19.05.2012

Anise Koltz

Je renaîtrai

Anise KOLTZ

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Anise Koltz est née au Luxembourg, le 12 juin 1928. Poète, elle est l’auteur d’une œuvre importante écrite en allemand, en français et en luxembourgeois.

En 2008, le Prix de Littérature francophone, Jean Arp[1], lui a été remis. Elle préside aujourd’hui l’Académie européenne de Poésie.

Ouvrage d’une grande dame de plus de quatre-vingts ans, Je renaîtrai – un titre significatif bien entendu - frappera d’abord par le caractère énergique d’une poésie n’accordant rien à la nostalgie, toujours résolument tournée qu’elle se veut, vers le présent et l’avenir. Cette disposition s’accompagne d’une ouverture au monde, inquiète et large, couvrant aussi bien les territoires secrets de l’intimité que la réflexion avivée sur la langue, pour ne rien dire de notre précaire et violente condition.

Les textes de ce recueil sont en général brefs, composés de strophes et de vers courts. Cela confère à chacune de ces pages, pouvant être prise isolément, une netteté, une efficacité, auxquelles la force particulière de l’expression, le plus souvent ancrée à la première personne, communique une sorte d’évidence mystérieuse, de clarté pénétrante qui pousse à la réflexion.

Allant systématiquement à l’essentiel, le poème d’Anise Koltz s’attaque en effet aux plus hautes questions qu’elles soient, par exemple, celles de l’être confronté à ses profondeurs adverses comme dans ce texte intitulé En moi : Des loups vivent en moi/ hurlant dans mes plaines enneigées// Crèveront-ils/ ou les égorgerai-je ?

celles de l’individu réagissant à certaines formes de barbarie sociale: Les disciples de Dieu/ marchent au pas de guerre// Leurs souliers/ font éclater les pavés// Je n’ajoute pas mon pas/ au leur// Berger de mes péchés/ je pars en transhumance

ou celle encore des oppressantes relations familiales: Mon père est mort// Mais son couteau de sacrifice/ reste brandi au-dessus de ma tête/ il me menace/ dans la lune croissante et décroissante// Tandis que le jour tombe/ au bord du chemin.

La relation d’Anise Koltz avec le monde est à l’image de ce qu’elle nous dit, à la page 108, de son rapport particulier avec Dieu, fait tout entier d’audace, de volonté de savoir, de comprendre, jamais de soumission,  : Dieu/ quand je t’exhorte à me montrer/ ton royaume/ tes murailles/ le torrent du bien et du mal -/ tu me jettes l’enfer à la figure// Moi je t’affronte avec mon sang vivant/ je ne crains ni ton fouet/ ni tes crocs.

On le voit, le livre d’Anise Koltz n’est pas un livre apaisé, apaisant. Pas le livre d’une nonagénaire dont le temps aurait amorti la révolte, l’exigence sinon la sensibilité. Pas le livre non plus d’une aïeule s’essayant enfin à nous communiquer une sagesse plus ou moins lentement ou difficilement conquise. Non qu’on n’y trouve pas le fruit d’une expérience. Bien au contraire. Mais cette expérience qui s’affirme à travers un certain nombre de vers à valeur d’aphorismes ne vient pas tarir l’interrogation ouverte sur la vie, le nécessaire tâtonnement existentiel et le désir profond d’expression, conçu non comme un moyen rassurant de se définir mais comme perpétuelle et anxieuse réinvention de soi : D’inquiétude en inquiétude/ mon angoisse s’accroît// Je ne transforme pas les mots/ ils me transforment/ ils me hantent/ ils m’observent/ d’un mauvais œil/ Prise de folie/ je me précipite dans le langage/ le maltraitant/ afin qu’il me réponde.

A travers le livre de cet important poète de nationalité luxembourgeoise qui a choisi de s’exprimer à travers notre langue, ce qui finalement s’affirme, c’est le tête à tête irréductible avec la vie d’une personnalité forte, certes, parvenue au soir extrême de son existence mais qui ne renonce toujours à rien de son énergie créatrice et de sa volonté d’être.

Tu es le continent/ que je découvre// Je débarque en toi/ avec ma caravelle// La croix du sud/ oscille dans le ciel/ annonçant d’heureux présages// J’enterre ma montre/ dans le sable.

 

© Georges Guillain

 

 

Anise Koltz est née le 12 juin 1928 à Luxembourg. Je renaîtrai vient d’être publié aux éditions Arfuyen. Le livre est dédié à la mémoire de sa grand- mère.

 

 

Extraits

 

 

J’ai escorté mon nom

jusqu’à l’oubli

 

Demain je renaîtrai

surgissant de l’argile

 

Mon ombre gravite déjà

autour d’une nouvelle effigie

 

 

 

De génération en génération

 

Ma mère m’a passé sa peau

transmise

de génération en génération

comme un uniforme troué

d’une guerre

longtemps révolue

 

 

Nos corps

 

Nos corps

sont soudés l’un à l’autre

 

La même formule d’algèbre

dans le sang

nous nous multiplions

 

Sous notre peau commune

l’univers s’étire et se dilate

Une apparence

 

Je ne suis pas moi

je ne suis qu’une apparence

 

Mon image me couvre

telle une vieille couverture

 

J’erre comme un point d’interrogation

un verbe sans sujet

 

 

A la fenêtre

 

La lune pleine

recouvre les mendiants

de sa lumière empruntée

 

Tandis que l’odeur du sang

court les rues

une femme suspend

son hymen à la fenêtre

pour le faire sécher

 

 

Vous êtes des morts-vivants

 

Votre soleil est sans feu

vos dieux s’écroulent

dans les temples

 

Prenez-moi en otage

si vous existez

 

Montrez-moi vos tombes

je sauterai sur les dalles

qui recouvrent vos yeux

 

Au-delà de ma mort

je vivrai

je vous combattrai

sous terre

 

 

La même langue

 

Pouvons-nous continuer

à parler la même langue

celle qui a servi toutes les horreurs de la guerre

le mercantilisme

la dévastation

 

Ne faudrait-il pas la renouveler

comme nous filtrons

une eau polluée

pour faire revivre

plantes et poissons

 

 

Refus

 

Je refuse de renaître

ma route devient trop étroite

 

Sans repères

je marche avec une boussole

à l’intérieur de mon corps

 

Suspendue seulement au monde

par une épingle de sûreté

 

 

Je me transforme

 

Mon poème est une cabine

dans laquelle je me déshabille

un rideau épais me séparant du monde extérieur

 

Confrontée à mon corps flétri

j’envisage d’autres possibilités de vie

je trace des cercles dans le ciel

avec les éperviers

je vois le monde d’en haut

 

Puis je me transforme en désert

là où vie et mort se mélangent

et où un sable charitable

finira par me recouvrir

 

 

Ma tombe

 

Ma tombe ne sera pas assez grande

j’ai la tête trop pleine

de ceux que j’aime

 

Il me faudra de l’espace

pour que tous

puissent se mettre debout

dans chacune de mes pensées

 

 

 

Editions Arfuyen

© www.arfuyen.fr

 

 

 



[1] Le Prix de Littérature Francophone Jean Arp se donne pour vocation d’appeler l’attention sur l’œuvre d’écrivains qui ont fait le choix de mener leur travail à l’écart de la pression commerciale et médiatique et privilégient l’intégrité de leur travail sur tout souci de reconnaissance immédiate. Il distingue, pour l’ensemble de son œuvre, un écrivain francophone de premier plan, dont le travail est particulièrement remarquable par l’originalité et la qualité de son écriture, quel qu’en soit le genre, comme par la vigueur et l’amplitude de sa vision.

    

Galerie 22

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Kehinde ADEWUYI, Isabelle DURAND,

Christiane FILLIATREAU, Florian ROSIER, Akiko TORIUMI

du 3 août au 2 septembre 2012

Vernissage vendredi 3 août à partir de 18h30

 

 

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Isabelle DURAND

 

 

 

INFO PRESSE et demande d’images en haute définition :

Tél. 04 90 71 85 06 / 06 07 66 93 41

Galerie 22 contact@galerie22contemporain.com

267 route de Gordes Coustellet 84220 Cabrières d’Avignon

www.galerie22contemporain.com

 

 

 

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© Galerie 22 -2012

Revue Nunc n°25

REVUE NUNC

revue anthropologique, éditions de Corlevour 20 €


 

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n°25 – Octobre 2011

Dossier Marcel Jousse

 

Une introduction signé Franck Damour, des poèmes de Claude Tuduri et de Matthieu Baumier, un cahier critique conséquent (signalons notamment une chronique de Serge Rivron consacrée à Pasolini et une d’Antoine de Meaux sur Cioran), puis sous la rubrique Axis Mundi, Marcel Jousse fait l’objet d’un dossier substantiel (avec des contributions, parmi d’autres, de Michel de Certeau, Joseph Morlaas et Bernard Vergely). Penseur majeur qui a défriché les voies d’une anthropologie dynamique, Jousse fédère des domaines multiples : théologie, science du langage, poésie… à l’image de la revue NUNC que dirige Réginald Gaillard et qui propose des numéros toujours inclassables et riches d’enjeux.

