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27/01/2014

Anna Toscano - Ritratti di Poesia, 2012 (seconda parte)

Franco Marcoaldi

 [Que dis-tu ? Que si je t’embrasse fort fort, j’ai quelque chance de plus d’échapper à la mort ?]

 

 

 

Dernières Parutions

2013

Editions de Corlevour

 

 

Franco Marcoaldi

 

 

©INTERNET | Franco Marcoaldi (à gauche) avec l’acteur Toni Servillo

                                                                 

« Le temps désormais compté »
Traduit de l’italien par Roland Ladrière.

 

 

 

Une lecture de Philippe Leuckx

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Italien d’Orbetello, né en 1955, a écrit une quinzaine de livres, essentiellement des poésies, chez Einaudi et Bompiani. Il a, entre autres, obtenu plusieurs prix importants : le Viareggio pour « A mouche aveugle », le Prix Pavese pour « Animaux en vers », et pour ce recueil, traduit par Roland Ladrière, le Prix international LericiPea, en 2008.

Un poète, aux prises avec le temps, voilà un thème très souvent exploité, mais Franco Marcoaldi en donne une exploration à la fois intimiste et universelle. Sous l’égide de Paul, dans sa « Première épître aux Corinthiens », il cerne « ce temps désormais compté » dans les anses, les obscurités et les clartés de l’existence. Une approche ontologique donne même à penser que ce poète, par des côtés très lisible et très réaliste, sait aussi instiller à ses textes une bonne dose de réflexion voire de philosophie. L’existence nous est comptée, dès lors faut-il en assumer la charge ? Ou veiller à l’oublier dans les rets de la vie ordinaire ?

Dans une écriture qui alterne tout petits poèmes de quelques vers et longues laisses plus descriptives, l’auteur décline ses passions : l’archéologie du proche et la prise en compte des grands défis de l’existence, prise entre fête et mort.

La maison du poète est centrale : qu’elle soit reposoir d’écriture ou demeure natale à reconquérir dans la trame de ses vers. Le poète luministe happe des lueurs, des ambiances, renoue avec un temps de jadis :

 

Car quelque chose éternellement circule dans l’air –

va et vient.

Il suffit de desserrer

les cordages, de laisser couler

le temps sur ses tempes,

                                   sans frayeur.

 

La maison devient pour ce passager du temps  un « protectorat/ vaste et étriqué » et la figure du père, avec lequel il a conclu « avant que tu meures…une paix profonde et durable », traverse l’air natal, suscite une quête profonde, comme s’il fallait plonger aux racines de l’être familial qu’il est.

Cette paix, cette « sérénité », ce travail à l’ombre sur un temps qu’il faut exhumer et ramener au jour de l’écriture sont autant de repères que le poète de « Amore non amore » se donne pour avancer, peu à peu, dans la nasse de Chronos.

Le reflet, le miroir, la quête sont au cœur du livre : même les passants et les chiens ordonnent sa pensée et la route appelle les pas. « La marche », sans doute, pour affronter les distances avec ce temps « circulaire », quitte à se « brûler » à l’intensité d’un réel, qui chauffe la course et attise l’heure de vivre.

Car « Il n’y a qu’à vivre,/au fond » ou, dernier jalon d’une précieuse aventure avec soi : « De commencer à vivre,/ voilà de quoi il s’agit », vers qui closent le beau livre.

« Une faim de la vie » insuffle à ces poèmes un supplément d’âme et de lucidité et pourtant, il a dû en découdre avec les contraintes, avec les limites d’une existence parfois bien étriquée – cette chambre qu’on partage avec une flopée de frères et sœurs -, et pourtant, « le temps qui s’ouvre » laisse planer l’issue d’un jour « idéal pour mourir/ apaisé ».

À flairer le temps chez ses contemporains ou au contact d’illustres anciens (Saint Augustin), le poète nous parle, comme un ami pourrait avec lucidité et ferveur vous enjoindre à plus de clairvoyance encore et le lecteur sort du livre, conquis par l’élégance de la réflexion, des images qui tressent ce temps, à la fois familier et collectif, entre jugement de moraliste et inquiétude d’homme vivant.

La traduction est magnifique d’aisance.

Un bien beau livre.

 

Philippe Leuckx

© Les Carnets d’Eucharis

Janvier 2014

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SITES A CONSULTER

FRANCO MARCOALDI

 Site : EDITIONS DE CORLEVOUR

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 Site : ITALIAN POETRY

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25/01/2014

Ella Maillart & Annemarie Schwarzenbach

 

 

 

Deux femmes, une Ford vers l’Afghanistan

 

 

 

ELLA MAILLART & Annemarie Schwarzenbach

Internet | © Cliquer ici

 

 

 

[Vous cherchez un nouveau monde. J’en connais un qui est toujours nouveau parce qu’il est éternel. Aventuriers, ô conquérants des Amériques, moi je tente une aventure plus difficile, plus héroïque que toutes les vôtres.  Au prix de mille souffrances pires que les vôtres, au prix d’une longue mort anticipée, je vais conquérir ce monde toujours jeune. Osez me suivre et vous verrez ! ]

 

SAINTE THERESE D’AVILA

(1515-1582)

 

 

 « (…) Ella Maillart aspire à retourner en Afghanistan comme vers un paradis perdu, un monde originel, simple et harmonieux où l’on fait place encore à ce « facteur inconnu appelé divin ». De là, peut-être, pourra-t-elle observer l’Europe sous un nouvel angle « afin de comprendre la cause profonde de notre instabilité ». Il y a chez elle une étonnante placidité. « Je suis spectatrice de moi-même », dit-elle. Et elle cite encore cette phrase d’Emerson : « Le héros est celui qui est immuablement centré. » Le voyage n’a d’autre fonction, à ses yeux, que la recherche de son moi profond, de sa paix intérieure, de son équilibre, de son centre. Elle aurait pu reprendre à son compte la belle phrase de Novalis : « Le chemin mystérieux va vers l’intérieur… »

