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27/02/2014

Ernst Jünger (une lecture de Daniel Grenier)

 

UNE LECTURE DE DANIEL GRENIER

 

Ernst Jünger

 

 

    

 

© Ernst JüNGER « Carnets de guerre 1914-1918 »

ISBN : 978-2-267-02589-7 | 496 pages, 24€

 

« Carnets de guerre 1914 - 1918 »

Traduit de l'allemand par Julien Hervier

Christian Bourgois Editeur, 2014

 

 

 

© Ernst JüNGER « PREMIER ET SECOND JOURNAUX PARISIENS »

ISBN : 978-2-267-02608-5 | 784 pages, 12€

 

« Premier et second journaux parisiens 1941 - 1944 »

Traduit de l'allemand par Frédéric de Towarnicki et Henri Plard,

revu par Julien Hervier

Christian Bourgois Editeur, 2014

 

 


 

 

 

 

 

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 « Ernst Jünger – Grand de haut en bas. »

par Daniel Grenier

 

 

 

Bombardement d’obus et de cercueils. Le ciel, la terre et l’eau se mêlent au fond des tranchées où l’Homme inspire la poudre, le gaz, expire dans la gadoue… Déluge d’informations. Plexus solaires en miettes. Cervelles émulsifiées… Un guerrier chasse l’éphémère sous la mitraille. 

 

 

Avec Ernest Jünger. Géant des Lettres Allemandes mort à cent trois ans. Quatre ans au front lors de la der des der à faire BOUGER LES LIGNES avec ses tripes au prix du sang. Officier supérieur de l’État Major Allemand à Paris durant la suivante. En visite sur le front russe dans le Caucase… Jünger est Catholique. Pas Démocrate. Il écrira dans son Journal parisien, le 21 mai 1942 : « Il est certain que seules les natures qui savent sur quel principe de force se fonde l’univers, et qui viennentd’en haut, sont capables de faire face à l’effroyable soulèvement de la plèbe qui ravage le monde. » En permission chez lui près de Hanovre, avec sa femme Perpétua et leurs enfants : « Kirchhorst, le 10 novembre 1942 : Ma façon de participer à l’histoire contemporaine, telle que je l’observe en moi, est celle d’un homme qui se sait engagé malgré lui, moins dans une guerre mondiale que dans une guerre civile à l’échelle mondiale. » À Paris, le 29 mars 1942, jour de son anniversaire, il a alors quarante-neuf ans, le rouleau compresseur soviétique fonçant plein ouest : « Les démocraties s’uniformisent à l’échelle mondiale. Pour cette raison, il n’existe plus qu’une guerre des peuples. » Nous y sommes.

 

  La technocratie social-démocrate allemande flotte en apnée dans son liquide amniotique. Elle a l’œil poché, fermé sur le passé. Ernst Jünger serait un guerrier sanguinaire. De droite. Antisémite… Paris, 2 janvier 1944. Jünger cite Hölderlin : « La servilité gagne, et avec elle, la grossièreté. » Que dire du non-violent soft powerien, ce Villageois Global qui élimine cliquet souris la concurrence ? Ernst cultivant la haine du Juif au fond de son jardin et le classant dans son herbier ? Consultons son journal : « Paris, 17 janvier 1944 : Le soir, chez les Schnitzler, rue des Marronniers. J’ai rencontré (…) le lieutenant de vaisseau von Tirpitz, le fils de l’amiral. Ce dernier nous dit avoir trouvé, parmi les papiers de son père, datant de l’autre avant-guerre, une foule de lettres écrites par des Juifs anglais et allemands haut placés, et que dans toutes, l’éventualité d’un conflit entre les deux empires était considérée comme un grand malheur. Ce qui, même du point de vue du simple intérêt commercial, paraît plus plausible que les racontars de leurs adversaires. » L’année précédente il écrivait, à Paris le 27 août : « Au cours de ces décennies, le Germain a été saisi d’une étrange morbidezza (…) Dans cet état, l’homme germanique a besoin, lui aussi, d’un mentor juif, d’un Marx, d’un Freud ou d’un Bergson, qu’il vénère comme un enfant — quitte à commettre ensuite contre lui l’acte d’Oedipe. Il faut savoir si l’on veut comprendre ce symptôme caractéristique qu’est l’antisémitisme de salon. » Pendant que le rouleau compresseur américano freudien de l’industrie du bien-être sans verticalité prenait de la vitesse…

 

  Ernest Jünger chasse l’insecte. Il ausculte l’herbe folle et le calice du lis. Aime sa femme. A de nombreux amis. Fait des enfants. Cultive son jardin. Il participe à la révolution conservatrice de Weimar. Se tient à l’écart de la vie politique à la prise du pouvoir par les nazis. Écrit des milliers de pages. Lit la Bible. Cite Saint Jean : « Il faut que lui croisse et que je diminue (3.30). » dont le latin « Illum oportet crescere, me autem minui » dévoilerait mieux le sens.

 

  Traité de Versailles de 1918. Blocus économique. Trou noir capitaliste de 1929. Le crédit de l’Allemagne est épuisé sur les grands marchés financiers dès 1930. Fin du régime bourgeois de la République de Weimar en 1933. Hitler prend le pouvoir. L’étalon or du commerce international ruine le pays. Une nouvelle économie fondée sur l’étalon travail des producteurs s’impose en Allemagne. L’Assemblée nationale du Front populaire, de gauche, vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain… « Kirchhorst, 22 avril 1942 : Avec les enfants dans le marais. Le petit a appelé le triton, qu’il voyait pour la première fois, un lézard d’eau“, ce qui m’a fait plaisir plus que s’il l’avait appelé par son vrai nom : n’avait-il pas manifesté ce don de discernement qui est à la base de toute connaissance, aussi nécessaire que l’or à la base du papier-monnaie ? (…) Quelle solennité prennent les pas sur la tourbe humide, pénétrée de teintes rougeâtres ! On chemine sur des couches de pure substance vitale, plus précieuse que de l’or… » Puis : « Paris le 29 juin 1943 : (…) La grande pénurie des denrées et l’abondance des insectes ont provoqué un boom sur le marché des insectes desséchés ­— encore une conséquence singulière de notre situation économique. Pendant que meurent les branches maîtresses de l’arbre de l’économie, ses rameaux les plus éloignés se couvrent de fleurs. Sur toutes ces choses, j’aimerais avoir un entretien avec un expert en économie politique qui dépasserait les limites de sa science et aurait quelques idées sur la fiction de l’argent… »* Argent-fiction… Les « Travailleurs », ainsi appelle-t-il la classe qui advient, paieront la dette de guerre.

 

  Lire les Carnets de guerre 14-18 et les Journaux parisiens 41-44 sustente plus subtilement que du média sans reliure. Ils ouvrent au choc entre éternité de l’âme et nihilisme ambiant. À l’alchimie du ciel et de la tourbe mêlés. Au contexte historique et à l’amour du prochain. À Markens grøde (L’éveil de la Glèbe) du Norvégien Knut Hamsun en 1921, Die Geächteten (Les réprouvés) de l’Allemand Ernst von Salomon en 1930, Le travail et l’usure de l’Américain Ezra Pound en 1933, La bataille de l’or en 1933 et La révolution européenne en 1942 du Français Francis Delaisi.

 

  Jünger publie en 1939 Sur les falaises de marbre quand une souscription est lancée en France pour fleurir de rosiers la ligne Maginot… Pas de recherche formelle chez Jünger. Du sens. De la condition humaine — L’homme, l’animal, le végétal, le minéral concourant à la ronde des planètes. Son style ? Morale et justesse du ton. S’érigeant contre les exécutions d’otages : « Paris, 17 février 1942 : À propos de mauvais style. C’est dans les développements moraux qu’il est le plus visible, quand ces plumitifs de bas étage entreprennent de justifier des crimes tels que les exécutions d’otages. (…) C’est que précisément, le style se fonde, en dernière analyse, sur la justice. Seul, l’homme juste peut aussi savoir comment on doit peser le mot, la phrase. Pour cette raison, on ne verra jamais les meilleures plumes au service de la mauvaise cause. » Scrutant le secret féminin : « Paris, 2 octobre 1942 : Il y a dans toute vie un certain nombre de choses que l’homme ne confie pas, même à l’être le plus proche. Elles sont semblables à ces pierres que l’on trouve dans l’estomac des poules ; la sympathie n’aide pas à les faire digérer. (…) Des filles de la Terre, pour sûr. Elles cachent dans leur sein des sciences terribles et solitaires, comme celle de la paternité. Ce sont là, en pleine bourgeoisie, de véritables abîmes médéens. L’image de la femme, par exemple, qui voit son époux cajoler durant des années un enfant qui n’est pas de lui. »

 

  Octobre 1943. Cent vingt mille Juifs vivent dans le ghetto de Lotz. Ils y travaillent pour l’armement. Les déportés affluent sans relâche des pays occupés. Les exécutions en masse ébranlent les nerfs des bourreaux. Des fours crématoires sont construits pour faire passer les victimes de vie à trépas. Elles sont asphyxiées par les gaz d’échappement des camions qui les transportent. D’autres, placées nues sur une plaque de fer sont électrocutées… Bombardements. Massacres de part et d’autre.

Hitler gesticule. L’élite, dont Jünger fait partie, complote. L’attentat contre le Führer rate. Exécutions ciblées. Suicides. La troupe sauve sa peau en essayant d’atteindre le garde-manger.

 

  Des succursales sont montées à Chicago sur les ruines des villes. Le technicien remplace la morale par l’hygiène, la vérité par la propagande. Les liens spirituels sont des rapports techniques, la communion une communication. Le nom des familles, un pseudo. L’écu et le blason des maisons un logo amnésique. L’État athée n’a qu’une sorte de serments valables : les faux serments ! Le reste est sacrilège. Lucifer éblouit, le Diable divise et Satan broie… Mais le chaos est propice à la création. Jean : Il faut que lui croisse et que je diminue (3-30)… « Paris, 17 avril 1943 : Choix d’une profession. Je voudrais être pilote d’étoiles. » Destin, plutôt que choix, de chevalier blessé à cinq reprises durant la Grande guerre et dont la force vitale fait œuvre.