Rappelons que NUNC fête ses dix ans d’existence.

 

© Pascal Boulanger

 

Les carnetsd'eucharis

© Nathalie Riera, mai 2012

Charles Reznikoff, Témoignage (P.O.L., 2012)

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www.poetryfoundation.org

Charles Reznikoff

Poète américain

(1894–1976)

 

 

Que toute amertume, et courroux, et colère,

et vociférations, et invectives, soient extirpés de vous,

avec toute malice.

Éphésiens IV, 31

 

 

LE SUD

 

I

Jim entra dans sa maison

et prit une paire de guides

et ensuite dans l’écurie

et en passa une à l’âne

et sortit l’âne

et l’attacha à une clôture ;

et passa le nœud coulant de l’autre guide autour de la tête de

l’âne

et commença à tirer.

L’âne commença à faire un sacré bruit.

On trouva son corps le lendemain matin,

à quatre ou six mètres de la porte de l’écurie ;

le cou, juste derrière la tête,

affreusement meurtri.

 

------------------------- 

Traduit de l’anglais par Marc Cholodenko

 

 

 

Charles Reznikoff

Témoignage

Les États-Unis (1885-1915)

Récitatif

Traduit de l’anglais

par Marc Cholodenko

 

mai 2012
576 pages, 19 €
ISBN :
978-2-84682-096-7

 

ICI

 

P.O.L

33, rue Saint-André-des-Arts, Paris 6e

 

Louis Pons

Galerie du Tableau

37, rue Sylvabelle

13006 MARSEILLE

Tél. : 04 91 57 05 34    

galeriedutableau@galeriedutableau.org

http://www.galeriedutableau.org

 

 

Louis Pons est certainement le plus grand dessinateur actuel. J'ai plaisir à présenter dans ce lieu, où tant de jeunes artistes ont fait leur première exposition, des travaux exécutés pour la plupart dans la jeunesse du dessinateur. C'est donc, en ce printemps, une manifestation d'un jeune artiste qui est déjà un grand artiste. Il y a une raison à présenter à Marseille, où l'on attend une immense rétrospective Louis Pons depuis 20 ans, un artiste au passé prestigieux dans la plus petite galerie où il sera toujours considéré comme le plus grand.

 

Bernard Plasse

 

Louis Pons

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exposition du 21 mai au 09 juin 2012

www.galeriedutableau.org

 

13.05.2012

Michel Wohlfahrt par Claude Darras

 

 

 

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Claude Darras

 

Michel Wohlfahrt ou l’enfance en boucle

Les pérégrinations d’un sculpteur de terre

 

 

 

« Mon enfance me suit, je la tiens par la main » : cette sentence de l’écrivain Louis Scutenaire, il pourrait la faire sienne. De sa prime jeunesse dans l’Alsace de sa parentèle (il est né lorrain, tout à côté, à L’Hôpital, en Moselle, le 23 février 1949), il goûte les fruits amers chaque fois qu’on l’interroge sur la présence de jouets de toutes sortes dans son œuvre sculpté. Autour de la tablée familiale, parmi les sept garçons dont deux ont été adoptés par le père, pasteur, et la mère, d'origine yougoslave, il ne manifeste aucune inclination pour les études et enchaîne les petits boulots avant de suivre un apprentissage de compagnon potier (1965-1967) à Betschdorf dont le grès bleu verni au sel fonde la réputation de la céramique provinciale. Après une parenthèse académique d’une année à l’École des arts décoratifs de Strasbourg, il prolonge sa formation auprès de potiers drômois de Dieulefit (1968-1969) choisissant à ce moment-là de vivre et de travailler dans le Sud de la France. En 1969, il installe son atelier à Visan, en territoire vauclusien, où il exerce pendant cinq années. Il éprouve alors le besoin de se frotter à des techniques différentes et séjourne pendant un an (1973-1974) chez ses homologues tunisiens de Moknine, au cœur du Sahel oriental. S’il réside dans la Drôme provençale (Beaumont-en-Diois puis retour à Dieulefit), le Maghreb devient consubstantiel à sa création qui échappe de plus en plus à la poterie traditionnelle. En 1985, il rompt avec l’artisanat au profit de la sculpture dont il a montré l’année précédente au musée Géo Charles d’Échirolles, en Isère, ses premières et étonnantes expérimentations.

 

Le geste originel du potier

 

Statues immuables, aussi denses que le basalte, mystérieuses comme des hallucinations, lourdes d’expression et fortes d’une puissance démonstrative inouïe, ses sculptures provoquent une impression inoubliable, phénoménale, lorsqu’on en découvre pour la première fois la monumentale et singulière présence (certaines mesurent plus de trois mètres). Sommé de sortir de lui-même et assuré de perdre ses habituelles références de sensorialité, l’observateur s’interroge sur les personnages de terre cuite ou de bronze. Sont-ils héros, divinités, fantômes ou revenants ? Procèdent-ils des mythologies antiques ? Appartiennent-ils au panthéon de tribus millénaires ? Plus certainement, ils distinguent des caractères à la fois spécifiques aux personnages littéraires et dramatiques du corpus universel et aux contemporains que l’artiste a rencontrés au gré de ses pérégrinations. Il est indubitable en tout cas qu’il ait croisé près des étals forains du marché de Belsunce, à Marseille, ces femmes cérémonieusement drapées dont il retient, telle une obsession, une forme de visage presque dure, intransigeante et hautaine. Nul doute qu’il s’est plu à scruter sur les quais des ports marocains et tunisiens les adolescentes portant la burqa, ce voile de visage noir en coton ou tissé en résille, auquel on accroche un bijou pesant pour le maintenir vers le bas. Au gré d’une étonnante galerie de portraits, l’Alsacienne en jupe rouge et coiffe noire à grand nœud vante les mérites du kouglof à une Sévillane en robe de percale à volants, tandis que le toréro coiffé d’une montera en astrakan est décontenancé par les petites cornes du faune sylvestre aux pieds de chèvre qui conte fleurette à une nymphe aussi timide que lui…

L’art sculptural dont il est question se fonde sur le parti de l’épure, la liberté de l’esquisse et la spontanéité de l’improvisation : épure, esquisse et improvisation résultant d’une longue et savante pratique. Il ne s’agit pas d’exprimer avec énergie et vivacité le jeu des muscles, l’élasticité des membres et le frémissement de la vie. Il importe de restituer ce qu’il y a de passager dans les sentiments que reflète le visage, ce miroir de l’âme, ou la contenance de l’être incarné dans la glaise, ce qu’il y a de mobile dans ses affections, de fugitif dans son regard ou dans son sourire. Qu’il confie son premier modèle à l’action du feu, qu’il le modèle en plâtre, qu’il le maçonne en béton ou qu’il le coule en bronze, le geste originel du potier demeure, impérieux et souverain, quand bien même il le livre au paroxysme des ressources sensibles de l’argile, au-delà des limites des concepts de la discipline.

