donné à lire et à voir simultanément dans cet essai, « L’Exécution de la peinture », c’est la vraie vie d'Olivier Bernex, dans son déroulement et dans l’intimité de deux expressions, littéraire et picturale. Né à Colombes (Hauts-de-Seine), en 1946, le peintre a rejoint le pays de ses ascendants au cours de la décennie 1960 (Théodore Bernex, son arrière-grand-oncle, fut maire de Marseille sous Napoléon III). Cinquante ans plus tard, il troque sa palette pour le cahier du diariste. Il y a dans ces quelque deux cents pages autant de révolte que de compassion, une tendresse inquiète, une générosité débordante aussi, et une sorte d’instabilité rendue par l’urgence de tout dire, de clamer son aversion des dérives du marché de l’art et de léguer un testament esthétique : « J’ai entrepris ces "écrits sur l’art", avoue-t-il, à un moment où une forme de dépression résignée combat le sentiment de l’œuvre à accomplir : et si tout s’arrêtait aujourd’hui ? ».
Nul doute qu’il ait été confronté, face à la feuille blanche, au silence des commencements, tant les idées et les mots s’entrechoquent dans le récit comme les fûts de madère dans la coque d’une caravelle déboussolée. Pourtant, la traversée des cercles de l’enfer quotidien de l’artiste - un enfer commun à bien d’autres peintres - et l’explicitation de ses orientations esthétiques et techniques sont restituées avec une justesse de ton et une lucidité d’analyse qui passionnent le lecteur. Qui l’émeuvent aussi, tout autant que le compagnonnage des peintres Pierre Alechinsky et Édouard Pignon et du musicologue René Bresson, la découverte des peintures et gravures paléolithiques de la grotte Cosquer, la musique et l’art orientaux ou Les Fleurs du mal de Baudelaire chantées par Georges Chelon (un autre marseillais) l’ont touché à cœur, lui, le gavroche libertaire resté fidèle à ses premiers engagements, dans l’ombre portée fraternelle de Léo Ferré (dont il croqua les paroles et musiques dès 1978) et celle, souffrante, de son frère Philippe, trop tôt ravi au cénacle des poètes. Une « Exécution » magistrale.
© Claude Darras
L’Exécution de la peinture, par Olivier Bernex, le Temps de la pensée, Autres Temps éditions, 2009 (224 pages, 20 €).

Photo France Bernex
14:45 Publié dans Claude Darras | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
30.09.2009
Jean-Pierre Blanche - Vincent Bioulès (Galerie Alain Paire)

Jean-Pierre Blanche peignant sur le motif de la Sainte-Victoire près du château de Vauvenargues, le 27 juin 2009
Deux entretiens L’Autre côté et Face Nord par Alain paire

Vincent Bioulès à l’Atelier Cézanne, le 24 juillet 2009
07:42 Publié dans EXPOS EN GALERIES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.09.2009
Octavio Paz

