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30/04/2014

Eva-Maria Berg - Résidence d'écriture à la Villa Tamaris, Centre d'art

Eva-Maria BERG

Poète de langue allemande

(Née en 1949, à Düsseldorf)

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eva-maria berg;

 

[EVA-MARIA BERG, 2014]

| © Nathalie Riera

 

 

 

Résidence d’écriture

à la Villa Tamaris Centre d’Art
EVA-MARIA BERG

 

 

 

 

 

© Carnet itinÉrant de Nathalie Riera

 

 

 

 

 

 

Résidence d’écrivain du 14 avril 2014 au 15 mai 2014

 

 Villa Tamaris centre d'art
Communauté d´agglomération Toulon Provence Méditerranée
Avenue de la grande maison 83500 La Seyne-sur-mer

 

Site de la Villa Tamaris | © ICI

 

 

   

 

Photographies : Nathalie Riera© Eva-Maria Berg, Villa Tamaris, 2014

 

 

 

 

 

 

Choix de poèmes

Traduction en coopération avec Patricia Fiebig

 

 

Avec tous mes remerciements à Eva-Maria Berg pour son accueil des plus chaleureux.

 

 

 

 

 

 

aus dem augenblick                                        l´instant

ist betrachtung                                               est devenu

geworden kein ufer                                        contemplation aucune rive

entfernter als die andere                                 éloignée l´une plus que 

seite wenn der hund                                       l´autre à l´heure où le chien

nicht wagt hinüber                                         ne se risque pas à gagner

zu schwimmen und                                        l´autre côté à la nage et

das boot kieloben                                           le bateau quille en l´air

den fischfang                                                  abandonne

aufgibt segeln                                                 la pêche alors

vielleicht ein paar                                           peut-être quelques ailes

flügel am himmel                                           voguent dans le ciel

den blühenden                                               qui rappellent

hafen erinnernd                                              le port fleuri

 

 

 

 

 

 

© Eva-Maria Berg

Poèmes de la Villa Tamaris

Les Carnets d’Eucharis, Printemps 2014

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NOTE BIOBLIBLIOGRAPHIQUE. Née en 1949 en Allemagne, à Düsseldorf, Eva-Maria Berg a fait des études d´allemand et de français à l’Université de Fribourg en Brisgau. Domiciliée à Waldkirch, dans la Forêt Noire, elle séjourne régulièrement en France. Outre les livres de poésie publiés, elle écrit des articles et des critiques littéraires pour des journaux, collabore avec des artistes pour l’élaboration de catalogues d´expositions, figure dans de nombreuses anthologies et revues littéraires, telles que : Arpa, Europe, la Traductière, Levure littéraire, Revue Alsacienne de Littérature, Terres de femmes, Verso (F); die Horen, Poesiealbum neu (D); Du, Orte (CH).  Collaboratrice régulière de la revue en ligne Recours au Poème elle travaille également dans le cadre de coopérations interdisciplinaires –  théâtre expérimental, installations, expositions.

Les Résidences d´écritures sont pour elle l’occasion de rencontres entre artistes et d’un recentrement propice à l’écriture : elle a notamment séjourné à la Fundación Valparaíso, Mojacár (Espagne) 2008 et, à plusieurs reprises depuis 2010, à la Villa Tamaris, Centre d´Art, La Seyne-sur-Mer. (France).

Une vingtaine de livres et de livres d´artistes ont paru en Allemagne, en France, en Suisse.

A paraître : en 2014, livre de poèmes en allemand/francais/espagnol avec des gravures d´Olga Verme-Mignot ; en 2015, aux Editions Erès, collection PO&PSY, un recueil de poèmes bilingue franco-allemand.

 

 

SITE OFFICIEL : http://www.eva-maria-berg.de/

 

 

 

16/04/2014

Nicolas Bouvier, Oeuvres (une lecture de Nathalie Riera)

Hommage àNicolas Bouvier

(1929-1998)

 

 

 

   

 

© Photo : Nicolas Bouvier dans les années 1950 (Keystone)

 

 

  

 

 (SUR LE SITE DE THIERRY VERNET)

http://www.thierry-vernet.org/

 

 

 

 

  « (…) Nous avons tous une boussole dans la tête, plus précieuse que l’or des Incas. »  Nicolas Bouvier [1]

« Un voyage, fût-il de mille lieues, commence sous votre chaussure. »Confucius

 

 

  

 

 

 

 

 « Incantation de l’espace, décantation du texte

ou être un miroir promené le long d’une grande route »

[[2]]

Par Nathalie Riera

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 « Le déplacement dans l’espace peut être un sésame pour certains… »

 

 

 

Voyager c’est avoir une certaine passion. Chez Bouvier, c’est avoir « la passion des points cardinaux », et parmi les 4 points, sa première direction sera le Nord, en lien avec ses premières lectures d’enfant. Un premier départ, durant l’été 1948, pour la Finlande, Helsinki… jusqu’en Laponie. Il survole le pays des 60 000 lacs. Le Nord lui fait signe de bonne heure ! : « … à sept ans je dessinais de l’ongle sur le beurre de ma tartine le cours de la Volga ou celui du Haut-Orkon, je savais fendre au couteau les naseaux d’un cheval pour qu’il galope encore dans l’air raréfié par le blizzard, et claquais de la langue pour stimuler les onze chiens de mon traîneau. » ([3])

Faut-il croire que voyager c’est retrouver un chez-soi ? De la Laponie à Paris : « Helsinki, Turku, Abo, c’est des endroits où je me sentais chez moi, encore plus en Laponie parce qu’il n’y avait personne, ici je me sens rudement « chez les autres » et il y a trop d’autres. » Une vie de voyages ne peut que répondre à un projet personnel. Nicolas Bouvier rendra compte du monde, de son usage du monde. Mais la disposition, autant physique que mentale, du « vivre ailleurs », et le goût à une vie itinérante, ont aussi leur genèse dans la constellation familiale. Le père, polyglotte « grand érudit et sourcier des grimoires », est directeur de la Bibliothèque universitaire de Genève, et il n’est pas inutile de préciser que la complicité père-fils jamais démentie s’avère comme un puissant pilier pour le « gamin bouffeur de livres à la chandelle clandestine ».

« … j’avais eu mes éblouissements : London, Rimbaud, Melville, Michaux, mais le véritable goût des mots m’est venu lorsqu’il a fallu les choisir, durs, lourds dans la main, polis comme des galets pour enluminer mes modestes icônes avec l’or, le rouge, le bleu qui convenaient, et pour tenter de faire du spectacle de la route un de ces Thesaurus Pauperum à majuscules ornées d’églantines et de licornes… » ([4])

 

Faire l’apprentissage de l’état nomade, regagner les vastes champs magnétiques, accéder à d’autres lieux « où les choses les plus humbles retrouvent leur existence plénière et souveraine », né le 6 mars 1929 au Grand Lancy, près de Genève, Nicolas Bouvier souligne, contrairement aux idées reçues, la manie de l’expatriement chez les Helvètes :

« Prenez au XVIème siècle le médecin Paracelse ou l’helléniste humaniste Thomas Platter, marcheurs infatigables franchissant les cols alpestres, de la neige jusqu’aux hanches, pour passer de Kiev à Salamanque, de Lübeck à Tunis et enrichir ou transmettre leur savoir, leur imago mundi[…] Plus près de nous : les voyages transsibériens de Cendrars, les enquêtes amérindiennes de Métraux, les randonnées verticales d’Auguste Piccard dans la stratosphère ou sous-marines dans la fosse des îles Tonga, les vadrouilles érudites d’un Charles-Albert Cingria entre vergers à pommes acides et bibliothèques à antiphonaires. » ([5])

 

Le voyage pour une lecture non monodique mais polyphonique du monde, ce sera alors voyager avec les mains et les yeux d’un écrivain et d’un photographe-chercheur d’images : « ce métier aussi répandu que celui de charmeur de rats ou de chien truffier… ». Et la formation à l’image, comme contrepoint à la littérature, c’est au Japon que l’écrivain en fera un exercice professionnel :

« Je suis devenu photographe par désespoir et portraitiste par accident. A Tokyo en 1955 (…) Mes premiers clients ont été les commerçants du petit quartier de banlieue où j’habitais, et mes premiers sujets, des portraits (…) J’étais payé en nature : six œufs frais, une petite pieuvre, trois chemises blanchies et amidonnées, une séance chez le masseur. Seules les prostituées du ravissant quartier réservé, qui jouxtait le nôtre, et qui sont toujours en fonds, payaient cash ; cela permettait d’acheter la pellicule et d’envoyer du courrier en Europe. […] Comment j’ai pu passer de cette humble clientèle à celle plus exigeante des magazines photographiques japonais reste un mystère que je m’explique mal. Mais cet apprentissage, parce qu’il était humain, cocasse et chaleureux, m’a donné pour toujours le goût des visages. » ([6])

Au métier de photographe s’ajoute celui d’iconographe, traqueur d’images, et que Nicolas Bouvier définit comme :

« l’héritier direct de ces colporteurs d’almanachs ou d’estampes qui faisaient autrefois les foires, leur baluchon sur le dos, et offraient pour un batz ou un sou des planches naïvement coloriées qui figuraient la grande peste de Marseille, le « bon sauvage » du Sépik ou le ballon de M. de Montgolfier et illustraient la chronique du moment. » ([7])

 

Voyager conduit l’écrivain « à murmurer des histoires », et la parole naît « d’une géographie concrète patiemment investie et subie ». ([8])De l’Asie, que Bouvier ressent comme la mère de l’Europe, « Asie, mère courbée » (Lorenzo Pestelli), cette Asie conquise par l’Occident, dans les universités de la fin des années 40, le jeune étudiant se confronte au « blanc de la carte » :

«…  je suis donc allé chercher comme Gorki « mes universités sur les routes » et ce que j’ai pu percevoir de l’immense et merveilleux passé asiatique m’est venu sans manuels ni leçons, mais par la plante des pieds. » ([9])

La destination de l’Asie c’est le chemin vers la transparence, mais c’est aussi, d’une certaine manière, reconquérir la légèreté, ne pas se laisser aller à l’opacité, « se débarrasser par érosion du superflu ». Voyager c’est tout un jeu d’équilibre à trouver :

« Et si l’on souhaite raconter ce qu’on a vu, être, dans la définition stendhalienne « un miroir promené le long d’une grande route », il faudra que le langage subisse la même épreuve, chaque mot passé au feu, et comme alchimiquement « éprouvé », tout ce qui sonne juste étant le fruit de combustions ou de distillations successives qui s’opèrent souvent à notre insu. » ([10])

 

Les livres sont des routes interminables, sont aussi la promesse de prodiges, des pages et des pages de « manuscrits, grimoires, vélins, incunables, traités de botanique, d’alchimie ou de navigations… »([11]) Dans les contrées de la littérature vagabonde, Bouvier connaît d’autres éblouissements avec Ella Maillart (…et la Chine centrale), Maurice Chappaz (La Tentation de l’Orient), Patrick Leigh Fermor pour Le temps des offrandes, qu’il considère comme « le plus  beau journal de marche, avec « Pantagonie » de Bruce Chatwin et « Chemin faisant » de Jacques Lacarrière. Un des chefs-d’œuvre de l’humanisme nomade. » ([12])Sur sa lecture d’Henry Miller, et notamment de son fameux Printemps noir :

« … je vis un satori de lecture qui me guérit pour un bon mois de quelques infirmités et questions (…) Chaque fois que je rencontre, et c’est souvent, un de mes frères humains en déroute, je lui donne ce petit livre. Chaque fois que pour moi le ciel se couvre, que la route que j’ai choisie semble ne mener nulle part, je l’ouvre à la page 81 et j’y puise immanquablement dérision, courage et espoir. » ([13])

Voyager c’est vivre plusieurs mois de routes qui vous privent de lectures. Mais vivre le monde dans un « vagabondage planétaire » peut aussi vous assurer quelques enchantements inattendus : « à mesure qu’on chemine on s’allège. » L’état nomade, nous rappelle Bouvier, est aussi accès à un monde poétique.