 

 

Moraliste et libertaire

 

Il aime la résistance de la pâte, le côté sensuel des colorations de la terre patinée par les minéraux ou violentée par les oxydes ou la flamme. Sans doute ce goût vient-il de ses origines. L’Est est un pays très coloré, surtout en automne. Dans les régions du sud, le soleil écrase, dévore les couleurs. De plus, dans ses travaux de finition, une chimie particulière de l’acrylique fomente une luxuriance de flamboiements, de délires, d’épiphanies glorieux parmi les personnages, le bestiaire et les jouets qu’il transcende. L’agrégation de ces trois sujets d’élection est quasi permanente dans une œuvre que nulle rétrospective ne pourra jamais mieux montrer que dans ses ateliers gardois de Saint-Quentin-la-Poterie où il réside depuis 1990. Près des machines de levage et des fours encore tièdes, il déballe la vie intime de ses passions. Des milliers et des milliers de pièces collectées dans les marchés aux puces ou dégottées aux enchères des internautes -articles de bimbeloterie et ustensiles de cuisine, objets de bazar et d’antiquaille, jouets mécaniques et jeux de plein air- sont entassées dans des caisses de bois ou en carton avant d’interpréter les premiers rôles dans de futures mises en scène. Dans le parc, entre des empilements de voitures à pédale et des processions de personnages austères et filiformes sur la tête desquels il a fiché des soldats de plomb ou des bibelots en laiton, le visiteur se faufile entre des landaus et des tricycles et il aperçoit des bêtes à corne montées sur roues, très proches, somme toute, des attelages, miniatures ceux-là, offerts aux enfants dès la plus haute Antiquité. Les invraisemblances cohabitent ici avec le plus grand réalisme. Cette disposition au jeu héritée de l’enfance, et que trop d’êtres ont perdue, constitue une des sources vives de son inspiration. Savoir cela peut aider à ouvrir certaines serrures de son œuvre. Tout aussi indispensable à l’intelligence de sa sculpture, la rébellion innée qui l’incite à célébrer le 14 juillet 1989, à La Mège, le bicentenaire de la Révolution française en plantant sur les cimes du mont Blanc 50 000 balais aux trois couleurs nationales, chacun d’entre eux portant un petit masque de bronze sous la brosse. Hommage au balayeur des rues qu’il a côtoyé durant sa jeunesse de pain noir, cette performance ainsi que les expositions qu’il montre au-delà des frontières du pays (Allemagne, Canada, Grande-Bretagne, Italie, Japon, Maroc, Sri Lanka, Suisse et Tunisie) révèlent deux individualités distinctes, à l’image de ses personnages janusiens (de Janus, la divinité aux deux visages) qu’il nomme des volte-face, d’un côté le moraliste railleur qui rit de tout et de lui-même, de l’autre le libertaire pugnace qui continue de lutter contre l’injustice.

 

 

Claude Darras

Les carnetsd'eucharis (mai 2012)

 

 

 

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   Photo © Dominique Bernard

 www.michel-wohlfahrt.com

 

 

 

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DOSSIER PDF COMPLET (à télécharger)

Michel Wohlfahrt_ par Claude Darras_Les carnets d'eucharis 2012.pdf

(ATTENTION : Le téléchargement peut être long)


 

Bruno Normand, Des rapprochements

BRUNO NORMAND

 

/[…]
une ville sémantique où les blocs sont chapîtrés, les rues, des phrases, d’une langue inconnue dont le vacarme nous assourdit jusqu’à ce qu’une allée empruntée au hasard nous amène après d’imperceptibles détours dans le calme soudain d’un village paisible […] Isozaki Arata analyse l’architecture japonaise des cents dernières années à l’aide de seize concepts / la perte, l’additions, le transfert, le labyrinthe, l’abréviation, l’amalgame, la désharmonisation, la transparence, l’implication, le mélange, l’analogie et la métaphore, la métastase, le silence, l’exagération par répétition, le paradoxe et l’ironie, l’invasion /[…] page 54 / Isozaki Arata, entretien avec Futagawa Yukio

chaque jour je passe devant un cimetière

Bruno Normand, Des rapprochements, Editions Lanskine, 2012 – (p.34/35)

 



Site « Terre à Ciel »

- Le vide a ses rives par Sophie G. Lucas
 
D’un léger retrait ~ Editions L’Horizon Vertical [1993] 

Du contour ~ Editions Wigwam [2008]  

terreaciel.free.fr

 

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  Des rapprochements ~ Editions Lanskine [2012]

 

www.editions-lanskine.fr

 

 

 

 

 

aujourd’hui  là au Verger, le vent dans le laurier,

les pervenches,

dans les chênes, le prunier, les sapins, le sureau, le vent passe,

les portes, les fenêtres sont ouvertes – je ne sais pas si je

parviendrai un jour à transmettre un peu de cette clarté, de ce rien cambré

 

Ibid., (p.46)

 

 

12.05.2012

Cathy Garcia, Les mots allumettes, éd. Cardère, 2012

 

 

 LES MOTS ALLUMETTES

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 Cathy  Garcia

Cardère éditeur, 2012

 Avec des illustrations originales de l’auteur

 

 

Poésie

 

 

 

 

[…]

 

Avale-moi, dis-je au bois. Ecorce-moi, dis-je à l’homme,

lentement comme un coma.

Terre et copeaux. Ma langue éboulée au creux du refuge.

 

 

 

Je suis morcelée. Là mon cœur, là un poumon.

Là mon âme et des frontières entre chaque terrier.

 

 

 

 

-------------------------  (P.25)

 

 

[…]

 

Déchirer devient nécessité. Epitaphe.

 

Boire dans la source la mémoire de l’estuaire. Manger

dans la chair un souvenir d’ossuaire.

Ou bien le piéger peut-être ?

 

Faisceaux d’un élan unique, vassaux forcément de l’empire des fractales.

Un tissage.

 

 

 

 

-------------------------  (P.29)

 

 

 

[…]

 

Les mots en gravats dans ma tête. Des tonnes.

 

 

Je retiendrai celui qui brise l’encerclement, dégage une spirale et m’élève jusqu’au ciel.

Jusqu’au grand, grand ciel. N’avoir que celui-là en bouche.

 

 

 

 

 

-------------------------  (P.35)

 

 

 

[…]

 

Il y a des passages aux flancs des falaises pour haler les rêves.

D’une ogresse folle surgissent des écluses pour des barques fabuleuses.

 

Intuitions et évidences tricotent leurs filets pour les pêcheurs de mystères fugaces.

Le saisissement est tel, nul retour n’est possible.

 

 

-------------------------  (P.41)

 

 

LES MOTS ALLUMETTES

Cathy GARCIA

Cardère Editeur, 2012
Cardère éditeur — 42 rue du Pont de Nizon — F-30126 Lirac

http://www.cardere.fr

 

-------------------------

 

 

Cathy Garcia

Ex-artiste pluridisciplinaire de spectacle de rue, chanteuse en particulier, Cathy Garcia crée en 2003 la revue de poésie vive Nouveaux Délits. Elle est aujourd’hui plasticienne, photographe, et poète.

 


 

 

SES ESPACES NUMERIQUES

· http://cathygarcia.hautetfort.com/

· Délit de Poésie http://delitdepoesie.hautetfort.com/

· Collages & dessins http://ledecompresseuratelierpictopoetiquedecathygarcia.hautetfort.com/

· Photographie http://imagesducausse.hautetfort.com/

 

 

08.05.2012

Galerie du Tableau, Jean-Jacques Ceccarelli

Galerie du Tableau

37, rue Sylvabelle

13006 MARSEILLE

Tél. : 04 91 57 05 34    

galeriedutableau@galeriedutableau.org

http://www.galeriedutableau.org

 

 

 

 

 

L'imaginaire ne semble pas toujours étrange. La réalité de certaines créatures parait invraisemblable. L'étonnant, c'est leur existence en dépit de la raison souveraine.

Jean-Jacques Ceccarelli invente une re-création du monde dont il est le nouveau Darwin. Son bestiaire s'étoffe, d'année en année, et, s'il ne s'exprimait par signe, on pourrait dire qu'il ne lui manque que la parole. Il y a des attitudes de ses créatures qui en appellent à la mythologie : hybrides d'humains et d'animaux, de dieux et d'humains, d'animaux et de dieux. Il est des nuances qui laissent supposer que ces dessins sont des histoires d'amour racontées en noir et blanc, comme de belles photographies expressionnistes.

 

Bernard Plasse

 

 

 

 

Jean-Jacques Ceccarelli

 

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Exposition du 07 au 19 mai 2012

Vernissage le lundi 07 à partir de 18h 30

www.galeriedutableau.org

 

 

 

Le grain de la voix

’’Il nous faut réinventer ici et aujourd’hui le théâtre, et sa nécessité politique, sinon nous serons vite condamnés à alimenter la chaîne du froid, le supermarché des "spectacles" proposés à la vente et à la consommation dans une perspective de confort urbain et de tourisme" Jean Jourdheuil

 

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LE PROGRAMME

ICI

 

samedi 12 mai 2012 à Tulle

bermes

 

éditions

L’arachnoïde

barre parallèle

Le Cadran ligné

Dernier Télégramme

Les Ennemis de Paterne Berrichon

fissile

Le frau

les mains

tardigrade

Remarque

Unes

 

poésie

Laurent Albarracin

Fabrice Caravaca

Billy Dranty

Stéphanie Ferrat

Jean-Pierre Sintive

Rodrigue Marques de Souza

Caroline Sagot Duvauroux

Christian Viguié

 

 

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exposition

Jean-Marc Dufour

Philippe Guitton

Olivier Orus

& les invités

 

danse

Mathilde Lapostolle

 

 

 

Association Merveilleux Prétexte - Cerice - Tulle

http://www.merveilleuxpretexte.blogspot.com

tel : 05 55 27 28 23 ou 05 55 93 10 27

avec le soutien de le DRAC Limousin, de la Région Limousin,

du Conseil Général de Corrèze, de la Ville de Tulle.