 

*

 

  Paris. Jünger rencontre le monde des arts et de la littérature : Picasso, Braque, Bonnard, Cocteau, Céline, Léautaud, Jouhandeau… Il lit l’apocalyptique Léon Bloy, qui avait fait mettre sur sa carte de visite : « Entrepreneur de démolitions ». Achète des livres. En reçoit. Lit. Écrit son journal. Un essai : Appel à la paix.

 

  Jünger notait dans ses Carnets de guerre : « 8/10/15. L’indifférence envers les morts est massive, à peine les infirmiers en ont-ils traîné un derrière le parapet suivant qu’on recommence à plaisanter et à rire. » … Un siècle a passé. Les morts se relèveraient-ils, tels des morts-vivants, pour rire des vivants ? Ernst Jünger nous conforte : « Paris, 31 décembre 1943 : De toutes les cathédrales, seule tient la voûte des deux mains jointes. En elle seule repose l’assurance. ».

 

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* C’est précisément ce à quoi travailla, dès 1917, Gottfried Feder, qui fut le créateur du Parti ouvrier allemand et qui lutta contre la servitude de l’intérêt du capital. Hitler lui tourna le dos en 1933 pour s’associer aux grands groupes industriels allemands.

 

 

                   Daniel Grenier

(Journal d’active  2014 – Nogent, 19 février)

©Les carnets d'eucharis

 

 

 

NOTICE BIO&BIBLIOGRAPHIQUE

Ernst Jünger est né en 1895 à Heidelberg. Héros de la Grande Guerre, il relate son expérience du front dans Orages d'acier, avant d'entreprendre des études de sciences naturelles et de philosophie, puis de se lancer dans le journalisme politique. Mais bien qu'incarnant un courant violemment nationaliste, il est hostile à Hitler et publie en 1939 Sur les falaises de marbre, roman allégorique dénonçant la barbarie nazie.
Tous ses journaux de guerre, de nombreux essais, dont Le Travailleur, et plusieurs romans ont paru chez Christian Bourgois. Très controversé en Allemagne pour son passé militariste, il connaît une vieillesse apaisée, vouée aux voyages et à l'écologie, et meurt en 1998 à 102 ans.

 

 

 

 

 

 

  

 

© Ernst JüNGER «Jardins et routes (journal 1939-1940) »

ISBN : 978-2-267-02605-4 | 304 pages, 8€

 

« Jardins et Routes (journal 1939 - 1940 »

Traduit de l'allemand par Maurice Betz, revue par Julien Hervier

Christian Bourgois Editeur, 2014

 

 

QUATRIEME DE COUVERTURE : Jardins et Routes succède à Feu et Sang. Le héros de la Grande Guerre achève de rédiger Sur les falaises de marbre, parabole sur le triomphe de la barbarie, puis il part pour la « drôle de guerre », où les deux adversaires se figent dans une étonnante immobilité. Lui-même ne s'illustrera qu'en sauvant un blessé. Dans sa hutte de roseaux, de l'autre côté du Rhin, il observe les lignes françaises par un hiver glacial et s'immerge dans les grands rythmes de la nature, en attendant le déclenchement de l'Apocalypse.

Ce sera l'offensive foudroyante de juin 1940 ; cheminant à marches forcées derrière les blindés victorieux, il n'en verra rien, sinon les images sinistres qui jalonnent la déroute française. Secourable aux prisonniers encore sous le choc, il s'interroge sur l'esprit du paysage et sur ceux qui lui ont donné forme, ces anciens vainqueurs qu'a balayés « l'étrange défaite ».

 

 

                            

 

Rayonnement – ce titre tient tout d’abord compte de l’impression produite sur l’écrivain par le monde et ses objets, le fin réseau de lumière et d’ombres que ce monde crée. Multiples sont les objets, souvent contradictoires, souvent même polarisés, comme « Est et Ouest » et comme d’autres grands thèmes de notre monde qui s’entrelacent dans notre être intérieur.

Il existe aussi des rayonnements clairs et obscurs. Totalement obscurs sont les vastes lieux d’épouvantes qui ont surgi dans ce monde depuis la fin de la Première Guerre mondiale, et qui prennent une extension sinistre. Ce sont eux qui jettent une ombre sur la plus petite de nos joies.

 

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Kirchhorst, 1er juin 1939.

 

Le vieux chêne abattu près de Groβhorst. Nous y allons par de chauds après-midi et nous y faisons notre chasse subtile. Les cérambycidés, de velours noir, avec des bandes d’hiéroglyphes de velours jaune. Dans leur ardeur à se couvrir, ils errent sur l’écorce chaude, titubant de fougue amoureuse et de soleil, s’attardent encore quelques instants après s’être séparés, comme éperdus, puis s’envolent rapidement. Ensuite le Phymatodes rouge, en feutre pourpre, que je n’avais rencontré jusqu’alors qu’une seule fois, en 1915, près de Saint-Léger, en France. En outre les buprestidés dont le Chrysobothris est le plus joli spécimen. Il déploie ses élytres, couleur d’airain, avec des creux dorés, sous lesquelles paraît la seconde paire d’ailes, semblables à des dessous de soie verte et brillante. Et beaucoup d’autres encore.

 

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***

 

Neufchâteau, 25 mai 1940.

 

Le matin, nous faisons route par Martelange. Là-bas le pont est détruit, ainsi que beaucoup de maisons, sans doute à la suite d’explosions de mines. Çà et là on revoit déjà les paysans travaillant dans leurs champs. Est-ce confiance, est-ce un instinct d’insecte, qui pousse l’homme en pleine destruction à se remettre infatigablement à l’œuvre ? Tout en notant cette pensée, je me réponds à moi-même non sans amusement : « Et toi, ne tiens-tu pas ton journal ? »

 

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© Ernst JüNGER «LA CABANE DANS LA VIGNE (journal 1945-1948) »

ISBN : 978-2-267-02611-5 | 512 pages, 10€

 

« La cabane dans la vigne (journal 1945 - 1948 »

Traduit de l'allemand par Henri Plard, révisé par Julien Hervier

Christian Bourgois Editeur, 2014

 

QUATRIEME DE COUVERTURE : Renvoyé dans ses foyers avant la fin de la guerre, Jünger assiste à l'agonie du Troisième Reich dans un vieux presbytère bondé de réfugiés, fuyant les bombardements et l'arrivée des Russes. Les villes allemandes flambent dans le feu du phosphore et quelques fanatiques voudraient voir le monde disparaître avec eux. Jünger ordonne de cesser toute résistance à l'arrivée des premiers chars américains ; ému, à l'exemple du prophète Isaïe, par l'image de la « Cabane dans la vigne » cernée par les ennemis victorieux, il tente de puiser dans les limites de son univers familier la force de surmonter l'épreuve.

La vie reprend petit à petit : il y a le bois à casser pour l'hiver, le jardin à cultiver, les survivants à revoir. Refusant de désespérer devant l'ampleur du désastre, Jünger espère que notre monde, parvenu au point zéro du nihilisme, saura le dépasser et connaîtra une nouvelle naissance.

 

 

                            

SITES À CONSULTER

& autres ouvrages sur Ernst Jünger

 

LES DOSSIERS H

(Ernst Jünger)

Sur le site : L’âge d’homme Editions

 | © Cliquer ICI

 

 

ERNST JÜNGER

(Biographie de Julien Hervier)

Sur le site : Editions Fayard

 | © Cliquer ICI

 

Carte blanche aux Editions du Petit Pois

 

 

CARTE BLANCHE

Aux éditins du Petit Pis

Poésie contemporaine

 

SAMEDI 22 MARS 2014

à 17h

 

 

La Librairie Le Chant de la terre
16 rue Joliot Curie
30130 Pont-Saint-Esprit

 

 

Trois duos d'auteurs en lecture pendant vingt minutes chacun :

Arnaud Savoye et Nathalie Riera

Vincent Calvet et David Zorzi

 (présentation des livres de la collection Correspondances)

 Stéphan Causse et Cécile Boisson

 

AS NathalieRIERA VincentCalvet2 copie 

 

Arnaud Savoye, Nathalie Riera, Vincent Calvet, Stéphan Causse

 

Les lectures seront  entrecoupées d’entretiens.

La rencontre sera suivie d'une signature et d'un apéritif.

