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01/02/2012

Sylvie Kandé (une lecture de Georges Guillain)

Sylvie Kandé La Quête infinie de l’autre rive

Épopée en trois chants

Éditions Gallimard, Collection « Continents noirs », 2011

 


 

“IL EST TEMPS QUE LA PAROLE ACCOSTE”

Lecture de Georges Guillain

 

     On aura peut-être trop facilement et trop longtemps considéré que l’épopée renvoyant aux enfances d’un peuple ou d’une nation, à ses origines, est incompatible avec les exigences de nos temps prétendument épuisés préférant décliner leurs insuffisances ou l’avantageuse mesquinerie de leurs supposées supériorités plutôt que de célébrer la grandeur et le courage crus de l’homme. L’ouvrage de Sylvie Kandé ne manquera donc pas de surprendre : en trois chants, il réintroduit au sein de notre langue et de notre temps la geste poétique de héros qu’une même volonté de dépassement, d’affirmation de soi, malgré les différences de conditions et de circonstances, conduit à se lancer dans la même périlleuse entreprise d’atteindre par delà les mers un monde différent.

 

     L’histoire que nous raconte ainsi l’auteur est l’histoire d’une quête. Mais là où elle aurait pu se contenter d’évoquer, comme elle le fait dans son troisième chant, celle de ces dizaines de milliers d’africains qui dans l’espoir d’atteindre l’Europe, poussés qu’ils sont par la nécessité économique, s’entassent sur des embarcations de fortune, se livrant aux imprévisibles et meurtriers caprices de la Méditerranée, Sylvie Kandé situe son récit dans la perspective d’une autre traversée : celle de l’Atlantique, qu’aurait tentée au tout début du XIVe siècle ― soit bien avant la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb ― le grand empereur mandingue, Aboubakar II (alias Bata Manden Bori) afin de « savoir si le monde avait bien la rondeur grenue d’une gourde/ – ou si plate comme une paume de paix / une terre unique souffrait qu’à son entour / l’océan entaille de son massif estoc / ses longs doigts de sable de craie et de roc ». LIRE LA SUITE

 

 

http://terresdefemmes.blogs.com/

 

Sylvie Kandé.jpg

 

 

 

Sylvie Kandé est née à Paris d’une mère française et d’un père sénégalais et réside à New York. Elle s’intéresse principalement aux nouvelles identités produites par la traite esclavagiste, les migrations et conversations entre l’Afrique et l’Occident. Ancienne élève d’hypokhâgne et khâgne au lycée Louis-le-Grand, elle est Associate Professor à SUNY Old Westbury, où elle enseigne en tant qu’Africaniste. Elle est titulaire d’une maîtrise de lettres classiques (Paris IV- Sorbonne) et d’un doctorat de troisième cycle en histoire africaine (Paris VII) écrit sous la direction de Catherine Coquery-Vidrovitch. De 1994 à 2001, elle a construit le programme d’études francophones à NYU et y a reçu une médaille d’enseignement, le Golden Dozen Teaching Award. Elle a dispensé des cours dans plusieurs autres universités américaines, notamment à Stanford University, the New School, Rutgers University et CUNY. En 2007 et 2008, elle a enseigné dans le cadre d’un séminaire d’été au Schomburg Center for Research in Black Cultures (le Mellon Humanities Summer Institute).

 

 

http://sylviekande.com/

16/06/2011

Georges Guillain, Avec la terre, au bout - éd. Atelier La Feugraie, 2011

 

 

 

Là simplement là parmi le blanc des linges l’été

haute chimie de l’air des nerfs et la circulation

partout du doute et des promesses à quoi toujours distincts

se mélanger mais comme on brasse un jeu de cartes

ou les figures sans bien jamais s’y retrouver – perplexes –

on est ainsi dans la brouille incertaine des choses

marchant solidement pourtant sur des herbes des pailles admirant

les jardins où tremble avec aplomb sur des fils

l’énergique lessive des hommes

 

 

 

Après Compris dans le paysage (Editions Potentille, 2010) où l’auteur s’efforçait de rendre compte du sentiment complexe né de la rencontre, sur le site du camp de concentration du Struthof, entre le sentiment merveilleux d’être vivant dans le cadre idyllique d’une nature apparemment offerte et le malaise provoqué par la connaissance des atrocités autrefois commises dans ce même décor, Avec la terre, au bout (Atelier La Feugraie, 2011) continue de creuser la question de notre difficile présence au monde. Et du juste usage des mots nécessaires à la dire.

 

 

Les cinq parties qui composent le livre dessinent comme un itinéraire partant du sentiment premier d’une sorte de dispersion ou de réinvention perpétuelle de soi dans l’écriture, pour s’accomplir dans l’affirmation d’une unité retrouvée dans le présent d’un monde accepté comme il est, non plus hostile et froid, mais d’une force égale, ne réclamant rien de nous. Qu’une approche impalpable sans mots.

 

Traversé par l’expérience de la perte mais aussi de la rencontre infatigable avec le monde, ses saisons, ses paysages, jamais décrits mais toujours éprouvés, en mouvement, Avec la terre, au bout est un livre constamment incarné, pénétrant, se tenant au plus près de l’expérience unique et à jamais indécidée de vivre.

 

 

AVEC LA TERRE AU BOUT.jpg

 

105 rue Mouffetard, 75005 Paris

Fax 01 43 37 90 31

Tel. 01 43 36 81 03

chevais-lafeugraie@wanadoo.fr

 

 

« Depuis 1984, L’Atelier La Feugraie, à travers sa collection L’Allure du chemin, publie des textes de poètes français et étrangers qui témoignent (au-delà de leurs «allures» différentes : poèmes, notes de journal, aphorismes, proses poétiques…) d’un cheminement, d’une expérience intérieure, d’une quête : tenter de mieux saisir le rapport de l’homme au monde à travers la poésie conçue, ainsi que le voulait Rilke, comme «manière de vivre», «mode de vie».