Sylvie Deparis

Au prieuré de Salagon à Manes

04300 Mane / Alpes de Haute-Provence

Tel. 04 92 75 70 50

info-salagon@cg04.fr/ www.musee-de-salagon.com

 

 

 

 

 

 

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www.sylvie-deparis.odavia.com

 

 

 

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Les livres d’artiste de Sylvie Deparis sont également exposés

à la médiathèque de Sainte Maxime du 3 au 30 mai 2012

Route du Plan de la Tour, 83120 Sainte Maxime

04 94 56 77 60

01.05.2012

Nathalie Riera, Variations d'herbes, éd. du Petit Pois, 2012

Les Éditi•ns du Petit P•is

 ont le plaisir d’inaugurer leur

Collection Prime Abord avec

……………………………………………………

 

NATHALIE RIERA

VARIATIONS D’HERBES

 

Variations d'herbes_2012.jpg

 

Variations d’herbes a été composée en Caslon 540 sur papier vélin ivoire de 160 g.

Les cinquante premiers exemplaires ont été signés et  numérotés par les soins de l’auteur.

Ils constituent l’édition originale.

 

Format 14 x 18 cm

Non relié : 26 pages sur papier vélin ivoire 160g.

ISBN : 978-9534097-5-8

Dépôt légal : avril 2012

 

PRIX : 10 euros (+ frais de port)

 

 

Extraits

 

 

 

(ce corps, toi sauvagement, dans l’offrande, ce cœur)

 

reviennent les choses ouvertes, auprès de toute verdure blessée,

brisure fermée aux lèvres, aux livres qui cessent l’éloge

 

ont dessein de vivre, louer ma soif, orange-trees

           

(ces mains, appuyées accablantes assidues, la chair dans l’herbe,

longuement l’embrassant la dépossédant la couvrant)

 

que ne cessent mes alliances avec les crêtes (elles replient leurs

toiles) peinture des collines

 

comme elles, me déployer à loisir, que fou soit le livre, crazy

dresses

 

je ne vous ressemble pas, c’est incompatible, écrire parmi

toutes ces choses-là

 

 

(orange trees, séquence I)

 

……………………………………………………

 

l’abîme est sans virgules

chaise vide

 

 

 

louvoiement des verticales en orgasme

louve de mon pouls cou ployé

 

 

                                               de mon corps un Bois sacré

que nul n’oublie

 

 

(flexus florens, séquence I)

 

……………………………………………………

 

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Les Éditins du Petit Pis

8, rue Suzanne Lenglen 34500 Béziers - Téléphone : 04 67 35 25 87 - Courrier électronique :davidzadresse-site@yahoo.fr – Site éditeur :http://cordesse.typepad.com/leseditionsdupetitpois

 

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30.04.2012

Nathalie Riera à la médiathèque de Saint-Vincent (Vallée de la Loire) - VENDREDI 4 MAI 2012 à 20h30

 

Nathalie Riera_Lecture VENDREDI 4 MAI 2012.jpg

 

langue morte disloque

la route des mots déploie ses herbes calcinées colonisées

l’amour est le seul poème qui me demeure

  ...

 

Nathalie Riera

(Inédit, 2012)


 

 

 

Nathalie Riera vit en Provence. Elle est l'auteur notamment d’un essai sur la contribution positive du théâtre et de la poésie dans l’espace carcéral : La parole derrière les verrous (éditions de l'Amandier, 2007), de recueils de poésie : Puisque Beauté il y a (Lanskine, 2010), Feeling is first/Senso é primo (Galerie Le Réalgar, 2011 – Collection "1 et 1" : un artiste et un écrivain – sur les peintures de Marie Hercberg), puis récemment aux éditions du Petit Pois : Variations d'herbes (collection Prime Abord, 2012). Elle dirige par ailleurs la revue numérique Les Carnets d'Eucharis depuis 2008 (33 numéros) et publie régulièrement en revue.

 

Amelia Rosselli

 

 

 

AMELIA ROSSELLI

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©Sites Imperfetta Ellisse / Terres de femmes / Littérature de partout

 

 Amelia Rosselli.jpg

 

Revue Europe n°996 & autres

EXTRAITS

Variations de guerre/Variazioni belliche

Les fleurs reçues en offrande…

Dialogue avec les poètes/Dialogo con i poeti

 

 


                                    

Amelia Rosselli, Variazioni

(1960-1961)

in Variazioni Belliche

Le poesie, Garzanti, 1997

ried. collana Gli Elefanti, 2007, p. 254

A cura di Emmanuela Tandello

Prefazione di Giovanni Giudici       

                               

VARIAZIONI, op. cit. supra, p. 292.

 

 

Si ce n’est ennui c’est amour. Le monde entier m’arrachait ses
chers sens. Si dans la nuit qui m’apporte ton oubli
j’oublie de me freiner, si dans tes bras évanescents
je cherche une autre forêt, un parc, ou une aventure : ―
si dans les routes qui mènent au paradis je perds
ta beauté : si dans les chenils et les évêchés du pré
de la grande ville je cherche ton ombre : ― si dans tout
cela je cherche encore et encore : ― ce n’est pas pour ta fierté
ce n’est pas pour ma pauvreté : ― c’est pour ton sourire oblique
c’est pour ta manière d’aimer. Dedans la grande ville
tombaient obliques encore et encore les manières d’aimer
les amères déceptions.

 

-------------------------

 

Se non è noia è amore. L’intero mondo carpiva da me i suoi
sensi cari. Se per la notte che mi porta il tuo oblio
io dimentico di frenarmi, se per le tua evanescenti braccia
io cerco un’altra foresta, un parco, o un avventura: ―
se per le strade che conducono al paradiso io perdo la
tua bellezza : se per i canili ed i vescovadi del prato
della grande città io cerco la tua ombra: ― se per tutto
questo io cerco ancora e ancora: ― non è per la tua fierezza,
non è per la mia povertà: ― è per il tuo sorriso obliquo
è per la tua maniera di amare. Entro della grande città
cadevano oblique ancora e ancora le maniere di amare
le delusioni amare.

 

***

 

VARIAZIONI, op. cit. supra, p. 321

 

 

Pendant tout l’hiver qui fut comme un gel entre tes
bras je fuyais désolée à travers une vaste, grande
plaine couleur ambre. Ce n’était pas par jalousie que s’estompaient
les grandes ombres des gratte-ciels ; ce n’était pas à cause du
gel que je dédaignais l’ami. Je dépeignais attentivement
de grands triomphes qui s’estompaient eux aussi à la première
vaine apparition du soleil. Le soleil peut-être était ton
ombre sagace et sadique, ta main était pleine d’ombres
et tes yeux simulaient le braquage, le sel et
les triomphes.

En m’arrêtant sur des trottoirs je regardais attentivement
le fleuve se mouvoir. Il n’était pas clair que la ville
se vengeât !

 

-------------------------

 

Per tutto l’inverno che fu come un gelo tra le
tue braccia io fuggivo desolata per una vasta, grande
pianura color ambra. Non era per gelosia che sfumavano
le grandi ombre dei grattacieli; non era per il
gelo che io disdegnavo l’amico. Disegnavo attentamente
grandi trionfi che sfumavano anch’essi al primo
vano apparire del sole. Il sole forse era la tua
ombra sagace e sadica, la tua mano era piena di ombre
e i tuoi occhi simulavano la rapina, il sale e
i trionfi.

Arrestandomi su dei marciapiedi guardavo attentamente
muoversi il fiume. Non era chiaro se la città
si vendicasse!

 

***

 

VARIAZIONI, op. cit. supra, p. 333

 

 

Le monde entier est veuf s’il est vrai que tu marches encore
le monde entier est veuf si c’est vrai ! Le monde entier
est vrai s’il est vrai que tu marches encore, le monde
entier est veuf si tu ne meurs pas ! Le monde entier
est à moi s’il est vrai que tu n’es pas vivant que tu n’es
qu’une lanterne pour mes yeux obliques. Je suis restée aveugle
depuis ta naissance et l’importance d’un jour nouveau
ne m’est que nuit dans ta distance. Je suis aveugle
parce que tu marches encore ! Je suis aveugle parce que tu marches
et le monde est veuf et le monde est aveugle si tu marches
encore agrippé à mes yeux célestiels.