 

Sur le site : Les Editions du Petit Pois

 | © ICI

 

Sur le site : Librairie Le Chant de la Terre

 | © Cliquer ICI

 

Sur le site : Les Amis du Chant de la Terre

 

 | © Cliquer ICI

 

 

 

 

26/02/2014

Les écritures croisées : rencontre/hommage JULIO CORTAZAR

Les Écritures Croisées
vous invitent à la rencontre / hommage



Julio Cortázar
Comment lire Julio Cortázar aujourd’hui

avec
Aurora Bernárdez-Cortazár
(traductrice, épouse de Julio Cortazár)
Raquel Thiercelin-Mejias
(Maître de Conférences honoraire au département d’études hispaniques
et hispano-américaines de l’Université de Provence, traductrice)

Carles Alvarez Garriga
(critique littéraire, éditeur)
Juan Manuel Bonet
(Écrivain, poète, critique d’art, directeur de l'institut Cervantés à Paris).
Guy Scarpetta
(Romancier, essayiste et universitaire)

lecture par Anne Alvaro
(comédienne)

Interprétariat Claudine Rimattei

Mercredi 19 mars 2014 à 18 h 00

Amphithéâtre de la Verrière / Cité du Livre
Aix-en-Provence

ENTRÉE LIBRE

CONTACT : LES ÉCRITURES CROISÉES
ecriturescroisees2@yahoo.fr - Tél. 04 42 26 16 85

 

 

ICI

 

Julio Cortázar est né en Belgique en 1914 ; il grandit en Argentine où sa famille fait son retour en 1918. Dès son enfance, la lecture lui donne la sensation de s’affranchir du temps et de l’espace. “Il y a eu un monde parallèle, perméable, mêlé au monde de tous les jours, celui de l’école et de la maison, et moi j’évoluais de l’un à l’autre”. Le fantastique est pour lui une perception plus qu’une idée abstraite ; il n’a pas de rapport conventionnel au langage : les mots ne servent pas seulement à nommer, mais forment une matière vivante. De 1928 à 1935, il étudie à l’École normale de Buenos Aires, découvre la littérature contemporaine européenne, le surréalisme et l’écriture automatique. À 21 ans il obtient le diplôme de professeur de lettres, enseigne et traduit des textes de fiction. Opposant au gouvernement de Perón, il s’installe définitivement en France en 1951, travaillant comme traducteur à l’Unesco. À partir des années 60, Cortázar est une figure majeure de la littérature latino-américaine. Auteur engagé, il soutient la révolution cubaine et s’oppose aux généraux Pinochet et Videla. Julio Cortázar publie plusieurs romans dont Les Armes secrètes, Tous les feux le feu, Lelivre de Manuel ou Marelle qui est une œuvre littéraire expérimentale, mélange de monologue intérieur, d’humour irrévérencieux, de prouesses techniques et de langage novateur et poétique, permettant au lecteur de choisir entre une lecture linéaire et une lecture non linéaire. En 1981, il reçoit la nationalité française. Il meurt de leucémie le 12 février 1984 à Paris. Parmi les adaptations cinématographiques de ses œuvres, il faut noter Blow-up d’Antonioni et Le GrandEmbouteillage de Comencini.

 

 

 

julio cortazar 2.pdf

 

21/02/2014

Gueorgui Pinkhassov

 

 

 

Gueorgui Pinkhassov | ©  Cliquer ICI

 

Tararira : le film perdu de Benjamin Fondane

 

 

L’ATELIER DE LA CRÉATION

 

 Accueil

Tararira : le film perdu de Benjamin Fondane


d’Andrea Cohen et Gaël Gillon

Photographie de tournage de TARARIRA

© Archive d’Olivier Salazar-Ferrer

 

 

Site officiel | © France-Culture

 

 

 

 

 

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 Cet atelier évoque  l’histoire incroyable de ce film perdu, tourné à Buenos Aires en 1936 par Benjamin Fondane, (1898-1944)   poète et philosophe roumain installé à Paris. La grande dame des lettres argentine Victoria Ocampo, dans son livre « En Témoignage »,  rappelle  la venue à Buenos Aires de l’écrivain à son initiative. C’est grâce à elle et aux membres du quatuor  Aguilar que Fondane pourra  réaliser  un  film, conçu dans un esprit totalement  dadaïste. «  Si j'étais libre, vraiment libre, je tournerais un film absurde, sur une chose absurde, pour satisfaire à mon goût absurde de liberté” avait déclaré Fondane en 1933. Quand le montage a été  terminé Fondane est retourné en  France, son pays d’adoption. Pour des raisons ignorées, le film n’a pas été distribué. Toutes les tentatives de Fondane pour le récupérer  échoueront et les copies existantes     (à Paris et à Buenos Aires)   disparaîtront après la guerre. On imagine que  si Tararira avait été une réussite, Benjamin Fondane aurait pu s’installer en Argentine  et éviter sa fin  tragique, dans une chambre de gaz  Auschwitz en 1944...

Pour retracer l’histoire du   film  nous entendrons  les  témoignages des spécialistes de l’œuvre de Fondane et de son activité de cinéaste  et la lecture  des fragments des lettres que l’auteur a  envoyé    à sa sœur et sa femme pendant le tournage.

 

À propos du film Tararira (1936)

Tararira est le seul film réalisé entièrement par Fondane à Buenos Aires pendant l’été 1936. C’est un long-métrage noir et blanc tourné en 35 mm, produit par la Falma Film dirigée par Miguel Machinandiarena. Le scénario en espagnol met au premier plan les quatre musiciens entraînés dans une série d’aventures burlesques, interprétés par les musiciens d’un célèbre quatuor de luths des années 1930 (Pepe, Paco, Ezequiel et Isabel Aguilar). La musique du film, écrite par Paco Aguilar, est composée d’adaptations pour luths de Mozart, Haydn, Albéniz, Ravel, Brahms ou de mélodies yiddish.

 

Invités

Olivier Salazar-Ferrer, Ramona Fotiade, Michel Carassou (spécialistes de l’œuvre de Benjamin Fondane et responsables de l’Association Benjamin Fondane) :

http://www.benjaminfondane.org/association-benjamin-fondane.php

Antonio Navarro, luthiste, fondateur du nouveau quatuor Paco Aguilar qui a repris la formation et le répertoire du quatuor Aguilar

Silvia Baron Supervielle, poète, auteur de la préface du livre de Victoria Ocampo «  En témoignage »

 

Et les voix  de Victoria Ocampo, interviewé en France  par Viviane Forester en 1971

Et de Chola Asencio,  interviewé  à Buenos Aires  par Eve Grilliquez  en 1997 à propos du film Tararira dans lequel elle a participé en tant que comédienne.

 

Textes lus par Patrice Bornand et Clara Chabalier

 

Musiques  enregistrées par le quatour Aguilar entre 1930 et 1940 (archives d'Olivier Salazar-Ferrer)

 

Musiques du film "Tararira" enregistrées par le nouveau quatour  "Paco Aguilar" (direction Antonio Navarro)

 

Musique originale: "Palettes"  d'Andrea Cohen

Instrumentistes :

Elena Andreiev (violoncelle)

Yaïr Benaïm (violon)

Francisco Luque (guitare)

Carol Robinson (clarinette)

 

Archives sonores : INA et Olivier Salazar Ferrer.

Un grand merci à Olivier Salazar Ferrer pour son aide précieuse.

Remerciements aussi à Gonzalo Aguilar, et à Esther Casado.

 

 

19/02/2014

Camille de Toledo, L'inquiétude d'être au monde, éd. Verdier (une lecture de Geneviève Liautard)

 

 

UNE LECTURE DE Geneviève Liautard

 

 

L’inquiétude d’être au monde
Camille de Toledo

 

Editions VERDIER, 2012

Collection Chaoïd

 

 

 

 

Site officiel | © http://www.editions-verdier.fr/v3/oeuvre-linquietudedetreaumonde.html

 

 

 

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 L’auteur de ce chant met le doigt sur ce point sensible de notre cœur et appuie de toutes ses forces pour briser la concrétion qui en obstrue l’accès.

 

Quelle force dans ce recueil qui mêle prose et poésie dans une forme très libre dont on pourrait au premier abord se demander si elle est bien utile.

Mais bien sûr qu’ils sont utiles ces vers dont le rythme, la musique, les mots diffractés, réveillent -    si besoin était encore après avoir lu : Je pense au père qui attend son enfant, le soir, et prie, en silence. Il ne croit pas en Dieu.

Quelque chose va avoir lieu, va ressurgir, nous le pressentons, quelque chose de terrible que nous avons oublié, que nous avons relégué au plus profond, quelque chose d’essentiel pourtant. Le visage du père… le visage d’Anna… Ettore !... là où il était, il ne reste que l’effroyable vide… voilà ce que Camille de Toledo nomme inquiétude et dès le début de ce livre, nous savons qu’il parle de nous et de ce que nous ressentons tous à des degrés divers dans nos vies, de ce qui empoisonne ce début de siècle. Cet impossible apaisement qui grandit avec l’âge il vient de loin, il suffit de se souvenir…

Du temps où l’homme était encore au centre, la nature maîtrisée, paisible… souvenir, nostalgie ! Que s’est-il passé pour que l’inquiétude se glisse ainsi dans le corps des choses ?

L’inquiétude est le nom

que nous donnons à l’impermanence

 

Et s’en suit ce que nous pressentions, le triste cortège des horreurs passées et présentes qui ont fait et continuent à faire de ce continent, un continent d’assassins.

Camille de Toledo parle en son nom de l’Europe, de son histoire, de ses langues. Et de ces dernières, il se méfie : langues impériales, coloniales, nationales, où l’on sait plus qu’ailleurs, comment les mots fabriquent des tueurs,

-et voilà qu’il agite devant nos yeux des images que notre société, passé l’effroi de la révélation, s’empresse d’oublier tant nous sommes abreuvés, par l’entremise des écrans, de massacres au quotidien : une île de Norvège, une école aux Etats-Unis ; il remonte l’Histoire, Grande Guerre, Shoa, élargit le spectre aux caprices de la terre…-

 

Il en parle sans concession,

 

Car l’Europe persiste,

supérieurement honteuse

de ce qu’elle a pu dire : Nous sommes, nous,

tandis que vous n’êtes pas.

...

...

Vous n’êtes rien, Nègres ou Juifs ou Indiens

vous n’êtes pas digne de brûler

dans le foyer de l’être.

 

Europe où des bêtes dociles sont abreuvées par les mots nations, identités, assurances, médicaments. Mots de clôtures qui, d’une main, attisent les peurs, et de l’autre, offrent les services de leurs chiens.

 

 

Et puis ce leitmotiv,

Comment est-ce arrivé ?

 

Orgueil, éloignement, indifférence, alors qu’il faudrait re-lier le mot Terre et le mot Homme

Comme dans le Cahier de Césaire

par le trait-d’union. Dans l’antre des langues

qui porte la mémoire de notre immersion.

 

alors qu’il faudrait se réinscrire

dans le cycle des naissances

et des disparitions.

 

et qu’il ne faudrait pas chercher de faux remèdes à notre inquiétude.

 

La consolation est la grande tentation du siècle débutant.

 

Ne cherchons pas dans le monde la parole, le mot, la figure de la consolation. Essayons de nous tenir, dans l’inquiétude, sans nous soumettre. Ne déléguons plus nos vies aux consolateurs.

