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05/12/2013

Ossip Mandelstam

 

Lecture Nathalie Riera 

 

Ossip Mandelstam

LE TIMBRE EGYPTIEN

 

 Ossip 20Mandelstam.jpg

 

© O. Mandelstam

 

Traduit du russe par Georges Limbour et D.S. Mirsky

Préface de Ralph Dutli - Postface de Clarence Brown

Editions Le Bruit du temps, 2009

 

ICI

 

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Avec Le Timbre égyptien, paru en 2009 aux Editions Le Bruit du temps, lire Ossip Mandelstam c’est trouver jubilation au cœur même de la singulière ferveur d’un poète qui se refusait à toute poésie artificieuse, à tout mysticisme scabreux. Créateur de l’Acméisme, mouvement poétique russe du début des années 10, Mandelstam demeurait soucieux de reconquérir le réel et ses figures reconnaissables, un retour au monde et à l’homme dans ce qu’ils ont de « biologique » et de « primitif ».

Chez Mandelstam, ce qui prédomine, c’est cet espace où se meut la parole, espace structuré d’un réseau dynamique de métaphores, une symphonie d’images, telles que :

 

 « Les portées ne caressent pas moins l’œil que la musique elle-même ne flatte l’oreille. Les noires sur leurs échelles montent et descendent comme des allumeurs de réverbères. Chaque mesure est une petite barque chargée de raisins secs et de muscats noirs.

Une page de musique, c’est d’abord une flottille à voiles rangée en bataille, puis un plan selon lequel sombre la nuit organisée en noyaux de prunes ».

 

Par ce récit de « fiction », Mandelstam nous stimule et nous dessaisit dans sa virtuose pratique de « rendre autre » ce qui nous est familier. Dans Crises de vers, Mallarmé évoquait cette émotion de n’avoir entendu jamais « tel fragment ordinaire d’élocution, en même temps que la réminiscence de l’objet nommé baigne dans une neuve atmosphère ».

Le Timbre égyptien fut rédigé en 1927, avec une première traduction en France, en 1930. La préface de Ralph Dutli, écrite à l’occasion de la présente traduction, précise au sujet de ce texte qu’il était issu de la « période du silence », entre 1925 et 1930, quand Mandelstam n’écrivait plus de poèmes, quand il choisit, en conflit avec son époque, de se taire. Seul le voyage en Arménie de 1930, un des évènements les plus heureux de sa vie, lui fera retrouver sa voix lyrique. Mais Le Timbre égyptien, ce fruit d’une crise, d’une fièvre incontrôlable, est aussi un médicament : « La parole comme l’aspirine laisse un goût de cuivre dans la bouche ». L’amertume de l’amande n’est qu’une étape. Et son fruit est magnifique.

 

Ossip Mandelstam connaîtra la tragédie de la déportation qui le fera mourir d’épuisement le 27 décembre 1938.

 

© Nathalie Riera, 19 avril 2009

Parution dans la revue « La Pensée de Midi » octobre 2009

                                  

 

Extrait

p. 59

 

 

Messieurs les littérateurs ! Les escarpins de danse conviennent aux ballerines, à vous les caoutchoucs.

Essayez-les, échangez-les : voilà votre danse. Elle s’exécute dans les antichambres sombres, une seule condition étant de rigueur : manquer de respect pour le maître de la maison. Vingt ans de cette danse constituent une époque ; quarante, l’histoire… c’est là votre droit.

Sourires de groseille des ballerines,

balbutiement des escarpins enduits de talc,

complexité martiale et insolente multitude des violons au milieu de l’orchestre caché dans sa fosse lumineuse où les musiciens s’enchevêtrent comme des dryades par leurs branches, leurs racines et leurs archets,

obéissance végétative du corps de ballet,

magnifique dédain de la maternité :

  Avec ce roi et cette reine qui ne dansent pas on vient de jouer à soixante-six.

  Avec son air jeune, la grand-mère de Giselle verse du lait, du lait d’amandes, sans doute.

  Tout ballet est jusqu’à un certain point une institution de servage. Non, non, n’allez pas me contredire sur ce point !

 

Calendrier de janvier avec ses petites biches, sa laiterie modèle de myriades de mondes, et le craquement du jeu de cartes qu’on décachette…

 

***

01/12/2013

Vélimir Khlebnikov

 

 

 1916

Source photo :

C/o http://hlebnikov.com/biography

 

 

Vélimir Khlebnikov

 

 

Extrait

A Viatcheslav Ivanov

Pétersbourg, 10 juin 1909

 

 

Ô jardin des bêtes sauvages !

