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29/03/2017

La Traverse du Tigre, De Lausanne à Genève (mars 2017)

 

 

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Lausanne, du 17 au 19 mars 2017.

|Photo : © Nathalie Riera

 

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Marion Graf présentait à Bibliomédia Un Danube poétique

(la Revue de Belles-Lettres, [rbl] 2016, 2).

|Photo : © Nathalie Riera

 

Si pour son cent-quarantième anniversaire, La Revue de Belles-Lettres se transforme en un long fleuve turbulent, ce n’est certainement pas, trente ans après le livre fondateur de Claudio Magris, dans le but de cultiver la nostalgie, mais bien pour se tourner vers le présent, cette Europe danubienne d’aujourd’hui. Devant les déchirures et la fabuleuse complexité de ces vastes espaces, et face au défi de renommer sans cesse – là-bas comme ici – des identités instables, exilées souvent, la poésie plus que jamais nous paraît nécessaire, car porteuse d’une réalité partagée et d’une vérité critique, démultipliée dans ses voix singulières.

 [Extrait de « Liminaire » Marion Graf pour le comité de rédaction]

 

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Un intermède musical avec Béla Bartók

|Photo : © Nathalie Riera

 

 

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Nathalie Riera présentait à Bibliomédia La Traverse du Tigre

 [Hors-série 2017 – Poésie Suisse romande]

|Photo : © Claude Brunet

 

Dans un monde en perte de mémoire et de calme, l’écriture en Suisse romande apparaît comme un recours. Sur fond d’inquiétude, elle se tourne vers l’autre, cherche des accords, une alternative à la solitude ou à la terreur. En résonance avec des figures amies, des paysages traversés, qu’ils soient du présent ou de l’enfance, passant outre la désillusion, elle emprunte aussi le langage de la mort, le plus court, interpelle la beauté.

[Extrait de « Pour la Traverse du Tigre, ouvrir le champ » Préface de Laurence Verrey]

 

 

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Genève, du 19 au 21 mars 2017.

|Photo : © Nathalie Riera

 

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Lundi 20 mars, à l’Université de Genève

[De gauche à droite : Laurent Jenny & Martin Rueff pour la revue Po&sie (Afriques 1&2),

Sylviane Dupuis, Marion Graf, Laurence Verrey et Nathalie Riera]

|Photos : © Claude Brunet

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25/03/2017

RUINES - Perrine Le Querrec - éditions Tinbad, 2017

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Perrine Le Querrec Photo © La machine à musique (2016)

 

 

RUINE AU PLURIEL

Ruines, le 17ème livre de Perrine le Querrec, entendu comme « un récit télégraphique », nous entraîne au cœur de deux destins liés sur 17 années de beaucoup de malheur pour si peu de bonheur ; destins de deux créateurs, l’artiste et l’écrivain allemande Unica Zürn et le plasticien et photographe Hans Bellmer. Le Querrec a longtemps côtoyé l’œuvre de Hans Bellmer et Unica Zürn, elle-même précise s’être immergée dans leurs correspondances, leur biographie, et dans les écrits d’Unica Zürn, bien sûr, pour être au plus près d’elle. Au plus près de la femme, de la Poupée incarnée, Unica la poupée Olimpia de Hans, comme il en fut pour « L’homme de sable » des contes d’Hoffmann Offenbach. Perrine Le Querrec indique que l’écriture de Ruines est issue d’une visite au cimetière du Père Lachaise où les deux artistes ont été inhumés.

Ruines au pluriel, pour y entendre possiblement le destin de deux êtres qui auront à supporter le réel, le drame de l’Histoire. De Hans Bellmer, nous savons que dès l’accession d’Hitler au pouvoir, l’artiste va choisir l’isolement en refusant de manière radicale le nouvel ordre social. De Bellmer, nous retiendrons une vie de clandestinité, un emprisonnement au Camp des Milles, près d’Aix-en-Provence, mais aussi ses rencontres déterminantes avec l’œuvre de Sade, avec Georges Bataille… ; de Unica Zürn, ses dessins et ses poèmes anagrammatiques, puis sa maladie mentale, sa schizophrénie au pluriel.

 

Que dire de Ruines sinon d'accueillir&lire ce recueil comme une sorte d’apologie. S’aventurer entre les lignes dans le drame de l’exil, puis suivre la trame chronologique qui nous est proposée, depuis la rencontre de Hans et d’Unica à Berlin 1953 ; la chambre de 10 m2, Hôtel de l’Espérance, 86, rue Mouffetard ; la maison Sainte-Anne 1960-1961, jusqu’au geste final d’Unica, celui d’être parti de l’autre côté pour ne jamais revenir. Le Querrec aura cette phrase atterrante : Unica travaille pour l’amnésie. Et plus loin, Unica / Trace son chemin à travers les murs crayeux de la maladie. Hans n’y pourra rien, Hans n’est pas jardinier, jamais ne désherbe / Les racines du mal qui / soulèvent Unica, la fendent, la ruinent.

Que s’est-il joué entre Unica et Hans, si ce n’est de lui et d’elle, entre eux, Du réel et du fou / se fondent.

Perrine Le Querrec travaille et écrit sur les planchers et dans les caves, les maisons closes et les asiles. Elle anime un site et un blog. Sur le fronton de son site, on peut lire : Recherchiste – Documentaliste freelance.

 

25/03/2017

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© Nathalie Riera

 

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EXTRAITS

 

Un sein comme un éventail

un ventre en plissé rose

une nuque comme un paon

des jambes de tulle froissé

un cou en ruban

Sur le canapé noir, Unica assise

dans un silence de presque morte

 

 ----------------------------------------------(p.22)

 

 

Hans déterre les traumatismes

les engraisse du purin de sa fabrication

les ongles noirs

s’émerveille de l’horreur

des fleurs nouvelles qui poussent et vampirisent.

Hans n’est pas jardinier, jamais ne désherbe

Les racines du mal qui

soulèvent Unica, la fendent, la ruinent.

Hans le grand créateur s’en va planter encore

Ensemencer

Unica

obligée d’arracher les fruits de ses entrailles,

ces fantômes bavards.

 

----------------------------------------------(p.27)

 

 

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ǀ SITE : Les Editions TINBAD

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13/03/2017

Printemps de la poésie - PASSAGES EN REVUES - Lundi 20 mars 2017 - 18h-20h

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 LUNDI 20/03/2017

 

Passages en revues : de l’Afrique à la Suisse romande, en passant par le Danube

BIBLIOTHÈQUE DE L’UNIVERSITÉ DE GENÈVE

Site Uni Bastions, Espace Jura, rez-de-chaussée,

1205 GENÈVE (Suisse)

 

ICI

 

de 18h à 20h

 

Avec Nathalie Riera, Laurent Jenny, Claude Mouchard, Marion Graf.