 

Malaise

 

J’ai vu après le massacre de Colombine

aux Etats-Unis, les gamins s’emparer

du joystick de la simulation

… pour se guérir

de l’effroi, de l’inquiétude

 

Nous ne sommes plus dans le phénomène de catharsis des tragédies antiques où il ne faisait aucun doute sur le bien et le mal, le bon et le méchant. Aujourd’hui, les/nos enfants peuvent endosser tout aussi bien la tenue du premier que du second souvent bien plus attractive.

 

Camille de Toledo pousse le trait jusqu’à l’extrême. Son poème s’ouvre sur l’angoisse de perdre un enfant et se referme sur l’enfance en criant à non assistance à personne en danger.

 

Les gamins ne croient plus ce qu’ils voient.

Ils savent que tout, désormais

Est susceptible de se métamorphoser.

 

Qui prépare les enfants  à ce temps nucléaire ?

 

Ce trentenaire est lui-même concerné. Lui qui est né bien après les catastrophes inscrites dans les mémoires, dont il est pourtant lourdement chargé, s’autorise à dire :

Nous ne sommes pas préparés.

Voilà la grande faute.

 

comme si la génération de ses grands-parents l’avait été par la force des choses, ayant vécu la/les guerres, celle de ses parents nés dans un pays apaisé, n’ayant pu/su opérer cette transmission.

 

Le lecteur pris à témoin tout au long de ces pages, est invité/accueilli dans une forme de sagesse résignée : nous ne demandons rien d’autre qu’un peu de paix.

 

Mais cette prière, nul n’est là pour l’entendre…

 

…sauf le poète dont il a endossé le rôle et qui porte à bout de langue l’espoir en forme d’utopie.

 

 

***

 

Camille de Toledo nous dit :

 

"Ce texte, écrit pour la Maison du Banquet et des générations, a été lu le 8 août 2011 à Lagrasse. La décision de le publier est indissociable, en moi, d'un espoir de voir les mots agir sur et dévier l'esprit contemporain de l'Europe."

 

Le 8 août, soit 15 jours après la tuerie d’Utoya.

 

 

Geneviève Liautard

24 janvier 2014

© Les Carnets d’Eucharis

 

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Camille de Toledo de son vrai nom Alexis Mital, né le 25 juin 1976 à Lyon (France) est écrivain mais aussi vidéaste, musicien et photographe.

 

 

 

 

Camille de Toledo | ©  Ghila Krajzman

 

 

L’inquiétude est le nom que nous donnons à ce siècle neuf,
au mouvement de toute chose dans ce siècle.
Paysages
! Villes! Enfants!

Voyez comme plus rien ne demeure.
Tout bouge et flue.
Paysages
! Villes! Enfants!
L’inquiétude est entrée dans le corps du père qui attend son fils,
comme elle s’est glissée, un jour, dans le corps des choses.
C’était hier. C’est aujourd’hui.
Ce sera plus encore demain.
L’inquiétude de l’espèce, des espèces,
et de la Terre que l’on croyait si posée,
qui ne cesse de se manifester à nous,
sous un jour de colère, au point qu’on la croirait
froissée ou en révolte.

 

 

 

 

 

 

Jean-Louis Giovannoni - Voyages à Saint-Maur, Champ Vallon 2014 (une lecture de Tristan Hordé)

 

 

UNE LECTURE DE TRISTAN HORDÉ

 

 

Voyages à Saint-Maur
JEAN-LOUIS GIOVANNONI

 

Editions CHAMP VALLON, 2014

 

 

 

 

Site officiel | © http://www.champ-vallon.com/Pages/Pagesrecueil/Giovannoni1.html

 

 

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 Le pluriel du titre oriente vers des relations anciennes qui conduisaient le lecteur vers les Amériques ou le Moyen Orient (Voyages à Athènes, Constantinople et Jérusalem, 1602-1605), ou l'on peut penser à ces explorations des ressources et du patrimoine d'une région (Louis Jouve, Voyages anciens et modernes dans les Vosges, 1838), mais Saint-Maur n'est pas en Martinique ou dans l'Océan Indien, c'est une ville du Val-de-Marne. Il ne s'agit donc pas de voyages dans l'espace, mais dans le temps, le récit débuté au printemps 1981 s'achève le 21 décembre 2012. Sont mêlés les parcours réels dans la ville (seulement les cinq premiers voyages) et les souvenirs reconstruits ou imaginés, notamment à partir de photographies, l'une achetée aux Puces et quatre prises par la mère du narrateur. Le récit est précédé d'un croquis avec la légende « La commune de Saint-Maur-des-Fossés est quasiment encerclée par la Marne... », le dernier "voyage" rappelle, grâce à la vue aérienne, « La Marne entoure Saint-Maur » : fin des voyages comme si rien n'avait bougé.

  

   On sait, par le poème Mère1, l'importance qu'a eue pour Giovannoni sa mère, morte en 1974,  dans sa décision d'écrire, et ce n'est pas hasard si le premier chapitre est introduit au présent par l'annonce de son décès et l'indication de son adresse, but du voyage : « Ma mère est morte. Elle habite au 23, avenue Jean-Jaurès », et l'ensemble du récit est organisé autour de ce lieu qui semble pourtant ne pouvoir être atteint. Le narrateur ne s'y rend pas au cours du premier voyage, non plus lors du second :  « Impossible d'aller au 23 », « Je saute le 23 ». Pour le troisième, les choses sont plus simples, le narrateur ne sort pas de chez lui et un poème titré "Le corps immobile", précède une plongée dans les souvenirs. Ce n'est que pendant le quatrième voyage qu'il pousse le portail du "23", ce qui déclenche (« C'est parti" ») un flot de souvenirs d'enfance. Le "23" ne réapparaît que dans le dernier chapitre où le narrateur retourne dans un Saint-Maur virtuel à l'aide de Google Maps ; alors : « Le 23. / Je monte le curseur. / Impossible d'entrer. L'image se brouille. »

   Ces retours à Saint-Maur ne sont que très partiellement dans un présent et encore se limitent-ils à quelques endroits, énumérés dans le dernier chapitre, notamment le cimetière, la place Galilée, l'avenue Jean-Jaurès, la Marne et la passerelle — et le bus 111. Les quatre premiers parcours sont effectués en 1981 au rythme des saisons, du printemps à l'hiver, le cinquième en septembre 1982 ; ensuite, les repères temporels sont absents : tout se passe dans le passé des souvenirs, partiellement étayés par des photos. Parmi les images fortes se détache une figure féminine dont le portrait est à peine esquissé, celle de la grainetière chez qui le narrateur enfant, amoureux silencieux, venait acheter des pommes de terre ; elle lui a donné une brochure sur les nuisibles du jardin, ce qui a entraîné toute une série d'observations. Cette figure revient, présente absente dans un retour rêvé à Saint-Maur : la nuit, le narrateur voit dans la boutique des vêtements de la femme sur une chaise.

    Le narrateur observe, sans cesse, dans ses journées à Saint-Maur les modifications du paysage urbain. Mais le réel disparaît régulièrement et surviennent des faits étranges. Par exemple, une femme et un enfant le fixent dans le bus 111, se lèvent quand il se lève et le suivent quand il descend, mais il remonte très vite juste avant la fermeture des portes — s'agit-il du narrateur enfant et de sa mère dans un autre temps ? Auparavant, au cours du premier retour à Saint-Maur, quand il est sur les bords de la Marne, il note : « Tout le monde me regarde » ; plus loin dans le temps, il relève encore, « On me regarde ». L'enfant lui-même est guetté par le propriétaire du petit immeuble ou, d'une autre manière, par une voisine très âgée, Mme Yvette, dont le fils Dédé sort périodiquement de l'asile. D'autres éléments sont à la frontière du réel et de l'imaginaire, ainsi la masse d'écrevisses remontées de la Marne, la barque noyée..., et quand l'enfant se réfugie dans un appentis à l'abri des regards, c'est pour voir le monde à travers une vitre déformante qui, comme un kaléidoscope, transforme l'aspect des choses. Par ce biais, il réinvente à son gré l'univers : « je ne me lasse pas de faire et de défaire. Un monde en un clin d'œil. »

  

   Les lieux nommés existent — on peut aisément le vérifier —, l'espace est donc précisément délimité mais, ici et là, des énoncés, parfois très brefs, sans lien avec le contexte, accroissent le sentiment que la frontière entre réalité et imaginaire est très poreuse, ce que renforce l'absence de repères chronologiques et la construction même du récit, formé de courtes séquences souvent indépendantes les unes des autres. Le lecteur passe d'un jardin la nuit, où « Les objets articulent de petits cris », auxquels le narrateur répond, à une scène dans une chambre d'hôpital dans la séquence suivante et l'on peut imaginer qu'il s'agit des derniers moments de la mère. Le douzième et dernier voyage, entrepris en 2012 à partir de Google maps, ferme le récit. L'image sur l'écran de l'ordinateur ne suscite plus les souvenirs et puisque la ville ne peut plus être un mélange de réalité et de rêve, elle n'a plus à être : « Zoom arrière. / Saint-Maur s'enfonce. / Fermeture de session / en cours... »

 

Tristan Hordé, février 2014

© Les Carnets d’Eucharis

 

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SITE À CONSULTER

 

[Huitième voyage à Saint-Maur]

Sur le site : Terres de Femmes

| ©  Cliquer ICI

 

 

 

JEAN-LOUIS GIOVANNONI

Ecrivain et poète français, né à Paris en 1950. Il a exercé le métier d'assistant social, pendant plus de trente cinq ans, dans un hôpital psychiatrique parisien. Il effectue aussi des lectures de poésie dans les prisons[]. Il fonde en 1977, avec Raphaële George, la revue Les Cahiers du doublequ'il codirige jusqu'en 1981. De 2005 à 2007, il est membre du comité de rédaction de Nouveau Recueil.