Où le fer ressemble à un père qui met fin à une joute sanglante en rappelant aux frères qu’ils sont frères.

Où les aigles perchent comme l’éternité sous la couronne d’un jour qui n’a pas encore connu le soir.

Où le cygne est tout semblable à l’hiver, hormis le bec automnal.

Où le cerf est pur effroi, fleuri de rameaux de pierre.

Où un soldat rasé de frais jette de la terre à un tigre parce que le tigre est plus majestueux.

Où un paon abaisse sa queue semblable à la Sibérie vue du haut d’un rocher par un jour de gel précoce, quand l’or des brûlis émaille le vert et le bleu jaspé des forêts sous l’ombre mouvante des nuages errants et quand le rocher lui-même semble être le corps de l’oiseau.

Où les grotesques poissons volants se nettoient les uns des autres de façon aussi touchante que des hobereaux du vieux temps.

Où l’homme et le chien s’assemblent étrangement dans la silhouette d’un babouin.

Où le chameau connaît l’essence du bouddhisme et réprime un sourire chinois.

Où une barbe de neige entoure la face du tigre et ses yeux de vieux musulman, de sorte qu’en honorant en lui le premier disciple du prophète nous nous abreuvons à la beauté de l’Islam.

Où un modeste oiseau traîne dans son sillage l’or du couchant auquel il a appris à prier.

Où les lions se redressent et contemplent le ciel d’un œil morne.

Où nous sentons que la honte nous gagne et où l’idée nous effleure que nous sommes plus vieux et fripés que nous ne l’avions imaginé.

Où les éléphants se contorsionnent comme des montagnes lors d’un tremblement de terre, allongent leur trompe pour demander pâture à un enfant et font écho à l’immémorial refrain : « J’ai faim ! J’ai faim ! » en bougeant leurs paupières de sages et leurs oreilles flottantes et en émettant un râle semblable à celui des pins en automne.

Où l’ours polaire chasse comme un balbuzard, traquant sa proie inexistante.

Où le phoque évoque la géhenne des pécheurs, alors qu’il fend l’eau et gémit en d’inexorables lamentations.

Où les bêtes ont appris à dormir sous nos regards impudents.

Où les chauves-souris somnolentes sont suspendues à l’envers comme le cœur des Russes.

Où une zibeline montre ses oreilles aussi délicates que deux nuits de printemps.

Où je cherche de nouveaux rythmes poétiques dont les cadences seraient des animaux et des hommes.

Où les animaux chatoient dans leurs cages, tout comme la signification dans le langage.

Ö jardin des bêtes sauvages !

 

 D’après « Du domaine de la lumière – Choix de lettres 1909-1922»

 

-------------------------    (p.43/44)

 

Vélimir Khlebnikov

Revue Europe, octobre 2010, n°978

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Conjuration par le rire.

 

 

Ö ériez, rieurs !

Ö irriez, rieurs !

Ceux qui rient des rires, ceux qui rièssent rialement

Ö irriez riesquement !

Ö, des diriations surriresques, le rire des riesques rieurs !

Ö, éris-toi diriresquement, rire des rieux surriresques !

Rillasserie, rillasserie

Déris, surris, rirolets, rirolets,

Rirots, rirots !

Ö, ériez, rieurs !

Ö, irriez, rieurs !

-------------------------    (p.102/103) 

 

 

 

Généralement classé comme figure majeure du Futurisme russe, Vélimir Khlebnikov (1885-1922) peut enjamber avec aisance la clôture des commodes typologies. Éveilleur d'avenir, il fut aussi un aventurier de la «nuit étymologique», comme le nota Mandelstam qui salua en lui un des plus féconds créateurs d'images à l'échelle des siècles. Khlebnikov comparait le langage de l'homme à un sac rempli de papillons. Éternel vagabond, aiguillonné par un intarissable désir d'itinérance, ses amis à leur tour le comparaient à un héron cendré ou à quelque échassier pensif, avec son habitude de rester debout sur une jambe, ses déambulations silencieuses, ses brusques envols pour de longues migrations vers les espaces insoupçonnés du futur ou les forêts ombreuses de l'archaïque. Mais aussi bien, il pérégrina jusqu'à l'épuisement à travers la Russie, promenant partout les eaux claires de son regard et l'audace d'un esprit intrépide…