 

-------------------------

 

Tutto il mondo è vedovo se è vero che tu cammini ancora
tutto il mondo è vedovo se è vero! Tutto il mondo
è vero se è vero che tu cammini ancora, tutto il
mondo è vedovo se tu non muori! Tutto il mondo
è mio se è vero che tu non sei vivo ma solo
una lanterna per i miei occhi obliqui. Cieca rimasi
dalla tua nascita e l’importanza del nuovo giorno
non è che notte per la tua distanza. Cieca sono
chè tu cammini ancora! Cieca sono che tu cammini
e il mondo è vedovo e il mondo è cieco se tu cammini
ancora aggrappato ai miei occhi celestiali.


 

Traduit de l’italien par Marie Fabre

testo inedito per Terres de femmes (estratto e trad. G. Cerrai - 2009)

 

 

 

■ Imperfetta Ellisse

http://ellisse.altervista.org/

 

 

 

***

 

 

Amelia Rosselli

Dialogo con i Poeti

Serie Ospedaliera 1963-1965

in Le poesie, Garzanti, 1997 

(1960-1961)

 

 

DIALOGUE AVEC LES POÈTES (extrait) DIALOGO CON I POETI (brano)

T’aimer et ne rien pouvoir faire d’autre que t’aimer, inconvénient
dont je souffris une fois et puis plus du tout, pour
retomber ensuite. Dans la souffrance de toi tu invitais : parler
plus clair, lacérer l’air de petits cris
obtus, puis désinfecter l’air lui-même, et
l’appeler amour à son tour, lui qui tant te séparait
de mes bras fondus d’envie, de mes
tantrums* secrets, de ton visage penché
qui ne blâmait pas ou presque, l’affairement
de mes horloges mentales autour de ton corps.

-------------------------

Amarti e non poter far altro che amarti, inconvenienza
di cui soffrii una volta e poi non più, per
poi ricadere. Soffrendoti invitavi: parlare
più chiaro, lacerare l’aria di piccoli gridi
ottusi, poi disinfettare l’aria stessa, e
chiamarla amore anch’essa, che tanto ti divideva
dalle mie braccia fuse d’invidia, dai miei
tantrums segreti, dalla tua faccia proclive
che non biasimava se non quasi, il moi affacendare
gli orologi della mente intorno al tuo corpo.

■ Terres de femmes

http://terresdefemmes.blogs.com

 

 

 

***

 

DOCUMENTO 1966-1973

 

 

I fiori vengono in dono e poi si dilatano
una sorveglianza acuta li silenzia
non stancarsi mai dei doni.

Il mondo è un dente strappato
non chiedetemi perchè
io oggi abbia tanti anni
la pioggia è sterile.

Puntando ai semi distrutti
eri l'unione appassita che cercavo
rubare il cuore d'un altro e poi servirsene.

La speranza è un danno forse definitivo
le monete risuonano crude nel marmo
della mano.

Convincevo il mostro ad appartarsi
nelle stanze pulite d'un albergo immaginario
v'erano nei boschi piccole vipere imbalsamate.

Mi truccai a prete della poesia
ma ero morta alla vita
le viscere che si perdono
in un tafferuglio
ne muori spazzato via dalla scienza.

Il mondo è sottile e piano :
pochi elefanti vi girano, ottusi.


-------------------------

 

Les fleurs reçues en offrande s’épanouissent

une étroite surveillance les réduit au silence

ne jamais se lasser des offrandes.

 

Le monde est une dent arrachée

ne me demandez pas pourquoi

j’ai aujourd’hui tant d’années

la pluie est infertile.

 

En quête de graines détruites

tu étais l’accord flétri que je cherchais

voler le cœur d’un autre aux fins de s’en servir.

 

L’espoir est un dommage sans doute irréparable

les pièces de monnaie tintent crûment dans le marbre

de la main.

 

Je persuadais le monstre de se retirer

dans les chambres propres d’un hôtel imaginaire

on trouvait dans les bois de menues vipères embaumées.

 

Je me déguisai en prêtre de la poésie

mais j’étais morte pour cette vie

les viscères se perdent

dans la bagarre

et tu en meurs balayé par la science.

 

Platitude et minceur du monde :

les éléphants sont obtus, on en rencontre peu.

 

 

 

Traduit de l’italien par Jean-Baptiste Para

Extrait de Une brève anthologie, Amelia Rosselli (Revue Europe n°996 – avril 2012)

 

 

 

 

europe avril 2012.jpg

www.europe-revue.net

 

 

 

 

 

 

 

 

 

***

A Pier Paolo Pasolini
Di Amelia Rosselli

 

E posso trasfigurarti,
passarti ad un altro
sino a quell’altare
della Patria che tu chiamasti
puro…

E v’è danza e gioia e vino
stasera: - per chi non pranza
nelle stanze abbuiate
del Vaticano.

Faticavo: ancora impegnata
ad imparare a vivere, senonchè
tu tutto tremolante, t’avvicinavi
ad indicarmi altra via.

Le tende sono tirate, il viola
dell’occhio è tondo, non è
triste, ma siccome pregavi
io chiusi la porta.

Non è entrata la cameriera;
è svenuta: rinvenendoti morto
s’assopì pallida.

S’assopì pazza, e sconvolta
nelle membra, radunata a sé
gli estremi.

Preferii dirlo ad altra infanzia
che non questo dondolarsi
su arsenali di parole!

Ma il resto tace: non odo suono
alcuno che non sia pace
mentre sul foglio trema la matita.

E arrossisco anch’io, di tanta esposizione
d’un nudo cadavedere tramortito.

 

■ Site PIER PAOLO PASOLINI

http://www.pasolini.net

 

 

 

 

 

***

 

 

 

Pier Paolo Pasolini
Notizia su Amelia Rosselli

 

Uno dei casi più clamorosi del connettivo linguistico di Amelia Rosselli è il lapsus. Ora finto, ora vero: ma quando è finto, probabilmente lo è nel senso che, formatosi spontaneamente, viene subito accettato, adottato, fissato dall'autrice sotto la specie estetica di una «invenzione che si fa da sé». E così inserito nella serie di borchie, di cui questa lingua - nata come fuori dal cervello, quasi proiezione fisica di un involucro spirituale razionalmente inesprimibile - ha bisogno di costellarsi, per presentarsi come prodotto culturale riconoscibile, leggibile. LIRE LA SUITE

 

 

 

■ Autres sites à consulter

Littérature de partout

Encyclopédie sur la mort

Le Nouveau recueil

 

 

 

 

Pascal Boulanger (Revue FAIRE-PART 30/31)

Pleynet en son temps

Pascal Boulanger

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Pleynet_en_son_temps.jpg

 

C’est la résistance au dressage social (et aux poètes du social) et la radicalité du retrait qui ont toujours fait pour moi actualité dans les œuvres lues. En puisant dans la bibliothèque et en découvrant, à l’âge de 18 ans, les écritures de Rimbaud et de Pleynet, j’ai compris que la société n’était qu’un crime organisé sous le masque progressiste de la solidarité et des droits de l’homme.

 

 

 

 

Pleynet a été confronté, comme les écrivains de sa génération, au psychologisme lourd, au sociologisme pesant, à l’existentialisme engagé, au surréalisme tenace, au réalisme socialiste et bientôt à l’avant-garde exténuée sombrant dans l’académisme… Il fallait donc aller voir ailleurs, chez les poètes et les peintres américains, chez Lautréamont, Rimbaud et Artaud, chez Georges Bataille afin de détruire la parole éculée, le vieux bassin à sublime (Sollers).

Le combat du texte est combat musical et maîtrise du temps, contre l’asservissement au spectacle, contre le pathos materno-social au service de l’homo technicus, programmé dans un tube de verre et éduqué dans les collèges de l’ignorance et de la violence.

Le passé, le présent confondu au foyer fixe du désir (…) Etre aujourd’hui comme hier, présent, caché, fuyant, entouré, isolé et seul dans la jouissance de ce vide papier (Marcelin Pleynet, Prise d’otage, Denoël, coll. L’Infini).

 

 

 

 

Les animateurs culturels que je croise pour des raisons alimentaires s’intéressent au bien public. Ils croient à la société, à sa réalité et à son utilité. Ils sont dans l’agitation, l’adhésion, à l’image d’un Sartre pour qui Baudelaire fait scandale : Il a souhaité se dresser à l’écart de la grande fête sociale, à la manière d’une statue, définitif, opaque, inassimilable. Le transparent et assimilable Sartre, comme les bateleurs de foire d’aujourd’hui, n’aiment guère que l’on quitte la fête sociale, surtout sans autorisation. Les écrivains de la misère sociale préfèrent se perdre dans la foule, dans la bafouille de l’engagement. Quel intérêt peut bien susciter la poésie de Baudelaire et de Pleynet pour les professeurs d’instruction civique et de participation citoyenne ?