Les revues sont un lieu de prédilection de l’activité poétique. Elle s’y écrit, elles la diffusent. Nous vous convions à rencontrer trois revues vivantes qui tentent de déplacer la poésie hors des frontières. Chacune consacre un numéro spécial à une aire géographique intense et méconnue.

– pour la Revue Les carnets d’Eucharis : Nathalie Riera (n°spécial « La Traverse du Tigre »)

– pour la Revue Po&sie : Laurent Jenny et Claude Mouchard (n°spécial « Afriques »)

– pour la Revue de Belles Lettres : Marion Graf (n° spécial « Un Danube poétique »)

 

Modérateurs : Sylviane Dupuis, Martin Rueff.

 

 

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04/03/2017

LES CARNETS D'EUCHARIS (Sur les routes du monde, 2017) & La Traverse du Tigre (Poésie suisse romande)

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LES CARNETS

D’EUCHARIS

 

Sur les routes du monde

(vol.1)

 

Format : 160 x 240 | 192 pages |+ PORTFOLIO I Cahier visuel & textuel de 16 pages

| France : 24 €  (frais de port compris)

 

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LA TRAVERSE

DU TIGRE

 

poésie suisse romande

(2017)

 

Format : 160 x 240 | 112 pages

| France : 16 €  (frais de port compris)

 

 

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CONTACT PRESSE : Nathalie Riera

nathalriera@gmail.com

 

 

L’Atelier des Carnets d’Eucharis     

L’Olivier d’Argens

Chemin de l’Iscle - BP 90044

83521 Roquebrune-sur-Argens Cedex

 

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 Bulletin d'abonnement

FLYER RV_LCE 2017.pdf

05/02/2017

Les Carnets d'Eucharis N° 50 - automne 2016-hiver 2017

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Poésie | Littérature Photographie | Arts visuels 

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COUVERTURES © Nathalie Riera, 2016

 | Photographies numériques

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[sommaire]

 

 

PHOTOGRAPHIE

LOTTE JACOBI

&

Nathalie Riera

fish & fishes

 

[AUPASDULAVOIR]

Du côté de la poésie&de la prose

 

MARTINE KONORSKI [Poème pour Agota Kristof & Adesso… maintenant / une ballade italienne]

DAPHNÉ VAN HANSEN [La partie blanche – extraits]

ISABELLE LAGNY [Poèmes divers]

ÉTIENNE FAURE [Cellules de dégrisement – extraits]

CHARLES REZNIKOFF Rythmes 1 & 2

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AGOTA KRISTOF

Clous

LUCIAN BLAGA

Les poèmes de la lumière

DJUNA BARNES

Almanach des Dames

 

[TRADUCTIONS]

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GABRIELLA MALETI [traduit par Sarah Ventimiglia, Laure Cambau et Mia Lecomte]

 

 [Clairvision]

-------------- ------------- [Notes monochromes de Jacques Sicard]

 

[des lectures/des portraits]

[Claude Dourguin, Chemins et routes] par Myrto Gondicas

[Charles Reznikoff] par Nathalie Riera

 

 [NOUVELLESPARUTIONS]

JOSÉ CORTI – ZOÉ – JACQUES ANDRÉ – L’AIRE – ISABELLE SAUVAGE…

Philippe Beck – Agota Kristof – Vladimir Martinovski – Laurence Verrey – Anne Calas…

 

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 [télécharger]

| Format revue numérique ICI

 

 

 

04/02/2017

Anne Calas - Entre vous et moi

20/01/2017

LES CARNETS D'EUCHARIS & LA TRAVERSE DU TIGRE (2017) - Abonnement

 

Couverture - Carnets d'Eucharis - 2017 - Version P_OK.jpg

COUVERTURE TDT 2017.jpg

FLYER R°.jpg FLYER V°.jpg

Bulletin d’abonnement

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12/11/2016

John Cage

 

 John Cage.jpgJohn Cage engraving at the Crown point Studio, 1982 

In memoriam

John Cage décède en 1992 d’une attaque cérébrale. Six semaines plus tôt, il donnait une conférence de presse à l’invitation du Quaderni Perugini di Musica Contemporanea, à Pérouse, le 23 juin 1992. J. Cage avait un attachement particulier à l’œuvre du philosophe et historien de l’art Ananda Kentish Coomaraswamy (1877-1947). Il partageait l’idée « que si l’art évolue, c’est en fonction de la conscience que nous prenons de la façon dont la nature travaille, de la façon dont elle opère ».* Chez le compositeur, ce sera la nécessité de recourir au hasard.

« Il nous faut penser le monde dans lequel nous vivons non seulement comme quelque chose que nous ne détruisons pas, mais comme ce avec quoi nous co-œuvrons ». (p.32)

« Nous persévérons dans l’idée qu’il importe davantage de présider plutôt que d’être un simple citoyen ». (p.34)

Proche de la musique de Luigi Nono, Cage aimait la musique, mais avant cela, disait-il, « j’aime les sons ». Pour lui, « Les sons que nous entendons sont la musique ». Pourquoi écrivait-il de la musique ? « (…) il n’y a en tout, que deux personnes qui font que j’écris de la musique : quelqu’un d’autre que moi et moi ».**

« Pour les oiseaux » est une suite d’entretiens avec J. Cage et le philosophe Daniel Charles, réalisée par les éditions de l’Herne (en 2002). Le regretté Daniel Charles nous offre une « Esthétique du silence » publiée en 2010 chez La main courante. Petit ouvrage à se procurer pour renouer avec l’un des créateurs les plus controversés du XXème siècle. 

 

* John Cage, « Je n’ai jamais écouté aucun son sans l’aimer : le seul problème avec les sons, c’est la musique », (p.14), éditions La main courante, 2010.

** Ibid., (p.25)

01/11/2016

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© Nathalie Riera

 

EXTRAIT

 

J’estime que notre pratique artistique va certainement évoluer, au même titre que notre conscience de la situation et de son aspect chaotique. Nous cesserons, pour commencer, de réduire chaque œuvre d’art à l’état d’objet, comme nous le faisons quand nous assignons à toute pièce musicale un début, un milieu et une fin. Notre sens de la contradiction nous fera concevoir l’art de façon différente. Personnellement, j’ai abandonné d’entrée de jeu le schème début-milieu-fin, de même que toute autre relation logique entre des parties (…) Par la suite, je renonçai à l’idéal de l’objet et lui substituai celui du procès ; et le procès dans lequel je me suis investi aujourd’hui est celui que j’ai décrit : les parenthèses temporelles et les opérations de hasard. Ce que je veux suggérer, c’est qu’avec une semblable liberté, la flexibilité des parenthèses de temps autorisera une meilleure compréhension des opérations de la nature, et qu’un meilleur modèle pour les relations sociales se fera jour si l’on autorise une telle flexibilité.