A ses côtés, « Christina », de son vrai nom Annemarie Schwarzenbach (Ella Maillart, en écrivant son livre, avait utilisé ce pseudonyme par égard pour les proches de la jeune femme), frappe par son mystère, sa trouble fragilité. Qui est-elle ? Etonnante, fascinante, énigmatique, journaliste oubliée, romancière sans doute trop négligée, trait d’union entre les intellectuels, les cultures, les continents, silhouette au destin tragique, morphinomane, plus troublée par les femmes que par les hommes, morte en 1942, à l’âge de 34 ans, d’une hémorragie cérébrale consécutive à un accident de bicyclette, Annemarie Schwarzenbach rayonne comme une sorte de soleil noir, d’ange déchu, de tragique météore dans les Lettres suisses. On savait qu’elle avait inspiré un amour fou à Carson McCullers qui écrivit pour elle Reflets dans un œil d’or et était prête à tout pour suivre à ses côtés, qu’elle avait été aussi l’amie de Klaus et Erika Mann. Les recherches du journaliste suisse Roger Perret nous aident désormais à mieux cerner son portrait. » (Extrait de la préface – Frédéric Vitoux, 1988)

 

 

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[- Une Ford ! C’est la voiture qu’il faut pour suivre la nouvelle route de l’Hazarejat en Afghanistan. En Iran aussi il faut avoir une voiture à soi. Il y a deux ans, j’ai fait le voyage des Indes en Turquie à bord de camions et d’autobus : je n’oublierai pas de sitôt ce voyage riche en poussière et en pannes, cette ferveur des pèlerins, ces nuits sur le bord de la route ou dans des caravansérails surpeuplés, les contrôles de la police dans chaque village traversé et -ce qui n’est pas facile à prendre en plaisantant -la nécessité de rester à proximité du camion au lieu de vagabonder à sa guise !

Dans les nuages au-dessus de la Maloja, une clarté diffuse semblait indiquer la route ; après un plongeon de mille cinq cents mètres dans la chaude Lombardie, elle se faufilerait à travers les Balkans, nous menant jusqu’au Bosphore, porte ouvrant sur les immensités asiatiques. Ma pensée était déjà en Iran.

« A l’est de la Caspienne, nous visiterons l’inoubliable tour du Gumbad-i-Kabus et nous camperons parmi les Turkmènes d’Iran : peut-être vivent-ils encore selon des coutumes que je n’ai pu observer chez leurs cousins transformés par les Soviets. Nous verrons le dôme en or de la mosquée de l’imam Reza, précieuse bombe lisse et compacte pointant vers le ciel. Puis nous atteindrons les deux gigantesques bouddhas sculptés dans la pure vallée de Bamiyan et, dans la même région, les lacs incroyablement bleus du Band-i-Amir. Plus loin encore, au pied du versant nord de l’Hindou Kouch, remontant la vallée de l’Amou-Daria (anciennement appelée Oxus), nous disparaîtrons dans les montagnes avant qu’une interdiction venue de Kaboul puisse nous arrêter. C’est là que vivent les hommes que je compte étudier, dans une contrée où je me sens à l’aise. Ce sont des montagnards que l’esclavage des besoins artificiels n’a pas encore atteints, des hommes libres que nul ne force à « augmenter leur production journalière ». Si le Kafiristan nous est interdit, nous pourrons traverser les Indes, joindre la nouvelle route de Birmanie et vivre là-bas avec les Lolos du Tibet Oriental. Lorsque j’aurai collectionné des faits nouveaux concernant ces tribus, je serai enfin admise dans la confrérie des ethnographes. Alors tout sera parfait : j’appartiendrai à une organisation, ce sera mon métier de vagabonder, et je n’aurai plus la tentation d’écrire des livres pour vivre. » ]

……………………………………………………….. (p.22/23)

 

ELLA MAILLART

(1903-1997)

 

 

 

 

 

Petite Bibliothèque Payot/Voyageurs, 1989

Préface de Frédéric Vitoux

 

Petite Bibliothèque Payot/Voyageurs

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AUTRE SITE À CONSULTER

 

Sur le site :Bibliothèque National Suisse

 [Annemarie Schwarzenbach:

Voyage en Afghanistan juillet 1939 - janvier 1940]

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The Silence - Mohsen Makhmalbaf (1998)

Gertrud Kolmar

 

 

À PARAÎTRE

Avril 2014

Editions Circé

 

Gertrud Kolmar

 

©INTERNET | Gertrud Kolmar

                                                                 

« Quand je l'aurai tout bu »

(poésie 1927-1932)

Edition bilingue
Préface d'Alain Lercher & Note sur Fernand Cambon

par Nathalie Georges Lambrichs
Traduction de l'allemand par Fernand Cambon
978-2-84242-356-5
360 pages

 

 

 

Gertrud (Chodziesner) Kolmar est née à Berlin le 10 décembre 1894. Sa vie, dans son éloignement des grands événements mondains et des cercles littéraires, est restée pratiquement inconnue jusqu'après sa mort. Elle a écrit la partie de son œuvre poétique la plus forte dans les années 1920-1930, une période malheureuse pour un poète allemand et désespérément tragique pour une juive allemande. Incapable d'échapper au Troisième Reich, elle a été d'abord condamnée au travail forcé dans les usines de munitions et déportée ensuite à Auschwitz en 1943 pour y être assassinée.

Gertrud Kolmar a cherché le refuge dans le monde physique, autour de quelques thèmes centraux : la nature de la femme et de ses passions, les miracles de la terre et de la mer et de leurs habitants, les créatures animales.

Ce volume comprend deux recueils : « Portraits de femmes » et  « Rêves de bêtes ». Nous publierons un second volume au printemps 2015. Seuls, comme œuvre poétique, « Mondes » a été traduit et publié par Seghers. Ses proses et sa correspondance ont été publiés par Christian Bourgois.

La présente traduction par Fernand Cambon, traducteur reconnu de Freud d’abord, puis de plusieurs poètes allemands du XXe siècle, des plus importants recueils de Gertrud Kolmar, vient combler ce manque magnifiquement. Il est malheureusement mort à la fin de ce travail et n’a pas pu en voir la réalisation finale.