L’homme n’est pas seulement le produit des circonstances : il est leur complice.
OCTAVIO PAZ
De vive voix
Entretiens (1955-1996)
Editions Gallimard, Collection « Arcades », 2008
Nous devons cultiver et défendre la particularité, l’individualité et l’irrégularité : la vie. L’homme n’a aucun avenir dans le collectivisme des Etats bureaucratiques ni dans la société de masse créée par le capitalisme. Tout système, tant par son caractère abstrait que par sa propension à la totalité, est l’ennemi de la vie. Un poète espagnol oublié, José Moreno Villa, disait dans un sourire mélancolique : « J’ai découvert dans la symétrie la racine de bien des iniquités. »
(p.168)
………………………………
Naguère, les héros de la jeunesse étaient des poètes, des écrivains, Valéry ou Eliot ; parfois des révolutionnaires, comme chez nous Zapata ou même Pancho Villa. Après sont venus les professeurs, au temps de Sartre ; actuellement, nos héros sont les gens de la télévision. Cheminement très curieux.
(p.493)
………………………………
… j’ai une profonde répulsion pour les utopies parce que je pense que l’homme est individuel, qu’il est irrégulier, singulier, et que les utopies s’acharnent à en faire quelque chose d’uniforme. Rien n’est plus ennuyeux que les utopies heureuses. Pensez, mettez-vous dans un phalanstère de Fourier, qui était le meilleur, le plus sympathique des utopistes. J’admire et j’aime Fourier, mais vous devenez fou dans l’un de ses phalanstères ! Il n’y a rien de plus semblable aux utopies que les prisons, c’est l’uniformité. Alors que je pense que l’homme est invention, changement. C’est pourquoi je suis un ennemi de tous les systèmes, politiques ou autres.
(p.497)
………………………………
En cette fin de siècle l'opinion est devenue une énorme bureaucratie économique et politique et la presse est devenue très impersonnelle.
Aux inégalités dont souffre la société moderne vient s’ajouter une inégalité nouvelle entre une minorité qui lit et une majorité qui ne lit plus ou bien ne sait plus lire et regarde la télévision. Il faudra bien s’y faire. On voit poindre là une division profonde qui fait songer une fois de plus au roman de Huxley, Le meilleur des mondes, où seule une minorité a accès à la science véritable et à la culture générale. Le livre pourrait bien redevenir ce qu’il fut jadis : une rareté. Apparaît donc un clivage profond, sans précédent, qui n’est fondé ni sur le sang, comme dans l’Ancien Régime, ni sur l’argent, comme dans les démocraties actuelles, mais sur les connaissances. Et ce n’est pas sans danger pour la démocratie.
Une partie de nos maux s’explique par la nature même de notre civilisation où tout devient produit, objet de consommation. J’en parle dans Itinéraire : l’interrogation universelle est aujourd’hui : combien vaux-tu ? Corps et âmes, livres et idées, tableaux et chansons sont devenus des marchandises. J’ai évoqué, à la Foire du livre de Francfort, les manipulations caricaturales qui se pratiquent sous le masque du mot littérature avec la complicité des médias et de leur label trompeur de « culture populaire » qui exclut les ouvrages jugés trop sérieux, autrement dit « barbants », quand ne se manifeste pas une franche hostilité contre la littérature « sérieuse » : comme si Platon, Aristote, Boccace, Rabelais, Cervantès, Swift étaient des gens sérieux !
(p.532)
Chaque artiste fera sa révolution tout seul et devra tout seul porter le poids déchirant du bonheur.
Dire non est bien la chose la plus difficile dans le monde moderne qui devient celui de l’uniformité. Celle-ci menace la littérature de congélation. Ce qu’on nous demande surtout aujourd’hui, c’est d’approuver. Et le système est depuis longtemps si assoiffé d’approbation que dans les grands procès politiques de notre siècle on a même cherché à faire confesser des crimes imaginaires afin de transformer les accusés en accusateurs d’eux-mêmes. Car de nos jours le bourreau a besoin d’approbation, même pour tuer.
La vraie littérature est indifférente aux lois, à la logique du marché, avec ses best-sellers auxquels on a coupé becs et ongles. La rébellion fait partie de la littérature. Dans la tradition moderne de critique et de rébellion, de subversion, la poésie, du XIXè au XXè siècle, a joué un rôle non négligeable. Il faudra bien revenir à cet élan initial de la grande littérature du XXè siècle, qui n’était ni conformiste ni tranquillisante mais critique, souvent agressive, s’interdisant de flatter les lecteurs et leurs préjugés, de suivre les modes. C’était une littérature faite par des écrivains qui ne craignaient pas de se retrouver seuls. C’est pourquoi je n’ai jamais oublié de rendre hommage aux éditeurs qui sont restés fidèles à la grande tradition de ceux qui, depuis le XVIIIè siècle, ont défié les goûts et la morale de la majorité. C’est grâce à eux que nous ne sommes pas complètement abêtis, anesthésiés.
(…) C’est pourquoi nous, les écrivains d’aujourd’hui, nous devons redire le monosyllabe qui a marqué le début de la littérature moderne : non.
(p.533)
J’ai plusieurs fois rapproché révolution de rénovation.
Né à Mexico le 31 mars 1914, Octavio Paz est considéré comme le plus grand poète d’Amérique latine et un théoricien hors pair de la littérature. Ambassadeur du Mexique en Inde pendant de longues années, il n’a cessé de confronter la conception occidentale de la création à celle de l’Orient. Il a dirigé Vuelta, la plus importante revue d’Amérique latine, et a aussi donné des conférences dans diverses universités d’Europe et d’Amérique. Octavio Paz a reçu le prix Cervantès en 1981 et le prix Nobel de littérature en 1990. Il est décédé à Mexico en avril 1998.
Editions Gallimard, collection "Arcades"
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Yannick Haenel
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27.09.2009
Ted Hugues
EXTRAITS
POÈMES
1957-1994
Ted Hugues