----------------------------------------------(p.28)

« Je n’ai jamais écouté aucun son sans l’aimer : le seul problème avec les sons, c’est la musique », éditions La main courante, 2010.

 

ǀ SITE : Supersweet

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22/08/2016

Charles Reznikoff - Rythmes 1 & 2, Poèmes (Ed. Héros-Limite)

 

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 Charles Reznikoff

 

 

AVEC LE RÉEL

 

Avec « No ideas, but in things » (Pas d’idées, sinon dans les choses), maxime du poète américain William Carlos Williams, dans son poème A sort of a Song, perçu comme un mantra pour la poésie au début du XXème siècle, le poète se tient en marge des concepts et des métaphores, des abstractions et des fioritures métaphysiques.  Se concentrer sur la chose pour la traiter dans son aspect défini, aux yeux des Imagistes modernes la poésie est en prise directe avec le réel, ce qui veut dire précision, économie de mots, être à l’écoute des rythmes de la parole de tous les jours : on parlera d’une esthétique démocratique.

Fils d’émigrants juifs, Charles Reznikoff, poète du courant dit « objectiviste », commence à écrire en 1918. Rhythms (1918) & Rhythms II (1919) et Poems (1920), puis Separate Way en 1936, chez Objectivist Press*. Viendront ensuite deux livres majeurs : Témoignages/Testimony (1965) puis Holocauste (1975). Ce qui réunit ces deux ouvrages, c’est la construction d’une œuvre à partir d’archives des tribunaux américains (Témoignages) et d’archives du Procès des criminels devant le Tribunal militaire de Nuremberg (Holocauste).

La poésie, pour Reznikoff, « présente l’objet afin de susciter la sensation. Elle doit être très précise sur l’objet et réticente sur l’émotion ».

* Ces deux livres sont en parution aux éditions Héros-Limite : Rythmes 1 & 2 Poèmes (2013), Chacun son chemin (2016)

 

22/08/2016

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© Nathalie Riera

 

EXTRAITS

14

 

Comment donc vous pleurer, qui fûtes tués, gâchés,

certain que vous ne mourriez pas sans avoir achevé

        Votre tâche,

Comme si la faux dans l’herbe s’arrêtait pour une

        fleur ?

 

---------------------------------------------(p.23)

Rythmes 1

(traduit de l’anglais par Eva Antonnikov et Jil Silberstein)

 

How shall we mourn you who are killed and wasted,

sure that you would not die with your work unended,

as if the iron scythe in the grass stops for a flower ?

 

***

 

1

 

Pas même eu le temps de me tenir parmi les prés,

ni de m’offrir pleinement à la tendre écume,

et déjà te voici, vent mauvais.

 

---------------------------------------------(p.29)

Rythmes 2

 

I have not even been in the fields,

nor lain my fill in the soft foam,

and here you come blowing, cold wind.

 

***

 

13

 

Depuis son lit, elle pouvait voir la neige envahir

        lentement les ténèbres,

compacte autour des réverbères comme phalènes en été.

 

Tout juste si elle pouvait bouger la tête. Des mois

        qu’elle était alitée.

Son fils s’était fait grand, large d’épaules, son     

visage rappelant toujours plus celui de son père à elle,

mort depuis des années.

 

Elle reposait sous l’édredon comme si elle-même était

        recouverte de neige,

calme, affrontant la noirceur de la nuit

qu’emplissaient des flocons tourbillonnant ainsi que  des étoiles.

 

Mort, cloué dans une caisse, son fils lui avait été expédié,

à travers villes et prairies transies et blanchies par la neige.

 

---------------------------------------------(p.71)

Poèmes

 

From where she lay she could see the snow crossing the darkness slowly,

thick about the arc-lights like moths in summer.

 

She could just move her head. She had been lying so for months.

Her son was growing tall and broad-shouldered, his face becoming like that of her father,

dead now for years.

 

She lay under the bed-clothes as if she, too, were covered with snow,

calm, facing the blackness of night,

through which the snow fell in the crowded movement of stars.

 

Dead, nailed in a box, her son was being sent to her,

through fields and cities cold and white with snow.

 

 

ǀ SITE : Les Éditions Héros-Limite

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04/06/2016

Les Carnets d'Eucharis N°49 (Printemps-été 2016)

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en ligne

 

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COUVERTURES © Claude Brunet & Nathalie Riera, 2016

| Photographies numériques

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PHOTOGRAPHIE

ROGER SCHALL

                     Nathalie Riera SHELLS & SHELLS

[AUPASDULAVOIR]

Du côté de la poésie&de la prose

 

MARIO URBANET [Le chant du Darric – extraits]

NATHALIE RIERA [Mémoire d’atelier – extraits]

  • ●●

 

JORGE LUIS BORGES

Poèmes d’amour

---------------------- -------------

PAUL CELAN

Renverse du souffle

ILSE AICHINGER

Le jour aux trousses

ETTY HILLESUM

Une vie bouleversée – Journal 1941-1943

 

[TRADUCTIONS]

-------------- ------------- [Gianni d’Elia & Amelia Rosselli traduits par Jean-Charles Vegliante]

[Clairvision]

---------------------- ------------- [Notes monochromes de Jacques Sicard]

 

[des lectures/des portraits]

[Jacques Estager, Fée et le Froid] par Nathalie Riera

[Pier Paolo Pasolini, La rage] par Nathalie Riera

 

[NOUVELLESPARUTIONS]

NOUS/NOW – HERMANN – le NOUVEL ATHANOR – YPILON – ARFUYEN – CHAMP VALLON – PO&PSY ERES…

 

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27/05/2016

P. P. Pasolini, La rage - éditions Nous, 2016

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LA RAGE

La « force diagonale » avec Hannah Arendt, la « Survivance des lucioles » avec Georges Didi-Huberman, « organiser le pessimisme » avec Walter Benjamin… relire ces textes en ces temps où l’on n’a toujours pas « couper la mèche – avant que l’étincelle n’atteigne la dynamite » - revisiter les « Ecrits corsaires » du scandaleux P. P. Pasolini et son célèbre article du 1er février 1975, l’article de son pessimisme définitif et radical : « La disparition des lucioles ». Puis, parmi les nouveautés, « La rage », texte du film « La rabbia », enfin traduit pour la première fois en France aux Editions Nous. Retrouver ici un Pasolini en résistance, allié des minorités, à l’époque des dernières utopies, et avant sa rupture au début des années 1970 avec un cinéma plus métaphorique.

