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08/03/2014

Charles Racine, Légende Posthume

 

 CHARLES RACINE

 

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© Poète suisse francophone

 

 

Charles Racine / 1927-1995

 

LÉgende Posthume

 Avec une préface d’Yves Peyré

Éditions Grèges

 

 

 

 

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Éditions Grèges
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Commentaire de l’éditeur

 

Ce volume rassemble la majorité des poèmes que Charles Racine a publiés de son vivant, en livres ou en revues, en les présentant sous une forme originale. Nous nous sommes pour cela inspirés de divers projets de publication qui ont jalonné la vie du poète qui, depuis Sapristi (1963) et surtout Buffet d’orgue (1964), n’aura cessé de reprendre ses poèmes. Légende posthume comprend deux grands cycles. Le premier, le plus important en nombre de publications et de variations, s’intitule « Le sujet est la clairière de son corps ». Si ce titre fut également celui que Racine choisit pour l’ouvrage publié dans la collection « Argile » de Jacques Dupin, en 1975 aux éditions Maeght, il faut savoir qu’il ne s’agissait là que d’une sélection de poèmes pris dans un ensemble plus vaste et des projets préparatoires portant déjà ce titre. Pour concevoir ce cycle, nous nous sommes principalement inspirés d’un de ces tapuscrits antérieurs à cette publication, datant de 1972, et présentant l’avantage de proposer la somme la plus complète et la plus originale de sa poésie, pour cette période allant des années quarante au tout début des années soixante-dix. Elle contient la plupart des poèmes publiés jusqu’alors, dans une version ou une mise en page parfois modifiées, ainsi que des inédits qui connaîtront, pour la majorité d’entre eux, une publication postérieure : en 1975 chez Maeght, ou en 1977 dans le premier numéro de la revue Po&sie de Michel Deguy. L’importance de ce tapuscrit, son originalité, est qu’il apparaît comme un moment charnière pour cette première période de son œuvre, la plus féconde en publications : c’est le sens de cette « version originale » que nous proposons, tout à la fois inédite et originelle (i.e. à l’origine de publications ultérieures), où la plupart des poèmes qui ont fait connaître cette œuvre se retrouvent réunis en un même ensemble cohérent. Ce tapuscrit de 1972 est par ailleurs rythmé par trois poèmes-titres (« Saisir le lieu dont le corps est écarté », « Le poème bâtisseur », « l’indivis polémique est l’arme du combat ») qui forment au sein du cycle des sections spécifiques. Afin de rendre à ce cycle toute sa fonction et sa valeur de somme des publications de cette période, et pour rester fidèles à d’autres projets de recueil proposant parfois d’autres variantes des mêmes poèmes, nous avons ajouté une dernière section, « Lettre infinie songe à sa ramure » (les derniers mots du poème « Je brûle des vaisseaux », dans sa nouvelle version), qui reprend des poèmes publiés mais non repris jusqu’alors ou qui propose d’autres versions publiées de poèmes déjà présents dans le cycle. Le deuxième cycle s’intitule « ROCHEPLUIE » et se présente comme la fusion de deux ensembles de poèmes publiés dans la revue Argile dirigée par Claude Esteban (aux éditions Maeght), respectivement sous le titre de « Légende forestière » (n° VIII, automne 75) et de « Rochepluie » (n° XXI, hiver 79-80). Cette réorganisation des deux cycles en un seul avait été décidée et agencée par le poète lui-même, qui tenait beaucoup à cet ensemble poétique. Précisons enfin que, pour toutes les raisons évoquées et même s’il présente à l’évidence de nombreux points communs, ce volume se distingue de la publication posthume Ciel étonné, éditée chez Fourbis en 1998 et aujourd’hui épuisée. Cet ouvrage, qui joua cependant un rôle très précieux dans la redécouverte de Charles Racine, avait été édité et préfacé par Jacques Dupin et de Martine Broda. Nous voulons ici leur rendre hommage.

 

 

 

Charles Racine (1927-1995) est un poète suisse romand dont l’œuvre fut partiellement publiée de son vivant. Outre une plaquette, Sapristi (Zürich, Hürlimann, 1963), il publia sous son nom deux livres : Buffet d’orgue (Zürich, Hürlimann, 1964) et Le Sujet est la clairière de son corps (Paris, Maeght, 1975). Il collabora par ailleurs à de nombreuses et prestigieuses revues en France, dont Le Nouveau Commerce, La Traverse, L’Éphémère, Po&sie ou Argile. Il fut ainsi le contemporain ou l’ami de nombreux poètes qui écrivirent l’histoire de la poésie des années 60 et 70, comme Jacques Dupin, André du Bouchet, Jean Daive ou Michel Deguy, et fut soutenu par d’éminents critiques tels Georges Poulet ou Jean Starobinski, pour ne citer que quelques noms.

 

SITE À CONSULTER

 

[CIEL ETONNÉ/LE SUJET EST LA CLAIRIÈRE DE SON CORPS]

Extraits

Sur le site : Les Carnets d’Eucharis | ©  Cliquer ICI

 

 

 

 

 

24/08/2011

Charles Racine, Ciel étonné

Charles-Racine.jpg

Source : sur le site du compositeur Gérard Zinsstag

 

 

Charles Racine

Poète suisse francophone

(1927-1995)

 

 

Ciel étonné

Fourbis éditions

(1998)

 

 

Les poèmes de Charles Racine déroutent, et attirent. Lus ici, aujourd’hui, ils paraissent comme griffés dans le rugueux d’un mur maçonné à la diable, avec giclées de plâtre et coulures de chaux. Une friche entrouverte par la parole et le couteau, une parole merveilleusement ébréchée, un couteau tourné contre soi. Ils éveillent, ils débusquent le sens et le non-sens, et de leur altercation fusent les séquences d’un phrasé énigmatique qui ricochent dans l’air acide, qui relancent le déconcert…

 

            « Cette longue légende qui m’entraîne

            et qui m’apparut peut-être

            sur le chemin englouti d’avance »

 

Extrait de la préface de Jacques Dupin

 

 

 

 

Le poète Charles Racine, disparu à 62 ans, laisse une œuvre fulgurante. « Ciel étonné » rassemble la plupart de ses poèmes : une découverte.

