09.03.2008
Présentation de la revue

L’élan de cette revue créée et animée par Nathalie Riera, depuis janvier 2008 :
un entretissage de soleil et d’air
Soleil (qui ne s’oppose pas à la recherche de l’ombre, mais fuit plutôt ce qui nous éblouit) et Air (pour trouver devant soi une respiration)
Le rôle de ces carnets :
assurer l’échange et la proximité, faire se côtoyer auteurs, poètes, plasticiens, peintres, musiciens, photographes, critiques, chroniqueurs… (connus ou pas reconnus), (de notre pays de Provence ou d’ailleurs) ; les accueillir dans leur diversité et leur désir légitime d’être entendu, en leur offrant un espace sans fioriture.
lorsque la poésie n’est pas de nous ennuyer, mais de nous érafler
RENSEIGNEMENTS
pour parution dans la revue, et autres informations, contacter par email : voyelles.aeiou@free.fr
Elegeia et autres chants de soleil
(extrait des Carnets de campagne - Ecrits du jardin, juillet 2007 -)
à l’ombre de la ramée
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alliance des mots la rosée entortillée à l'herbe
encre d'herbe et vert feuillu
de mes frêles raisons d'écrire
ce qui parle à travers les branches
l'horizon coupé
ce qu’il nous reste du chemin vert
ses langages d'oiseaux et ses piaillements d'arbre
quand dans la parole humaine ne reste que ses fleurs en miettes
©Nathalie Riera – 2008-
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17.01.2008
A propos des Carnets
Carnets d’Eucharis comportent un ensemble de textes. Proses brèves et poèmes écrits dans un souci de grâce, mais aussi de lenteur et de brièveté, au gré des saisons plus ou moins prometteuses en fruits, ou pas du tout prodigues, plus dissipées ou plus brumeuses. Les pensées ne se veulent pas radieuses, mais amoureuses, toutes proches d’un centre, peut-être celui de la poésie.
Le premier recueil s’ouvre sur des journées de juillet, et devait s’appeler « Dans le jardin du poème », et puis un autre titre s’imposa : « Le verger des anges », mais étant si peu sûre de la résonance de ces titres en rapport aux textes contenus dans ces carnets, c’est alors que le Puisque réalisme il y a de Baudelaire m’inspira Puisque beauté il y a.
Il est donc question d’une parole amoureuse, ou pour mieux dire de ce que l’amour autant que la poésie sont ce qu’il y a de plus réels dans nos vies, et par conséquent de plus présents, je veux dire dans cet autre monde où il peut nous arriver de nous y rendre, en ces heures de frémissement et de joie, à ravir autant le corps que l’esprit, et qui tend à nous révéler le meilleur de nous-même comme à nous offrir quelque instant d’un doux vertige en compensation à notre précarité certaine et à l’ambiguïté des choses du monde, pour ne pas dire l’étrangeté du réel, et à cette proximité parfois méprisable du vrai et du faux, notamment quand l’un et l’autre ont perdu leur état ludique, donnant au mensonge de se dresser comme une forteresse au-dessus de l’humanité. A propos de cet « autre monde », il ne peut s’agir que du monde où nous sommes chaque jour, sans chercher ni à le fuir ni à le surpasser, mais à lui trouver de la beauté parmi le désarroi, et à faire que les contraires nous soient jamais de vaines expériences, mais qu’ils s’imposent à nos vies, à ses nuages et à ses éclaircies, et ainsi répondre parfois à notre souci comme à notre légèreté, à notre refus comme à notre acquiescement, de ce que l’existence nous donne à vivre.
***
Je reviens un instant sur le mot ange, d’ainsi me laisser l’impression d’avoir mauvaise réputation parmi mes contemporains, mais je souhaiterai préciser la provenance même de cette image :
« Faites de lui un homme blessé parce qu’une fois en cette vie il a vu la figure d’un ange ! »
s’exclame le père Jésuite dans « Le soulier de satin » de Paul Claudel.
Ainsi, serions-nous blessé d’avoir cru en l’existence d’une vérité qu’il nous fallait atteindre, et sans laquelle nos petites vies ne seraient rien ? Ou encore d’avoir pu connaître ou rencontrer ce qui nous soulevait de bonheur, pour se rabattre ensuite dans le noir silence de la mélancolie, et ainsi passer le restant de sa présence sur terre à regretter des arcs-en-ciel que nous ne verrons plus ; à parfois se demander si ce qui est au centre de notre existence nous donne plus de force ou au contraire nous sape à petits feux, et si ce qui n’a rien d’un chemin paisible n’aurait pas plutôt tout d’un gouffre de ressourcement.
***
Ce qu’il faut entendre de ces carnets, ce n’est donc pas une parole singulière, mais mon souhait d’être plus simple, désir de me dessaisir de toute tentative d’originalité, me protéger en quelque sorte contre tout attentat à la simplicité. Car que peut vouloir dire être simple de nos jours ? lorsque le monde pourrait nous laisser entendre que nous aurions perdu la fibre de la simplicité, ce que je peux croire de mon côté, et considérer cela comme un évènement tragique. Mais est-il pour autant certain que seuls nos Anciens auraient eu la clé et que notre échec aurait été de l’avoir perdu ? Il est facile de s’égarer dans pareille supposition, mais n’y a-t-il cependant rien à regretter, pas même d’être des hommes blessés, d’avoir eu pour rêve majeur l’espoir d’entrevoir dans le verger de la vie la figure de la bienfaisance, ou peut-être encore la figure d’une vérité qui se donnerait à soi, juste un bref instant pour notre bien.
A l’écriture des « Carnets d’Eucharis », je me dis que malgré ce que peuvent être certaines de nos fatigues, ainsi celle de se demander si la terre chante encore en nous, comme si toute absence de chant serait absence d’amour ou de bien, je me dis que les mots peuvent ne pas suffire, et qu’il me faut alors les regarder se faire silence, ou alors, tel Pablo Neruda, les entendre s’amoindrir « comme les empreintes des mouettes sur les plages ».
Et qu’est-ce que l’amour, si ce n’est à chaque fois ce que nous perdons et retrouvons, fait d’aube et de crépuscule, et puis-je ainsi croire qu’en cette unique vie peut exister ce qui nous gardera d’avoir toujours les yeux ouverts sur l’horizon et le ciel aussi silencieux que délirant.
Nathalie Riera, Eté 2007
Sur le site de Cadex-Editions
VIDEO DE RENE PONS
http://www.cadex-editions.net/article.php3?id_article=206...
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14.01.2008
A propos d'Eucharis
Arthur Rimbaud "Après le déluge" in "Illuminations", p.156 - NRF Poésie/Gallimard.
Depuis lors, la Lune entendit les chacals piaulant par les déserts de thym, -et les églogues en sabots grognant dans le verger. Puis, dans la futaie violette, bourgeonnant, Eucharis me dit que c’était le printemps.
Peinture de Berthe Morisot

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