 

LA RAGE (La Rabbia), film sous-estimé par le grand public, produit par Gastone Ferranti (Directeur de la société Opus Film), est sorti en Italie en avril 1963. Construit à partir d’archives d’actualité des années 1950 et 1960, sa réalisation en deux parties convoque P.P. Pasolini et l’écrivain, journaliste et satiriste Giovannino Guareschi. Les deux hommes, dans leurs visions diamétralement opposées, sont conviés de répondre à la question: «Pourquoi notre vie est-elle dominée par le mécontentement, l'angoisse, la peur de la guerre, la guerre?». Avant la réalisation de ce film, Guareschi n'était pas prévu au projet. Ferranti dirigeait depuis de nombreuses années des images d'actualités non-utilisées qu'il confia à Pasolini pour le montage. Mais la version proposée par le cinéaste - le choix du sujet, le montage et les commentaires - ne sera pas validée. Liés par un contrat, néanmoins les deux hommes s'accorderont à faire suivre la version de Pasolini d'un volet supplémentaire, en le confiant à un autre auteur. Pasolini pensait aux journalistes Montanelli, Barzini ou Ansaldo, mais ce sera l'humoriste réactionnaire Guareschi qui assurera la deuxième partie du film. LA RAGE est en fait deux films en un: un film de Pasolini et un film de Guareschi, aux antipodes l'un de l'autre. La Rage restera en salles à peine quatre jours.

Film italien aujourd’hui presque oublié, en France les Éditions NOUS nous offrent la lecture d’un «journal lyrique et polémique à l’époque des dernières utopies pasoliniennes» (Roberto Chiesi). Comme l’écrivait Alberto Moravia, Pasolini a toujours «fait passer le poétique avant l’intellectuel», la critique littéraire avant l'essai idéologique. Scandaliser, blasphémer, on dira de l’écrivain, du cinéaste et du critique qu’il est «l’homme qui dit tout ce qu’il pense, l’homme de la transparence, de l’athéisme politique. Grâce à quoi, il était devenu une sorte de conscience publique pour les Italiens»[1].

Nous savons que presque toutes les œuvres de Pasolini ont fait l’objet de procès, de condamnations jusqu’à souffrir de la censure. Les insurrections de Pasolini sont nombreuses: contre l’homme-masse, contre le néo-fascisme parlementaire en tant que continuum du fascisme traditionnel, contre le «développement» et la montée du matérialisme capitaliste, contre la fossilisation du langage, contre la télévision qu'il comparait à l'invention d'une nouvelle arme «pour la diffusion de l'insincérité, du mensonge, du mauvais latin»[2]. Du temps des Scritti Corsari Pasolini ne pouvait tolérer l’idéologie hédoniste, car c’était pour lui tolérer « la pire des répressions de toute l’histoire humaine ».

Chacune de ses interventions polémiques pourrait se définir ainsi que ce que lui-même en disait: «d'être personnelle, particulière, minoritaire. Et alors?»[3].

Certaines séquences de LA RAGE seront abandonnées par le producteur, mais seront reprises par Pasolini dans la rédaction définitive du texte littéraire: «Cent pages élégiaques en prose et en vers et un tissu d'images en mouvement, photographies et reproductions de tableaux: dans le laboratoire du film La rage, Pier Paolo Pasolini expérimenta pour la première fois une forme différente de la narration filmique traditionnelle et des conventions du documentaire»[4].

27/05/2016

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© Nathalie Riera

 

 

[1] Pier Paolo Pasolini, Écrits Corsaires, éd. Champs Arts, 2009 – Traduit de l’italien par Philippe Guilhon – Philippe Gavi et Robert Maggioni, p.13.

[2] Pier Paolo Pasolini, La rage, éd. Nous, 2016 – Traduit de l’italien par Patrizia Atzei et Benoît Casas – Introduction de Roberto Chiesi Nouvelle édition en format poche, p.50.

[3] Écrits Corsaires, p.151.

[4] La rage (Roberto Chiesi), p. 7.

 

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ǀ SITE : Les Editions Nous

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ǀ LA RABBIA : Le film sur youtube

 

 

26/05/2016

Les Carnets d'Eucharis & La Traverse du Tigre

 

 

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LES PROJETS EN COURS

Les Carnets d’Eucharis

(année 2017)

 

À la suite de la 4ème édition consacrée à plusieurs Portraits de Poètes réunis en un premier volume (d’autres volumes viendront à la suite), l’édition 2017 ouvrira un nouveau chapitre sous le signe du voyage : SUR LES ROUTES DU MONDE, vol. I.

Au cœur de ce volume, nous retrouverons quelques figures emblématiques du cinéma et de la littérature de voyages. Parmi eux : Bruce Chatwin (pour son expérience de la vie nomade qu’il a étudiée autant qu’il l’a vécue), Annemarie Schwarzenbach qui s’est faite « reporter » pour « combattre la myopie suicidaire (…) qui affectait l’Occident en proie aux nationalismes obtus ». Avec le cinéaste lituanien, Sharunas Bartas, ce sera la découverte d’un cinéma physique de par les longues expéditions du cinéaste en Sibérie, au Maroc, en Crimée…

D’autres rubriques s’entrecroiseront à travers un ensemble de 192 pages. Comme indiqué dans la dernière édition 2016 des Carnets d’Eucharis, un hommage à l’œuvre du poète zurichois Charles Racine se poursuivra dans cette 5ème édition, avec notamment le compositeur de musique Gérard Zinsstag et avec l’éditeur Lambert Barthélémy.

Pour rester dans la tonalité helvétique, le poète français James Sacré nous proposera un regard sur la poésie de Gustave Roud. Avec Tristan Hordé, une mise en lumière sur : HEROS-LIMITE, LA REVUE DE BELLES LETTRES & LA DOGANA.

Parmi les entretiens : Tristan Hordé s’entretient avec Marie Cosnay (auteure, professeure de lettres classiques et traductrice de textes antiques), Claude Minière avec la traductrice Danièle Robert (sur notamment « Enfer » de Dante Alighieri, ouvrage en bilingue récemment publié chez Actes-Sud), Armelle Leclercq avec l’éditeur insulaire Charles-Mézence Briseul (Directeur des Editions du Corridor Bleu) et Patricia Dao avec l’écrivain, poète et traducteur italien Erri De Luca.

 Un avant-sommaire plus complet vous sera communiqué et mis en ligne dans les prochaines semaines.