 

 

 

 

Dans la voix, dans les gestes, j’ai parfois senti une fureur digne d’un saint Paul chez Pleynet. N’est-il pas, comme le fut Pasolini, radicalement étranger à la culture de son époque ? La vision, qui n’est jamais celle d’un siècle mais d’un individu, témoigne d’une traversée directe et existentielle d’où peut surgir une extrême liberté de parole face à tous les discours des pharisiens et des prêtres de la fraternité universelle.

L’œuvre de Pleynet révèle une métaphysique de l’exil, celle d’un sans-patrie du temps (Franz Rosenzweig). L’oreille et la voix se chargent alors de l’infini : Il ne faut pas lire négligemment avec les yeux, mais avec les oreilles, comme si le papier était en train de déclamer (Hopkins à son ami Robert Bridges).

 

 

 

 

En 1999, je publie aux éditions Tarabuste un recueil : Le bel aujourd’hui, dédicacé à Marcelin Pleynet.

Le premier poème signe une dette explicite.

 

 

Les monstres intimes

                      en attendant

                                  lecture

                                       des livres qu’on ne lit plus

 

1962 : Provisoires amants des nègres

1963 : Paysages en deux suivi de Les lignes de la prose

1965 : Comme

1973 : Stanze (Chants I à IV)

1981 : Rime

1984 : Fragments du chœur (vers et proses)

1987 : Plaisir à la tempête

1995 : Le propre du temps

1998 : Notes sur le motif suivi de La Dogana

 

Les livres sont sur le bureau

                            au pied du lit

sur l’herbe mauve

                           les guirlandes

 

 

 

Le poème Extase publié dans le recueil Le lierre la foudre (Editions de Corlevour, 2011) sera lui aussi dédié à Marcelin Pleynet.

Autrement dit, c’est toujours pour moi, à chaque reprise d’un livre de Pleynet et à chaque rencontre avec lui, un état neuf du langage qui se dessine, un espace stimulant qui se crée. J’écoute et je sais, je traverse ce que je sais, dans une accélération d’images ou dans la lenteur, dans une foule énorme de moments, dans un temps sans durée.

 

 

...

 

 

Vies misérables/Poésies misérables… La poésie, hors-jeu et dans le secret du jeu, Pleynet la conçoit comme passage d’un monde muet et idolâtre à un monde sensible saisissant l’oreille et le regard.

 

 

 

 

A la fin des années 70, inscrit à l’Université de Paris VIII Vincennes, j’assiste au cours des sinistres hégéliens/marxistes Jacques Julliard, Jean Elleinstein, Madeleine Réberioux et Henri Weber qui, avant de se découvrir social-démocrate et de siéger au Sénat, dirige avec Krivine la LCR. Il me dédicace un de ses livres Changer le PC : A Pascal Boulanger, eurocommuniste de choc, en souvenir de nos débats, et dans l’espoir que du dedans et du dehors on finira tout de même par changer le PC. Amicalement.

Changer le parti communiste, changer la vie ? Tout ce qui ressemble à de l’espoir ne constitue-t-il pas le signe que le présent et l’exercice de la vie ne vont pas de soi ? Je ne resterai pas longtemps ami des ligues, quelles qu’elles soient. Laissant au devenir son innocence et au hasard sa chance. Le monde est une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien.

 

 

...

 

 

Depuis la parution de Provisoires amants des nègres, les livres de Pleynet signent une odyssée du nom propre sous l’éclairage de la pensée. Ils tiennent la poésie en éveil, même quand ils prennent la forme d’un essai et du journal. Ils envisagent la poésie comme un savoir du monde, dans un carrousel de traits décalés sur la page, agissant par secousses, condensations, illuminations. Pour que le monde retrouve la vieille incohérence qui le fonde, il faut que l’écriture fasse retour à l’origine en brisant le lien social. Ce qui devient alors déterminant, c’est la liberté de son propre être essentiel.

 

 

 

 

J’au eu la chance d’être abordé par des visages et des livres. Pour brûler sans agir, pour tuer le monde et ses convulsions folles et fermées. Même si je sais que, demain, je risque de retomber en servitude, sollicité par quelque famille d’opinions encline à l’hostilité rageuse ou douceâtre des prédicateurs de l’action.

 

 

...

 

 

La poésie doit dévoiler l’histoire et l’histoire qui se dévoile poétiquement n’est évidemment pas l’histoire des historiens. Elle est l’expérience singulière du temps, c'est-à-dire la façon dont le temps est vécu dans le vécu du temps. Elle est aussi, et je pense au livre central de Pleynet : Stanze, épopée musicale jouant sur les harmonies et les dysharmonies prosodiques.

Heidegger : La poésie n’est pas simple ornement qu’accompagnerait la réalité humaine, ni simple enthousiasme passager, elle n’est pas du tout une simple exaltation ou un passe-temps ; la poésie est le fondement qui supporte l’histoire.

La poésie fonde l’histoire et tenter une fondation poétique de l’histoire, c’est ouvrir un monde, un présent du monde à chaque fois singulier, que les événements intimes et collectifs, dans une succession muette, recouvrent. Mais n’est-ce-pas aussi s’opposer à une communauté de destin basée sur le sacrifice et la guerre ? N’est-ce-pas se démarquer du site d’un monde historique commun dans lequel, justement, s’est égaré et compromis bassement Heidegger qui, en refoulant le judéo-christianisme, a souhaité unifier une communauté de langue recevant sa loi du poète et de l’homme d’Etat ?

 

 

 

 

(…) Comment lire Rimbaud ? Artaud ? Comment traiter la folie qui pourvoit d’otages ces misérables ? Comment quitter ce continent ? (Pleynet).

En effet, comment quitter ce continent et le dix-neuvième siècle comme technique de l’ennui, sinon en proposant une écriture qui pense sa dépense ? Et comment ne pas être chassé de sa propre parole, comment rester vivant à force de paradoxes ? Pleynet ne s’est jamais identifié au milieu d’où il était censé venir ni à la misère qu’il traversa en faisant ses premiers pas à Paris. Pleynet ne sera pas assimilable. il n’y a pas de mère-patrie dans ses livres, mais le rejet radical de la société française, celle qui s’impose après la seconde guerre mondiale et pendant la guerre d’Algérie, un rejet des compromis et des marchandages, un refus de se laisser enfermer, fût-ce à l’intérieur de Tel Quel et de L’Infini. Il s’agit pour lui de se dégager des affaires de famille – du fascisme, du stalinisme – de se dégager d’un monde rongé par le négatif. Pour lui, toute création poétique nait de la ferveur pensante du souvenir et il s’agit de penser, à l’intérieur du déjà-pensé, le non-pensé qui s’y cache encore.

Les trois livres (Seuil), Fragments du chœur (Denoël), Plaisir à la tempête (Carte blanche), Le Propre du temps (Gallimard), Notes sur le motif (Dumerchez), Le Pontos (Gallimard) et tout autant les livres consacrés à la peinture et à la littérature participent à cette révolution poétique, inaugurée par Lautréamont et par Rimbaud, qui doit être comprise au sens étymologique des mots « qui fait retour ». Ce qui oublié, et oublié dans les œuvres lues, fait retour dans le temps. Il ne s’agit plus, à partir de là, de savoir si la poésie est admissible ou inadmissible, si elle participe ou non de l’impossible, elle est – écrit Pleynet – qu’on le veuille ou non, une fois pour toutes et par essence, de tous les possibles dévoilés.

L’écriture de Pleynet n’a rien à voir avec l’affairement autour de la question poétique, qui révèle trop souvent le nihilisme acharné de ceux qui jouissent de leur manque et de leur misère. La niaiserie poétique (qui peut très bien s’inclure dans un jeu formaliste) accepte un monde sans questions ni tentatives de réponses. C’est d’une autre partition dont il s’agit ici, où la pensée s’insère dans l’exercice de l’existence et de la liberté, et de l’aventure poétique qui en découle.

 

 

 

 

Prendre congé du siècle. En lisant donc tous les livres de Pleynet, conçus comme une éthologie, une composition de vitesse et de lenteur où les lignes de force qui se déploient sont des sillages de lumière et de couleur. Le champ qui s’ouvre est centrifuge, étendu, complexe. Et l’émotion méditée, l’éclat et le roulement des mots, le feu jusqu’au blanc des cendres sont des défis au nihilisme et à la logique interne de notre histoire dans laquelle tout le monde se ressemble et agit de même.

 

 

 

 

L’homme Pleynet en trois mots ? Fidélité, écoute, générosité.

Allez y voir vous-même, si vous ne voulez pas me croire.