Charles Racine, né en 1927 à Zurich, savait les mots traîtres, puisqu'il sut aller avec eux jusqu'au bout de sa vérité. Traîtres ainsi le furent-ils en ne sauvant pas l'homme de la folie de sa parole, l'amenant au fil de sa vie à s'enfermer de plus en plus dans la solitude, vivant reclus et de rien dans cette Suisse alémanique. Charles Racine s'égarait dans les mots, allait là où on ignore ce qu'ils produisent : "si je m'égare,/ c'est pour prendre une rupture dans mes bras." Aussi, il choisit la langue et le nom de sa mère (couturière suisse romande) contre l'allemand paternel.LIRE LA SUITE

 

 

 

 

Extraits

« Le sujet est la clairière de son corps »

 

 

la femme débarquait d’un chalutier la peau

sous le goémon les yeux cornouaille le suroît

jusqu’au front les doigts gros la femme débarquait

d’un chalutier elle a bu avec moi j’ai passé

la main sur sa chair fuyante celle de pêcheur

sa bouche de pêcheur celle de goémon le bon

dieu aux abois le nez fourré dans l’algue

saumâtre le bon dieu aux abois respira et baisa la bouche

du grand poisson ses yeux restèrent cornouaille

le bon dieu cherchant sa certitude passait la main

sur la chair de pêcheur       Redressant ses flancs

aplatis de chalutier elle vida mon verre ne donna rien

elle passa le port disant un baiser au goémon

                                                                                                       1955

 

 

ce geste in extremis

         qu’absorba pourtant l’abîme

                     ce geste in extremis abonde

                                 qu’absorbe pourtant l’abîme

envahisse se répande

détériore ce papier rejoigne et colore

mon sang noces amères encre

se répandent animent un breuvage

Eloigne-toi, en dormant, de ma bouche,

dans la verdure qui ne s’éveille verte

sur le sable

des poèmes s’intercèdent sur les pans

meurtris de la lèvre pendus à la chaîne

de cette grille t’entrechoquant dans les murs

dont la croche saigne sur la saison définitive

 

                                                                                                       1963

 

 

Les signes à pleines mains dressent

leurs barrières dans la houle

Un divin naufrage est souhaité

mais le poème est face à ces lames

qu’abandonne la mer qui se retire

Economie du trait évoquant le relief

Des mains adressent leur paume

au pont qui chante et s’illumine

dans la voirie

 

                                                                                                       1964

 

cette couture faite dans le drap propre

déchire la mère du geste qui reprend sous

la flamme où veuve éteinte que garde à vue

son œuvre à la tombée de l’heure piège l’âme

qui lors ne se déshabille qu’elle ne retouche

et ne serge sur ses mains d’un brin d’herbe

le tissu qui l’excède l’économie céleste

qu’elle incline sur les fronts baptismaux

                                                                                                       1967

 

Où le charbon ne le dispute plus à la flamme

qu’il éteint l’y repose le langage est

prévenu de la réapparaissante disparition du

règne poétique la meule du pas ralenti la

marche chevillante qu’affrète le pigment verbal

pour le dégrader le gant dont il enveloppe

le chemin me murmurent les œuvres vives

discrètement tapageuses herbes et moissons

que tu enfourches dans l’infini sans arrêt tu

prends le raccourci désigné au plus obscur

de la géologie tu hantes des mains somptuaires

qui s’offrent et… les jours et les nuits

dissipés dans le temps que tu as versés à

pleins bras sur la ville

 

                                                                                                       1963/1967

 

 

Autres extraits

 

Légende forestière

 

 

Souviens-toi que tu es forestier

que tu existes

que ta naissance eut lieu

à l’orée de l’une des saisons de mon amour

de l’une de mes saisons à l’orée de mon amour

à l’orée de ma domaniale étreinte,

de mon domanial excès, de l’étreinte

de mon domanial excès

(p.68)

 

 

&

 

L’exil ne figure dans le texte

 

Poésie tu donnes lieu à la rescision

Tu l’accomplis cet acte

Que ne me reste-t-il quelque mie sur la page

Poésie tu es pulpe jusqu’à même les contours de ton corps

Présence tranchante d’avoisinage

du corps médiatif qu’elle assume d’ailleurs incorpore

Que ne me reste-t-il quelque mie sur la page

sinon que rapatriant qui ne vient dans mes poches

le crayon se déploie dans l’hypnose sèche

moi au bas de ses moyens du bas de ses moyens

regardant vers le stylite

Je ne suis que cette girouette

qui parfois déploie un bras qui l’attrape

à la nuque qui ne laisse rien

1964

 

 

■ SITES A CONSULTER :

 


 

 

Hommage à Charles Racine par Gérard Zinsstag, octobre 1997
Gérard Zinsstag, compositeur 

III- CHARLES RACINE Tresse et détresse : le texte cousu par Frédéric Marteau 

Po&sie n°121 

LE NOUVEAU COMMERCE Cahier N° 15/16 Printemps-Eté 1970

Editions Grège Légende Posthume