 

 

 

Afghanistan / La route de Kaboul

Si de 1800 à 1922, l’accès à l’est et au sud de l’Afghanistan était rendu impossible par l’armée anglaise des Indes, du temps de Bouvier et de Vernet tact et patience pouvaient suffire.

A Kandahar, réduit à l’apathie par une fièvre anarchique, Nicolas Bouvier souffre d’une malaria vivax. Et pendant la maladie, c’est aussi l’horrible expérience de la mouche d’Asie, en rien comparable à celle d’Europe, à vous tourmenter les nerfs : « Au moindre instant de repos, elle vous prend pour un cheval crevé, elle attaque ses morceaux favoris : commissures des lèvres, conjonctives, tympan. »([14]) 

De Kandahar à Kaboul, quelques routes de terre battue sous un ciel d’altitude, il faut rejoindre Kaboul, entre l’Hindoustan et le Khorassan, un pays marqué par les « Mémoires » de l’empereur Zahir-al-din-Babur (le Tigre), fondateur de la dynastie moghole de l’Inde : « C‘est un brevet pour une ville d’envoûter ainsi un homme de cette qualité. » ([15]) Contemporain de François Ier, le grand padichah se révèle pour l’écrivain-nomade un « personnage merveilleux (…) dont la connaissance me paraît profitable à toute personne engagée dans la découverte de l’Inde. »([16])

Le conquérant, mort à l’âge de 47 ans, aura trouvé le temps de rédiger ses « Mémoires ». Le Journal connait deux traductions, l’une en persan et l’autre en türk tchaghataï, la langue maternelle de Babour. Dans « Journal de Genève » du 14 juin 1986, Nicolas Bouvier lui consacre un article : « Découvrez Babour le Magnifique ».

 

« Comme Babour, j’avais aimé Kaboul à la passion » [[17]]

 

Zahir-al-din-Babur

(1483-1530)

 

Traverser le massif de L’Hindou Kouch, au nord de Kaboul, à 4000 m d’altitude pour regagner le Turkménistan. Gravir le col du Shibar en camion, et après les gorges et les abîmes, les accidents et les pannes, les duretés du climat, atteindre Kunduz, puis cheminer à pied jusqu’au Château des Païens fréquenté par les archéologues en mission de la Délégation archéologique française du professeur Daniel Schlumberger. Une réflexion sur l’écriture et l’archéologie s’impose, car autant sur le besoin de fouiller la mémoire que de fouiller la terre, écriture et archéologie ne sont pas sans avoir quelques points communs. Six années après son séjour au Château des Païens, Bouvier s’interroge :

« Mais le sens de cette fouille ? après tout : ces étrangers qui passent des années (…) à vivre en pionniers dans un coin de steppe solitaire pour ressusciter des Mages ou des dynastes morts depuis dix-huit siècles (…) Et puis pourquoi s’obstiner à parler de ce voyage ? quel rapport avec ma vie présente ? aucun, je n’ai plus de présent (…) creuser la terrifiante épaisseur de terre (…) (Voilà aussi de l’archéologie ! chacun ses tessons et ses ruines, mais c’est toujours le même désastre quand du passé se perd). Forer à travers cette indifférence qui abolit, qui défigure, qui tue, et retrouver l’entrain d’alors, les mouvements de l’esprit, la souplesse, les nuances, les moirures de la vie (…) Au lieu de quoi : ce lieu désert qu’est devenue ma tête, la silencieuse corrosion de la mémoire (…) »([18])

 

 

 

 

© Nicolas Bouvier, Thierry Vernet et sa femme Floristella Stephani à Ceylan, en 1955.

 

 

La « descente de l’Inde » / décembre 1954 – mars 1955 : le lyrisme de la route indienne

Lahore, deuxième ville du Pakistan, « une ville très personnelle qui vous saisit du premier coup… » ; Pendjab, la première ville de l’Inde ; Ambala, « une ville admirable  sous un ciel qui était un ciel de véritable joaillerie » ; l’ancienne cité commerciale de Mathura sur l’axe Delhi-Bombay ; puis Gwalior où trouver réconfort, dans l'État indien du Madhya Pradesh : un nom qui tinte comme un bijou, vieille ville « jolie, menue, avec quelques chemins de poussière en velours… », aux odeurs « de girofle, de pâtisserie et de pneu surchauffé ». La « descente de l’Inde » est une descente en sauts de puce de quatre mois et demie, avant d’atteindre Ceylan. Il y a aussi l’incontournable Bombay, si snobée par les Européens, de par son côté très hybride :

« Bombay est, un peu comme l’Alexandrie d’avant-guerre, une ville qui héberge, qui habite un très grand nombre de communautés différentes : vous avez le milieu des Marathes, vous avez dans les affaires le milieu des Parsis, vous avez le milieu des cotonniers musulmans du Hyderabad qui travaillent sur le marché de Bombay, une colonie européenne importante et intéressante car ce sont des gens qui sont très épris du pays, enfin vous avez, parmi d’autres milieux, le milieu des Russes blancs et celui des Goanais. Et j’en oublie certainement. C’est donc une sorte de Babel très cosmopolite, dans laquelle une sorte de dialogue est-ouest, celui que Kipling jugeait impossible, peut parfaitement s’instaurer. » ([19])

The Grand Trunk Road relie Peshawar à Calcutta, sur plus de 3000 kilomètres. C’est là que Nicolas Bouvier dit avoir fait « la connaissance avec une seconde dimension de l’Inde, que j’appellerai le lyrisme de l’espace ». ([20])

 

Je traverse les récits de voyages de Nicolas Bouvier en un parcours ponctué de cahotements, de trépidations, qui donnent à ma lecture itinérante un certain tempo, comme un accès à des territoires hybrides de la pensée. Je mesure ce que l’espace, en termes de voyage, ou de déplacement sur une surface donnée, peut avoir de lyrique : le phrasé de son rythme cardiaque, le souffle de son alphabet, l’haleine de sa poésie. 

Lire ces récits donne des couleurs à l’esprit : je me sens comme habitée du grand mystère du monde, et je ressens comme une amplitude à penser le voyage telle une opposition contre tout ce qui ne relève plus de l’incantation. Chaque voyage restitué par la mémoire, cette mémoire que l’on qualifie toujours de fragile, à la lisière du mensonge ou de l’amnésie, je me sens un être de chair et d’os dans la géomancie du monde. Je vibre de ma propre survivance. Le secret du monde est d’être un secret, et comme tout secret il ne peut que promettre un long voyage de vivre. Et au cœur du « vivre », les étincelles, les poussières, les scories.

Les voyages de Nicolas Bouvier sont des huiles aux couleurs primaires, des dessins à l’encre noire, des photographies de l’Ailleurs et Autrement. Ils esquissent une mémoire de reliefs, de perspectives, et par l’écriture empreinte de cet espace lyrique Nicolas Bouvier nous a restitué tous les grands spectacles de la route dont il fut un formidable observateur et témoin.

 

Au-dessus de la table où j’écris est accrochée une petite boussole d’acier bruni qui date de la guerre de 1914. Elle indique encore le Nord d’une aiguille qui tremble un peu ; le jour où elle cessera de le montrer, je mourrai. ([21])

 

Avril 2014 © Nathalie Riera (Les carnets d’eucharis)

 

 

L’usage du monde

 

 

AUTOUR DU « SAKI BAR »

 

 

[…] Sans l’odeur j’aurais pu oublier la journée. Mais malgré le savon, la douche, une chemise propre, je puais l’ordure. A chaque respiration, je revoyais cette plaine fumante et noire libérer par bouffées ses dernières molécules instables pour rejoindre enfin l’inertie élémentaire et le repos ; cette matière au bout de ses peines, au terme de ses réincarnations, dont cent ans d’ondée et de soleil n’auraient plus tiré un brin d’herbe. Les vautours qui picoraient ce néant ne manquaient pas de nerf ; la succulence de la charogne avait depuis longtemps déserté leur mémoire. La couleur, le goût, la forme même, fruits d’associations délicieuses, mais fugaces, n’étaient pas souvent au menu. Négligeant ces efflorescences passagères, perchés en pleine permanence, en pleine torpeur, ils digéraient la dure affirmation de Démocrite : ni le doux ni l’amer n’existent, mais seulement les atomes et le vide entre les atomes.[…]

 

[Extrait de « L’usage du monde » in Nicolas Bouvier, ŒUVRES– p.334]

   

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Chronique japonaise

 

 

I – LE CAHIER GRIS

 

 

[…] le froid, le poids du froid, son importance dans la vie ici : il entre du grelottement dans la musique japonaise, quant aux arbres ! ces branchures tordues anguleuses, comme s’ils avaient des crampes, comme si le froid s’en était mêlé. Et toutes ces attitudes du corps qui frappent dans le théâtre ou dans l’estampe : gestes étriqués, ramenés à soi, qui ont pour seul but d’empêcher la chaleur du corps de s’enfuir […]

 

[Extrait de « Chronique japonaise » in Nicolas Bouvier, ŒUVRES– p.499/500]

   

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Le poisson-scorpion

 

[…] Travaillé tout l’après-midi au récit de la bataille de Kadesh (1286 av. J.-C.). J’aime les Hittites, cette civilisation rustique et si clémente qui dort sous trois mille ans d’humus de feuilles de saules anatoliens. C’est pour moi ici un contrepoids de fraîcheur, et le moment de fixer des images encore nettes dans mon esprit. J’ai bon espoir aussi de vendre cet article. J’aime les Hittites parce qu’ils détestaient les chicanes. Tout ce que je connais d’eux n’est qu’une inlassable exhortation au bon sens. S’il fallait vraiment faire la guerre, alors ils la gagnaient, grâce à une charioterie incomparable et une tactique pleine d’astuces de derrière les fagots. Ramsès II a eu tort de leur chercher querelle. Malgré ses bas-reliefs triomphalistes, il s’est bel et bien fait rosser. J’ai revu cette empoignade sur l’Oronte comme si j’y étais : la poussière soulevée par les  chars, les tiares, les cris d’agonie, les contingents grecs et philistins engagés contre l’Egypte, les bijoux sonores des putains qui suivaient les deux armées. J’avais la tête claire ; les mots qui me venaient pesaient comme un caillou dans la poche, calibré pour la fronde de David.

               

  [Extrait de « Poisson-Scorpion » in Nicolas Bouvier, OEUVRES – p.767/768]

   

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D’UN PLUS PETIT QUE SOI…

 

Va voir la fourmi, paresseux, et inspire-toi de ses œuvres.

Proverbes, VI, 6.