[…]
Les sels marins,
Mes terres indigènes, m’ont préparé cortex et intestin
A accueillir de telles reliques.
Tel l’incinérateur, tel le soleil,
Telle l’araignée, j’ai eu un univers entier dans les mains.
Telle la fleur, je n’ai rien aimé.
[…]
(p.53 – extrait de 1er mai dans le Holderness)
Ces étoiles sont les ancêtres incarnés
De mes collines noires, courbées comme dos d’ouvrier agricole,
Et de mon sang.
[…]
(p.68 – extrait de Avaleur de feu)
[…]
J’émerge. D’ailleurs, l’air a tout oublié.
Les fuseaux, les ailes en sucre glace de l’herbe
Semblent gravés sur de hauts gobelets. Un pigeon tombe en espace.
La terre monte calmement, dans l’obscurité, de lointaines profondeurs,
Affleurant à peine à la surface. Je ne suis pas connu,
Mais aucune surprise nulle part. L’asphalte de la route
Est velouté de sommeil, les collines dans le lointain sont froides.
Devant cette nouvelle terre si mal désenveloppée
De sa gaze et sa cellophane,
Ces magasins du gel aux lames toujours aiguës,
C’est mon privilège de tâter et de renifler.
Les moutons ne comptent pas plus que les primevères.
La rivière au loin s’étonne d’elle-même,
Essaie le volant de ses lumières
Et de ses poissons inhabituels, qui montent à la surface
Puis repartent au fond, par pure curiosité
Du soleil faisant fondre l’arête vertébrale de la colline et de la lumière
Baignant diffusément leurs ouïes…
[…]
(p.94 – extrait de Pêche à la truite clandestine, un matin de mai)
[…]
Si la bouche pouvait ouvrir sa falaise
Si l’oreille pouvait se déplier de ses strates
Si les yeux pouvaient fendre leur rocher et regarder enfin au-dehors
Si les mains plissements de montagne
Pouvaient se procurer un appui sûr
Si les pieds fossiles pouvaient se soulever
Si la tête eau de lac et climat
Si le corps horizon
Si le corps entier et la tête en balance
Si la peau d’herbe pouvait prendre les messages
Et faire son métier proprement
Si les vertèbres de fœtus terre
Pouvaient se dérouler
Si l’ombre homme là-bas en avant se mouvait suivant mes mouvements
Le discours qui agit l’air
Pourrait me parler
(p.334 – extrait de Sept chansons du cachot)
Le poète britannique Ted Hugues est né à Mytholmroyd, dans le Yorkshire, en 1930. Devenu célèbre dès ses premières publications, il est l’auteur de recueils de poèmes, de pièces de théâtre, d’essais et d’histoires pour enfants. Il traduit aussi Ovide, les tragiques grecs et Racine. En 1956, il épouse Sylvia Plath, l’un des plus importants poètes anglo-saxons contemporains. Lorsque celle-ci se suicide en 1963, Ted Hugues édite lui-même ses œuvres. Nommé poète lauréat en 1984, il meurt en 1998 dans le Devon.
Editions Gallimard
Traduit de l’anglais par Valérie Rouzeau et Jacques Darras
Préface de Jacques Darras
Editions Gallimard, 2009 (pour la traduction française)
09:52 Publié dans Ted Hugues | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20.09.2009
Le Temps est un type étrange...
E.E. Cummings
Poète américain
(1894 - 1962)
L A P A U S E P O É S I E