ICI

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Vélimir Khlebnikov. Europe

 

 

Autres sites à consulter


Revue Secousse

Poezibao

Terres de femmes

 

Les Assises du roman, 2013

 

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ASSISES DU ROMAN 2013 - COLLECTIF

CHRISTIAN BOURGOIS EDITEUR

 

 

MICHEL PASTOUREAU

 

 

 

Aujourd’hui les historiens ont une devise : le passé change tous les jours, et en effet, le passé change tous les jours. Parce que nous découvrons de nouveaux documents, ou que nous réétudions des documents bien connus mais avec d’autres problématiques, une autre lumière. Et ça va continuer. Le chercheur sait très bien que ce qu’il pense, ce qu’il croit, à un moment donné, n’est pas une vérité, mais un état dans l’histoire des connaissances, et que cet état va continuer de se compléter, de se transformer, de s’inverser parfois…

 

…………………………………………………………………………………….  (p.15)

 

 

La recherche en histoire, c’est la rencontre entre une problématique et une documentation. Il y a deux façons de travailler : soit on étudie une question, on s’attaque à un ensemble de documents, et on voit ce qu’ils nous apprennent, ou bien au contraire, on a des idées préconçues, des problématiques diverses, et puis on va voir si les documents confirment ou infirment ce que l’on pense au départ. Quand les documents infirment ce que l’on pensait, on est furieux, on en veut aux documents, et la tentation est assez grande de leur faire dire ce qu’ils ne disent pas, ou plutôt de sélectionner une seule chose dans tout ce qu’ils disent. Je prends un exemple que j’emprunte à l’histoire de l’art, ou à l’histoire littéraire : si on se demande pourquoi, dans ce tableau de Raphaël ou de Poussin, tel personnage est vêtu de rouge, on va trouver dix, douze, quinze hypothèses si l’on est honnête et qu’on poursuit l’enquête jusqu’à ses extrémités. En général, le chercheur a tendance, moi aussi, à ne retenir que les hypothèses qui l’arrangent pour sa démonstration, et à laisser les autres de côté parce qu’elles le dérangent plus ou moins. Ce n’est pas une bonne façon de procéder, mais c’est extrêmement fréquent en histoire littéraire, en histoire de l’art, et dans d’autres formes d’histoires jugées plus solidement ancrées dans la documentation. Donc ce n’est pas que j’aie la tentation de tricher, mais j’ai pleinement conscience de la fragilité d’un certain nombre d’idées que j’avance, ou de résultats ; parfois, cependant, comme vous le dites, je pense que je mets le poing, ou le doigt, sur quelque chose d’important qui serait, sinon la vérité, en tout ca doté d’une certaine exactitude, et c’est presque toujours quelque chose que je n’arrive pas à démontrer.

…………………………………………………………………………………….  (p.19/20)

 

 

Jón Kalman Stefánsson

 

 

Parce que l’écriture ne prend corps qu’au moment où le lecteur approche le texte et le rencontre, accompagné de ses souvenirs, de son expérience, de sa douleur et de sa joie. Ce n’est qu’alors que naît cet étonnant alliage que nous nommons littérature. Et ce n’est qu’alors que peut advenir l’impossible : les mots prennent tout à coup une profondeur qui donne le vertige, les phrases se parent de sens cachés et inattendus. Il semble alors que la littérature puisse accomplir l’impossible. La seule chose nécessaire – et cette seule chose n’est pas rien – c’est un écrivain qui suive le conseil de Faulkner, qui y mette toute son âme, voire plus encore, et qui s’efforce sans relâche de trouver de nouvelles voies formelles, linguistiques et narratives. Il faut ensuite un lecteur en perpétuelle recherche, un lecteur qui veut se confronter à des textes exigeants, qui veut se plonger dans une littérature qui cherche des réponses et tente d’explorer de nouveaux territoires qui refuse de s’arrêter et de demeurer immobile. C’est par l’union d’un auteur en recherche et d’un lecteur en quête que naît une littérature à même de saisir toute la vie – voire un peu plus encore : une littérature apte à créer une vie nouvelle. 