 

 

 

[…] De tous mes pensionnaires, le cancrelat est le plus inoffensif et le plus irritant. Le cancrelat est un vaurien. Il n’a aucune tenue dans ce monde ni dans l’autre. Plutôt qu’une créature c’est un brouillon. Depuis le pliocène il n’a rien fait pour s’améliorer. Ne parlons pas de sa couleur tabac chiqué pour laquelle la nature ne s’était vraiment pas mise en frais. Mais ces évolutions erratiques, sans aucun projet décelable ! ce port de casque subalterne et furtif, cette couardise au moment du trépas ! Voilà pourquoi longtemps que je ne les écrase plus, à cause des fossoyeurs de toutes sortes, autrement dangereux, que ces dépouilles m’amènent. J’en reconnais même quelques uns, parmi les plus sales et les plus négligés – un léger clopinement, une aile rongée – auxquels j’ai donné des sobriquets affectueux mais dérisoires. Leur étourderie, souvent mortelle, me fait même sourire aujourd’hui. Leurs trajets sur ma table ou autour de ma chaise sont marqués par un affolement tel qu’il les fait parfois culbuter. D’un cancrelat sur le dos, autant dire qu’il est perdu et qu’il le sait. Il faut voir alors cet abdomen palpitant offert à la vigilance de tous les dards, pinces, mandibules, appétits qui mettent tant d’animation dans ce logis ; le battement des pattes qui télégraphient de mélancoliques adieux, la panique convulsive des antennes alertées par le frôlement d’un rôdeur qui s’approche ou par le vol irrité de la guêpe ichneumon qui cherche justement un garde-manger pour y pondre ses œufs. Il y a plus de monde qu’on ne l’imagine dans cette chambre où je me sens pourtant si seul et le cancrelat – Dieu soit loué – n’y compte pas que des amis. La vie des insectes ressemble en ceci à la nôtre  on n’y a pas plutôt fait connaissance qu’il y a déjà un vainqueur et un vaincu.

 

  [Extrait de « Poisson-Scorpion » in Nicolas Bouvier, OEUVRES – p.779/780]

   

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Tribulations d’un iconographe

 

 

BIBLIOTHÈQUES

 

 

[…] je n’ai pas oublié le jour où, ouvrant le traité d’anatomie de Rivière, publié par Estienne (1545), volume quasiment neuf légué à la bibliothèque en 1715, et jamais consulté parce que déjà caduc ou jugé libertin à cause des superbes femmes à chignon élégamment éviscérées, j’en avais décollé les pages avec un léger chuintement, l’encre, quatre siècles après l’édition, n’étant pas sèche. Journées entières de cette lanterne magique qui allait du XVe au XXe siècle, dans le silence et la lumière tamisée de cette petite officine et dans un « passé-présent » qui me montait à la tête. Heures vécues avec les images de Mantegna, de Dürer, de Calcar ou de Callot, et de tant d’autres, vivant dans un temps autre et sortant de ma petite « cagna » tout ébloui par le soleil de fin d’après-midi sur les pelouses de l’université, garnies d’odalisques-étudiantes en mini-jupes, et me disant, avec mes cinquante kilos de matériel sur le dos, et considéré par toutes comme un portefaix ou un Aliboron, que la « petite échelle fort officieuse » serait tout à fait de saison.

 

[Extrait de « Tribulations d’un iconographe » in Nicolas Bouvier, ŒUVRES– p.1096/1097]

   

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Les livres de Nicolas Bouvier :

L'Usage du monde, 1963, Payot poche, 1992

Japon, éditions Rencontre - L'Atlas des Voyages, Lausanne, 1967

Chronique japonaise, 1975, éditions Payot, 1989

Le Poisson-scorpion, 1982, éditions Gallimard, Folio, 1996

Les Boissonas, une dynastie de photographes, éditions Payot, Lausanne, 1983

Journal d'Aran et d'autres lieux, éditions Payot, 1990

L'Art populaire en Suisse, éditions Zoé 1991

Le Hibou et la baleine, éditions Zoé, Genève, 1993

Les Chemins du Halla-San, éditions Zoé, Genève, 1994

Comment va l'écriture ce matin ?, éditions Slatkine, Genève, 1996

Routes et déroutes, entretiens avec Irène Liechtenstein-Fall, Éditions Métropolis, 1997

La Chambre rouge et autres textes, éditions Métropolis, 1998

Le Dehors et le dedans, éditions Zoé, Genève, 1998

Entre errance et éternité, éditions Zoé, Genève, 1998

Une orchidée qu'on appela vanille, éditions Métropolis, Genève, 1998

Dans la vapeur blanche du soleil : les photographies de Nicolas Bouvier ; Nicolas Bouvier; Thierry Vernet; Pierre Starobinski; Éditeur : Genève : Zoe, 1999

La Guerre à huit ans, éditions Mini Zoé, Genève, 1999

L'Échappée belle, éloge de quelques pérégrins, éditions Métropolis, Genève, 2000

Histoires d'une image, éditions Zoé, Genève, 2001

L'Œil du voyageur, éditions Hoëbeke, 2001

Le Japon de Nicolas Bouvier, éditions Hoëbeke, 2002 (réédition de Japon, éditions Rencontre - L'atlas des Voyages)

Le Vide et le plein (Carnets du Japon, 1964-1970), éditions Hoëbeke 2004

Œuvres, Gallimard, 2004 (1428 pp, sous la direction d'Éliane Bouvier, préface de Christine Jordis). Contient : Premiers écrits ; L'Usage du monde ; La Descente de l'Inde ; Chronique japonaise ; Le Poisson-scorprion ; Le Dehors et le dedans ; Voyage dans les Lowlands ; Journal d'Aran et d'autres lieux ; L'Art populaire en Suisse (extraits) ; Histoires d'une image ; Le Hibou et la baleine ; La Chambre rouge ; La Guerre à huit ans ; Routes et déroutes + photographies, cartes, documents, biographie.

Charles-Albert Cingria en roue libre, éditions Zoé, Genève, 2005

Poussières et musiques du monde, CD Enregistrement de Zagreb à Tokyo

Correspondance des routes croisées 1945-1964, texte établi, annoté et présenté par Daniel Maggetti et Stéphane Pétermann, Éd. Zoé, Genève, 2010, 1650 pages.

Il faudra repartir, Voyages inédits, éditions Payot, 2012, textes réunis et présentés par François Laut, édition établie en collaboration avec Mario Pasa.

  

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Nicolas Bouvier, S’arracher, s’attacher

de Doris Jakubec et Marlyse Pietri, Nicolas Bouvier (photographies) (Louis Vuitton, « Collection VOYAGER AVEC… – 2013)

 

 

 

 

 Site Louis Vuitton http://www.louisvuitton.fr/front/#/fra_FR/Collections/Femme/Livres--ecriture

 

 

Doris Jakubec a dirigé pendant 23 ans le Centre de recherches sur les lettres romandes de l'Université de Lausanne et se consacre au rayonnement de la littérature romande par des conférences et des publications.

De Nicolas Bouvier, elle a préfacé Le Dehors et le Dedans dans l’édition Points Seuil et édité le livre posthume, Charles Albert Cingria en roue libre.

Marlyse Pietri est la fondatrice des Editions Zoé qu’elle a dirigées jusqu’en 2011.
Elle a publié de nombreux ouvrages de Nicolas Bouvier dont sa correspondance avec Thierry Vernet, la Correspondance des routes croisées.

 

 

 

Nicolas Bouvier, Oeuvres

Édition publiée sous la direction d'Eliane Bouvier avec la collaboration de Pierre Starobinski. Préface de Christine Jordis

(Quarto Gallimard – 2009)

 

 

Site Gallimard http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Quarto/OEuvres11

 

 

À quel envoûtement obéit un jeune Suisse bien né, sur le berceau duquel les fées se sont penchées, pour «prendre la route» à 24 ans, ses diplômes en poche, en Fiat Topolino, mais sans un sou vaillant et pour un aller simple ? Il est décidé à en découdre. Avec lui-même, avec la vie et avec l'écriture. De la Yougoslavie au Japon, c'est dur, mais c'est cette dureté qu'il recherche : la descente en soi qui peut être illumination ou descente aux enfers, l'intensité de l'instant et l'ennui qu'il faut meubler avec des riens. Le pittoresque, l'observation ne sont que des supports à la quête de soi et à la douleur de l'écriture, mais ils nous valent des portraits truculents, des récits merveilleux car ce conteur est un enchanteur. Il fait son miel avec les surprises de la route qui ne sont pas ce que l'on croit. Ainsi ce corps encombrant qui réclame chaque jour sa pitance et que frappe un cortège de malarias, de jaunisses à répétitions, sans parler des dents qui prennent la poudre d'escampette. On s'en va «pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu'on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels... Sans ce détachement et cette transparence, comment espérer faire voir ce qu'on a vu ?». Mission accomplie. Nicolas Bouvier a payé sa livre de chair et bien au-delà, et son écriture de l'extrême exigence, de l'économie du mot, fait de nous des visionnaires par procuration auxquels il arrache «des râles de plaisir». 

 

 

Il  faudra repartir

Voyages inédits

 (Payot – 2012)

 

 

Site Payot

http://www.agendaculturel.com/Livre_Carnets_de_route

 

Des textes inédits rédigés en des pays sur lesquels le célèbre voyageur n'a rien publié de son vivant : telles sont les pépites de ses archives sur près d'un demi-siècle, du jeune homme de dix-huit ans qui, en 1948, écrit son premier récit de voyage entre Genève et Copenhague, rempli d'illusions qu'il veut 'rendre réelles', à l'écrivain reconnu qui, en 1992, sillonne les routes néo-zélandaises, à la fois fourbu et émerveillé. Tout le talent de Nicolas Bouvier apparaît dans ces carnets : portraitiste et observateur hors pair, mais également reporter, historien, ethnographe, conférencier, photographe, poète.

 

 

 

 

 

 

 



[1]Nicolas Bouvier, « Le Hibou et la Baleine », Zoé, 1993 – publié à l’occasion du film de Patricia Plattner, « Nicolas Bouvier, le hibou et la baleine ».

[2]« Réflexions sur l’espace et l’écriture » (p.1054) in Nicolas Bouvier Œuvres, Quarto Gallimard, 2009

[3] « Ces rêves venus du froid » (p.1099) in Nicolas Bouvier Œuvres, Quarto Gallimard, 2009

[4]Ibid., (p.1054)

[5]Ibid., (p.1057)

[6] « Notes en vrac sur le visage » (p.703/704) in Nicolas Bouvier Œuvres, Quarto Gallimard, 2009

[7] « Tribulations d’un iconographe » (p.1087) in Nicolas Bouvier Œuvres, Quarto Gallimard, 2009

[8] « Réflexions sur l’espace et l’écriture » (p.1054) in Nicolas Bouvier Œuvres, Quarto Gallimard, 2009

[9]Ibid., (p.1059)

[10]Ibid., (p.1062)

[11]Ibid., (p.1088)

[12](p.1077)

[13] (p.1085)

[14] « L’usage du monde » (p.344) in Nicolas Bouvier Œuvres, Quarto Gallimard, 2009

[15]Ibid., (p.353)

[16] « La descente de l’Inde » (p.460) in Nicolas Bouvier Œuvres, Quarto Gallimard, 2009

[17]Ibid., (p.463)

 

[18] « L’usage du monde » (p.379) in Nicolas Bouvier Œuvres, Quarto Gallimard, 2009

[19] « La descente de l’Inde » (p.464) in Nicolas Bouvier Œuvres, Quarto Gallimard, 2009

[20]Ibid., (p.444)

[21] Nicolas Bouvier, (Le Nord) Le hibou et la baleine

 

Thierry Metz

 

 

DIERESE N°56

revue poétique et littéraire

 

Thierry Metz © Françoise Metz

 

Thierry Metz

Poète

(1956-1997)

 

 

 

 

 

Lecture Nathalie Riera 

Thierry Metz

 

« quelques morceaux de lumière »

____________________________________________________________________________

 

« Né en 1956, Thierry Metz a choisi de disparaître le 16 avril 1997 », lit-on dans la nouvelle édition revue et augmentée de « L’homme qui penche » (Pleine Page, 2008). Puis, dans la préface de l’éditeur Didier Periz : « A l’époque, chaque matin, avant de me rendre au travail, je lisais de la poésie. C’était le meilleur moyen que j’avais trouvé d’affronter la journée. Je regagnais un peu de mon intérieur, quelques morceaux de lumière en guise de gilet pare-balles contre les agressions multiples de la vie sociale ». Dans son souvenir de Thierry Metz : « Je me souviens d’une crise d’éthylisme, un soir, entre le Cours Victor Hugo et la rue Sauvageau. Je me souviens qu’il nous a raconté la scène de l’accident de son fils sur la nationale 113 et qu’on a pleuré ». [1] Deux séjours au centre hospitalier de Cadillac, en Gironde, le 31 janvier 1997 Thierry Metz achève son journal « L’homme qui penche » (I et II):

  

   Je ne sortirai pas d’ici, sans ce livre, sans ses perspectives. En plâtre. En papier. En chiffon.       Les matériaux de ce qu’on peut être ici, matériaux psychiatriques, matériaux d’atelier, qu’on                travaille et retravaille puis qu’on abandonne au premier venu.