 

 

CONTACT

contact@editions-circe.com

 

 

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LES SITES A CONSULTER

LES OUVRAGES DE GERTRUD KOLMAR

 Site : CHRISTIAN BOURGOIS EDITEUR

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LA TRAVERSÉE DU MAL

 Site : ESPRITS NOMADES (Gil Pressnitzer)

| ©CLIQUER ICI

 

 

24/01/2014

Arno Schmidt, Scènes de la vie d'un faune

 

 

[Ceux qui commandent c’est toujours les pires, c’est-à-dire : les supérieurs, les chefs, les directeurs, les présidents, les généraux, les ministres, les chanceliers. Un type bien aurait honte d’être un supérieur !]

 

 

 

et ligne après ligne/and line after line

 

Du côté de chez…

Arno Schmidt

 

 

 

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©INTERNET | Arno Schmidt, 1962 – Von Rolf Becks

                                                                 

 

« Scènes de la vie d’un faune »

Editions Tristram, 2011 – pour la traduction française

Traduction de l’allemand et notes par Nicole Taubes

Postface par Stéphane Zékian

 

  Extraits

 

 

 

 

 

Tout écrivain devrait saisir d’une main ferme l’ortie de la réalité ; et tout nous montrer : la racine noire et visqueuse ; la tige de serpent d’un vert vénéneux et la vaniteuse fleur (fendue). Et ces pompiers, ces inutiles mentaux, les critiques, seraient bien inspirés de cesser leurs incantations imprécatoires contre les poètes, et de nous produire un jour quelque chose de « profond » : alors là, le monde entier leur crierait bravo de grand cœur ! La poésie est pareille à toutes ces belles créatures qu’entoure un nombre d’eunuques proportionnel à leur beauté ; les vrais idiots sont ceux qui se réjouissent des taches noires du soleil ! (Critiques, à bon entendeur, salut.)

(p.36)

 

Des vautours de béton aux serres d’acier rougies au feu passaient avec  des cris malsonnants au-dessus de nous, par grandes bandes (jusqu’à ce qu’ayant trouvé leur proie en face, dans le lotissement, ils eussent fondu sur elle). Une cathédrale aux dentelures jaunes s’éleva poussant des hurlements dans la nuit aux franges violettes : c’est ainsi que l’énorme clocher sauta dans les airs ! Des gerbes de balles traçantes rouges comme l’amour se déployaient au-dessus de Bommelsen et nos visages étaient de deux couleurs : la moitié droite était verte, la gauche d’un brun ennuagé ; le sol, en dansant, se dérobait sous nous ; nous levions nos longues jambes en cadence ; un cordon lumineux traçait des loopings déments dans le ciel : à droite, bonbon vitreux, à gauche, le violet profond du vertige.

(p.148)

 

Les lambeaux noir soufré de la nuit volaient au vent ! (une arlequine passa vêtue seulement de cravates rouges !) : quatre hommes essayèrent de rattraper un serpent géant qui sauta sur le ballast de la voie ferrée en sifflant et écumant de l’avant ; ils se calèrent sur leurs talons et semblaient émettre des cris (les bouches seules juste distendues ; et les casques ridicules des courageux idiots). Des placards lumineux apparurent de toutes parts à grand bruit, passant si vite qu’on ne pouvait pas tous les lire (seul résultat, les couleurs vénéneuses nous collèrent les yeux qui n’arrivaient qu’à s’entrouvrir en fentes spasmodiques : « Viens donc ! Käthe ! » Des flammes putassières, lubriques, tout en rouge, visages pointus, maquillage de travers, s’aventuraient dangereusement jusqu’à nous, gonflaient vers nous leur ventre lisse, leur rire crépitait, elles se rapprochèrent encore dans une lumière scabreuse de bordel : « Viens donc ! Käthe ! »).

(p.152/153)

 

 

Les hêtres : nos porte-enseigne, les chênes : nos athlètes, les sapins : nos arbalétriers : telle est notre garde du corps, comme jadis dans la Sherwood Forest : « Such outlaws as he and his Kate » ; et de la sorte nous pénétrâmes plus avant dans la forêt : je connaissais l’habitus de chaque brin d’herbe ; tel bout d’écorce était-il toujours à la même place ? : ici un renard avait imprimé sa griffe dans le sol pour grimper, là-bas un être humain, à présent, deux êtres humains. Les genévriers agrippaient, la mousse sur la pointe des pieds et hachis de chapeaux de charnus champignons, la fourmi furieuse à l’attaque des talons Conti : sous la jambe du pantalon la piqûre des lancéoles d’éteules.

Légers, en maraude, on marchait en suivant ses membres, sur des petits disques de prairie sans un vent jusqu’au moment où je me retrouvai dans les bras souples et épineux d’un jeune pin aux larges hanches (les branches, jambes écartées, un bassin accueillant, ma main surprit des replis muqueux moussus ; et la poitrine cuirassées rebondie haletante : « Käthe – ? – » « Présente » (tout près, à ma manche).

(p.156)

 

Les cavatines du vent.

Je me trouvais partout dans la cage des ses grands doigts, sous le joug de ses longs bras, de la large écharpe de ses jambes. Lourd. (Elle pourrait dire quelque chose comme : je le portais comme une moitié d’armure ; son corps me cueillait partout du bec ; il trouvait partout des seins à picorer.)

(p.158)

 

 

Arno Schmidt  ..................................

 

 

Scènes de la vie d'un Faune--Arno Schmidt

 

Arno Schmidt

Né en 1914 à Hambourg, mort en 1979 à Bargfeld dans la lande de Lunebourg, Arno Schmidt est l’auteur d’une œuvre dont l’originalité transcende les catégories habituelles.

Homme aux passions multiples — de l’arpentage à l’astronomie en passant par la traduction d’Edgar Poe —, il puise aussi dans la culture la plus populaire et sa propre expérience pour construire des récits débordant d’humour burlesque et d’audaces techniques, dont Jean-Patrick Manchette louait « passées les quatre ou cinq premières minutes de surprise, la formidable limpidité ».