 

 

UN NOUVEAU PROJET

La Traverse du Tigre

 

L’Atelier des Carnets d’Eucharis envisage la création d’un Hors-Série sous le titre « La Traverse du Tigre ». Ce numéro spécial, d'un volume de 112 pages, coordonné par Laurence Verrey, Angèle Paoli et Nathalie Riera, offrira une ouverture sur la poésie contemporaine Suisse romande, en invitant une vingtaine d’auteur(e)s en poésie et/ou en prose. Parmi les poètes choisis et qui nous ont donné leur aval : José-Flore Tappy, Sylviane Dupuis, Françoise Matthey, Laurence Verrey, Anne Bregani, Marie-Laure Zoss, Claire Genoux, Francine Clavien, Silvia Härri, Sibylle Monney, Julie Delaloye, Pierrine Poget, Pierre-Alain Tâche, Pierre Voélin, Jacques Roman, Antonio Rodriguez, Laurent Cennamo, Olivier Beetschen et Pierre Chappuis.

 

Un bulletin de souscription vous est communiqué ci-dessous.                

Je vous remercie d’avance pour vos soutiens que j’espère nombreux.

Dans l’enthousiasme de cette belle aventure,

Nathalie Riera

 

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Souscription Les Carnets d’Eucharis & La Traverse du Tigre (2017)

CLIQUER ICI

 

06/05/2016

Jacques Estager, Fée et le Froid, Ed. Lanskine, 2016

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Jacques Estager

Photo © Nathalie Riera, 2012

 

 

FÉE ET LE FROID

 

De Jacques Estager, en poésie, ces quelques recueils depuis 2010 : « Je ne suis plus l’absente », « Deux silhouettes, Cité des Fleurs » (2012) « Douceur » (2013), - trois recueils chez le même éditeur Lanskine – jusqu’à ce tout dernier petit opus Fée et le Froid qu’on pourrait dire de même veine que les précédents, tant la main est parcourue par ce qui ne sera plus retrouvé, par ce qui est fantôme, par ce qui est Fée et Froid, par ce qui s’efface. Parcourir le long chemin du poème pour s’y perdre, se perdre dans la sente du poète qui aime nous perdre, c’est peut-être cela le secret de l’écriture de Jacques Estager. Aucune place à l’analyse, mais plutôt un poème qui s’offre jusqu’à nous appartenir, et ensuite l’invitation à nous en dessaisir totalement : la dissection ne serait que préjudice à notre propre lecture.

Certes « glacées les herbes de la sente », mais il y a la belle nuit, « la nuit fée », ainsi va le monde, tout un autre monde, de notre propre introspection. Toujours écrire toujours plus, quand « la clarté c’était hier », celle de la neige, celle des « reflets de feu dans les vitres ». Fée et le Froid est une constellation de mots-étoiles comme les plus mystérieuses des étoiles filantes, ou des étoiles de mer. Sans oublier que l’étoile est une boule de plasma de même qu’elle possède un champ magnétique. Ainsi le poème est cette étoile à la croisée de nos routes intérieures, ces mêmes routes réempruntées tant et tant de fois ou jamais, et sur lesquelles on s’attarde comme « terres franchies ». L’imagerie de Jacques Estager est comme la nuit, de nulle prétention, la morphologie des phrases participant à ce qui se veut méconnaissable, discordant non par provocation. Mais plutôt une syntaxe rompue à toute bienséance.

Fée et le Froid s’écrie entre « des mondes de détresse » et « la rivière des enfants ». Ce qui fait non pas toute sa contradiction, mais son humanité sans larme.

Froissement de mots, « déchirure la soie », le rouge et le rose toujours à se mêler, et « ce soleil » et cette « herbe or » qu’il ne faut pourtant pas prendre pour promesses. Juste cela : avec Fée et le Froid, ne pas décomposer, mais juste cela : lire le poème à l’œil nu comme une photographie nous dit le temps révolu à jamais.

 

06/05/2016

:- :- :- :- :- :

© Nathalie Riera

 

 

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ǀ SITE : Les Editions Lanskine

Cliquer ICI

 

 

22/04/2016

Les Carnets d'Eucharis au Festival international de poésie "Le Mitan du Chemin"

IIIème Festival international de poésie

Le Mitan du Chemin

à Camps-la-Source, (VAR) Provence Verte

samedi 23 et dimanche 24 avril 2016  

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Les organisateurs

Jacquie Castany (association Lou Libre per Tutei), Rémy Durand (association Gangotena), Colette Gibelin (poète)

Les poètes invités

Verónica Aranda (Espagne), Daniel Biga, Philippe Chartron, Danièle Faugeras, Josyane De Jesus-Bergey, Janine Gdalia, Magda Igyarto, Monique Labidoire, Raphaël Monticelli, , Cécile Oumhani, Nathalie Riera, Siomara Espana (Équateur), María Solís Munuera (Espagne), Richard Taillefer, Hamid Tibouchi (Algérie), Bernard Vanmalle

Lectures des poètes ; intermèdes musicaux avec Francine Berckmans (viole de gambe et violoncelle, Guy Muls (guitare baroque, traverso et chant), et Eléonore Calderari (violon) ; marché de la poésie ; rencontres, soirée avec Le Chantier – Correns

Les éditeurs invités

Un « Marché de la poésie » se tient tout au long du week-end en présence des éditeurs : Éditions Amateurs Maladroits, L’Amourier, Po&Psy / érès, Le petit véhicule, Tipaza, Villa-Cisneros, Les Carnets d’Eucharis, et le peintre-graveur Henri Baviera

31/03/2016

Ryôichi Wagô, Jets de poèmes, dans le vif de Fukushima (lecture de Nathalie Riera)

 

 

 

Ryôichi Wagô

Jets de poèmes

dans le vif de Fukushima

 

po&psy a parte érès, 2016

Traduit du japonais par Corinne Atlan

Encres sur papier de soie: Elisabeth Gérony-Forestier

 

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Ryôichi Wagô

 

 

Retour temporaire à leur domicile de personnes évacuées de Minamisôma et Tomioka, préfecture de Fukushima. Première autorisation de retour accordée par les collectivités régionales de la zone côtière.

15217 morts, 8666 disparus.

(25 mai 2011)

 

Le 11 mars 2011, le poète japonais Ryôichi Wagô décide de rester dans son appartement à dessein de témoigner et de donner à l’espoir une forme palpable, tout en répétant inlassablement « Il n’est pas de nuit sans aube ». Se métamorphoser en asura, écrire comme un asura, ce démon perturbateur de la mythologie hindoue et bouddhique, c’est alors et aussi pour le poète une manière de « ne pas renoncer à Fukushima, vivre avec Fukushima, vivre Fukushima ». La rage est noire. Et la rage au cœur, Ryôichi décide de tweeter ses pensées, « avec radiations et répliques pour compagnons de route ». Lancer son jet de poèmes, quand dehors, c’est la nuit sans autre perspective que la nuit, avec 100396 maisons entièrement ou partiellement détruites par le séisme, des coupures d’électricité, des largages d’eau par voie aérienne sur les réacteurs, des vrombissements d’hélicoptères, leurs tournoiements incessants dans le ciel, et le nombre de morts qui augmente d’heure en heure. Gymnase et terrain de base-ball se transforment en morgue et en crématorium. Désormais, le nom de Fukushima sonne comme « Ile-du-Malheur ».