   Ce que nous sommes.

   [fragment 60][2]

 

Ecrire pour reconstruire ? Comment y répondre ?

On ne peut pas lire Thierry Metz sans lui reconnaitre ce que bien des poètes critiques entendent du rôle de la poésie en ces temps dévastateurs. Vivre au plus près du quotidien et de l’ordinaire, se tenir à la source des êtres et des choses, se laisser saisir au cœur de la pleine réalité qui se veut le grand chemin d’apprentissage du poème. Le réel n’est pas une légende et n’a rien d’irrationnel. Et le tragique de toute vie, dans son ciel noir, est aussi un espace à l’empathie, une place à la profondeur. Que faire dans le réel ? « sinon restituer au chemin/son aujourd’hui ».

On gagne de relire Thierry Metz en ces temps de surenchère et d’arrogance verbale (« Soleil et coq sont les deux extrêmes/de ta parole »[3] ). Dans « Dolmen » (Prix Froissart, 1989), place non pas à l’empesé mais à l’élémentaire, car tout au long de son vivant, Thierry Metz n’aura pas réduit la poésie à un simple exercice de style. Aucune place à la sublimation pour le poète « échappé des fables ». Thierry Metz reste dans l’expérience de ce qui se vit et de ce qui est, et ce qu’il en recueille, dans l’espace de l’écriture se transmue en bribes lumineuses de ce peu de chose : « l’infime est plus sûr que le reste ».

Aucune nuit n’est exclue dans l’écriture du poème, et le monde jamais dessaisi de son énigme et de sa transparence.

 

   […] Pas un traité ni une parabole, je ne sais pas faire ça, je laisse ce travail aux abstinents ou    à la raison pure. J’essaye, à ma manière et plus simplement, de faire entrer l’homme que je          suis devenu dans la maison de la rencontre et de la réparation. Si ce n’est lui tout entier, au          moins ses mains et son visage. Tout n’entrera pas.

   [fragment 6]

 

Dans la maison de la rencontre et de la réparation :

 

   Que seulement passent les heures.

   Pour les empiler.

   Pour conserver l’interrogation.

   La délivrer des réponses.

   [fragment 9]

 

  

 

   Il n’y a ici qu’un va-et-vient de petites choses. Tout est toujours à convoquer. On atteint                quelque chose non pour le dépasser mais pour l’atteindre encore.

   [fragment 16]

 

  

 

   […] Le vrai travail est d’être aussi vide que ce temple.

   [fragment 65]

 

 

Le projet d’écrire n’est pas un projet de guérison. La nuit est tombée sur Thierry Metz, et il a dédié cette nuit à tout cela qui lui fut donné, à tout cela qu’il a aimé.

 

 

 

 

Janvier 2012 © Nathalie Riera (pour la revue Diérèse N°56 – Printemps 2012)

 

 

 

 

 

■ LIEN : http://diereseetlesdeuxsiciles.com/57374.html

 

 

La revue Diérèse, créée il y a quatorze ans par Daniel Martinez, s'attache à publier des textes inédits d'auteurs du monde entier. Elle propose aussi des textes de réflexion autour de livres et de films. Chaque numéro comporte environ 270 pages. Elle a notamment publié des textes de Jean-Claude Pirotte, Michel Butor, Pierre Dhainaut, Isabelle Lévesque, Henri Meschonnic (+), Max Alhau, Bernard Noël, Lionel Ray, Richard Rognet, Jean Rousselot (+), Chantal Dupuy-Dunier, Jacques Ancet, Ariane Dreyfus, Françoise Hàn, Yves Charnet, Joël Vernet...Le numéro 52/53, déjà entièrement consacré à Thierry Metz, est toujours disponible.

Diérèse n°56 (mai 2012) est consacré à Thierry Metz : Poèmes inédits, lettres, dédicaces, photographies... Dossier dirigé par Daniel Martinez et Isabelle Lévesque. Avec des textes de : Sophie Avon, Gérard Bocholier, Lionel Bourg, Gérard Bourgadier, Eric Dazzan, Pierre Dhainaut, Bernadette Engel-Roux, Gilles Lades, Paul Leuquet, Isabelle Lévesque, Daniel Martinez, Jean-Michel Maulpoix, Hervé Planquois, Nathalie Riera, Joël Vernet, Muriel Verstichel, Christian Viguié... Illustrations de Denis Castaing et de Michel Bourçon.


 

Diérèse

 

 

 

 



[1] Revue Diérèse, N° 52/53, Printemps 2011 – Didier Periz : « Je me souviens de Thierry Metz », p. 15

[2]Thierry Metz, L’homme qui penche, Pleine Page éditeur, 2008

[3] Thierry Metz, Dolmen, éd. Jacques Brémond, 2001, p. 13

13/04/2014

Les Carnets d'Eucharis N°41 - Printemps 2014

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Poésie | Littérature Photographie | Arts plastiques 

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en ligne

 

 

 

 

 

 

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Les carnets d’eucharis n°41

PRINTEMPS 2014

 [« La série des malles »]

© Nathalie Riera, 2014| Improvisation depuis ma terrasse…

 

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04/04/2014

K.O.S.H.K.O.N.O.N.G. (revue dirigée par Jean Daive - Chez Eric Pesty Editeur)

K. O. S. H. K. O. N. O. N. G.

 

 

Note d'intention pour K.O.S.H.K.O.N.O.N.G.

 

Koshkonong est un mot indien Winnebago qui donne son nom à un lac important du Wisconsin —

 

Il signifie au-delà de toutes les polémiques d'hier et d'aujourd'hui : " The Lake we Live on"  — Le Lac qui est la vie.

C'est là que Lorine Niedecker est née et a vécu, dont les poèmes ouvrent le premier numéro de K.O.S.H.K.O.N.O.N.G.  Son œuvre poétique, d'une singularité sans partage et d'une intensité sans exemple, même si Robert Creeley l'a comparée à Emily Dickinson, intègre langue et lieu — langue indienne et sa nature — à sa propre langue (américaine du Wisconsin). Le poème de Lorine Niedecker fait d'échos, de résonances, introduit une écoute autre à propos d'accents autres et de sens autres. 

Un monde secret ou un monde du secret, mettant l'existence hors de portée, est à l'origine de cette écriture qui observe la vie sous l'emprise d'une humidité extrême : eaux glacées, grands bois humides, mousses, fougères, champignons, moisissures, vents constants et mouillés, air trempé de brume — toute une humidité-humanité ne cessant jamais d'alimenter la disparition des défenses de l'homme.

 

L'écriture principalement connaît trois phénomènes : la main, la voix, le mur. Le mur est une manifestation qui s'adresse le plus naturellement du monde à l'homme, quel que soit son état de marche, quel que soit son état de cœur : le mur qui écrit la revendication, le mur des amoureux, des accusations, le mur des avis, notices, affiches, placards, proclamations, le mur des graffitis, des signes, des mots bombés, le mur est manifestation de l'urgence, de l'injustice, du procès, de la contagion, de l'épidémie.

 

K.O.S.H.K.O.N.O.N.G. est une revue qui veut prendre en compte toutes les résonances de la langue et l'urgence, toutes les désaccentuations possibles et l'alerte.

 

K.O.S.H.K.O.N.O.N.G. est une revue de l'ultimatum.

 

JEAN DAIVE.

 

 

 

K.O.S.H.K.O.N.O.N.G. paraît trois fois l'an.

Bulletin d'abonnement pour trois numéros : 29 euros. Chèque à libeller à l'ordre d'Éric Pesty Éditeur - 10, rue des Mauvestis, 13002 Marseille - accompagné de vos coordonnées postales.

ICI

 

Antoine De Baecque, La traversée des Alpes

 

Tout au long de ces vingt-six étapes de sept à neuf heures de marche quotidienne, j’ai pu mesurer l’endurance du randonneur,  ressentir le rythme de ses déplacements, saisir l’importance des rites et des gestes qui scandent sa journée, mettre à l’épreuve  mon corps, tenter de le protéger, de le préserver, de le soigner, de le laver, de le nourrir. J’ai pu sentir mes émotions face aux paysages, à la solitude, à l’existence en montagne, j’ai fait l’expérience de rencontres, avec des gardiens de refuge, des randonneurs français et étrangers, des animaux divers. En randonnant sur le GR5, je comprenais ainsi que ce livre devait porter sur l’histoire des évolutions du corps du marcheur, ancien, moderne, contemporain, sur l’histoire de sa résistance à l’effort et à la douleur, sur ses rythmes de progression, son hygiène, sa nourriture, ses soins, son équipement ou ses sensations. C’est également à travers mes rencontres que j’ai pu esquisser concrètement une sociologie des marcheurs, qui montre, par exemple, le vieillissement de l’âge moyen des adeptes du GR5, la diversification toujours grandissante de leurs horizons sociaux et culturels, la naissance et l’épanouissement de métiers de montagne spécifiquement liés au passage du sentier. S’impose, à travers mon regard posé sur ces paysages de montagne tout au long de ma traversée, une histoire des sensibilités du corps au cadre alpin.

 

ANTOINE DE BAECQUE

........................... (p.23)

 

La traversée des Alpes

Essai d’histoire marchée
ANTOINE DE BAECQUE

 

NRF EIDTIONS GALLIMARD

Bibliothèque des Histoires

 

Date de parution : le 20 mars 2014

 

Site éditeur | © ICI

 

 

 

 

 

 

4ème DE COUVERTURE

Le 6 septembre 2009, Antoine de Baecque se lance sur le GR5, un sac de dix-sept kilos sur le dos, pour un mois de randonnée solitaire à travers les Alpes, depuis le lac Léman jusqu’à la Méditerranée : six cent cinquante kilomètres, trente mille mètres de dénivelée, sept à neuf heures de marche quotidienne. De cette aventure, il a tiré un exercice d’histoire expérimentale mêlant études savantes sur les Alpes et l’aménagement de la montagne et recherche personnelle, «par les pieds», attentive au corps.