© Photo : source internet
[…] les poèmes courts m’enchantent. J’aime aussi beaucoup Cummings, qu’on regarde aujourd’hui avec une certaine indifférence. J’ai traduit quelques-uns de ses poèmes, il y a des années. Cela a été une grande expérience, j’ai beaucoup appris en traduisant ces textes dans lesquels la complexité syntaxique produit une poésie très pure et très simple. C’est la poésie lyrique, le jet poétique dans toute sa fraîcheur, sans trace de ce didactisme si fréquent dans la poésie nord-américaine. Un didactisme moralisant, même, surtout lorsqu’il attaque la morale régnante.
Octavio Paz – « Cuatro o cinco puntos cardinales » Plural, n°18, mars 1973
la proximité s'éveillait, tout oiseau devrait chanter :
et de notre nuit le mille million de miracles
●●●
Même si Cummings a poussé son allergie à tous les communautarismes jusqu’à un aveuglement consternant, et que rien ne saurait justifier, il faut arrêter de penser ce qui distingue comme ce qui sépare et l’hermétisme comme une clôture : il n’y a pour penser de la sorte que les totalitaires, partisans d’un nivellement par le bas, à leur profit ; et si la poésie de Cummings a pu paraître en son temps d’avant-garde, elle ne résiste au temps que parce qu’elle est fermement ancrée, sans nul traditionalisme, dans cette tradition qui remonte à la plus haute antiquité, celle d’Orphée, éveillant tous les sens et animant toute la création par la vertu de son chant.
Robert Davreu – Poèmes choisis, éditions Corti, 2004
17:18 Publié dans E.E. Cummings | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.09.2009
PROCHAINE PARUTION, OCTOBRE 2009 : ISTANBUL, VILLE MONDE
Après Alger, Palerme, Athènes, Beyrouth et Tanger, voici, dans la série des “portraits de ville”, le nouveau numéro de la revue consacré à Istanbul.