 

 

© Pascal Boulanger, Revue FAIRE PART n° 30 / 31 - Printemps 2012

ITINÉRAIRES DE MARCELIN PLEYNET

(avec l’aimable autorisation de son auteur)

 

 

 

Pascal Boulanger est écrivain. Il a publié des chroniques et des entretiens dans de nombreuses revues et notamment sur Marcelin Pleynet. Son intervention à la Sorbonne en 2004 sur Rimbaud et Pleynet a été publiée dans le recueil critique : Suspendu au récit, la question du nihilisme (Comp’Act, 2006).

Il est l’auteur de plusieurs livres parmi lesquels : Martingale (Flammarion), Une action poétique de 1950 à aujourd’hui (Flammarion), Tacite (Flammarion), Le Bel aujourd’hui (Tarabuste), Jongleur (Comp’Act), Jamais ne dors (Corridor bleu), Un ciel ouvert en toute saison (Corridor bleu) et Le lierre la foudre (Editions de Corlevour).

Prochaine publication : un livre d’entretiens avec Jacques Henric.

 

 

 

 

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revue faire part - 8 chemin des Teinturiers 07160 Le Cheylard
TD 04 75 29 41 36 - TM 06 86 41 97 77

 

 

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29.04.2012

Hélène Mohone

 

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Le Coeur cannibale, Ed. William Blake & Co, 2003

L'Enfant africaine, Ed. L'Amourier, 2006

Torpeur, Ed. La Cabane, 2007

De loin, Ed. Atelier de l'Agneau, 2008

 

 

Hélène Mohone | Le père à la main de fille

 

terresdefemmes.blogs.com

 

PSAUME
j'ai au couronnement des lèvres une blessure si grave presque mortelle la lune les étoiles la peur même d'y être enfermée la crainte d'y rester seule tous les jours comme sur une autoroute et puis encore des sons de cornemuse en haut des collines des branches de palétuviers ma rêverie assemble des chiffres plus infinis maintenant que s'achève l'histoire tu n'es pas mort tu vis mieux d'être absent tu vis inquiet et souffrant comme une archive d'Auschwitz ton corps est un parchemin d'autres vivants le mien seul a cette mue assassine la grande maladie de ton visage revient comme une incurable la grande maladie de ton âme vitriolée par des morts successives se refuse assemblée en d'autres marches toujours plus sèches ivres et misérables nous voilà donc craints de nous-mêmes pires ennemis que le temps nous voilà sujets d'arbres de feuilles de saisons bout à bout ridiculement durables jamais renouvelés

Hélène Mohone, Le Cœur cannibale, William Blake & Co. Edit., Bordeaux, 2003, s.f.

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Passant n°50 - Couple-s [oct. - déc. 2004]
- Aimer plus

Passant n°49 - La nuit [juin - sept. 2004]
- Quitter les ténèbres pour aller vers la lumière
- Cette nuit j’ai rêvé de Mademoiselle Pogany

Passant n°48 - Actions ?, ça tourne ! [avr. - juin 2004]
- Souffler mot

Passant n°45-46 - L'homme normal [juin - sept. 2003]
- L’homme normal et la petite fille

Passant n°42 - Le corps [sept. - oct. 2002]
- Corpus Triste

 

www.passant-ordinaire.com

 

 

 

 

NE SAURAIS DIRE

Ne pas aimer la tache la flaque la couverture de sang des oracles ne pas piller le cadavre après la bataille ne pas enlever les bagues au trépas pour qu’aucune malédiction ne s’anime ne s’anime de fantômes amers comme la chicorée de l’enfance la maudite chicorée trop amère que souligne le matin froid penché en cadence vers les écoles l’avenir s’assoie vieillard vielleux à partition sans cesse relue rejouée à qui mieux mieux ne saurais dire qui me fend qui me tord qui me plante comme un vieux chou en terre étrangère du côté des obésités coutumières celles tenues au chaud qui gardent un souvenir de petit accordéon de petit bal de campagne de baiser échangé robe fleurie contre chemise blanche un élan tout frais moite emboîté aux ravins mensongers…

 

Hélène Mohone (Revue Diérèse N°55, p.68)

 

revue Diérèse n°55 (Hiver 2011/2012)

 

 

 

Hélène Mohone

SITE DE L'AUTEUR

Dominique Ehrhard

Galerie Samagra
Roy Sfeir
www.gallery-samagra.com

 

 

 

La tromperie
mixed-media 52 x 52 cm

 

Dominique Erhard_la tromperie_Mixed Media_52 x 52 cm.jpg

 

www.dominique-ehrhard.fr

CALISTO, "Lou Andreas-Salomé ou le paradoxe de l'écriture de soi" par Nathalie Riera

Lecture Nathalie Riera

 

Lou Andreas-Salomé

ou le paradoxe de l’écriture de soi

Calisto

Editions L’Harmattan, 2012

 

Site Les éditions L’Harmattan/ http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=36770

 

 

 

 L A SALOME2.jpg

 

 

(…)

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Que savons-nous en France de Lou Andreas-Salomé et de son œuvre ? Absence d’études littéraires consacrées à ses écrits, discrétion éditoriale, nous annonce Calisto, auteur de Lou Andreas-Salomé ou le paradoxe de l’écriture de soi, un essai semblait alors s’imposer, aux multiples ambitions : faire découvrir l’écrivain et intellectuelle née à Saint-Pétersbourg le 12 février 1861, mettre en lumière le paradoxe de l’écriture de soi (l’expression revient à M. Foucault), approcher la question de l’autobiographie (mot apparu au 18ème siècle sous la forme anglaise « autobiography »), tout en évitant les écueils des stéréotypes, autrement dit, tenter de « dépasser l’image d’égérie (…) que le temps s’est chargé de façonner à son égard » (p.15).

   Nombre incalculable d’ouvrages et d’écrits de toutes sortes, correspondances prolixes avec Nietzsche, Rée, Rilke et Freud, L. A-Salomé s’inscrit dans « le paysage littéraire et transculturel des années 1900 » (p.19). L’écriture de soi ne se limite pas au genre autobiographique. La personnalité esthétique et philosophique de L. A-Salomé s’affirmera dans l’écriture des « Carnets intimes des dernières années » (écrits de janvier 1934 à mai 1936), carnets considérés « à mi-chemin entre les Mémoires, le journal intime, l’autobiographie et le traité philosophique » (p. 21).

 

   Tout au long de ce mémoire commencé au début des années 2000, Calisto convoque de multiples personnalités, dont les œuvres critiques et théoriques sont consacrées à l’écrivain (J.P. Faye, P.C. Hummel, J. Lacoste…), ainsi qu’à la question de l’autobiographie et du roman (R. Barthes, P. Bourdieu, M. foucault, G. Genette, J. Starobinski…).

   Qu’est-ce que l’autobiographie ? : « (…) en quelque sorte le produit du regard en arrière (…) vision rétrospective de sa propre histoire (…) le récit autobiographique est une re-construction » (p.26), « le produit d’une vie retranscrite » (p.27). Pour au mieux saisir ce qu’est l’autobiographie, une règle s’impose : « forme, langage (récit en prose), sujet traité (vie personnelle) et situation identitaire (auteur-narrateur-personnage) » (p.26). Calisto pose ainsi pour question les raisons du choix de l’autobiographie chez Salomé, s’il faut comprendre à travers ce choix la nécessité « de faire retour à ses racines, de se « reterritorialiser » après une longue période d’éloignement ou d’errance » ? (p.27).

   Si l’écriture de soi « est à comprendre selon une dynamique particulière qui pousse l’auteur à écrire sur lui, à écrire en fonction de lui, à s’écrire lui-même » (p.32), le processus consiste paradoxalement à « l’écriture des autres pour une écriture de soi » : « L. A-Salomé entretient l’écriture de l’autre (…) pour révéler son activité, son mode de pensée, son caractère. L’écriture des autres lui permet en quelque sorte de se raconter, de se dire, de manière allusive et détournée » (p.34). Ce choix de Salomé opère surtout d’une détestation à l’idée de dévoiler sa vie privée.

   Autre manière d’appréhender l’autobiographie : elle est également « un bon test en matière d’évaluation des faits ». Mais le choix de l’autobiographie répond t-il pour autant à une volonté de dire toute la vérité sur son vécu ? Tout souvenir fixé dans la mémoire a de forte chance de se modifier dans son contact avec d’autres souvenirs : « L. A-Salomé possède une pleine conscience de l’impossibilité d’une véridicité dans sa totalité » (P.54). Ainsi va-t-elle privilégier l’authenticité en recourant à peu de faits : « Ce n’est plus la somme des expériences qui est en jeu, mais l’approche véridique de la narration. Forme et contenu fusionnent au nom de l’exactitude » (p.54).