Par la précision de sa riposte à l’obscurantisme nazi, par l’impact poétique de la langue qu’il s’est forgée, par ses jeux de pensées incessants et inépuisables, Arno Schmidt a révolutionné la littérature allemande de la seconde moitié du XXe siècle. Il est aujourd’hui traduit dans une dizaine de pays. CLIQUER ICI

Mina Loy - Manifeste féministe & écrits modernistes" - Editions Nous, 2014

 

 

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MINA LOY

:- :- :- :- :- :- :

 

 

 

 FEMMES si vous souhaitez vous accomplir — vous êtes à la veille d’un soulèvement psychologique dévastateur — toutes vos illusions domestiques doivent être démasquées — les mensonges des siècles sont à congédier — Êtes-vous préparées à cet ARRACHEMENT —?

 

Cessez de placer votre confiance dans la législation économique, les croisades contre le vice & l’éducation égalitaire — vous glosez à côté de la REALITE. Des carrières libérales et commerciales s’ouvrent à vous — EST-CE LA TOUT CE QUE VOUS VOULEZ?

 

Mina Loy  ...........................

 

(Manifeste féministe & écrits modernistes)

 

 

 

Manifeste féministe &

écrits modernistes
MINA LOY

 

Editions NOUS, 2014

hors collection

 

 

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 TRADUCTION DE L’ANGLAIS ET PRÉFACE  |Olivier APERT

Site officiel | © http://www.editions-nous.com/main.html

 

 

 

 

 

 

 

 

FOR EVER AND NEVER

MINA LOY (1882-1966)

 

       Le 17 février 1917, le New York Evening Sun mène l’enquête : « Qui est-elle — cette femme moderne dont tout le monde parle ? Une telle créature existe-t-elle ? Où la trouver ? » : la réponse suit : « mina loy, peintre,  poète,  auteur dramatique », accompagnée de ce commentaire sans appel : « Mina Loy, si elle n’est pas la Femme Moderne, qui le serait ? »

       Voilà pour la surface publicitaire des choses — à New York, en 1917, c’est-à-dire au cœur de l’avant-garde qu’elle fréquente et fascine, ironiquement déjà ; de même qu’à Florence, quelques années plus tôt, elle frayait avec les Futuristes (Marinetti et Papini) sur un mode similaire ; de même qu’elle connaîtra le Tout-Paris artistique de 1923 à 1936 tout en éprouvant un certain sentiment de solitude, voire d’érémitisme : certes Arthur Cravan — l’amour improbable, impossible et sublime de sa vie — a disparu aux larges des côtes du Mexique — amour qu’elle ne renoncera jamais à rechercher (au questionnaire de Little Review, en 1929, lui demandant : « Quel a été le moment le plus heureux de votre vie ? Le plus malheureux ? » Lapidaire, elle n’hésita pas : « Chaque instant passé avec Arthur Cravan. Le reste du temps »). Mais peut-être davantage encore, la qualité implexe de son intelligence, la complexité de sa sensibilité — écartelée entre compassion profonde et lucidité satirique — concourent-elles à créer cette imperceptible paroi de cristal qui, d’une certaine façon, la rendait inabordable à nombre de ses contemporains. Et l’œuvre par-dessus tout : cérébrale-sensitive : le pressentiment et la pensée ; l’émotion et l’analyse ; la communion et le retrait ; la douleur et le sarcasme coexistent simultanément dans la traversée des multiples strates nous composant et que Mina Loy met à jour, comme l’exécuterait une dissection impitoyable, laquelle, épinglant la peau de nos attitudes, observerait les flux sanguin et nerveux nous émouvant, sans oublier de circonscrire la capacité de sublime du cerveau et du cœur métaphoriques. Il demeure assez incompréhensible, voire inadmissible, que cette œuvre persiste à être tant méconnue aujourd’hui — elle qui pourtant s’empare des mouvements avant-gardistes pour mieux les survoler et nous restituer une expérience d’être-au monde parfaitement neuve et originale. Sans doute Mina Loy elle-même contribua à ce silence en s’effaçant peu à peu de la vie publique à partir de 1936 (à New York) puis en s’installant à Aspen, Colorado, en 1953 — doutant toujours de la portée supérieure de son œuvre.

(Extrait PRÉFACE)

 

 

 

MINA LOY (1882-1966)

Poète, romancière, peintre, figure emblématique des avant-gardes littéraires et artistiques de son temps. Sa poésie, admirée par T.S. Eliot et Ezra Pound, a été traduite en français par Olivier Apert.

 

23/01/2014

Revue IntranQu’îllités, n° 2, mai 2013

 

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Revue IntranQu’îllités, n° 2, mai 2013

240 p. / 25 euros

 

La revue IntranQu’îllités vient d’une Haïti qui toutes voiles dehors s’échappe vers des rives inédites. Elle se veut d’abord une poétique et un art de vivre par temps de catastrophe. Ses initiateurs proposent régulièrement, là où le vent les amènent, des soirées intranQu’illes, où le slam, la musique, la poésie, la fiction affichent une union libre en toute décontraction. Découvrez ci-dessous les escales de la revue en 2013.
Peuplée de 150 contributions et répartie en 9 rubriques diversement synchronisées,  la revue IntranQu’îllités a placé la barre encore plus haut avec le 2ème numéro. “Nous avons pris”, écrit James Noël, “le contrôle de tous nos moulins à vent”. La figure de Borges et celle du Che hantent ce labyrinthe traversé par tous les vents du monde.  Les thèmes sont abordés prioritairement par le prisme d’une sensibilité frémissante, avec des créateurs d’horizons divers et d’expressions artistiques différentes. Cette union libre et multiple a accouché d’incroyables pépites. 


Ananda Devi, René Depestre, Adonis, Ramón Chao, Dany Laferrière, Mathieu Belezi, Ben Foutain, Vénus Khouri-Ghata, Gabriele Di Matteo, Hubert Haddad, Bernard Noël, Coskun, Fabian Charles, Souleymane Diamaka, Préfète Duffaut, Fanette Mellier, Rodney Saint-Eloi, Barbara Cardone, Pierre Soulages, Julien Delmaire, Mathieu Bourgois, Marvin Victor, Pascale Monnin, Michel Vezina, Arthur H, Thélyson Orélien et cent autres voleurs de feu, ont réussi le pari d’une grande fête des imaginaires.
 