 

Mon pays natal est un crépuscule.

5 avril 2011 – 22 : 25

 

Dans la cuisine de l’appartement la vaisselle est en miettes, et dans la salle de bains l’eau de la baignoire est rouge. Le poète se sent désormais revêtu d’un autre moi, « un moi pesant, désespéré, triste, inconsolable ». La catastrophe s’empare de tout, jusqu’à l’intérieur de vous : « La catastrophe est en toi ». Survivre à Fukushima c’est vivre avec les répliques de plus en plus nombreuses, et « l’impression de trembler en permanence », et la solitude de s’approfondir, et la rage à vous tordre le ventre, et votre corps qui n’est plus que larmes. Il faut pourtant pouvoir apaiser la colère, trouver à guérir, malgré la mort et l’anéantissement, « continuer à vivre, même à petit feu ».

Ce qui ne bouge pas, ce sont les souvenirs. Il y a la grand-mère et ses boulettes de riz au miso, l’enfance aux couleurs d’arc-en-ciel, et au bout du tunnel de la catastrophe – la pire depuis le séisme du Kantô de 1923 et le grand tremblement de terre de Kôbe en 1995 –, la prière de voir s’approcher « en catimini le printemps et ses bourgeons », même si demain ce sera vivre le prolongement d’aujourd’hui, endurer le prolongement d’aujourd’hui, écrit le poète.

 

Notre monde a produit le lait du chagrin.

27 mars 2011 – 22 : 22

 

 

Les poèmes-tweet de Ryôichi sont des mantras dispersés chaque jour et chaque nuit sur la toile numérique. Deux mois et dix jours d’un travail d’écriture commencé le 16 mars 2011, avec le soutien de centaine d’abonnés.

Ryôichi Wagô vit toujours à Fukushima. Son recueil « Jets de poèmes/shi no tsubute » a fait l’objet d’une publication au Japon, suivi de : « Hommage silencieux/shi no mokurei » (à la mémoire des disparus) et « Retrouvailles/shi no kaikô » (adressé aux survivants).

 

© Nathalie Riera, 31 mars 2016.

Les Carnets d’Eucharis

 

 

 

EXTRAITS

 

Dis, grand-père, quel goût avaient les steppes de Sibérie pendant la guerre ? Tu sais, grand-père, ici aussi, l’après-guerre a commencé. Sibérie, métaphore de l’hiver. Terre lointaine, quel vent te balaye aujourd’hui ? Je vois un arbre gelé sur une colline.

20 mars 2011 – 22 : 38

 

------------------------------------------------------ (p.77)

 

 

Alerte sismique. Epicentre au large de Miyagi. Alerte sismique. Epicentre au large d’Ibaraki. Alerte sismique. Epicentre au large d’Iwate. Alerte sismique. Epicentre sur la troisième étagère du réfrigérateur. Alerte sismique. Epicentre sur ma chaussure droite. Alerte sismique. Epicentre sur la cagette d’oignons. Alerte sismique. Epicentre sur mon dictionnaire. Alerte sismique. Epicentre au cœur du printemps.

20 mars 2011 – 22 : 52

 

------------------------------------------------------ (p.79)

 

 

Que signifie « maitriser » ? Réplique.

22 mars 2011 – 22 : 08

 

Est-ce que vous savez la « maitriser », l’énergie nucléaire ? Réplique.

22 mars 2011 – 22 : 13

 

L’humanité a-t-elle déjà vu le vrai visage de l’énergie nucléaire ? Réplique.

22 mars 2011 – 22 : 16

 

------------------------------------------------------ (p.103)

 

 

J’appelle la « maîtrise » de mes vœux. Il me reste encore un semblant de famille et de ville natale. C’est une bénédiction… en comparaison de ceux qui ont tout perdu… Que faire sinon pleurer ? Nous sommes pareils à des voyageurs dans une lande sauvage battue par les vents, sur le point de perdre leurs précieuses sandales de paille. Réplique.

22 mars 2011 – 22 : 32

 

------------------------------------------------------ (p.104)

 

 

Les montres du nord-est du Japon retardent toutes d’une minute. Les numériques, les analogiques, les magnétiques, les sabliers, les clepsydres, les cadrans solaires, les horloges à vent, les horloges biologiques. Est-ce qu’elles sont toutes restées bloquées sur 2h47 de l’après-midi le 11 mars ?

1er avril 2011 – 22 : 25

 

------------------------------------------------------ (p.195)

 

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L’ouvrage sera disponible en librairie à partir de la mi-avril.

 Le site de l'éditeur

 

Association PO&PSY

95A rue du Castelas, 30260 LIOUC

06 72 67 41 98

poetpsy@orange.fr

http://www.poetpsy.wordpress.com

 

Les personnes intéressées peuvent s'adresser aussi directement à l'éditeur :

Contact

ICI

 

 

 

 

 

 

 

LES CARNETS D'EUCHARIS (Diffusion)

 

 

Les Carnets d’Eucharis

EN LIBRAIRIE

__________________________________________________________________________________________

 

MARSEILLE

 

LIBRAIRIE HISTOIRE DE L’ŒIL

25, rue Fontange

13006 MARSEILLE

 

LIBRAIRIE MAUPETIT

142, La Canebière

13232 MARSEILLE CEDEX 1

 

LIBRAIRIE L’ODEUR DU TEMPS

35, rue Pavillon

13001 MARSEILLE

 

MUCEM

Fort Saint-Jean

14, Quai de la Joliette

13002 MARSEILLE

 

NANCY

 

LIBRAIRIE L’AUTRE RIVE

19, rue du Pont Mouja

54000 NANCY

 

PARIS

 

LIBRAIRIE TSCHANN

125, Bd du Montparnasse

75006 PARIS

 

LIBRAIRIE LA PETITE LUMIERE

14, rue Boulard

75014 PARIS

 

LIBRAIRIE L’ECUME DES PAGES

174, Bd Saint-Germain

75006 PARIS

 

MONACO

 

VILLA LES CAMELIAS

17, Av. Raymond Gramaglia

06230 CAP D’AIL

Les Carnets d’Eucharis

PAR CORRESPONDANCE

__________________________________________________________________________________________

 

Sans titre 1.jpg Sans titre 2.jpg Sans titre 3.jpg Sans titre 4.jpg

 