 L’auteur raconte la genèse du GR5, tantôt chemin de pèlerinage, tantôt sentier commercial ou de contrebande, draille de la transhumance ou voie militaire. Il montre comment il s’est constitué en emblème, remontant à ses pionniers randonneurs, suivant ses «aménageurs», proposant une typologie de ses usages et une sociologie de ses usagers. De plus, il fait le récit au jour le jour de cette «grande traversée des Alpes» qu’il a désiré éprouver lui-même.

Il résulte de cette expérience une forme originale d’écriture de l’histoire, un essai d’histoire marchée. Née de l’avancée du randonneur, celle-ci rend compte de la progression le long d’un sentier et, dans la foulée, plonge dans l’histoire même de ce sentier, les strates multiséculaires laissées par les circulations alpines passées. Ainsi permet-elle au lecteur lui-même de suivre, au rythme de la marche, le chemin qui va dans la montagne.

 

 

 

 

[FEUILLETER LE LIVRE] 

/flipbook| © Cliquer ICI

 

 

 

 

 

 

■ Antoine De Baecque

Historien et critique, professeur d’histoire du cinéma à l’université de Nanterre. Il a publié aux éditions Gallimard L’histoire-caméra (2008) et chez Gallimard Jeunesse Giboulées (en collaboration avec Pierre Guislain) Objectif cinéma (2013).

 

 

 

03/04/2014

Angèle Paoli - De l'autre côté (éd. du Petit Pois, 2013)

 

 

 

 

5

 

mouvement de pivot

le paysage s’inverse

la route entre dans le décor

asphalte                  bande blanche               filent

le talus se rapproche

fils-de-chardons en

sur-lignage

 

[la Punta di Minerviu plonge

l’îlot du Stintinu

un point ponctue la montagne]

 

le ciel la mer fusent

dans le mur de pierre

collision de-bleus-de-bruns dorés

étendues lisses

échancrures-dentelles

 

 

ANGELE PAOLI...........................

 

 

et ligne après ligne/and line after line

 

Du côté de chez…

Angèle Paoli

 

© ANGELE PAOLI | © Guidu Antonietti Di Cinarca 

 

De l’autre côté

 

Les éditins du Petit P•is

- Collection Prime Abord -

2013

 

Site éditeur | © http://cordesse.typepad.com/leseditionsdupetitpois/2013/10/de-lautre-c%C3%B4t%C3%A9.html

 

 

 

 

9

 

le miroir / s’incline / sur la gauche

large bande de lumière / diagonale

sur la roche

[moi] ? dedans    même inclinaison

visage        à découvert                     sérieux

front plissé / je / cherche

 

qui d’autre que moi ?

 

torsade bleue       foulard / autour / le long

la main (en) insert           paume courbée

doigts repliés

des filaments traversent

dos arrondi

feuillages pris

dans leur masse

 

verdure

 

...............................

 

Couverture de l'autre coté

 

Angèle Paoli

Née à Bastia, Angèle Paoli a enseigné pendant de nombreuses années la littérature française et l’italien.

Elle vit actuellement dans le Cap Corse, où elle développe la revue numérique de critique et de poésie Terres de femmes, créée en 2004 avec son mari éditeur Yves Thomas et le photographe et architecte Guidu Antonietti di Cinarca. Parmi ses publications : Le Lion des Abruzzes, éditions Cousu Main, 2009 ; Carnets de marche, éditions du Petit Pois, 2010 ; Camaïeux, livre d’artiste, éditions Les Aresquiers, 2010 ; Solitude des seuils, livre d’artiste, éditions Le Verbe et L’Empreinte [Marc Pessin], 2011 ; La Figue, livre d’artiste, 2012. Préface de Denise Le Dantec ; Les Romans de la Corse (avec Paul-François Paoli),éditions du Rocher, 2012 ; Solitude des seuils, Colonna Édition, 2012. Liminaire de Jean-Louis Giovannoni ;  De l’autre côté, éditions du Petit Pois, 2013. Angèle Paoli a aussi publié des poèmes et/ou articles dans de nombreuses anthologies (dont l'anthologie Pas d'ici, pas d'ailleurs, qu'elle a coordonnée avec Sabine Huyhn, Andrée Lacelle et Aurélie Tourniaire, éditions Voix d'encre, 2012) et revues (parmi lesquelles Europe, Siècle 21, La Revue des Archers, NU(e), Semicerchio, ThaumaDiérèse…). Le Prix européen de la critique poétique francophone Aristote 2013 lui a été attribué par le Cénacle européen francophone de Poésie, Art et Littérature.

 

 

 

 

 

SITES À CONSULTER

 

[TERRES DE FEMMES]

Site de l’auteur| © Cliquer ICI

 

 

[RECOURS AU POEME]

Plusieurs articles| © Cliquer ICI

 

 

[LES EDITIONS DU ROCHER]

Editions de : Les romans de la Corse | ©  Cliquer ICI

 

 

[SITAUDIS]

| ©  Cliquer ICI

 

 

[TERRE A CIEL]

| © Cliquer ICI

 

 

 

 

02/04/2014

Alexis Pelletier

 

Alexis Pelletier © [Photo : Adrienne Arth]

 

 

:- :- :- :- :- :-

 

Début d’un  livre en cours et sans titre

 

 

 

 

 

 

 

Il y a le mot lumière et commencer ainsi

c’est dire en un instant la force d’une attente

toute une histoire en somme qui s’en vient et dans

le corps rien d’autre qu’elle au présent n’est possible

 

Des mots ou des sons mettent en place le monde

Et quel sens surgit avec eux je ne sais pas

 

La lumière vient au corps et je ne sais pas

ce qui se passe chaque mot est verbe étrange

dans Terraqué Guillevic le dit de la langue 

et moi de marmonner si bien que celle-ci 

devient un horizon sonore où tout se perd

et qu’aussi j’ai l’impression malgré la lumière

d’avancer en aveugle ou d’être bien perdu

car de ma relation aux mots je ne sais rien

je ne sais pas

Souvent cela peut signifier

qu’un poème est en cours

J’en pressens l’initial

il y a de la lumière et c’est comme un grand vide

 

Si j’avance maintenant qu’elle est sans pourquoi

éclaire parce qu’elle éclaire sans souci

d’elle-même et sans demander si on la voit

quelque chose d’ancien bondit pour dire que

rien n’est possible à ce moment si ce n’est une

peur insituable presque et amenant à elle

un lot de pensées qui tournent en rond m’entraînent

sans fin

Bonjour à Silesius et à qui d’autre

 

 

 :- :- :- :- :- :-


Des mots venus quand il y a de la lumière

l’automne est malade et adoré avant de

voir par la fenêtre le cerisier rougeâtre

le bouleau plus jaune et loin en arrière-plan

les marronniers en dégradé de vert encore

 

Des couleurs aussi viennent avec la lumière

viennent de la lumière même du soleil

 

À l’instant je trouve la lumière c’est le

soleil

    Rien d’extraordinaire dans la phrase

sauf à dire l’étagement des références

si c’est possible avec un effet boomerang

 

La lumière c’est le soleil

                                         Quand cette phrase

s’est imposée à moi il a fallu que je

m’arrête à cause de la violence des mots

qui se sont enchaînés

                                      Comment dire autrement

 

 

:- :- :- :- :- :-

 

 


La lumière c’est le soleil autrement dit

le soleil ne se voit que d’en bas comme toutes

les étoiles on lève donc les yeux vers lui

et de constater qu’avec la lumière vient

cette sensation de n’être au monde que pour

se heurter aux énigmes à tous les délires

mystiques à tout ce qui m’éloigne de toi

alors que je veux dans ton écoute savoir

ce qu’est au juste la lumière et si nous la

percevons à l’identique et si par hasard

tu sais dire son origine dont j’ai lu 

quelque part qu’elle restait toujours improbable

 

Et ta réponse parlera de l’énergie

que la matière absorbe et qu’elle peut stocker

ou émettre et tout cela me fait regretter

de mal lire le latin de ne pas traduire

ici des vers de Lucrèce je pense à l’hymne

à Vénus qui trouve en la déesse une mère

une origine indiscutable à la lumière

 

Dans le langage toujours avec l’impression

d’étrangeté dans la langue pour que bascule

mon poème vers où je ne sais pas

Aucune

invention personne pour y croire la langue

maternelle une matière où presque rien n’est

su et si par exemple je parle autrement

qu’en latin dans ces vers

   Et qu’est-ce que traduire

de Michael Palmer Sun par exemple ou bien

plus loin dans le temps le De Natura Rerum 

 

L’étrangeté aussi quand la langue nous montre

cette énergie lui permettant d’absorber tout

d’aborder toutes les lumières même celle

de l’encre des mots sur la page ou dans le corps

 

 

:- :- :- :- :- :-

 

 

  

Je sais bien qu’on appelle photons ces paquets

d’énergie livrés par la lumière et ça dit

sans doute quelque chose de précis à tous

les astronomes physiciens ou scientifiques

ou encore à celui qu’autrefois l’on nommait

honnête homme mais voilà que mon vers se fait

doctoral amenant avec lui la rengaine

les photons mis en vers tu ne t’y attends pas

ça dit quoi au juste de l’origine de

la lumière je voudrais savoir simplement

comment elle est née sans aucune épiphanie

mystique une version qui mette fin au noir

du cosmos à l’angoisse de notre ignorance

 

Michael Palmer désigne l’espace d’un temps

une station d’apaisement quand il écrit

que le soleil embrase puis divise mais

si ça évoque d’une manière pas trop  

abstraite ce sujet de l’origine de 

la lumière en aucun cas c’est une réponse

mais plutôt juste un signe un clin d’œil vers Lucrèce

qui lui m’arrête à chaque fois que je le lis

aux mêmes pages je veux dire aux mêmes vers

et par exemple au livre deux ceci très fort

qu’il ne peut y avoir de couleur sans lumière

et bien plus que la couleur se transforme avec

la lumière elle-même selon l’inclinaison

des rayons obliques ou directs tout ainsi

qu’au cou le plumage des colombes

brille de divers éclats les feux du rubis

le bleu du ciel tu ne penses plus à Lucrèce

ou le vert de l’émeraude sans oublier

la queue du paon cela autour des vers huit cent

je t’épargne la suite d’un piètre exercice

 

Plus loin dans le quatrième livre toujours

Lucrèce évoquant les simulacres petits

corps invisibles qui affectent l’âme et qui

façonnent nos sensations a cette ouverture

sur la vitesse de la lumière et c’est bien

le soleil qui ne doit mettre que fort peu de

temps pour emplir l’univers avec des rayons

innombrables et créés dans l’instant voilà

qui saisit le livre quatre fait signe vers

l’histoire des photons tu restes bouche bée

 

:- :- :- :- :- :-

 

 

© Alexis Pelletier

Les carnets d'eucharis N°41 (printemps 2014)

 

 

 

 

 

NOTICE BIO&BIBLIOGRAPHIQUE

Alexis Pelletier est né en 1964 à Paris.

Son écriture se développe dans diverses directions.

D’une part, le personnage de Mlash, qu’on retrouve dans plusieurs ouvrages, marque la volonté d’une confrontation critique à l’univers fictif.

D’autre part, ses poèmes se tournent vers les arts plastiques, vers la danse et surtout vers la musique contemporaine.  Depuis 2006, il travaille régulièrement avec le compositeur Dominique Lemaître, notamment dans des concerts poétiques avec l’Ensemble Accroche-Notes, l’Ensemble Orchestral Contemporain, l’Ensemble Stravinsky, l’Ensemble Campsis, François Veilhan, Thierry Miroglio, Ancuza Aprodu). En 2011, le spectacle Les Tableaux de Bruno, autour des Tableaux d’une exposition de Moussorgski/Ravela été joué par l’Orchestre l’Opéra de Rouen Haute-Normandie dirigé par Luciano Acocella, avec le comédien Bruno Bayeux. Et, en mars 2013, le même orchestre dirigé par Oswald Sallaberger et le comédien  Pierre Delmotte ont joué Notes d’impressions  autour d’œuvres de Ravel, Roussel, Caplet et Ives, mise en espace d’Anne Marguerin.