 

 


Contact
passagersdesvents@gmail.com
Site
passagersdesvents.wordpress.com

20/01/2014

The Black Herald N°4

 

REVUE

 

 

 

 

 

 The Black Herald

Issue #4 - 2013

Literary magazine – Revue de littérature

Poetry, short fiction, prose, essays, translations.

Poésie, fiction courte, prose, essais, traductions.

 

 

The Black Herald

is edited by Paul Stubbs and Blandine Longre

Comité de rédaction : Paul Stubbs et Blandine Longre

 

 

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 Anthony Seidman

Source photo : http://bagatelapress.com/anthony-seidman

 

 

Extrait

NOISE | BRUIT

 

                        C’est

 

le muezzine entonne, la trompette

commence sa fanfare, le West-End Blues d’Armstrong,

à présent la hanche de Coltrane vibre du lait de l’induction, les os font frémir

les particules isolées d’hélium et de poussière dans l’immensité des espaces interstellaires ;

jappement du coyote, buisson de sauge bruissant dans le vent, miaulements de chats en chaleur comme des belles dans d’étouffantes cabanes marinant dans l’urine et l’huile de moteur ; puis vient la liturgie de la brebis égorgée, le

frémissement du crotale enroulé, langue bifide humant la fournaise, les aboiements nocturnes du chien enchaîné tandis que le froid fait miroiter l’air, & les galaxies

explosent en lacis d’hydrogène                     -                      se répandent

            des nuages cosmiques qui ont la forme de crème versée dans l’eau

une météore tombe en pluie avec un            plic      plic      plic      plic

 

                                   dans l’atmosphère…

et un criquet se frotte les ailes,

            nimbé  de sa singulière musique

 

-------------------------    (p.125)

 

 

 

 

 Georgina Tacou

 

 

Extrait

LADY COLOR

 

 Je te vois, ma bête. Phacochère, satan de perle, faïence rouillée, boréal charbon. Je te vois, sale chien de mon âme. Regarde au-dehors, une forêt d’arbustes mièvres, de la même prétentieuse espèce, se prenant pour des séquoias. N’est pas sempervirens qui veut. Nul besoin de hache, ils n’ont pas de racines, vois comme ils ploient. Ici, dans ma pépinière, nous planterons des tubercules, grenades bondées de couleurs qui nous sauteront au visage. Mais retire ta chemise, je veux laper la vodka au creux de ta clavicule.

 

 

I can see you, my beast. Wart hog, pearly satan, rusty china, coaly boreal. I can see you, filthy dog of my soul. Look outside, a forest of vapid shrubs, of the same pretentious species, taking themselves for sequoias. Not everyone has got what it takes to be a sempervirens. No need for an axe, they have no roots, look at the way they bend. Here in my nursery, we will plant tubers, grenades chockfull of colors that will explode in our faces. But do take your shirt off, I want to lap up some vodka from the hollow of your shoulder blade.

 

-------------------------    (p.62/63)

 

 

 

 

 

Revue The Black Herald, n°4, 2013

 

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18/01/2014

Pier Paolo Pasolini

 


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« Pasolini représente une mémoire, la mémoire d’un pays déchiré entre tradition et développement économique, entre un passé paysan et ouvrier et un présent post capitaliste dans lequel progrès et développement ne sont pas forcément des synonymes. Cette mémoire, vive, s’est exprimée et s’exprime à travers les nombreuses commémorations et célébrations organisées depuis novembre 1975 à l’intérieur et à l’extérieur de la Péninsule.

 

Mais Pasolini représente également un héritage pour nombre d’artistes du passé récent, du présent et sûrement du futur, qui ont su et voulu puiser dans une œuvre immense, complexe, toujours à la frontière entre la réalité et le rêve, l’histoire et l’utopie, tout un répertoire d’images, de raisonnements et de valeurs universelles que notre poète-cinéaste nous a laissé dans son corpus. Il s’agit de cinéastes, d’intellectuels, de poètes, d’écrivains, de chorégraphes, d’artistes qui, sans constituer d’école et des quatre coins du monde, se sont retrouvés à créer en partant du sens esthétique et de la sensibilité de quelqu’un qui, par ailleurs, n’a jamais voulu être un maître ou un père, mais plutôt un « frère aîné ». Pasolini donc comme un « maître sans école », comme un point de départ pour faire évoluer – au-delà de tout type de frontière – l’acte de création, pour essayer de lire « différemment » notre temps, notre réalité sans préjugés et surtout sans la prétention de vouloir prononcer une Vérité définitive et ultime. »

 

Extrait de : « Pasolini : les héritages d’un maître sans école »

Flaviano Pisanelli – conférence du 28 mai 2013 au cipM

 


 

 

Cahier du Refuge
Pier Paolo Pasolini

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cipM, juin 2013

 

 


cipM

Sur le site : Le Cahier du Refuge

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16/01/2014

Ritratti di Poesia - ROMA - (8ème édition)

Programme

RITRATTI DI POESIA

8ème édition

ROMA

 


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12 février 2014

 

 

9.30 10.30 Caro poeta

Maria Grazia Calandrone, Valerio Magrelli, Elio Pecora e Lidia

Riviello incontrano gli studenti.

10.45 11.00 Ritratti di Poesia.140

Giuria: Maria Grazia Calandrone, Ennio Cavalli, Laura Pugno.