 

   Dans la deuxième partie de l’ouvrage, Calisto met le doigt sur d’autres paradoxes, lesquels peuvent rapprocher entre eux des genres aussi différents que complémentaires, comme l’autobiographie et le roman, qui ensemble ont la capacité d’évoluer en résonance : « En effet, l’autobiographie, paradoxalement, est obligée de se servir des instruments de la fiction pour se construire. (…) l’autobiographie se construit de fait sur les bases de l’écriture romanesque. Elle doit tenter de dire la vérité au moyen des outils empruntés à la fiction narrative. La mise en abyme de ces deux genres engageant dans le même temps une situation équivoque et paradoxale » (p.99).

  

   « (…) Dans l’écriture saloméenne, le roman vient relayer l’autobiographie là où elle connait des faiblesses. On ne peut parler alors de prédominance d’un genre sur l’autre. Le roman ne sert (ne ni dessert) l’autobiographie, il l’enrichit. Se trouve derrière les deux écritures utilisées par l’auteur, l’idée d’une complémentarité, bien plus que celle d’une rivalité. Acte autobiographique ou acte romanesque ? Les deux actes évoluent en étroite proximité, puisqu’ils participent au final à l’élaboration d’une seule et même écriture : l’écriture de soi » (p.119)

 

 

(Les carnets d’eucharis, Nathalie Riera, avril 2012)

 

 

 

 

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28.04.2012

Claude Simon, "Quatre conférences" (par Nathalie Riera)

Lecture Nathalie Riera

 

Quatre conférences

Claude Simon

Editions de Minuit, 2012

Textes établis et annotés par Patrick Longuet

 

Site Les éditions de Minuit/ http://www.leseditionsdeminuit.com/f/index.php

 

 

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Les « causeries » de Claude Simon

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Chez Claude Simon la fabrication littéraire (au sens où écrire c’est fabriquer) répond à « un engagement de l’écriture »[1] : « (…) mes romans sont, je ne crains pas de le dire, très laborieusement fabriqués. Mais oui : leur fabrication me demande beaucoup de labeur ! »[2] . Engagement qui, bien sûr, se situe à l’opposé de tous les tenants d’une littérature dite « engagée » ; Claude Simon n’a que faire d’une littérature porteuse de considérations sociales, morales ou autres. Par ailleurs, il est reconnu que Simon avait souvent recours à d’autres textes pour évoquer sa vie et sa réflexion d’écrivain. Dans le souvenir d’une nouvelle de Borges, il se souvient de cet architecte-paysagiste qui « dessine un parc avec des statues, des pavillons, des petits lacs, des allées. Quand le parc est fini il s’aperçoit qu’il a fait son propre portrait. Je trouve que c’est une parabole admirable. On ne fait jamais que son propre portrait »[3].

   Les « Quatre conférences » ont été prononcées par l’écrivain entre 1980 et 1993. La première « causerie » s’ouvre avec le géant Marcel Proust qui a toujours accompagné Simon dans sa réflexion sur la littérature et l’art. Que nous dit-il précisément dans cette passionnante causerie « Le poisson cathédrale » ? Reprendre la grande idée de Proust dans « Le Temps retrouvé » : « La vraie vie, la vie enfin découverte et éclairée, la seule vie par conséquent, réellement vécue, c’est la littérature ». Si Montherlant et Breton méprisaient la description, ce ne fut certainement pas le cas de Proust. « La réalité de la langue plus réelle que le réel » nous dit Simon : « La grande nouveauté (…) ce par quoi Proust innove radicalement en ouvrant au roman des perspectives entièrement neuves (…) ce par quoi il apparaît comme le grand écrivain révolutionnaire et subversif, la grande nouveauté, donc, qui confère à Proust sa taille de géant de la littérature, c’est que, chez lui, le rôle signifiant qui était jusque là dévolu à l’action est maintenant tenu par ce que l’on considérait jusqu’alors comme un élément inerte du récit, parasitaire, au mieux « statique », c’est-à-dire la description elle-même »[4].

 

   Avec « L’absente de tout bouquet », prononcée le 21 mai 1982 à Genève, faisant référence à la question de la modernité, sous-entendue comme idée de progrès en art, Simon préfère au mot « progrès » les termes de « différences et d’évolutions » : « Chaque époque a sa modernité, et l’histoire de l’art est faite d’une série d’innovations n’instaurant jamais qu’un « autrement », en aucun cas un « mieux » (…) les diverses inventions théoriques ont surtout joué un rôle d’excitant (…) ». (p.42/43).

   Dans « Ecrire », prononcée en 1989 à Bologne, l’écrivain ne s’embarrasse aucunement devant la question « Pourquoi écrivez-vous ? » qu’il juge lui-même « sournoise ». Chez Beckett qui répondait : « Bon qu’à ça ! », Simon affirme que c’est ce qu’il sait le mieux faire. Puis à la question « Pourquoi écrire des romans ? » : « (…) c’était là le seul domaine où il est permis de s’aventurer sans avoir au préalable été obligé d’accumuler des connaissances spéciales » (p.80). Tant de réponses ou de « commentaires plus ou moins réalistes », pour Simon toute activité humaine quelle qu’elle soit relève plutôt de « motivations multiples et ambigües ». Et aussi futiles sont les motivations nous incitant à écrire, il est une motivation bien plus profonde : celle de « justifier sa propre existence devant soi-même par un « faire » » (p.76).

   Pas de place non plus à la mystification. Il importe, au contraire, de démystifier toutes ces images de l’écrivain qui « se consacre » à la littérature, ou qui a décidé un jour « d’entrer en littérature », ou qui écrit par vocation, autant d’expressions futiles et irritantes.

  

   S’il est question de littérature et plus particulièrement de l’écriture du roman, aucun des propos de l’écrivain Simon ne doit être reçu comme un discours théorique. « Avant de commencer, il me faut dire qu'à la différence de certains écrivains je ne suis pas un théoricien de la littérature et que je n'ai pas écrit mes livres en application ou pour faire la démonstration d'une conception particulière du roman (...) et tout ce que je me bornerai à faire (...) c'est d'essayer de formuler quelques petites observations qui me sont venues à l'esprit au cours de mes lectures ou de mon travail. Rien de plus ». Claude Simon évoque la subversion accomplie par les Dostoïevski, Proust, Joyce, Kafka et Faulkner : retourner « sens dessus dessous l’optique romanesque ». Elimination de la fable, refus de délivrer un quelconque enseignement social, religieux, philosophique ou autre, Claude Simon ne se range absolument pas du côté de ceux qui considèrent que « tout écrit doit avant tout être utile, éclairant, porteur d’une morale » (p.92) « Aujourd’hui, les dirigeants des pays dits socialistes découvrent avec épouvante les désastreuses conséquences d’une science, d’une littérature ou d’un art que l’on a voulu soumettre à des impératifs sociaux » (p.94).

 

   Chez Simon, ce qui prévaut  clairement, en réponse à l’usure du roman romanesque, c’est « la question de la prééminence de la description » qu’il « convient d’étendre aussi bien à l’action qu’aux choses ». Dans la postface de « L’Acacia », Patrick Longuet écrit : « Claude Simon se préserve ainsi d’une tentation de la culture commune, d’un conformisme à un usage établi de sons et de signes convenus, c’est-à-dire suscitant des images à peu près nettes, ordonnées, distinctes les unes des autres ».[5]

   Pour Alastair B. Duncan, chez l’écrivain de « L’Herbe » : « méfiance à l’égard des livres, du moins à l’égard des livres appartenant à une certaine tradition : ils sont censés donner de la réalité une idée fausse »[6]. Souci et remise en question du réalisme chez Simon : réalisme de la perception, réalisme de la mémoire : « la tâche de l’écrivain ne consiste plus à reproduire, mais à produire en travaillant les mots ».[7] L’attention chez Claude Simon sera notamment portée au « travail de et sur la langue ».

 

 

 

(Les carnets d’eucharis, Nathalie Riera, avril 2012)

 

 

 

 

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[1] Claude Simon, Œuvres, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2006, p.1457

[2] « La Nouvelle critique », n°105, juin-juillet 1977, p.34

[3]  Claude Simon, Œuvres, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2006 - Notes « Le Jardin des Plantes », p.1501

[4] Claude Simon, « Quatre conférences », éd. de Minuit, 2012, p. 36

[5] Claude Simon, « L’Acacia », (Postface de Patrick Longuet) éd. de Minuit, 1989/2003, p. 387

[6] Claude Simon, « L’Herbe », (« Lire L’Herbe » de A. B. Duncan) éd. de Minuit, 2009, p.188

[7] Ibid., p.194