 

 

 

 

Juste pour situer

Voyages à Saint-Maur tourne autour du 23, avenue Jean-Jaurès, à Saint-Maur-des-Fossés où ma mère vivait dans un studio (fin des années 50, début des années 60) avec son chat Pompon et deux poissons rouges.
Un autre axe détermine l’avancée de ce livre
: les photos d’un petit garçon de huit ans, retrouvées dans une boîte à chaussures. Cinq d’entre elles ont pour décor les bords de Marne (passerelle de la Pie, quai de Bonneuil), les deux autres ont été prises dans le jardin du 23, avenue Jean-Jaurès. Les dates sont précisées à l’arrière de chacune d’entre elles. Le photographe est ma mère. Une dernière photo représente un enfant inconnu ayant à peu près le même âge que le premier et faisant du surplace sur un vélo. Ce document a été acheté aux puces de Saint-Ouen dans les années 1980. Aucun prénom ou nom ne figure à l’arrière, si ce n’est la marque Kodak imprimée et la référence: B 546.

(EXTRAIT)

 

 

 

 

 



1 dans Jean-Louis Giovannoni, Garder le mort, suivi de Mère, préface de Bernard Noël, Fissile, 2009.

Jonathan Williams, Portraits d'Amérique (éd. Nous, 2014)

 

Portraits d’Amérique
JONATHAN WILLIAMS

 

Editions NOUS, 2014

NOW

 

 

 

 TRADUCTION  & EDITION |Jacques DEMARCQ

Introduction de Rachel Stella

Site officiel | © http://www.editions-nous.com/main.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

William Carlos Williams (1883-1963) dans son jardin, 9 Ridge Road, à Rutherford, New Jersey. Ce devait être vers la fin de l’automne 1961, quelque seize mois avant sa mort. À la fin de sa vie, le docteur avait perdu la rudesse qu’on lui attribuait, même si j’imagine qu’il a toujours été généreux, simplement exaspéré par la fréquentation d’un monde insensible. Il tenait sa force de sa vulnérabilité, de sa « féminité » dans un univers de mots et de fleurs. C’est un de ses attraits pour les nouvelles générations d’écrivains américains, hommes ou femmes. Je n’oublierai jamais la gentillesse qu’il a montré envers mes efforts de poète et d’éditeur débutants : « C’est une chose étrange, m’écrivait-il, que le “nouveau”, catégorie où je range ce que vous faites. D’abord ça choque, voire dégoûte un homme comme moi, puis au bout de quelques jours, ou d’un mois, d’un an, on se précipite l’eau à la bouche, comme devant un fruit, une pomme en hiver… »

(p.15)

 

Mina Loy (1883-1966) à Aspen, Colorado, en 1957. En 1921, Ezra Pound écrivait à Marianne Moore : « Et puis, entre nous, y a-t-il quelqu’un aux États-Unis à part vous, Bill [W. C. Williams] et Mina Loy, qui puisse écrire en vers un truc intéressant ?» Que s’est-il passé ? Les malheurs de sa vie privée ont fait disparaître Mina Loy. Jargon Press a publié son Lunar Baedeker & Time- Tables en 1958, sans grand écho ; puis en 1979, tout ce qui a pu être retrouvé de son meilleur livre, The Last Lunar Baedeker. Le problème, comme l’a écrit Rexroth, c’est qu’« elle a sans doute été ignorée du fait de l’exception absolue que constitue son œuvre. D’ordinaire, la poésie érotique est lyrique. La sienne est élégiaque et satirique. Elle est aussi drôle que Volpone ou le dénouement du Jin Ping Mei. Les gens n’aiment pas ce genre de poésie. » C’était une très belle femme d’une extrême intelligence. Sa tombe, dans un bosquet des Rocheuses, est peu visitée.

(p.16)

 

 

 

 

18/02/2014

Ritratti di Poesia - Nathalie Riera

12 février 2014

Ritratti di Poesia

8ème édition

 

 

Variazioni d’erbe (frammento)

 

Laddove fioridove frecce

 

mon autobiographie est faite de muscles et d’affects

écriture sans hermétisme sans engagement

l’encore plus fleuri en amont du bruit

 

aux syllabes volatiles des ornements défaits du corsage tourner les pages caresser le cuir du langage et les voyelles de jouir font tinter ta gorge

 

l’écriture ma botanique mes renouées des ruisseaux mes poivres d’eau les acryliques du verbe bondissent mes graves et mes aigus feulement des flux et replis mes panthères de pierres

 

le voci grigie  n’ont pas vie de liesse alors ad alta voce  se répète se blesse l’éclat au pré fleuri de la robe au beau vert de la nudité aux pétales de la langue dans un son prolongé

 

***

 

Variations d’herbes (extrait)

 

là où fleurs où flèches

 

la mia autobiografia è composta di muscoli e affetti

scrittura senza ermetismo senza impegno
il più fiorito ancora a monte del chiasso

 

alle sillabe volatili asole sbottonate della camicetta girare le pagine accarezzare il cuoio del linguaggio e le vocali di godere fanno risonare la tua gola

 

la scrittura mia botanica mio riannodarsi dei ruscelli miei granelli d’acqua gli acrilici del verbo guizzano i miei gravi e i miei acuti ringhio dei flussi e di spire mie pantere di pietre

 

le voci grige (1) non hanno vita festante allora ad alta voce (1) si ripete si ferisce lo scintillio fino al prato fiorito del vestito dal verde sgargiante della nudità dai petali della lingua in sonorità prolungata (1)

 

(1) In italiano nel testo.

 

 

***

Nathalie Riera, Variations d’herbes, 2012

© Les Éditions du Petit Pois • Béziers

http://cordesse.typepad.com/leseditionsdupetitpois/

 

 

Ritratti di Poesia
In viaggio con la poesia

 

ottava edizione, 2014

 

Roma, 12 febbraio 2014

Tempio di Adriano – Piazza di Pietra

 

 

Vincenzo Mascolo

(directeur artistique de Ritratti di Poesia, manifestation promue par la Fondation de Rome

direttore artistico di Ritratti di poesia, manifestazione promossa dalla Fondazione Roma)

 

 

 

Nathalie Riera avec Elena Chiti (traductrice éditoriale : arabe, italien, français)

 

 

Vincenzo Mascolo (à gauche)

Nathalie Riera (au centre)

Elena Chiti (à droite)

 

 

 TEXTES  |Nathalie Riera

TRADUITS PAR |Francesco Marotta, Viviane Ciampi et Isabelle Attali

INSTANTANÉS NUMÉRIQUES  |Sabine Péglion

Site officiel | © http://www.fondazioneroma.it/it/1619.html

 

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Avec mon amie, la poète Sabine Péglion, en direction du forum romanum (le forum romain)

 

 

L’architecte iconoclaste, écrivain et performer Hugues fj Rolland

en discussion improvisée avec Vincenzo Mascolo

 

 

 

Au sortir d’une très longue journée (de 9h30 à 21h30)

consacrée à la poésie sous toutes ses formes, devant le Temple d’Hadrien

 

 

Nguyen Chi – Trung (Vietnam)

 

 

Mohammed El Amraoui (Maroc)

 

 

Lello Voce (Italie)

 

 

La Plage d’Ostie (vue aérienne)

 

 

CLIQUER ICI

Nathalie Riera | © Les Carnets d’Eucharis

 

 

 

 

Feeling is first (extrait)

 

flexusflorens

 

I

 

Socle sans rythme l’éloquence à genoux

sous la plante des pieds la paupière

cuisses flexus glissent les phonèmes

percussions de l’œil

 

entendez de mon corps le son du cuivre et son aubade

de terre brune

de mon corps un Bois sacré

 

la vie et la chair sont controverses

pulsatrices géométriques elliptiques

sans ailes et sans voyelles

 

l’œil et le vide en tête à tête

me vertigent

me palpitent

l’abîme est sans virgules

chaise vide

 

louvoiement des verticales en orgasme

louve de mon pouls cou ployé

 

de mon corps un Bois sacré

que nul n’oublie

 

 

***

 

Feeling is first (frammento)

 

flexus florens

 

I

 

Zoccolo senza ritmo l’eloquenza inginocchiata

sotto la pianta dei piedi la palpebra

cosce flexus scivolano i fenomeni

percussioni dell’occhio

 

ascoltate del mio corpo il suono del rame e l’alba sua

di bruna terra

del mio corpo un Bosco sacro

 

la vita e la carne sono contraddittorie

pulsanti  geometriche ellittiche

né ali e né vocali

 

l’occhio e il vuoto a tu per tu

m’invorticano

mi palpitano

 

l’abisso è senza regole

vuota sedia

 

destreggiarsi delle verticali in orgasmo

lupa del mio polso collo piegato

 

del mio corpo un bosco Sacro

che nessuno dimentica

 

 

 

 

Nathalie Riera, Feeling is first/Senso é primo

– Collection « 1 et 1 » : un artiste et un écrivain – sur les peintures de Marie Hercberg

© Galerie Le Réalgar, 2011

 

 

Traduzione dal francese di Viviane Ciampi

 

06/02/2014

Pause

Les Carnets d’Eucharis font la pause

du 7 AU 13 Février 2014

 

Je serai en lecture le 12 février 2014

 

 

RITRATTI DI POESIA

8ème édition

ROMA

 

ICI

31/01/2014

Susan Sontag, Les Carnets d'Eucharis - par Marie-Christine Masset

 

 

UNE LECTURE DE

MARIE-CHRISTINE MASSET

 

 

 

   

 

 

 

SUSAN SONTAG, LES CARNETS D’EUCHARIS, NATHALIE RIERA

 


Avec l’aimable autorisation de Marie-Christine Masset

L’article paraîtra dans le prochain numéro :

N°12 - Mars, 2014

 

 

Site | © http://www.revuephoenix.com/

 

 

RevuePhoenix

9 rue Sylvabelle

13006 Marseille - FRANCE

 

 

 

 

 

 

 

 

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En liminaire de l’ouvrage, dans son entretien avec Richard Skryzak, Nathalie Riera nous éclaire sur sa volonté de n’avoir pas à choisir entre le support numérique et le papier pour «faire circuler, faire (re)connaître, et pourquoi pas faire admettre que notre attention à la littérature et à l’art est la liberté de l’homme et de l’esprit.» Personne n’ignore plus la revue de poésie en ligne : Les Carnets d’Eucharis, active depuis 2008, son audace, sa richesse et ce nécessaire parti-pris d’offrir à l’internaute «le mouvement du sang», celui de la création dans les domaines de la poésie, de la littérature, de la photographie et des Arts Plastiques. Ce numéro 1 version papier consacré à Susan Sontag est un manifeste pour la littérature : «ce qui chez Susan Sontag résonne en moi ? Rien de plus important que cette volonté de ne pas occulter en littérature la dimension d’expérience, ne pas faire de la littérature désincarnée». Les contributions (neuf) éclairent le parcours de cette femme, son œuvre, ses combats, son refus du mensonge, du compromis, et cette interrogation comme le sens à donner à chaque mot : «La seule question qui vaille à propos d’un livre, un vrai, c’est : «Dans quel état va-t-il laisser la littérature ?»