Consegna dei premi e letture

11.00 11.30 Saluto del Presidente della Fondazione Roma

Prof. Avv. Emmanuele F.M. Emanuele

Premio Fondazione Roma Ritratti di Poesia

Giampiero Neri

Consegna del premio

Letture di Ugo Pagliai

11.30 – 11.45 Incontro con la poesia di Monsignor Antonio Staglianò

Installazione e lettura di Tiziana Cera Rosco

11.50 – 12.00 Arturo, libraio a colori

Le recensioni a fumetti di Marco Petrella

12.00 – 12.20 Idee di carta

Incontro con le case editrici : bucefalo, Samuele Editore

12.20 – 12.40 Di penna in penna (prima parte)

Annamaria Armenante, Mario Guadalupi

12.40 – 13.10 Idee di carta (seconda parte)

Incontro con le riviste di poesia : Testo a Fronte

Viva (una rivista in carne e ossa)

13.10 13.45 Di penna in penna (seconda parte)

Elena Buia Rutt

Evelina De Signoribus

Omar Ghiani

Daniele Santoro

13.45 – 14.15 Pausa

14.15 – 14.45 Confluenze

Anna Belozorovitch (Russia)

Barbara Serdakowski (Polonia)

Marcia Teophilo (Brasile)

14.45 – 15.15 Di penna in penna (terza parte)

Pierluigi Cappello (in collegamento)

Gian Mario Villalta

15.15– 16.15 Poesia sconfinata (prima parte)

Nguyen Chi – Trung (Vietnam)

Santiago Elordi (Cile)

Nathalie Riera (Francia)

16.15 – 16.30 I “metroromantici”

I poeti der Trullo

16.30 – 17.00 Di penna in penna (quarta parte)

Mia Lecomte

Plinio Perilli

Zingonia Zingone

17.00 – 17.15 Incontro con Lello Voce

17.15 – 17.50 Sous le ciel de Paris

Vita di Edith Piaf. La voce, i versi, le parole di e con Marina Benedetto

17.50 – 18.20 Di penna in penna (quinta parte)

Laura Pugno

Bianca Tarozzi

Installazione e lettura di Tiziana Cera Rosco

18.30 – 19.10 Poesia sconfinata (seconda parte)

Mohammed El Amraoui (Marocco)

Yang Lian (Cina)

19.10 – 19.40 Di penna in penna (sesta parte)

Mario Benedetti

Biancamaria Frabotta

19.40 – 20.20 Premio Internazionale Fondazione Roma –

Ritratti di Poesia

Adam Zagajewski

Consegna del premio e letture. Con la partecipazione di Ugo Pagliai

Chiusura della manifestazione

L'ingresso è libero fino a esaurimento posti

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RITRATTI DI POESIA

Tempio di Adriano

Piazza di Pietra

ROME

http://www.fondazioneroma.it/it/attivita/poesia.html

 

15/01/2014

Play Art - Niki de Saint-Phalle & jean Tinguely

14/01/2014

Annemarie Schwarzenbach - Une Suisse rebelle

13/01/2014

Luis Gonzales Palma

 

 

Escena 3.

112.5x38 cm.

 

 

 

 

 

 

 

Escena 5.
132x41 cm.

 

 

 

LE SITE

 

 

 

 

 

 

Family Album (Chica, rio),2010
Gold leaf, red paper, kodalith
Image/Mount: 9 3/4 x 11 1/2"

 

 

Family Album (Julian, Sebastian), 2010
Gold leaf, red paper, kodalith
Image/Mount: 9 3/4 x 9 1/2"

 

 

 

Jean-Marc Alesi - Galerie du Tableau (Marseille)

 

Exposition

JEAN-MARC ALESI

GALERIE DU TABLEAU

 

 

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Exposition du 13 au 25 janvier 2014

Vernissage lundi 13 à partir de 18h 30

 

 

"...Mû par le souffle, le coeur est à même d'épouser l'élan du pinceau et de saisir l'image des choses sans hésitation. La résonance, on l'obtient si l'on parvient à établir des formes parfaites sans laisser de traces laborieuses ni tomber dans la vulgarité."

Ching Hao. Xème siècle.

 

Les effets de la peinture chinoise nous entraînent parfois à replacer les continents. Je songe en effet a Edgar Degas à qui un admirateur disait : "Maître, cette peinture est prodigieuse on pourrait compter tous les cheveux!" répondant: "vous pouvez le faire, il y en a trois." C'est vraiment la volonté de sentir un dessin avant même de le penser, le reste n'est pas de l'adresse mais d'infinis exercices amenant la main, toute seule, à rendre le geste artistique. Les animaux, surpris par le dessin, semblent en attente d'un futur mouvement tant le sumi-e, utilisé par Jean-Marc Alesi, a su conserver les valeurs maîtrisées de cet art à la fois minimal et complet.

Bernard Plasse

 

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GALERIE DU TABLEAU

37, rue Sylvabelle

Tél. : 04 91 57 05 34

13006 MARSEILLE


http://www.galeriedutableau.org

 

10/01/2014

Les Carnets d'Eucharis N°40 - Hiver 2014

 

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Poésie | Littérature Photographie| Arts plastiques 

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en ligne 

 

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Les carnets d’eucharis n°40

HIVER 2014

 

 [« NATHALIE RIERA »] © Patrick Pesenti, 2012

| In the orchard picking apples

Nel frutteto cogliendo delle mele

 

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09/01/2014

Edith Azam, Décembre m'a cigüe (une lecture de Tristan Hordé)

 

 

 

UNE LECTURE DE TRISTAN HORDÉ

 

 

Edith Azam

 

   

 

 

 

« Décembre m'a ciguë »

 P.O.L, 2013

 

Cliquer ICI

 

 

 

 

 

                              le corps n'est pas facile : à être

                                                                         (Décembre m'a ciguë, p. 150)

 

 