ROQUEBRUNE-SUR-ARGENS

 

L’ATELIER DES CARNETS D’EUCHARIS

L’Olivier d’Argens – Chemin de l’Iscle

BP 90044

83521 ROQUEBRUNE-SUR-ARGENS CEDEX

 

□ DEUXIÈME NUMÉRO :

Année 2014

[Carnet 2]

22 €, frais de port compris

 

□ TROISIÈME NUMÉRO :

Année 2015

[Paul Auster]

22 €, frais de port compris

 

□ QUATRIÈME NUMÉRO :

Année 2016

[Portraits de poètes – Vol. I]

24 €, frais de port compris

 

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Les Carnets d’Eucharis

EN CONSULTATION

__________________________________________________________________________________________

 

FRANCE

 

CipM

2 Rue de la Charité, 13002 Marseille

Téléphone : 04 91 91 26 45

 

logo_cipm_300dpi.jpg

 

 

BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE

Quai François Mauriac, 75013 Paris

Téléphone : 01 53 79 59 59

 

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SUISSE

 

Fondation Jan Michalski

Bois Désert, 1147 Montricher, Suisse

Téléphone : + 41 21 864 01 01

 

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23/03/2016

Villa Les Camélias (samedi 19 mars 2016)

 

 

SAMEDI 19/03/2016

VILLA LES CAMÉLIAS

17, avenue Raymond Gramaglia

06320 CAP D’AIL

SITE : Cliquer ICI

 

À l’occasion des expositions de sculptures en bronze, Dessins et Gravures de Simon Manby (avec les poèmes de Sabine Péglion), j’ai eu l’heureux plaisir de présenter la 4ème édition 2016 des Carnets d’Eucharis.

 

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Photographies numériques

ǀ [Claude Brunet]

 

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LES CARNETS D’EUCHARIS

Portraits de Poètes

2016

 

 

 

SAMEDI 26/03/2016

& DIMANCHE 27/03/2016

Festival TRACE DE POÈTE

Marché des éditeurs à la Grange Notre Dame

84800 L’ISLE SUR LA SORGUE

http://tracedepoete.fr/wordpress/?page_id=2195

 

de 10h à 18h

 

Durant ces deux journées, j’occuperai un stand avec la revue PHOENIX.

 

09/03/2016

Les Carnets d'Eucharis N°48 (Hiver 2016)

 

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Poésie | Littérature Photographie | Arts plastiques

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 Les Carnets D'eucharis N°48 Hiver 2016

 

 

 

PHOTOGRAPHIE

Eva Besnyö

 Nathalie Riera ARBRE D’hiver

 

[AUPASDULAVOIR]

Du côté de la poésie&de la prose

 

MARTIN ZIEGLER [Chemins à fleur autrement blancs] [Foery] [notes Laura Fiori]

CLAUDE BRUNET [Vérone & La Piazza delle Erbe & Trieste, libera il tuo futuro]

NATHALIE RIERA [Journal de Trieste – extraits]

 

INGER CHRISTENSEN

Alphabet

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Pier Paolo PASOLINI

La longue route de sable

 

[Clairvision]

---------------------- ------------- [Notes monochromes de Jacques Sicard]

 

[des lectures/des portraits]

[Ezra Pound, Posthumous Cantos] par Claude Minière

 

[NOUVELLESPARUTIONS]

CHEMIN DE FER LE SEUILARFUYEN – LE BRUIT DU TEMPS – L’ATELIER CONTEMPORAIN – …

 

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Les carnets d’eucharis n°48

HIVER 2016

© Nathalie Riera, 2016 | Photographie numérique

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Format PDF

Cliquer ici

 

Format revue numérique ICI

04/03/2016

Les Carnets d'Eucharis, ici et là...

agenda du printemps

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En communication, ces quelques dates et lieux où Les Carnets d’Eucharis auront le plaisir de vous rencontrer et vous accueillir :

 

SAMEDI 19/03/2016

VILLA LES CAMÉLIAS

17, avenue Raymond Gramaglia

06320 CAP D’AIL

http://www.villalescamelias.com/fr/

 

À partir de 17h, à l’occasion des expositions de sculptures en bronze, Dessins et Gravures de Simon Manby (avec les poèmes de Sabine Péglion), je présenterai en substance la 4ème édition 2016 de la revue.

 

SAMEDI 26/03/2016

& DIMANCHE 27/03/2016

Festival TRACE DE POÈTE

Marché des éditeurs à la Grange Notre Dame

84800 L’ISLE SUR LA SORGUE

http://tracedepoete.fr/wordpress/?page_id=2195

 

de 10h à 18h

 

Durant ce festival, je serai également aux côtés de la poète américaine Jane Hirshfield et ses traductrices Delia Moris et Geneviève Liautard, lors de la lecture de ses poèmes de 19h à 20h

Durant ces deux journées, j’occuperai un stand avec la revue PHOENIX.

 

SAMEDI 23/04/2016

FESTIVAL LE MITAN

En Provence Verte

83170 CAMPS LA SOURCE

 

de 10h à 18h

 

Invitée comme auteur, j’occuperai également un stand.

 

&

 

VENDREDI 10/06/2016

SAMEDI 11/06/2016

DIMANCHE 12/06/2016

MARCHE DE LA POESIE

Place Saint-Sulpice

75006 PARIS

 

Fidèle depuis 2014 au rendez-vous Place St Sulpice, j’occuperai un stand avec les éditeurs et revuistes BLACK HERALD et LE VISAGE VERT.

 

29/01/2016

André Du Bouchet (Entretiens avec Alain Veinstein) - L'Atelier Contemporain et l'I.N.A., 2016

André Du Bouchet

« Entretiens avec Alain Veinstein»

| © L’Atelier Contemporain & Institut National de l’Audiovisuel, 2016

par Nathalie Riera

_______________

 

 

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© Alain Veinstein et André Du Bouchet

 

 

Si la poésie est sans pouvoir, il y a selon André du Bouchet « un grand vouloir ». Et s’il fallait chercher l’origine de la modernité du côté de Mallarmé comme il en a toujours été le cas, à cela Du Bouchet n’hésite pas à dire : « La modernité selon moi est sans origine ». À la place de la modernité, Du Bouchet évoque l’idée d’un « intemporel qui ne se laisse pas localiser ».

 

L’Atelier Contemporain, avec le concours de L’Institut National de l’Audiovisuel, vient de publier un recueil d’entretiens d’André Du Bouchet avec Alain Veinstein, entretiens donnés entre 1979 et 2000. L’homme de radio est aussi poète, mais la lecture quotidienne de livres, tout son temps donné à suivre l’actualité littéraire, éloignera Alain Veinstein de l’essentiel, c’est-à-dire, comme lui-même l’écrit : « au point même de perdre longtemps le goût d’écrire ».