Enfin, sa poésie est également soucieuse de l’époque actuelle, difficile à saisir. 

Alexis Pelletier a également publié aux éditions P.O.L un livre d’entretiens avec l’un des fondateurs du nouveau roman, Claude Ollier, Cité de mémoire en 1996.  Il participe, en outre, depuis une quinzaine d’années, au comité d’entretiens de la revue Triages et publie des notes de lectures dans diverses revues ou sites internet : CCP, Poezibao, etc.

 

Bibliographie :

Tout Mlash - Tarabuste, 1999

Un journal épisodique  - Tarabuste, 2004

Résonances - Christophe Chomant éditeur, 2006

Mlash ou encore - Tarabuste, 2006

Le Grand Réel - Daniel Duchoze, 2008

Quelques mesures dans l’époque - Voix d’encre, 2008

De ce qui vient - Cahiers Intempestifs n°21, 2008

51 partitions de Dominique Lemaître - Tarabuste, 2009

Encore un petit Mlash - Revue ficelle n°93, 2009

PSALMLASH (livre-cd) - Vincent Rougier, 2012

Comment quelque chose suivi de Quel effacement - L’Escampette, 2012

Comment ça s’appelle - Tarabuste, 2012

Mains tenues – Éditions de l’Amandier, 2013

Du silence et de quelques spectres  (livre-cd avec le compositeur Dominique Lemaître, à paraître aux éditions Clarisse, mars 2014)

 

 

 

 

 

 

Jos Roy - De suc & d'espoir / With Sap & Hope

 

Sous les paupières d’argile

                 tous

portent regard

vaste&vide vers la parfaite boucle

tempsclouéd’espace

                      tous            morts         vifs

peuplés par l’acte du mot

                                                    infini

 

 

Under the eyelids of day

                       each of them

turns his vast&empty

gaze towards the perfect loop

timenailedwithspace

                       each of them        dead     quick

peopled by the act of the infinite

                                                                   word

 

             

 

JOS ROY...........................

 

De suc & d’espoir / With Sap & Hope
Jos Roy

Couverture : Sandrine Duvillier.

 

Black Herald Press

 

date de parution : April 2014 / avril 2014

Poèmes choisis / Selected poems

54 pages - 10 € / £8 / $14
ISBN  978-2-919582-08-2

 

À paraître le 25 avril
Forthcoming, April 25

 

 

Recueil bilingue / bilingual collection

 (translated from the French by B. Longre, with P. Stubbs)

 

Site éditeur | © ICI

 

 

 

 

DE SUC & D’ESPOIR

 

Si la poésie de Jos Roy nous confronte à la difficulté et au paradoxe, il faut dire aussi qu’elle déploie un mode d’expression empreint d’une absorption inaliénable, essentielle. Mystérieux, tant sur le plan génétique qu’étymologique, ses poèmes pourtant s’éclaircissent pleinement, imprégnés de secousses surnaturelles et d’élans de pensées qui restent encore à discerner. Rien n’y est vague cependant, rien n’y est laissé au hasard. Ces textes englobent tout ce qui, au cœur du langage, échappe à l’expérience humaine et nous en sépare ; et tandis que la puissance et l’éloquence de chaque poème découlent de tumultes verbaux et syntaxiques latents, les dialogues elliptiques surviennent d’entre les mots, d’entre les images, révélant une voix d’une pureté et d’une complexité comparables à celles de la prière. Jos Roy préserve sa parole en effaçant ce qui, selon le temps linéaire, renonce aux accrétions et aux attachements du soi – ainsi s’abandonnant, et s’adressant directement à nous d’une voix désincarnée qui finit par se détacher de l’âme pour flotter vers un lieu intemporel « où le monde claque net / comme un chant de bataille / où chaque ombre bascule vers sa clairvoyance ».

 

If the poems of Jos Roy confront us with difficulty and paradox, then they also develop a mode of utterance replete with the essence of an inalienable raptness. Both genetically and etymologically cryptic, the poems unravel full of unworldly jolts and as yet undiagnosed pulses of thought. Nothing in them though is vague, nothing left to chance. They encompass all of what in language escapes and separates us from human experience; and while the power and pathos in each poem arises via latent and syntactical word-storms, the elliptical dialogues occur in-between word and word, image and image, to reveal to us a voice as pure and complex as that of prayer. Jos Roy preserves her voice by effacing what, in linear time, renounces the accretions and attachments of selfhood; thus she gives up herself and speaks to us directly in a disembodied voice, one that floats free finally of the soul, to arrive at a point in no-time ‘where the world snaps neatly / like a war song / where every shadow collapses towards its own clear-sightedness’.

 

(4ème DE COUVERTURE)

 

 

 

[contact]

blackheraldpress@gmail.com

Éditions Black Herald Press
 

 Shop/Boutique | © Cliquer ICI

 

 

 

 

 

■ Jos Roy

Née à Bidart, village côtier basque, il y a maintenant longtemps. Parents basque et gascon, charnégou comme on dit, sang-mêlée marginale. Des études diverses. Des professions en passant. De la lecture. De l’écriture. Publications dans quelques revues (The Black Herald, Diptyque, Les Carnets d’Eucharis…) ; participation à des ouvrages collectifs locaux ; dans le monde flottant des blogs, risque une empreinte régulière.

 

Jos Roy is a poet who lives in the French Basque region. Her writing has appeared in various magazines (The Black Herald, Diptyque, Les Carnets d’Eucharis…).

 

 

SITES À CONSULTER

 

[BOUTS DE DECEMBRE/jos roy]

Extraits

Sur le site : Enjambées fauves | © Cliquer ICI

 

 

[LE POEME SAUVAGE]

Extraits

Sur le blog : Jean-Pierre Longre | © Cliquer ICI

 

 

[Lui – … Elle –]

Extraits

Sur le site : Anthologie Poétique/Terres de Femmes | ©  Cliquer ICI

 

 

[Ilbide]

Extraits

Les carnets d’eucharis n°29 – Juillet/Août 2011

 | ©  Cliquer ICI

 

 

 

27/03/2014

Editions Hochroth

 


 

Éditions HOCHROTH-Paris

83 rue Lamarck / 28 rue de l’Évêché

75018 Paris / 84200 Carpentras

09 54 97 69 41

paris@hochroth.eu

 

 

 

présentation

 


 

      Hochroth                                                      Rouge vif

 

Du innig Roth,                                       Ô profond Rouge,
Bis an den Tod                                       Mon amour jusqu’à la mort
Soll meine Lieb Dir gleichen,              Devra te ressembler,
Soll nimmer bleichen,                           Sans jamais blêmir,
Bis an den Tod,                                       Jusqu’à la mort,
Du glühend Roth,                                  Ô Rouge ardent,
Soll sie Dir gleichen.                             Te ressembler.

 

                           Caroline de Günderode

 


 

Nées en 2013 à Montmartre, les éditions hochroth-Paris publient de courts recueils de poésie, de tous horizons et de tous temps.

Salués par la critique pour leur esthétique « à la fois sobre et très élaborée », nos livres sont réalisés de manière artisanale, numérotés, et ornés d’une illustration originale. Outre la collection générale, anonyme, notre catalogue compte deux collections particulières : sine die, dont le nom provient d’un poème de George Bacovia, est dédiée à la poésie roumaine ; rymes, à la poésie du XVIe siècle.

Les éditions hochroth-Paris appartiennent au réseau européen alternatif hochroth, créé en 2008 par Marco Beckendorf, et dont la maison-mère est située à Berlin. Conjuguant artisanat et professionnalisme, hochroth défend une nouvelle vision de la production, ajustée à la demande, et de la distribution, directe, au service d’une poésie rare, toujours plus marginalisée par le système du livre actuel.

 

Logo hrphttp://www.paris.hochroth.eu/

 

 

26/03/2014

Djuna Barnes - Ryder (Ypsilon éditeur)

Source photo

 

Djuna Barnes

Ecrivain américaine

[1892–1982]

 

EXTRAIT 

Ne suis pas ces fanatiques qui voient au-delà de toi et des tiens, au-delà de ta venue et de ta disparition, et de celles des tiens, et au-delà encore, quand aura pris fin tout le cheminement : ta vie, et celles que tu engendres, et celles qui jailliront de celles que tu engendres, en un monde sans fin ; car cette engeance n’a nul besoin de toi ; ils ne te voient pas et ils ignorent tes gémissements, tant les obsèdent ta damnation, et celle de ta descendance, et celle, multiple, de toutes les multitudes qui seront engendrées de ton espèce, aussi abondante que les poissons dans les ruisseaux, aussi abondantes que les poissons dans les plus vastes eaux. Ton salut les affole autant que le salut de ta tribu. Tourne-toi plutôt vers les hommes de peu, qui pour toutes choses incomplètes, pour toutes choses incertaines, ont une aptitude nonpareille : eux ne te repousseront pas, ni dans ton corps charnel, ni dans ta souffrance temporelle, ni dans tes pleurs, ni dans tes rires ou tes lamentations. Tu n’as pas vocation à la Dernière Station, mais rendez-vous avec des petites béatitudes : pommes au creux de la main, petites coupes pour étancher la soif, mots qui ne vont nulle part mais qui ont commerce avec la seule oreille externe, purs bavardages aux portes de ton piètre calvaire.

 

------------------------- 

Traduit par Jean-Pierre Richard

 

 

 

Premier roman de Djuna Barnes, Ryder est la chronique grivoise d’une famille très semblable à la sienne. Bestseller éphémère à sa parution en 1928, il séduit le public et déroute la critique. Dans la Saturday Review il est salué comme «le livre le plus étonnant jamais écrit par une femme.» Détournant les codes de la littérature canonique occidentale, et la manière de ses plus illustres représentants mâles (Chaucer, Rabelais, Shakespeare, Fielding…), la prose débordante, savante et populaire, excessive et jouissive, de Ryder, apparaît aujourd’hui comme une satire du patriarcat aussi tragique que joyeuse, et définitivement ambiguë.

Cette édition reproduit les 11 dessins de l’auteur qui devaient accompagner la publication originale, ainsi que son avant-propos sur la censure.

 

 

Djuna Barnes Ryder

 

ICI

 

 

 

YPSILON EDITEUR

34 bis rue Sorbier 75020 Paris
+33 (0)9 82 37 50 15

contact@ypsilonediteur.com

Amelia Rosselli - APPEL A SOUSCRIPTION - La Barque Editeur

Amelia Rosselli

Poète ialienne

[1930–1996]

http://www.labarque.fr/

 

APPEL À SOUSCRIPTION - AMELIA ROSSELLI

 

"DOCUMENT" ("DOCUMENTO" 1966-1973) est le troisième livre d’Amelia Rosselli. Il est a double titre son recueil le plus important : à ses propres yeux et en nombre de poèmes (environ 176).

N’ayant pas obtenu d’aide pour cette première publication en langue française, La Barque lance un appel à souscription. Le prix de cet ouvrage (édition bilingue de 320 pages) est de 22 euros (port inclus).

Les chèques (à l’ordre de La Barque - 51, rue de Paradis, 75010 Paris) ne seront encaissés qu’à publication.