« (...) téléphone. Surtout qu'il ne sonne pas. Veux pas que ça t'arrive, veux pas que tu me quittes. » S'il sonne, ce ne peut être que pour annoncer la disparition de la grand-mère de la narratrice. Décembre m'a ciguë, où "ciguë" connote sans équivoque la mort, est un long soliloque tenu dans l'attente de ce qui viendra clore le récit : une sonnerie, « et ton nom qui s'écrit... / mais ce n'était pas toi, / non, / ce n'était pas : / ta Voix ». Quoi, avant l'inéluctable ? La narratrice, dans son enfermement, tente de rassembler ce qui fut heureux dans le passé avec Mamie, moments que seule l'écriture pourra fixer, figer pour les « vivre à nouveau ». Elle cherche un refuge dans l'oubli du présent, et à « fuir ce que l'avenir a... d'insupportable », en retrouvant les images de la continuité, de l'innocence, celles de l'enfance, « du début de la lumière ». Elle se remémore toutes les petites actions accomplies, tous ces petits gestes qui emplissent la vie (« la cueillette, les myrtilles, les longues marches, la météo... le ciel qui change de couleur [...] », et elle se souvient des mots de sa grand-mère, comme : « À mon avis tu te compliques la vie pour rien. » Cependant, elle ne peut penser vivre seule les jours à venir, dépourvue devant les problèmes les plus simples de la vie quotidienne : au fur et à mesure que les jours passent, la narratrice perd de plus en plus contact avec la réalité, ses repères disparaissent — « l'avenir me fait froid, l'avenir me fait peur ». Quoi que l'on fasse pour échapper aux choses du monde, « c'est le vide, toujours, toujours : toujours le vide recommencé [... sans pouvoir] sauver un bout d'imaginaire. »

Dans ce long monologue sont introduits, énigmatiques, de très courts extraits (qui ouvrent parfois un chapitre) d'une légende, en partie variante de l'histoire de Tristan et Iseut. Le chevalier breton Bran a vaincu des troupes anglaises mais, blessé et fait prisonnier, il est emmené en Angleterre ; sa mère, prévenue, vient payer la rançon et le délivrer, malheureusement un valet le trompe et lui annonce que la voile du bateau qui approche des côtes est noire : persuadé d'être abandonné, le chevalier meurt. Les fragments, réunis, forment le dernier chapitre — comme si la mort donnait son sens à l'histoire maintenant d'un seul tenant, de même que la mort de la grand-mère interrompt le monologue.

Décembre m'a ciguë est plus qu'un étrange récit autour de la difficulté de vivre : on y lit aussi parallèlement une méditation continue sur la difficulté d'écrire, et elle ne concerne pas seulement la mort proche, attendue, refusée : « Écrire ne signifie rien, rien d'autre que le manque ». On reconnaît là un des motifs de la poésie d'Édith Azam et l'on retrouve dans sa prose le souci de faire entendre ce qui presque toujours est tu, « ce gouffre où sont nés les langages, parce que s'y parlent encore l'Oubli et la Mémoire. » Comme dans la poésie, elle dérange l'ordre de la phrase, obligeant le lecteur à construire autrement le sens ; parmi tous les moyens en œuvre (phrases interrompues, désarticulation de l'ordre sacré sujet-verbe-complément, jeu minuscule/majuscule, etc.), je retiens l'usage qui lui est propre des deux points (:) ; ainsi, « la nuit, je rêve au-delà : de toute expression », « Je craque : une allumette, recommence jusqu'à finir : la boîte. », etc.

 

Tristan Hordé, janvier 2014

© Les Carnets d’Eucharis

Stanislas Rodanski

 

 

Je suis parfois cet homme

 

 


Sur le site :Association Stanislas Rodanski

| © Cliquer ICI

 

 

 

Que je sois – la balle d’or lancée dans le Soleil levant.
Que je sois – le pendule qui revient au point mort chercher la verticale nocturne du verbe.
Que je sois – l’un et l’autre plateau de la balance, Ie fléau. La période comprise entre les deux extrêmes de la saccade universelle qui est le battement de cœur suivant celui dont on peut douter au possible et tout attendre de son anxieux « rien ne va plus ».
Je lance au possible ce défi : Que je sois la balle au bond d’un instant de liberté.
Je lance ce cri – que je sois la balle de son silence.
Mon départ s’appelle toujours, tous les jours et tous les instants du grand jour. Mon retour à jamais, éternelle verticale nocturne, point mort, égal à lui-même, que l’autre franchit – toujours.
Qui suis-je?
Toujours le même revenant, ce qui revient à dire encore un autre. 

 

Stanislas Rodanski Des proies aux chimères

 

 


Édition établie et présentée par François-René Simon

Collection Blanche, Gallimard, 2013

Sur le site :Editions Gallimard – Collection « Blanche »

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Quatrième de couverture


Repéré par Julien Gracq et André Breton, Stanislas Rodanski (1927-1981) fait partie des marges du surréalisme, de ces figures extrêmes qui en posent naturellement les jalons. Ce recueil est constitué de poèmes écrits entre 1946 et 1952, presque tous inédits, qui offrent la découverte du poète après celle du Rodanski écrivain «surréaliste». Ici, il arpente en veilleur un territoire froid et nocturne. Dans son paysage intérieur sont dressées des phrases-lanternes auprès desquelles il revient pour relancer son discours et réchauffer sa flamme. Rodanski suit les mots tout en disant «je suis les mots», utilise les paradoxes et les antithèses pour forcer le langage, pour trouver la voie de l’être et le «cours de la liberté». Chez lui la folie est devenue une «vertu morale» et Rodanski se réclame du «fanal de Maldoror» tout en marchant dans les pas de Nerval. Son univers poétique s'étend du romantisme allemand de Novalis et de Hölderlin au panthéon surréaliste avec lequel il dialogue (allusions à Breton, Sade, Vaché, Jarry, ou Rimbaud) dans un style unique, cristallin, où pointe un humour noir et désespéré.

 

| © Feuilleter le livre

 

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AUTRES SITES À CONSULTER

 

 

Sur le site :Librairie-Galerie Le Monte en l’Air

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Sur le site :Poezibao [Anthologie permanente]

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Sur le site :MEDIAPART

 [L’impossible réel du poète Rodanski

Par Patrice Beray

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05/01/2014

Arlt & Thomas Bonvalet

04/01/2014

Enrique Vila-Matas, Dublinesca

 

 

 

 

UNE LECTURE DE NATHALIE RIERA

 

 

Enrique Vila-Matas

 

   

 

 

 

« Dublinesca »

 

Christian Bourgois Editeur, 2010

(Traduit de l’espagnol par André Gabastou)

Cliquer ICI

 

 

 

 

 

 

 

 