Parce que sa relation à André Du Bouchet était placée sous le sceau de l’intensité et d’une évidente sincérité, Veinstein décidera de poursuivre les lectures du poète et ses rencontres avec lui par le biais d’entretiens radiophoniques réalisés au domicile d’André Du Bouchet, ce qui ne rendra pas la tâche aussi aisée pour l’interviewer qui reconnait être investi d’une double peur : « devenir un autre aux yeux d’André ; ne pas réussir à transmettre à ceux qui nous écouteront le choc de sa présence ».

Si Du Bouchet pratique un certain détachement à l’encontre de la poésie, on peut lui concéder une grande fidélité à certains poètes, ainsi que peuvent l’attester sa longue fidélité à Baudelaire et son admiration pour Pierre Reverdy. Il y aura l’écriture de Baudelaire irrémédiable (publié en 1956) et dans le souvenir des premières lectures de jeunesse, Rimbaud et Du Bellay. Si Du Bouchet affirme qu’une conversation avec Baudelaire ou Reverdy « peut être engagée », ce ne sera pas le cas avec Rimbaud. Il n’écrira pas sur lui, parce que Rimbaud a déjà tout dit et « ajouter quoi que ce soit serait incongru ».

 

Pas d’écriture chez le poète sans l’intention d’un renversement. Il le dit en ces termes : « il y a un mouvement qu’il s’agit de renverser : ne pas aller dans le fil de ce qui se détruit à chaque instant sous nos yeux ». L’édification contre la destruction ? L’écriture chez Du Bouchet c’est d’abord des prises de notes « sans finalité » dans des carnets, dont la plupart seront perdus, égarés. Noter dans un carnet n’a pas forcément de finalité, c’est aussi « écrire en pure perte ». Le livre n’est pas une fin en soi, dit-il. Néanmoins, le carnet est non plus ce lieu où les notations peuvent devenir poèmes. Tout ce qui est consigné est sans visée, rien de préétabli. Du Bouchet voit en l’existence de l’écrivain quelque chose qui n’est pas continue, mais plutôt momentanée, ce qui lui fait dire qu’on peut être écrivain « trois minutes à peine ». Et l’on est écrivain que lorsqu’on écrit.

Le poète ne « s’attable » pas pour écrire des poèmes. Bien souvent, les notes sont prises debout, au long de randonnées, «…elles ont été écrites, en somme, pour me tenir compagnie ». André Du Bouchet a du mal à justifier son activité d’écrivain. Autant de mesure, de retenue, cela ne doit pas pour autant le placer dans une solennité ennuyeuse. Il y aurait plutôt en son geste d’écrire comme une forme d’insoumission, mais également une nécessité de redécouvrir la « relation » ou « l’échange », c’est-à-dire ce qui est le contraire de la « communication ». Redécouverte qui sollicite « un mouvement de retour à la langue », ce qui signifie « un mouvement de retour à soi ». Chez lui, donc, cette exigence en même temps que cette liberté fondamentale de revenir aux racines, aux origines de la langue, de toucher « à une fraîcheur d’étymologie », contre « une sorte de bande dessinée (qui) tend à se substituer à la langue ». Il s’agit de se rejoindre et, par conséquent, rejoindre « un autre à l’infini ».

Dans la relation que Du Bouchet entretient avec le lecteur, il y a cette même implication, ce même engagement. Ce n’est pas d’un simple lecteur qu’il s’agit, mais d’un « vrai lecteur », c’est-à-dire de quelqu’un qui « n’est pas différent de celui qui se trouve impliqué dans un rapport avec quelqu’un d’autre, qui est engagé dans une conversation avec quelqu’un d’autre ». L’écriture, la lecture, qu’est-ce qui pourrait différencier ces deux activités singulières, si ce n’est qu’être un écrivain c’est aussi être un « lecteur virtuel », et que lire implique deux êtres en conversation, « deux êtres en présence, qui ne font plus qu’un ».

Sur l’élaboration du poème, il y a cette parenté avec Alberto Giacometti dans le fait même de vouloir retrouver « le point de départ, qui est le point vivant, toujours perdu, noyé, dans cette accumulation de mots ». Du Bouchet dira du sculpteur qu’il « rejoint la tige de métal plantée dans le sol (…) Pour lui, élaguer, c’est retrancher ce qui a été ajouté et retrouver la tige, cette tige d’un homme dans l’économie de la langue, pour retrouver ce point vivant qu’on appelle parfois un poème (…) ». Veinstein souligne que la syntaxe du poète est très travaillée, qu’elle coexiste avec des mots qui « relèvent de l’élémentaire ». Faut-il également ajouter que Du Bouchet ne prête pas aux mots d’être immobiles : « un mot est toujours au futur, mobile, mouvant à l’infini ».

Du Bouchet est aussi connu pour ses traductions de Shakespeare, Hopkins, Joyce, Mandelstam, Hölderlin, Celan. Le poète a toujours relié l’expérience de la traduction à l’expérience de la poésie, « tout est toujours affaire de traduction ». Également ouvert à l’espace de la peinture, il fréquentera Jean Hélion, Alberto Giacometti, Bram Van Velde, Pierre Tal-Coat. Les livres d’artistes seront tous « issus d’un rapport d’amitié ». La première couverture de ces entretiens reprend un portrait du poète en mine de plomb, signé Tal-Coat, en 1975.

 

Le regard d’André Du Bouchet sur le monde est celui d’un homme confronté à tous les « éboulements », à tous les bouleversements dans tous les coins du monde. Durant son dernier entretien enregistré le 9 novembre 2000, à Paris, dans l’appartement de la rue des Grands-Augustins – cette même rue où Picasso peignit Guernica – quelques mois avant sa disparition, Du Bouchet dira de la violence qu’elle « prend des formes différentes, mais elle est toujours à l’œuvre sous nos yeux. Et c’est peut-être là aussi que se détermine un rapport avec le langage. Le langage n’est plus donné. Nous sommes toujours dans un rapport d’affrontement. Nous sommes en guerre dans la langue ».

Lorsqu’on sait que la poésie tend, encore aujourd’hui, « à être tout à fait niée », n’est-il pas essentiel de ne prêter à la poésie aucun masque, de ne pas l’affubler d’un rôle. C’est sans la moindre affèterie que ces entretiens sont à l’image de ce que Du Bouchet dira de la poésie, d’être « la forme de communication singulière qui est, je crois, la seule réelle».

 

« La poésie (…) c’est une fraîcheur de communication ». Et il n’y a pas de poème sans « un geste d’amitié ».

 

 

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| Le site de l’éditeur

http://editionslateliercontemporain.net/