 

Ses œuvres sont éclairantes : « La première tache de l’écrivain n’est pas d’avoir des opinions mais de dire la vérité » écrit-elle dans Garder le sens mais altérer la forme », elle n’hésite pas à se confronter aux combats du monde, ira sur le terrain : Vietnam, Kosovo, chercher la vérité, sa vérité « sa révolution intérieure » comme l’écrit si justement Angèle Paoli. Susan Sontag refuse le divertissement, son œuvre est sérieuse et, en conséquence, lisible. Elle sauve la littérature dont le dessein est d’être «prophétique».

Comme l’écrit Richard Skryzak : «les signes circulent» : Au pas du Lavoir (douze voix contemporaines), Le Chantier du Photographe, Traduction (plaisir de retrouver entre autres Alda Merini) et Recensions (dont un très riche portrait de Pierre Alechinsky) complètent ce numéro 1 papier qui peut, comme le dit Claude Minière, «se lire dans la main (dans la méditation)». A nous de reprendre cette phrase de Susan Sontag citée par Nathalie Riera : «Le poète est sauvé d’un égoïsme vulgaire par la force et la beauté de ses admirations.» Beau livre.

 

Marie-Christine Masset, janvier 2014

© Les Carnets d’Eucharis

 

 

 

SITE À CONSULTER

 

 

LES ARCHIVES DE LA REVUE

Sur le site : Phoenix

| © Cliquer ICI

 

 

 

 

 

SUSAN SONTAG

(1933-2004)

 

 

Susan Sontag

 

 

27/01/2014

Anna Toscano - Ritratti di Poesia, 2012 (seconda parte)

Franco Marcoaldi

 [Que dis-tu ? Que si je t’embrasse fort fort, j’ai quelque chance de plus d’échapper à la mort ?]

 

 

 

Dernières Parutions

2013

Editions de Corlevour

 

 

Franco Marcoaldi

 

 

©INTERNET | Franco Marcoaldi (à gauche) avec l’acteur Toni Servillo

                                                                 

« Le temps désormais compté »
Traduit de l’italien par Roland Ladrière.

 

 

 

Une lecture de Philippe Leuckx

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Italien d’Orbetello, né en 1955, a écrit une quinzaine de livres, essentiellement des poésies, chez Einaudi et Bompiani. Il a, entre autres, obtenu plusieurs prix importants : le Viareggio pour « A mouche aveugle », le Prix Pavese pour « Animaux en vers », et pour ce recueil, traduit par Roland Ladrière, le Prix international LericiPea, en 2008.

Un poète, aux prises avec le temps, voilà un thème très souvent exploité, mais Franco Marcoaldi en donne une exploration à la fois intimiste et universelle. Sous l’égide de Paul, dans sa « Première épître aux Corinthiens », il cerne « ce temps désormais compté » dans les anses, les obscurités et les clartés de l’existence. Une approche ontologique donne même à penser que ce poète, par des côtés très lisible et très réaliste, sait aussi instiller à ses textes une bonne dose de réflexion voire de philosophie. L’existence nous est comptée, dès lors faut-il en assumer la charge ? Ou veiller à l’oublier dans les rets de la vie ordinaire ?

Dans une écriture qui alterne tout petits poèmes de quelques vers et longues laisses plus descriptives, l’auteur décline ses passions : l’archéologie du proche et la prise en compte des grands défis de l’existence, prise entre fête et mort.

La maison du poète est centrale : qu’elle soit reposoir d’écriture ou demeure natale à reconquérir dans la trame de ses vers. Le poète luministe happe des lueurs, des ambiances, renoue avec un temps de jadis :

 

Car quelque chose éternellement circule dans l’air –

va et vient.

Il suffit de desserrer

les cordages, de laisser couler

le temps sur ses tempes,

                                   sans frayeur.

 

La maison devient pour ce passager du temps  un « protectorat/ vaste et étriqué » et la figure du père, avec lequel il a conclu « avant que tu meures…une paix profonde et durable », traverse l’air natal, suscite une quête profonde, comme s’il fallait plonger aux racines de l’être familial qu’il est.

Cette paix, cette « sérénité », ce travail à l’ombre sur un temps qu’il faut exhumer et ramener au jour de l’écriture sont autant de repères que le poète de « Amore non amore » se donne pour avancer, peu à peu, dans la nasse de Chronos.

Le reflet, le miroir, la quête sont au cœur du livre : même les passants et les chiens ordonnent sa pensée et la route appelle les pas. « La marche », sans doute, pour affronter les distances avec ce temps « circulaire », quitte à se « brûler » à l’intensité d’un réel, qui chauffe la course et attise l’heure de vivre.

Car « Il n’y a qu’à vivre,/au fond » ou, dernier jalon d’une précieuse aventure avec soi : « De commencer à vivre,/ voilà de quoi il s’agit », vers qui closent le beau livre.

« Une faim de la vie » insuffle à ces poèmes un supplément d’âme et de lucidité et pourtant, il a dû en découdre avec les contraintes, avec les limites d’une existence parfois bien étriquée – cette chambre qu’on partage avec une flopée de frères et sœurs -, et pourtant, « le temps qui s’ouvre » laisse planer l’issue d’un jour « idéal pour mourir/ apaisé ».

À flairer le temps chez ses contemporains ou au contact d’illustres anciens (Saint Augustin), le poète nous parle, comme un ami pourrait avec lucidité et ferveur vous enjoindre à plus de clairvoyance encore et le lecteur sort du livre, conquis par l’élégance de la réflexion, des images qui tressent ce temps, à la fois familier et collectif, entre jugement de moraliste et inquiétude d’homme vivant.

La traduction est magnifique d’aisance.

Un bien beau livre.

 

Philippe Leuckx

© Les Carnets d’Eucharis

Janvier 2014

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SITES A CONSULTER

FRANCO MARCOALDI

 Site : EDITIONS DE CORLEVOUR

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 Site : ITALIAN POETRY

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25/01/2014

Ella Maillart & Annemarie Schwarzenbach

 

 

 

Deux femmes, une Ford vers l’Afghanistan

 

 

 

ELLA MAILLART & Annemarie Schwarzenbach

Internet | © Cliquer ici

 

 

 

[Vous cherchez un nouveau monde. J’en connais un qui est toujours nouveau parce qu’il est éternel. Aventuriers, ô conquérants des Amériques, moi je tente une aventure plus difficile, plus héroïque que toutes les vôtres.  Au prix de mille souffrances pires que les vôtres, au prix d’une longue mort anticipée, je vais conquérir ce monde toujours jeune. Osez me suivre et vous verrez ! ]

 

SAINTE THERESE D’AVILA

(1515-1582)

 

 

 « (…) Ella Maillart aspire à retourner en Afghanistan comme vers un paradis perdu, un monde originel, simple et harmonieux où l’on fait place encore à ce « facteur inconnu appelé divin ». De là, peut-être, pourra-t-elle observer l’Europe sous un nouvel angle « afin de comprendre la cause profonde de notre instabilité ». Il y a chez elle une étonnante placidité. « Je suis spectatrice de moi-même », dit-elle. Et elle cite encore cette phrase d’Emerson : « Le héros est celui qui est immuablement centré. » Le voyage n’a d’autre fonction, à ses yeux, que la recherche de son moi profond, de sa paix intérieure, de son équilibre, de son centre. Elle aurait pu reprendre à son compte la belle phrase de Novalis : « Le chemin mystérieux va vers l’intérieur… »

A ses côtés, « Christina », de son vrai nom Annemarie Schwarzenbach (Ella Maillart, en écrivant son livre, avait utilisé ce pseudonyme par égard pour les proches de la jeune femme), frappe par son mystère, sa trouble fragilité. Qui est-elle ? Etonnante, fascinante, énigmatique, journaliste oubliée, romancière sans doute trop négligée, trait d’union entre les intellectuels, les cultures, les continents, silhouette au destin tragique, morphinomane, plus troublée par les femmes que par les hommes, morte en 1942, à l’âge de 34 ans, d’une hémorragie cérébrale consécutive à un accident de bicyclette, Annemarie Schwarzenbach rayonne comme une sorte de soleil noir, d’ange déchu, de tragique météore dans les Lettres suisses. On savait qu’elle avait inspiré un amour fou à Carson McCullers qui écrivit pour elle Reflets dans un œil d’or et était prête à tout pour suivre à ses côtés, qu’elle avait été aussi l’amie de Klaus et Erika Mann. Les recherches du journaliste suisse Roger Perret nous aident désormais à mieux cerner son portrait. » (Extrait de la préface – Frédéric Vitoux, 1988)

 

 

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[- Une Ford ! C’est la voiture qu’il faut pour suivre la nouvelle route de l’Hazarejat en Afghanistan. En Iran aussi il faut avoir une voiture à soi. Il y a deux ans, j’ai fait le voyage des Indes en Turquie à bord de camions et d’autobus : je n’oublierai pas de sitôt ce voyage riche en poussière et en pannes, cette ferveur des pèlerins, ces nuits sur le bord de la route ou dans des caravansérails surpeuplés, les contrôles de la police dans chaque village traversé et -ce qui n’est pas facile à prendre en plaisantant -la nécessité de rester à proximité du camion au lieu de vagabonder à sa guise !