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L’écriture et le voyage, confie Nicolas Bouvier, sont des entraînements à notre propre disparition. Dans « Dublinesca », le dernier roman de l’écrivain Barcelonnais Enrique Vila-Matas, nous assistons à la disparition non pas d’un écrivain mais d’un éditeur qui se promet une étrange odyssée, à dessein de retrouver l’enthousiasme originel. Pour Samuel Riba, figure centrale du roman, rédiger « une théorie générale du roman » ou entreprendre « un léger saut anglais » ne sont-ils pas d’étranges voyages, qui n’auraient pour autre but que : « ce qu’il ya de mieux au monde, c’est de voyager et de perdre des théories, de les perdre toutes » (17)

Ancien éditeur revenu de tout, qu’une crise aigue finit par étreindre, accusant tristesse de n’avoir entre autres pas « découvert un auteur inconnu qui aurait fini par se révéler un écrivain génial » (18), « quelle poisse que d’avoir à aller à la chasse de ces écrivains et de ne jamais tomber sur un vrai génie ! » (106), ce qui lui a d’ailleurs valu de renoncer « à sa jeunesse pour constituer honnêtement un catalogue imparfait » (72). Imparfaite également sa vie qui n’a lieu que « dans la plus pure orthodoxie du voyage circulaire », ainsi que dans l’isolement d’un hikikomori (terme japonais pour signifier un accroc à Internet). Et puis, quelle déveine que de vivre cet étrange passage entre deux époques – celles de l’ère Gutenberg et de la révolution numérique – mutation qui participe à cette circularité désœuvrante.

Mais bien que l’heure du bilan se passe sans enthousiasme ni quelconque réjouissance, Samuel Riba n’est pas sans être dépourvu d’affection pour ce qui incarne « une vie simple, en contact permanent avec la rassurante banalité du quotidien » (73). En effet, ne faut-il pas entendre de sa propre voix cette fascination pour « le charme de la vie ordinaire ». Se laisser ainsi porter par le rythme de l’accoutumé, qui peut se transformer en exceptionnel. Riba se refuse de vivre dans un roman. Comme dans les peintures de Vilhelm Hammeshoi : « pas de place pour la fiction, le romanesque » (165). N’est-ce pas au cœur de la vie ordinaire et des saturations qu’elle engendre qu’il nous est au mieux donné « de franchir le pas, de traverser le pont » qui « mènera vers d’autres voix, d’autres atmosphères ».

Samuel Riba n’a pas quitté son métier d’éditeur, il l’a plutôt fui, ou alors a-t-il mis simplement un terme à ses pâlottes aventures dans la géographie de la littérature ; la littérature qui n’est pas épiphanie, pas plus qu’elle n’est ce « centre du monde » avec cette « fabuleuse sensation d’être ailleurs ». La littérature est coupable d’avoir fait disparaître le lecteur talentueux : « si l’on exige d’un éditeur de littérature ou d’un écrivain qu’ils aient du talent, on doit aussi en exiger du lecteur » (74).

Faire un léger saut anglais, tomber de l’autre côté, « entonner un requiem pour la galaxie Gutenberg », nous dit Riba, enterrement « en l’honneur du monde détruit de l’édition littéraire, mais aussi de celui des vrais écrivains et des lecteurs talentueux », tout cela comme un moyen d’enterrer tout ce qui a participé au refus d’un grand destin.

Pour Riba qui semble avoir mené une vie de catalogue :

Traverser le pont c’est sortir d’un monde et entrer dans un autre monde, s’y sentir le maître du monde.  Lorsque l’éditeur se souvient de sa traversée à pied de Manhattan à Brooklyn aux côtés de son jeune auteur Nietzky : « marcher vers Brooklyn signifiait pour lui repartir en quête des anciennes forces occultes » (115)

Tomber de l’autre côté, serait-ce pour retrouver la personne qu’il aurait réellement pu être avant même qu’il ne commence sa vie d’éditeur ; retrouver ce Je unique, original, « la première personne qui était en lui et a si vite disparu » (219)

Le désir d’un saut anglais vient faire réplique au saut français de l’écrivain américain Saul Bellow, ou encore au saut italien du poète florentin Guido Cavalcanti : « le saut agile et inattendu (…) qui se hisse au-dessus de la pesanteur du monde, montrant que sa gravité contient le secret de la légèreté » (133)

Mais pourquoi également ce grand saut de Riba dans l’Ulysse de Joyce ? Outre qu’il est bon connaisseur de l’œuvre du poète et romancier irlandais, « la plus grande trouvaille de Joyce dans Ulysse est d’avoir compris que la vie est faite de choses triviales. La glorieuse astuce mise en pratique par Joyce fut de prendre ce qui se passe au ras des pâquerettes pour en faire un soubassement héroïque aux accents homériques » (159)

Requiem pour un monde où la splendeur est encore récupérable, où Riba peut enfin se sentir libéré « de la chaîne criminelle de l’édition de fictions » (197), où tomber de l’autre côté c’est se trouver enfin dans une géographie du monde où pouvoir se réinventer, n’être plus qu’ « une allégorie, un témoin de son temps, le notaire d’un changement d’époque » (217)


Alors « … que l’enterrement soit une œuvre d’art » !

  

Nathalie Riera, décembre 2010

Revue « Europe », N° 984, avril 2011

© Les Carnets d’Eucharis

 

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SITE À CONSULTER

 

dublinesca

Sur le site : Enrique Vila-Matas

| © Cliquer ICI

 

Quatrième de couverture Samuel Riba est l'éditeur talentueux d'un catalogue exigeant. Néanmoins, incapable de faire face à l'émergence des nouveaux médias et de concurrencer la vogue du roman gothique, il vient de faire faillite. Il sombre alors dans la déprime et le désœuvrement. Pour y remédier, il entreprend un voyage à Dublin. L'accompagnent quelques amis écrivains avec qui il entend créer une sorte de confrérie littéraire. Cette visite de la capitale irlandaise se double d'un voyage dans l'œuvre de Joyce.

En explorant toutes les facettes de ce personnage complexe, qui est en partie son alter ego de lui-même, Enrique Vila-Matas interroge la notion d'identité, de sujet, et décrit le cheminement parcours qui a mené la littérature contemporaine d'une épiphanie (Joyce) vers l'aphasie (Beckett).