Merci par avance de votre participation.

------------------------- 

traduction : Rodolphe Gauthier 

Descriptif

Format : 13 x 18,5 cm
Edition bilingue
320 pages
Couverture : papier Fredigoni
Intérieur : Munken
Cousu

Prix : 22 euros

 

 

 

 

 

 

Si l’écriture d’Amelia Rosselli a évolué dans le temps — la langue des Variations de guerre n’est pas la même que celle de Document — elle n’en demeure pas moins sienne d’évidence depuis qu’elle toucha avec les premières Variations une dimension inédite, « la promesse d’un simple langage » (Impromptu, 1981). Que dire d’Amelia Rosselli ? Qu’elle naquit le 28 mars 1930 à Paris, où Carlo Rosselli, son père, menacé par les fascistes italiens, était venu poursuivre son combat au sein de l’organisation antifasciste Giustizia e Libertà, non sans avoir été auparavant déporté aux îles Lipari d’où il s’était échappé en 1929. Que ce père fut assassiné pour la raison même d’une résistance sans faille dont l’issue vint confirmer sa prédiction, toutefois dépassée : il ne le fut pas seul, mais avec son frère, Nello Rosselli ; et ce, à coups de couteaux par des cagoulards français à Bagnoles-de-l’Orne où  il s’était rendu pour raison de santé, après avoir combattu sur le front d’Aragon en Espagne — Amelia Rosselli était alors âgée de sept ans. De ce crime elle gardera sa vie durant le trauma, de lourds troubles mentaux sans remèdes possibles, jusqu’à sa mort, dite volontaire, en 1996 à Rome. Qu’elle fut, par une errance familiale forcée, conduite à vivre au début de la guerre en Angleterre (chez les parents de sa mère, Marion Cave, une activiste politique anglaise), puis aux États-Unis où elle étudiera la musique et la littérature ; et qu’elle n’arriva en Italie qu’en 1946, d’abord à Florence, puis à Rome où des années plus tard elle s’installera définitivement, toujours en réfugiée toutefois… Olivier Gallon

[une présentation d'Amelia Rosselli extraite du numéro 9 de la revue La Barque où se trouvent des extraits de "Variations de guerre" et de "Document"]

 

 

 

Couverture du numéro 6/7

 

 

LA BARQUE
Automne 2012

 

 

 http://www.labarque.fr/

 

Inger Christensen - Alphabet

http://www.modernista.se/sites/default/files/forfattare/christensen_inger_tv.jpg

Inger Christensen

Poète, romancière… danoise

[1935–2009]

 

EXTRAIT

 

les glaciations existent, les glaciations existent,

la glace de l’océan glacial et la glace du martin-pêcheur ;

les cigales existent ; la chicorée, le chrome

 

et l’iris jaune de chrome, l’iris bleu ; l’oxygène

surtout ; existent aussi les glaçons de l’océan glacial,

l’ours blanc existe, matriculé comme fourrure

il existe, condamné à sa vie ;

et la minichute du martin-pêcheur dans les ruisseaux bleu gel

 

de mars existe, si les ruisseaux existent ;

si l’oxygène dans les ruisseaux existe, l’oxygène

surtout, existe surtout là ou les sons - i

des cigales existent, surtout là où le ciel

de la chicorée existe bleu d’outremer dissous dans

 

l’eau, le soleil jaune de chrome, l’oxygène

surtout ; pour sûr il existera, pour sûr

nous existerons, l’oxygène que nous respirons existe,

oeil de feu couronne de feu existent, et l’intérieur

céleste du lac ; une anse enclose

d’un peu de jonc existera, un ibis existe

et les mouvements de l’âme insufflés dans les nuages

existent, comme tourbillons d’oxygène au tréfonds du Styx

 

istiderne findes, istiderne findes,

ishavets is og isfuglens is;

cikaderne findes; cikorie, chrom

 

og den chromgule iris, den blå; ilten

især; findes også ishavets isflager,

isbjørnen findes, stemplet som en pels

med personnummer findes den, idømt sit liv,

og isfuglens ministyrt ned i de blåfrosne

 

martsbække findes, hvis bækkene findes;

hvis ilten i bækkene findes, ilten

især; findes især hvor cikadernes

i-lyde findes, især hvor cikoriens

himmel som blåelse opløst i vand

 

findes, den chromgule sol, ilten

især; vist vil den findes, vist

vil vi findes, ilten vi indånder findes,

ildøje ildkrone findes, og indsøens

himmelske indre; en indhegnet vig

med lidt siv vil findes, en ibisfugl findes,

og sindets bevægelser indblæst i skyerne

findes, som ilthvirvler inderst i Styx

 

 

------------------------- 

Traduit du danois par Janine & Karl Poulsen

 

 

 

 

Inger Christensen

alphabet

édition bilingue danois-français
traduction de Janine & Karl Poulsen

 

ICI

 

 

Inger Christensen Alphabet

 

 

YPSILON EDITEUR

34 bis rue Sorbier 75020 Paris
+33 (0)9 82 37 50 15

contact@ypsilonediteur.com

 

 

 

 

 

 

Ivan Boccara

Galerie la non-maison

Micro-centre d’art
Contact: Michèle COHENTél. : 06 24 03 39 31

http://lanonmaison-microcentredart.blogspot.fr/2014/01/ivan-boccara-artiste-en-residence-du-06.html

Adresse: 22 Rue Pavillon

13100 Aix-en-Provence

 

 

Ivan Boccara


artiste en résidence du 06 mars au 16 mai 2013

la non-maison micro-centre d'art

 

LA NON-MAISON

Né au Maroc le 2 mars 1968, Ivan Boccara fait des études de cinéma et d’histoire et civilisation berbère à Paris. Il vit entre la France et le Maroc et réalise des films documentaires et courts métrages. Son travail s’intéresse à des personnages forts, à des communautés, à des minorités, aux enjeux des populations, aux frontières des modes de vies entre traditions et modernités. Il participe à des résidences et laboratoires artistiques et travail comme photographe et chef opérateur notamment avec des artistes contemporains.il a été élu "artiste associé" à la résidence pour 2013 -2014-2015

21/03/2014

Nathalie Riera - en lecture...

 

 

EN LECTURE

SAMEDI 22 MARS

A la Librairie Le Chant de la Terre

Pont Saint-Esprit

 

ICI

 

 

 

XXIII)

 

 

broderie musicale à la dissonance éphémère les syllabes en octopodes au charivari des houles : fonds-marins de nos silences nos pas de gouffre en gouffre les routes de la mémoire sont des syncopes nos pieds nos yeux sont collapsus : que sommes-nous écheveaux sans cornes : ce n’est que dans nos gorges les méandres de trop parler occire nos dédales sont de trop les émergences florales l’appoggiature de nos aubades les Belladone : que sommes-nous dérivations sans lignes de fuite : broderie de varechs ainsi écrire pour ne pas couper le fil de la vita comme Atropa*

Envoyé à 20 : 15

09/03/2014

 

* Morta ou Atropos (Les Parques)

 

 

(Nathalie Riera © Texte inédit – Nouveau projet d’écriture à 4 mains avec Hugues FJ Rolland)

 

 

 

 

16/03/2014

LES CARNETS D'EUCHARIS N°2 - Année 2014

les carnets d'eucharis 2014.jpg


Abonnement

 

 

les carnets d'eucharis 2014_2.jpg

 

13/03/2014

Les Carnets d'Eucharis - Edito - Année 2014 (ABONNEMENT)

 

ÉDITO

Les Carnets d’Eucharis, Année 2014

(CARNET 2)

 

Jauger le monde, en faire au mieux l’éloge, changer la conscience de son temps, avec cet esprit insatiable de celle qui s’intéresse à tout en permanence. Ainsi écrivait, était, Susan Sontag ; elle pour qui écrire était faire l’expérience de son autonomie, de sa force ; elle qui notait le 30 novembre 1970, en référence à La Planète de M. Sammler de Saul Bellow : « essayer de vivre avec un cœur civilisé ». Elle savait qu’il faut à l’esprit beaucoup de souplesse, « élargir mon espace intérieur », ne pas s’enfermer dans le temple de la Culture, avec son élite et ses gardiens.

A l’occasion du premier numéro en version imprimée des Carnets d’Eucharis,  en l’année 2013, consacrer un numéro littéraire à une personnalité comme Susan Sontag, ce n’est ni précieux ni même prétentieux de le placer sous le signe du défi. Puis-je m’assurer à penser, en ce tout début de l’année 2014, que le projet fut vécu et porté à même hauteur ou plus justement au même niveau que cette aspiration si chère à Sontag : me trouver en compagnie d’une intelligence captivante, et comme elle, qui n’hésitait ni ne se sous-estimait à se placer en disciple face à des Schopenhauer, Nietzsche, Wittgenstein, Sartre ou Simone Weil, trouver tout naturellement jouissance à « travailler à son niveau ».

Zbigniew Herbert soulignait l’un des grands méfaits de la culture contemporaine : « cette conviction arrogante que nous pouvons nous passer de modèles (autant esthétiques que moraux), sous prétexte que notre situation dans le monde est soi-disant exceptionnelle et incomparable.»* Sontag aurait  probablement approuvé.

 

Ce deuxième opus poursuit sa ligne exploratrice des figures d’écritures. Ainsi, le carnet consacré à Susan Sontag fait place, cette fois-ci (mais pour mieux y revenir par la suite) à une constellation d’écrits inédits qui multiplient les franchissements et les traversées, entre essaims de poèmes et de proses, aux formes et aux formulations flambant frais. Multitude ouverte sur des détroits et des isthmes, où le « langage essentiel » se tient à l’écart, à ne cesser de favoriser les trouées. Chaque carnet entend poursuivre sa fabrique d’échappées, de « paroles sur le papier » ; les mots comme autant de tracés, de traces, et bruits de source.

 

La poésie ne s’inscrit pas dans un âge d’or et la littérature n’a pas fonction d’ériger des théories éblouissantes. Les paysages de la poésie et de la littérature devraient échapper à la spéculation, et le lecteur peut-il alors se muer en paysagiste, juste à dessein de renouveler sa palette.

 

Nathalie Riera ………………………….                         Janvier 2014)

 

* (Zbigniew Herbert, Le labyrinthe au bord de la mer, Ed. Le Bruit du Temps, 2011- p.122)

 

  

 

 

 

Les Carnets d’Eucharis, Année 2014

(CARNET 2)

 

Format : 170 x 250| 160 pages| ISSN : 2116-5548

ISBN :  978-2-9543788-1-7

France : 17 € (rajouter 3 € frais de port)

 

En vente à partir du : 1er mars 2014

 

 


| 2013-2014 | Revue papier Les Carnets d’Eucharis| ISSN : 2116-5548 | ISBN : 978-2-9543788-0-0 |

 

●●●

 

(COMITÉ DE RÉDACTION)

Nathalie Riera, Claude Darras, Richard Skryzak, Tristan Hordé,

Angèle Paoli, Claude Minière, Sabine Péglion, Gérard Larnac

●●●

 

(RÉDACTION & SIÈGE SOCIAL)

L'Association L'Atelier des Carnets d'Eucharis

L'Olivier d'Argens - Chemin de l'Iscle - BP 44

83520 ROQUEBRUNE-SUR-ARGENS

CONTACT : nathalieriera@live.fr

 

(ABONNEMENT/SOUSCRIPTION)

 

 

NOM/PRENOM :

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Prix de l’abonnement annuel :

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□ PREMIER NUMÉRO :

Année 2013

[Susan Sontag]

21 €, frais de port compris

 

□ DEUXIÈME NUMÉRO :

Année 2014

[Carnet 2]

21 €, frais de port compris

 

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08/03/2014

Génica Athanasiou

 

 

 

 [Génica Athanasiou, 1921]

| © Man Ray

 

 

 

J’ai quelques souvenirs personnels de l’Antigone de Jean Cocteau. J’incarnais dans cette « tragédie en réduction » le rôle du devin Tirésias, Charles Dullin tenait celui de Créon et Génica Athanasiou était Antigone.