Dans les nuages au-dessus de la Maloja, une clarté diffuse semblait indiquer la route ; après un plongeon de mille cinq cents mètres dans la chaude Lombardie, elle se faufilerait à travers les Balkans, nous menant jusqu’au Bosphore, porte ouvrant sur les immensités asiatiques. Ma pensée était déjà en Iran.

« A l’est de la Caspienne, nous visiterons l’inoubliable tour du Gumbad-i-Kabus et nous camperons parmi les Turkmènes d’Iran : peut-être vivent-ils encore selon des coutumes que je n’ai pu observer chez leurs cousins transformés par les Soviets. Nous verrons le dôme en or de la mosquée de l’imam Reza, précieuse bombe lisse et compacte pointant vers le ciel. Puis nous atteindrons les deux gigantesques bouddhas sculptés dans la pure vallée de Bamiyan et, dans la même région, les lacs incroyablement bleus du Band-i-Amir. Plus loin encore, au pied du versant nord de l’Hindou Kouch, remontant la vallée de l’Amou-Daria (anciennement appelée Oxus), nous disparaîtrons dans les montagnes avant qu’une interdiction venue de Kaboul puisse nous arrêter. C’est là que vivent les hommes que je compte étudier, dans une contrée où je me sens à l’aise. Ce sont des montagnards que l’esclavage des besoins artificiels n’a pas encore atteints, des hommes libres que nul ne force à « augmenter leur production journalière ». Si le Kafiristan nous est interdit, nous pourrons traverser les Indes, joindre la nouvelle route de Birmanie et vivre là-bas avec les Lolos du Tibet Oriental. Lorsque j’aurai collectionné des faits nouveaux concernant ces tribus, je serai enfin admise dans la confrérie des ethnographes. Alors tout sera parfait : j’appartiendrai à une organisation, ce sera mon métier de vagabonder, et je n’aurai plus la tentation d’écrire des livres pour vivre. » ]

……………………………………………………….. (p.22/23)

 

ELLA MAILLART

(1903-1997)

 

 

 

 

 

Petite Bibliothèque Payot/Voyageurs, 1989

Préface de Frédéric Vitoux

 

Petite Bibliothèque Payot/Voyageurs

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AUTRE SITE À CONSULTER

 

Sur le site :Bibliothèque National Suisse

 [Annemarie Schwarzenbach:

Voyage en Afghanistan juillet 1939 - janvier 1940]

| © Cliquer ICI

The Silence - Mohsen Makhmalbaf (1998)

Gertrud Kolmar

 

 

À PARAÎTRE

Avril 2014

Editions Circé

 

Gertrud Kolmar

 

©INTERNET | Gertrud Kolmar

                                                                 

« Quand je l'aurai tout bu »

(poésie 1927-1932)

Edition bilingue
Préface d'Alain Lercher & Note sur Fernand Cambon

par Nathalie Georges Lambrichs
Traduction de l'allemand par Fernand Cambon
978-2-84242-356-5
360 pages

 

 

 

Gertrud (Chodziesner) Kolmar est née à Berlin le 10 décembre 1894. Sa vie, dans son éloignement des grands événements mondains et des cercles littéraires, est restée pratiquement inconnue jusqu'après sa mort. Elle a écrit la partie de son œuvre poétique la plus forte dans les années 1920-1930, une période malheureuse pour un poète allemand et désespérément tragique pour une juive allemande. Incapable d'échapper au Troisième Reich, elle a été d'abord condamnée au travail forcé dans les usines de munitions et déportée ensuite à Auschwitz en 1943 pour y être assassinée.

Gertrud Kolmar a cherché le refuge dans le monde physique, autour de quelques thèmes centraux : la nature de la femme et de ses passions, les miracles de la terre et de la mer et de leurs habitants, les créatures animales.

Ce volume comprend deux recueils : « Portraits de femmes » et  « Rêves de bêtes ». Nous publierons un second volume au printemps 2015. Seuls, comme œuvre poétique, « Mondes » a été traduit et publié par Seghers. Ses proses et sa correspondance ont été publiés par Christian Bourgois.

La présente traduction par Fernand Cambon, traducteur reconnu de Freud d’abord, puis de plusieurs poètes allemands du XXe siècle, des plus importants recueils de Gertrud Kolmar, vient combler ce manque magnifiquement. Il est malheureusement mort à la fin de ce travail et n’a pas pu en voir la réalisation finale.

 

 

CONTACT

contact@editions-circe.com

 

 

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LES SITES A CONSULTER

LES OUVRAGES DE GERTRUD KOLMAR

 Site : CHRISTIAN BOURGOIS EDITEUR

| © CLIQUER ICI

 

LA TRAVERSÉE DU MAL

 Site : ESPRITS NOMADES (Gil Pressnitzer)

| ©CLIQUER ICI

 

 

24/01/2014

Arno Schmidt, Scènes de la vie d'un faune

 

 

[Ceux qui commandent c’est toujours les pires, c’est-à-dire : les supérieurs, les chefs, les directeurs, les présidents, les généraux, les ministres, les chanceliers. Un type bien aurait honte d’être un supérieur !]

 

 

 

et ligne après ligne/and line after line

 

Du côté de chez…

Arno Schmidt

 

 

 

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©INTERNET | Arno Schmidt, 1962 – Von Rolf Becks

                                                                 

 

« Scènes de la vie d’un faune »

Editions Tristram, 2011 – pour la traduction française

Traduction de l’allemand et notes par Nicole Taubes

Postface par Stéphane Zékian

 

  Extraits

 

 

 

 

 

Tout écrivain devrait saisir d’une main ferme l’ortie de la réalité ; et tout nous montrer : la racine noire et visqueuse ; la tige de serpent d’un vert vénéneux et la vaniteuse fleur (fendue). Et ces pompiers, ces inutiles mentaux, les critiques, seraient bien inspirés de cesser leurs incantations imprécatoires contre les poètes, et de nous produire un jour quelque chose de « profond » : alors là, le monde entier leur crierait bravo de grand cœur ! La poésie est pareille à toutes ces belles créatures qu’entoure un nombre d’eunuques proportionnel à leur beauté ; les vrais idiots sont ceux qui se réjouissent des taches noires du soleil ! (Critiques, à bon entendeur, salut.)

(p.36)

 

Des vautours de béton aux serres d’acier rougies au feu passaient avec  des cris malsonnants au-dessus de nous, par grandes bandes (jusqu’à ce qu’ayant trouvé leur proie en face, dans le lotissement, ils eussent fondu sur elle). Une cathédrale aux dentelures jaunes s’éleva poussant des hurlements dans la nuit aux franges violettes : c’est ainsi que l’énorme clocher sauta dans les airs ! Des gerbes de balles traçantes rouges comme l’amour se déployaient au-dessus de Bommelsen et nos visages étaient de deux couleurs : la moitié droite était verte, la gauche d’un brun ennuagé ; le sol, en dansant, se dérobait sous nous ; nous levions nos longues jambes en cadence ; un cordon lumineux traçait des loopings déments dans le ciel : à droite, bonbon vitreux, à gauche, le violet profond du vertige.

(p.148)

 

Les lambeaux noir soufré de la nuit volaient au vent ! (une arlequine passa vêtue seulement de cravates rouges !) : quatre hommes essayèrent de rattraper un serpent géant qui sauta sur le ballast de la voie ferrée en sifflant et écumant de l’avant ; ils se calèrent sur leurs talons et semblaient émettre des cris (les bouches seules juste distendues ; et les casques ridicules des courageux idiots). Des placards lumineux apparurent de toutes parts à grand bruit, passant si vite qu’on ne pouvait pas tous les lire (seul résultat, les couleurs vénéneuses nous collèrent les yeux qui n’arrivaient qu’à s’entrouvrir en fentes spasmodiques : « Viens donc ! Käthe ! » Des flammes putassières, lubriques, tout en rouge, visages pointus, maquillage de travers, s’aventuraient dangereusement jusqu’à nous, gonflaient vers nous leur ventre lisse, leur rire crépitait, elles se rapprochèrent encore dans une lumière scabreuse de bordel : « Viens donc ! Käthe ! »).

(p.152/153)

 

 

Les hêtres : nos porte-enseigne, les chênes : nos athlètes, les sapins : nos arbalétriers : telle est notre garde du corps, comme jadis dans la Sherwood Forest : « Such outlaws as he and his Kate » ; et de la sorte nous pénétrâmes plus avant dans la forêt : je connaissais l’habitus de chaque brin d’herbe ; tel bout d’écorce était-il toujours à la même place ? : ici un renard avait imprimé sa griffe dans le sol pour grimper, là-bas un être humain, à présent, deux êtres humains. Les genévriers agrippaient, la mousse sur la pointe des pieds et hachis de chapeaux de charnus champignons, la fourmi furieuse à l’attaque des talons Conti : sous la jambe du pantalon la piqûre des lancéoles d’éteules.

Légers, en maraude, on marchait en suivant ses membres, sur des petits disques de prairie sans un vent jusqu’au moment où je me retrouvai dans les bras souples et épineux d’un jeune pin aux larges hanches (les branches, jambes écartées, un bassin accueillant, ma main surprit des replis muqueux moussus ; et la poitrine cuirassées rebondie haletante : « Käthe – ? – » « Présente » (tout près, à ma manche).

(p.156)

 

Les cavatines du vent.

Je me trouvais partout dans la cage des ses grands doigts, sous le joug de ses longs bras, de la large écharpe de ses jambes. Lourd. (Elle pourrait dire quelque chose comme : je le portais comme une moitié d’armure ; son corps me cueillait partout du bec ; il trouvait partout des seins à picorer.)