11:50 Publié dans LA PENSEE DE MIDI | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Patrick Kéchichian
NOTE DE LECTURE
Pascal Boulanger
Patrick Kéchichian : Petit éloge du catholicisme
Dans une écriture superbe, Patrick Kéchichian dévoile sa propre traversée en mêlant à la foi la démesure et la raison qu’elle suppose.
Au centre de son propos, il y a ce basculement que la première épître de Saint Jean proclame :
Si ton cœur te condamne, Dieu est plus grand que ton cœur.
Cette conversion du regard porté sur le monde – et sur soi-même – désencombre et déjoue le déferlement du nihilisme au profit d’un appel qui est sortie et abandon joyeux de soi.
A partir d’entrées choisies : louange, modernité, église, colère… Kéchichian montre que la foi n’efface ni crainte ni tremblement mais qu’elle fait face à l’inattendu et au retournement.
L’impossible est possible et l’impossible c’est Dieu soulignait Chestov en commentant Kierkegaard.
La clôture individuelle trace les premiers cercles de l’enfer humain et bute sur l’immonde. Donner congé à ses propres fantômes irrigue le cœur tandis que le résigné est celui qui a détourné son attention du miracle.
Le possible consiste alors à croire au surgissement inépuisable de l’amour.
Car rien ne s’achève sur soi-même. Toute poésie du drame, et le catholicisme, même sur son versant lumineux et baroque, est poésie dramatique, passe par la Croix. Cette Croix n’est pas une tolérance pour la mort et pour son spectacle, elle n’est tout simplement plus rien devant la beauté inépuisable qui co-naît (Claudel) à chaque instant et pour l’éternité.
Voici bien une économie d’abondance dont témoigne le chrétien. Il sait que si nos yeux reçoivent la lumière, ceux du Christ la donne.
© Pascal Boulanger, septembre 2009
Editions Gallimard/Folio
11:28 Publié dans NOTE DE LECTURE/PREFACE/TRADUCTION, Pascal Boulanger | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.09.2009
W.H. AUDEN
EXTRAIT
La mer et le miroir
Commentaire de La Tempête de Shakespeare
W.H. Auden
Tous les mouvements volontaires sont possibles – ramper à travers des tuyaux et de vieux égouts, traîner devant des étalages, traverser sur la pointe des pieds des sables mouvants et des champs de mines, courir à travers des usines abandonnées et des plaines vides, sauter par-dessus des ruisseaux, plonger dans des bassins ou nager entre des rives semées de roses, s’extraire d’un boyau ou pousser des portes à tambour, s’accrocher à des balustrades en bois pourri, sucer une glace ou une plaie ; tous les modes de transport sont disponibles, lettres, chars à bœufs, canoës, cabriolets, trains, trolleys, voitures, avions, ballons, mais le sens de l’orientation, le moyen de savoir d’où sur cette terre on a bien pu venir et où on pourrait bien aller sur cette terre est tout à fait absent.
Religion et culture semblent représentées par l’universelle croyance que manque quelque chose qui doit être trouvé, mais quant à savoir ce qu’est ce quelque chose, les clés du paradis, l’héritier manquant, le génie, les odeurs de l’enfance, ou le sens de l’humour, pourquoi cela manque, si cela a été délibérément dérobé, ou accidentellement perdu, ou simplement caché par jeu, et qui est responsable, nos ancêtres, nous-mêmes, la structure sociale, ou de mystérieuses puissances perverses, il y a autant d’églises que de chercheurs, et on peut trouver un indice derrière chaque pendule, sous chaque pierre, et dans chaque arbre creux pour les étayer toutes.
(p.117)
Édition bilingue
Traduction de l’anglais et présentation de Bruno Bayen et Pierre Pachet
Format : 135 x 205
160 pages • 18 euros
ISBN : 978-2-35873-002-0
Mise en vente : 17 avril 2009
15:27 Publié dans W.H Auden | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.09.2009
Le bulletin d'eucharis n°13 du 14 septembre 2009
N°13
14 septembre 2009

Evelyn Nesbit Thaw (1884-1967)
- Ne respirez plus !
Je n’étais pas chez le photographe. J’étais dans le service de radiologie de Reykjavik. C’est le mot de toute société à ses citoyens : « Ne respirez plus. »
(ch. VI, p.25) – Les ombres errantes, Pascal Quignard
© Editions Grasset & Fasquelle, 2002
SOMMAIRE………
Extraits de Les ombres errantes de Pascal Quignard
&
Anne Slacik GRANDES PEINTURES Galerie l’Or du temps
La dernière épopée Charles-Mézence Briseul (Note de lecture Pascal Boulanger)
POESIE AVEC Roberto Mussapi Paroles du plongeur de Paestum
Non Vernissage LA PILE vouée à disparaître Galerie La Non-Maison
PHOTOGRAPHIE AVEC Thierry Cardon
&
DU CÔTÉ DE CHEZ… CLAUDE SIMON et Le Palace
GALERIE REMARQUE Deux Noyaux Pour Commencer La Journée Stéphanie Ferrat & Hélène Sanguinetti
&
PAR AILLEURS ………………….. La fureur du monde Salon du Livre Mouans-Sartoux

07:30 Publié dans AU SUJET DES CARNETS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note






















































































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