Si dans cette pièce il y eut un triomphe vraiment humain, c’est à la tragédienne Génica Athanasiou qu’il revint pour son interprétation d’Antigone.

Jamais je n’oublierai la voix dorée, frémissante, mystérieuse, de Génica Athanasiou-Antigone en train de faire ses adieux au soleil.

Sa plainte venait d’au-delà du temps, et comme portée par l’écume d’une vague sur la mer Méditerranée, un jour inondé de soleil ; cela ressemblait à une musique de chair qui se propagerait à travers des ténèbres glacées. C’était réellement la voix de la Grèce archaïque, quand du fond du labyrinthe Minos voit se cristalliser soudain le Minotaure à la chair virginale.

 

 

Antonin Artaud, Messages révolutionnaires, Gallimard, 1971

Partie II de l’ouvrage, in Le théâtre d’après-guerre à Paris

 

 

 

Charles Racine, Légende Posthume

 

 CHARLES RACINE

 

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© Poète suisse francophone

 

 

Charles Racine / 1927-1995

 

LÉgende Posthume

 Avec une préface d’Yves Peyré

Éditions Grèges

 

 

 

 

 [contact]

greges@greges.net

Éditions Grèges
Village des arts - 34800 Octon

tél : 04 67 8824 83

 

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Commentaire de l’éditeur

 

Ce volume rassemble la majorité des poèmes que Charles Racine a publiés de son vivant, en livres ou en revues, en les présentant sous une forme originale. Nous nous sommes pour cela inspirés de divers projets de publication qui ont jalonné la vie du poète qui, depuis Sapristi (1963) et surtout Buffet d’orgue (1964), n’aura cessé de reprendre ses poèmes. Légende posthume comprend deux grands cycles. Le premier, le plus important en nombre de publications et de variations, s’intitule « Le sujet est la clairière de son corps ». Si ce titre fut également celui que Racine choisit pour l’ouvrage publié dans la collection « Argile » de Jacques Dupin, en 1975 aux éditions Maeght, il faut savoir qu’il ne s’agissait là que d’une sélection de poèmes pris dans un ensemble plus vaste et des projets préparatoires portant déjà ce titre. Pour concevoir ce cycle, nous nous sommes principalement inspirés d’un de ces tapuscrits antérieurs à cette publication, datant de 1972, et présentant l’avantage de proposer la somme la plus complète et la plus originale de sa poésie, pour cette période allant des années quarante au tout début des années soixante-dix. Elle contient la plupart des poèmes publiés jusqu’alors, dans une version ou une mise en page parfois modifiées, ainsi que des inédits qui connaîtront, pour la majorité d’entre eux, une publication postérieure : en 1975 chez Maeght, ou en 1977 dans le premier numéro de la revue Po&sie de Michel Deguy. L’importance de ce tapuscrit, son originalité, est qu’il apparaît comme un moment charnière pour cette première période de son œuvre, la plus féconde en publications : c’est le sens de cette « version originale » que nous proposons, tout à la fois inédite et originelle (i.e. à l’origine de publications ultérieures), où la plupart des poèmes qui ont fait connaître cette œuvre se retrouvent réunis en un même ensemble cohérent. Ce tapuscrit de 1972 est par ailleurs rythmé par trois poèmes-titres (« Saisir le lieu dont le corps est écarté », « Le poème bâtisseur », « l’indivis polémique est l’arme du combat ») qui forment au sein du cycle des sections spécifiques. Afin de rendre à ce cycle toute sa fonction et sa valeur de somme des publications de cette période, et pour rester fidèles à d’autres projets de recueil proposant parfois d’autres variantes des mêmes poèmes, nous avons ajouté une dernière section, « Lettre infinie songe à sa ramure » (les derniers mots du poème « Je brûle des vaisseaux », dans sa nouvelle version), qui reprend des poèmes publiés mais non repris jusqu’alors ou qui propose d’autres versions publiées de poèmes déjà présents dans le cycle. Le deuxième cycle s’intitule « ROCHEPLUIE » et se présente comme la fusion de deux ensembles de poèmes publiés dans la revue Argile dirigée par Claude Esteban (aux éditions Maeght), respectivement sous le titre de « Légende forestière » (n° VIII, automne 75) et de « Rochepluie » (n° XXI, hiver 79-80). Cette réorganisation des deux cycles en un seul avait été décidée et agencée par le poète lui-même, qui tenait beaucoup à cet ensemble poétique. Précisons enfin que, pour toutes les raisons évoquées et même s’il présente à l’évidence de nombreux points communs, ce volume se distingue de la publication posthume Ciel étonné, éditée chez Fourbis en 1998 et aujourd’hui épuisée. Cet ouvrage, qui joua cependant un rôle très précieux dans la redécouverte de Charles Racine, avait été édité et préfacé par Jacques Dupin et de Martine Broda. Nous voulons ici leur rendre hommage.

 

 

 

Charles Racine (1927-1995) est un poète suisse romand dont l’œuvre fut partiellement publiée de son vivant. Outre une plaquette, Sapristi (Zürich, Hürlimann, 1963), il publia sous son nom deux livres : Buffet d’orgue (Zürich, Hürlimann, 1964) et Le Sujet est la clairière de son corps (Paris, Maeght, 1975). Il collabora par ailleurs à de nombreuses et prestigieuses revues en France, dont Le Nouveau Commerce, La Traverse, L’Éphémère, Po&sie ou Argile. Il fut ainsi le contemporain ou l’ami de nombreux poètes qui écrivirent l’histoire de la poésie des années 60 et 70, comme Jacques Dupin, André du Bouchet, Jean Daive ou Michel Deguy, et fut soutenu par d’éminents critiques tels Georges Poulet ou Jean Starobinski, pour ne citer que quelques noms.

 

SITE À CONSULTER

 

[CIEL ETONNÉ/LE SUJET EST LA CLAIRIÈRE DE SON CORPS]

Extraits

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JONATHAN LITTELL Triptyque, Trois études sur Francis Bacon

 

 

UNE NOTE DE NATHALIE RIERA

 

 

Triptyque - Trois études sur Francis Bacon
JONATHAN  LITTELL

 

Gallimard, coll. "L'Arbalète", 2011

 

 

 

Francis Bacon | © 1909-1992

 

 

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 Admiratif de l’œuvre de Francis Bacon, l’écrivain Jonathan Littell se consacre à Triptyque – Trois études sur Francis Bacon, qui réunit trois essais sous les intitulés « Une journée au Prado », « La grammaire de Francis Bacon », et « La Vraie Image ». Une visite au Musée de Madrid, à l’occasion d’une rétrospective des œuvres du peintre, en sera la source, avec pour fil conducteur les visites régulières de Bacon à la fin des années 40, durant les jours de fermeture du musée, avec la complicité de la conservatrice Manuela Mena Marqués. Durant ces visites privilégiées, toute l’attention du peintre était uniquement portée sur les deux maîtres espagnols Francisco Goya et Diego Vélasquez : « il s’approchait tout près des toiles et les détaillait longuement, sans un mot. Il les connaissait par cœur. » Des « Peintures Noires » de Goya, on retrouve chez Bacon ce procédé « qui consiste à tracer le contour d’un corps avec une couleur vive ». De la Vénus de Vélasquez et du « El Tres de Mayo » de Goya, il aura appris « sa manière de réduire les coups de pinceau au minimum », peindre avec littéralement rien.

Sur l’anti-représentation de Bacon, dans son étude « Logique de la sensation, Francis Bacon », Gilles Deleuze cite « Le Dépeupleur » de Beckett : « arracher la figure au figuratif ». Pour Mickaël Hayat * : « La peinture de Bacon manifeste la coextensivité du concret et de l’abstrait dans le pouvoir de la figuration à servir un art non « figuratif » (au sens de la représentation classique), pour rendre visible non seulement les forces d’où émergent les formes, mais aussi et ici surtout, qui les déforment et en révèlent la puissance et la violence. »

 

* Représentation et anti-représentation : des beaux-arts à l’art contemporain. 

 

 

Nathalie Riera, mars 2014

© Les Carnets d’Eucharis

  

 

 

Présentation de l'éditeur :

Ce livre, richement illustré, signe la rencontre entre Jonathan Littell et la peinture de Francis Bacon (1909-1992). Une oeuvre qui le passionne depuis longtemps et qu'il a eu l'occasion d’étudier en profondeur lors de la dernière grande rétrospective qui a eu lieu en 2009-2010 en Espagne, en Angleterre, puis aux Etats-Unis.

A l'image des célèbres triptyques de Bacon, ce livre est divisé en trois parties, à la fois indépendantes et complémentaires. La première est la description d une journée passée à regarder les tableaux de Bacon dans le musée du Prado, non loin des toiles de Vélasquez et de Goya. La deuxième décèle des correspondances cachées entre les figures que peint Bacon au cours de sa carrière. Les portraits éblouissants de l'amant de Bacon, George Dyer, peints avant et après son suicide en 1971, forment le fil conducteur de cette réflexion. La troisième met en perspective la peinture de Bacon et la peinture des icônes, pour aborder la question de la représentation de la vérité en peinture.

 

 

 

Jonathan Littell

Ecrivain né en 1967 à New York. Il vit actuellement en Espagne. Son roman Les Bienveillantes (collection blanche, 2006, Folio n° 4685) lui a valu le prix Goncourt et le Grand prix du Roman de l’Académie française. Il a également publié aux Éditions Gallimard Le Sec et l’humide - Une brève incursion en territoire fasciste (L’Arbalète/Gallimard, 2008) et Tchétchénie, an III (Folio documents n° 50, 2009). Il signe également régulièrement des reportages dans la presse.

 

 

 

 

 « Francis Bacon passera sa vie entière à peindre des corps, à tenter de saisir les sensations les plus secrètes des corps humains, de représenter précisément ce que ça fait d’habiter ce corps-là, ce jour-là. Et souvent, par la grâce de son imagination technique et de son abandon au hasard, de son infinie tendresse et de son amour dénué de toute pitié dans le regard et dans l’application de la peinture, il y parviendra : et ce que l’on voit sur une toile de Bacon n’est pas ce à quoi un corps ressemble, chose qui n’avait aucun intérêt pour lui, mais ce qu’un corps ressent, ressent dans sa peau et ses os et ses fibres tandis qu’il fait ce qu’il fait à ce moment-là, se tenir debout, marcher, fumer, chier, copuler, se tordre d’angoisse sur un matelas ou de désespoir sur une chaise, mourir. C’est ce qui fera de Bacon le plus grand peintre de la chair depuis Rembrandt (…) Ses critiques et ses spectateurs voyaient en général dans ses figures des créatures déformées, tordues, martyrisées (« Très souvent les gens que vous peignez sont beaux, avance le critique français Franck Maubert dans une émission télévisée de 1987, et une fois peints ils sont laids »), sans se rendre compte que ces déformations furieuses étaient précisément indispensables pour transformer des gens beaux en de beaux tableaux. » (p.24/25)

 

 

(EXTRAIT)