(p.158)

 

 

Arno Schmidt  ..................................

 

 

Scènes de la vie d'un Faune--Arno Schmidt

 

Arno Schmidt

Né en 1914 à Hambourg, mort en 1979 à Bargfeld dans la lande de Lunebourg, Arno Schmidt est l’auteur d’une œuvre dont l’originalité transcende les catégories habituelles.

Homme aux passions multiples — de l’arpentage à l’astronomie en passant par la traduction d’Edgar Poe —, il puise aussi dans la culture la plus populaire et sa propre expérience pour construire des récits débordant d’humour burlesque et d’audaces techniques, dont Jean-Patrick Manchette louait « passées les quatre ou cinq premières minutes de surprise, la formidable limpidité ».

Par la précision de sa riposte à l’obscurantisme nazi, par l’impact poétique de la langue qu’il s’est forgée, par ses jeux de pensées incessants et inépuisables, Arno Schmidt a révolutionné la littérature allemande de la seconde moitié du XXe siècle. Il est aujourd’hui traduit dans une dizaine de pays. CLIQUER ICI

Mina Loy - Manifeste féministe & écrits modernistes" - Editions Nous, 2014

 

 

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MINA LOY

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 FEMMES si vous souhaitez vous accomplir — vous êtes à la veille d’un soulèvement psychologique dévastateur — toutes vos illusions domestiques doivent être démasquées — les mensonges des siècles sont à congédier — Êtes-vous préparées à cet ARRACHEMENT —?

 

Cessez de placer votre confiance dans la législation économique, les croisades contre le vice & l’éducation égalitaire — vous glosez à côté de la REALITE. Des carrières libérales et commerciales s’ouvrent à vous — EST-CE LA TOUT CE QUE VOUS VOULEZ?

 

Mina Loy  ...........................

 

(Manifeste féministe & écrits modernistes)

 

 

 

Manifeste féministe &

écrits modernistes
MINA LOY

 

Editions NOUS, 2014

hors collection

 

 

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 TRADUCTION DE L’ANGLAIS ET PRÉFACE  |Olivier APERT

Site officiel | © http://www.editions-nous.com/main.html

 

 

 

 

 

 

 

 

FOR EVER AND NEVER

MINA LOY (1882-1966)

 

       Le 17 février 1917, le New York Evening Sun mène l’enquête : « Qui est-elle — cette femme moderne dont tout le monde parle ? Une telle créature existe-t-elle ? Où la trouver ? » : la réponse suit : « mina loy, peintre,  poète,  auteur dramatique », accompagnée de ce commentaire sans appel : « Mina Loy, si elle n’est pas la Femme Moderne, qui le serait ? »

       Voilà pour la surface publicitaire des choses — à New York, en 1917, c’est-à-dire au cœur de l’avant-garde qu’elle fréquente et fascine, ironiquement déjà ; de même qu’à Florence, quelques années plus tôt, elle frayait avec les Futuristes (Marinetti et Papini) sur un mode similaire ; de même qu’elle connaîtra le Tout-Paris artistique de 1923 à 1936 tout en éprouvant un certain sentiment de solitude, voire d’érémitisme : certes Arthur Cravan — l’amour improbable, impossible et sublime de sa vie — a disparu aux larges des côtes du Mexique — amour qu’elle ne renoncera jamais à rechercher (au questionnaire de Little Review, en 1929, lui demandant : « Quel a été le moment le plus heureux de votre vie ? Le plus malheureux ? » Lapidaire, elle n’hésita pas : « Chaque instant passé avec Arthur Cravan. Le reste du temps »). Mais peut-être davantage encore, la qualité implexe de son intelligence, la complexité de sa sensibilité — écartelée entre compassion profonde et lucidité satirique — concourent-elles à créer cette imperceptible paroi de cristal qui, d’une certaine façon, la rendait inabordable à nombre de ses contemporains. Et l’œuvre par-dessus tout : cérébrale-sensitive : le pressentiment et la pensée ; l’émotion et l’analyse ; la communion et le retrait ; la douleur et le sarcasme coexistent simultanément dans la traversée des multiples strates nous composant et que Mina Loy met à jour, comme l’exécuterait une dissection impitoyable, laquelle, épinglant la peau de nos attitudes, observerait les flux sanguin et nerveux nous émouvant, sans oublier de circonscrire la capacité de sublime du cerveau et du cœur métaphoriques. Il demeure assez incompréhensible, voire inadmissible, que cette œuvre persiste à être tant méconnue aujourd’hui — elle qui pourtant s’empare des mouvements avant-gardistes pour mieux les survoler et nous restituer une expérience d’être-au monde parfaitement neuve et originale. Sans doute Mina Loy elle-même contribua à ce silence en s’effaçant peu à peu de la vie publique à partir de 1936 (à New York) puis en s’installant à Aspen, Colorado, en 1953 — doutant toujours de la portée supérieure de son œuvre.

(Extrait PRÉFACE)

 

 

 

MINA LOY (1882-1966)

Poète, romancière, peintre, figure emblématique des avant-gardes littéraires et artistiques de son temps. Sa poésie, admirée par T.S. Eliot et Ezra Pound, a été traduite en français par Olivier Apert.

 

23/01/2014

Revue IntranQu’îllités, n° 2, mai 2013

 

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Revue IntranQu’îllités, n° 2, mai 2013

240 p. / 25 euros

 

La revue IntranQu’îllités vient d’une Haïti qui toutes voiles dehors s’échappe vers des rives inédites. Elle se veut d’abord une poétique et un art de vivre par temps de catastrophe. Ses initiateurs proposent régulièrement, là où le vent les amènent, des soirées intranQu’illes, où le slam, la musique, la poésie, la fiction affichent une union libre en toute décontraction. Découvrez ci-dessous les escales de la revue en 2013.
Peuplée de 150 contributions et répartie en 9 rubriques diversement synchronisées,  la revue IntranQu’îllités a placé la barre encore plus haut avec le 2ème numéro. “Nous avons pris”, écrit James Noël, “le contrôle de tous nos moulins à vent”. La figure de Borges et celle du Che hantent ce labyrinthe traversé par tous les vents du monde.  Les thèmes sont abordés prioritairement par le prisme d’une sensibilité frémissante, avec des créateurs d’horizons divers et d’expressions artistiques différentes. Cette union libre et multiple a accouché d’incroyables pépites. 


Ananda Devi, René Depestre, Adonis, Ramón Chao, Dany Laferrière, Mathieu Belezi, Ben Foutain, Vénus Khouri-Ghata, Gabriele Di Matteo, Hubert Haddad, Bernard Noël, Coskun, Fabian Charles, Souleymane Diamaka, Préfète Duffaut, Fanette Mellier, Rodney Saint-Eloi, Barbara Cardone, Pierre Soulages, Julien Delmaire, Mathieu Bourgois, Marvin Victor, Pascale Monnin, Michel Vezina, Arthur H, Thélyson Orélien et cent autres voleurs de feu, ont réussi le pari d’une grande fête des imaginaires.
 

 

 


Contact
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Site
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20/01/2014

The Black Herald N°4

 

REVUE

 

 

 

 

 

 The Black Herald

Issue #4 - 2013

Literary magazine – Revue de littérature

Poetry, short fiction, prose, essays, translations.

Poésie, fiction courte, prose, essais, traductions.

 

 

The Black Herald

is edited by Paul Stubbs and Blandine Longre

Comité de rédaction : Paul Stubbs et Blandine Longre

 

 

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 Anthony Seidman

Source photo : http://bagatelapress.com/anthony-seidman

 

 

Extrait

NOISE | BRUIT

 

                        C’est

 

le muezzine entonne, la trompette

commence sa fanfare, le West-End Blues d’Armstrong,

à présent la hanche de Coltrane vibre du lait de l’induction, les os font frémir

les particules isolées d’hélium et de poussière dans l’immensité des espaces interstellaires ;

jappement du coyote, buisson de sauge bruissant dans le vent, miaulements de chats en chaleur comme des belles dans d’étouffantes cabanes marinant dans l’urine et l’huile de moteur ; puis vient la liturgie de la brebis égorgée, le

frémissement du crotale enroulé, langue bifide humant la fournaise, les aboiements nocturnes du chien enchaîné tandis que le froid fait miroiter l’air, & les galaxies

explosent en lacis d’hydrogène                     -                      se répandent

            des nuages cosmiques qui ont la forme de crème versée dans l’eau

une météore tombe en pluie avec un            plic      plic      plic      plic

 

                                   dans l’atmosphère…

et un criquet se frotte les ailes,

            nimbé  de sa singulière musique

 

-------------------------    (p.125)

 

 

 

 

 Georgina Tacou

 

 

Extrait

LADY COLOR

 

 Je te vois, ma bête. Phacochère, satan de perle, faïence rouillée, boréal charbon. Je te vois, sale chien de mon âme. Regarde au-dehors, une forêt d’arbustes mièvres, de la même prétentieuse espèce, se prenant pour des séquoias. N’est pas sempervirens qui veut. Nul besoin de hache, ils n’ont pas de racines, vois comme ils ploient. Ici, dans ma pépinière, nous planterons des tubercules, grenades bondées de couleurs qui nous sauteront au visage. Mais retire ta chemise, je veux laper la vodka au creux de ta clavicule.

 

 

I can see you, my beast. Wart hog, pearly satan, rusty china, coaly boreal. I can see you, filthy dog of my soul. Look outside, a forest of vapid shrubs, of the same pretentious species, taking themselves for sequoias. Not everyone has got what it takes to be a sempervirens. No need for an axe, they have no roots, look at the way they bend. Here in my nursery, we will plant tubers, grenades chockfull of colors that will explode in our faces. But do take your shirt off, I want to lap up some vodka from the hollow of your shoulder blade.

 

-------------------------    (p.62/63)

 

 

 

 

 

Revue The Black Herald, n°4, 2013

 

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