…………………………………………………………………………………….  (p.96)

 

Jacques Rancière

 


La littérature continue à parler du monde. Malgré tout, on a vécu une période historique de reflux des grands élans. La littérature peut difficilement se nourrir du déclin. Quand des écrivains se nourrissent du déclin, ils font des romans un peu fatigués, un peu ironiques, pour décrire tous ces pauvres crétins qui étaient maoïstes il y a trente ans et sont devenus écolos, etc. Si on ne veut pas faire ça, comment parler de la politique ? Il y a un problème. Prenons l’exemple d’un écrivain qui a eu une forte expérience politique, je pense à Olivier Rolin. Son livre le plus inspiré, c’est L’Invention du monde. Il construit ce livre comme une énorme mosaïque. Chaque fois, une sorte de petit poème en prose s’organise autour d’un lieu et traverse toutes les significations portées par ce lieu. Mais lorsqu’il raconte l’histoire de la Gauche prolétarienne, la forme du roman qu’il adopte, c’est quelqu’un qui tourne autour de Paris en racontant son histoire à une petite jeune. On voit bien qu’il n’est pas autant inspiré par son épopée de chef prolétarien que par sa pratique de voyageur.

…………………………………………………………………………………….  (p.254)


 

 

Antonio Muňoz Molina

 

 

Nous savons que la démocratie peut ne pas exister. Nous savons que les droits sociaux peuvent ne pas exister. Nous savons que l’égalité face à la loi peut ne pas exister. Pour être conscient de ce que l’on a maintenant, et qu’on peut le perdre très facilement parce que c’est très fragile, il est important de garder en tête d’où nous venons et ce qu’il s’est passé. Mais aussi, effectivement, il faut commencer ou penser en d’autres termes et il faut se demander pourquoi ce modèle actuel semble fuir de tous les côtés, pourquoi, après plus d’un demi-siècle de démocratie, de justice sociale, d’assistance médicale universelle, d’éducation universelle, nous avons des sociétés aussi fragiles. Des sociétés qui répondent si facilement à la tentation populiste ou autoritaire. L’Union européenne est remplie de prémices racistes, de signes autoritaires, de tentation populistes…

…………………………………………………………………………………….  (p.269/270)

 

 

 

  

 

Comme chaque année depuis 2007, des écrivains et des intellectuels ont répondu à l'invitation de la Villa Gillet et du journal Le Monde, et se sont retrouvés à Lyon pour une série de rencontres et de débats. Les thèmes n'ont pas manqué, du « sentiment de la vie » au « secret », en passant par « le regard du promeneur » ou « le portrait » - les questions non plus : « comment faire parler ses personnages ? » ou encore « comment raconter le conflit ? ». Ce volume rassemble les textes rédigés par les auteurs pour cet événement, ainsi que la retranscription de certains échanges : de grands entretiens avec Claudio Magris, Martin Amis et Jacques Rancière ; des rencontres étonnantes, entre Bruno Latour et Richard Powers, Antonio Muñoz Molina et Tzvetan Todorov. Sur la littérature et la société, des dialogues rares et des conversations précieuses entre auteurs venus du monde entier.

 

Jakuta Alikavazovic, Martin Amis, Christine Angot, Paul Ardenne, Jean-Christophe Bailly, Hoda Barakat, A. S. Byatt, Horacio Castellanos Moya, Sylvie Germain, Goldie Goldbloom, Hugo Hamilton, Drago Jančar, Bruno Latour, Claudio Magris, Ronit Matalon, Antonio Muňoz Molina, Christine Montalbetti, Edna O'Brien, Kate O'Riordan, Maxime Ossipov, Michel Pastoureau, Antonin Potoski, Richard Powers, Jacques Rancière, Keith Scribner, Jón Kalman Stefánsson, Alain Claude Sulzer, Tzvetan Todorov, David Vann, Sandro Veronesi, Matthias Zschokke.

 

 

 

2013 | Par www.christianbourgois-editeur.com/ | CHRISTIAN BOURGOIS EDITEUR

 

28/11/2013

Nathalie Riera, Solaria

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Karl Blossfeldt, Salvia Officinalis



 

Extrait de

:- :- :- :- :- :- :

 

 

SOLARIA

Nathalie Riera

 

Inédit, 2013/14

 

 

 

Amor con tal dolcezza m’unge et punge *

Petrarque, Canzoniere, CCXXI, 12

 

 

J’aime entendre les rues et les jardins de tes poèmes et ta voix me faire ouïr tes great poems of love, sur des centaines de pages vert-laurier renaître de n’avoir pas langue rassasiée. Or blanc et argile,  nos paroles font le monde et leurs pommiers fleuris. Polyphonie des fruits sous l’hypnose voyageuse des bengalis. L’obscurité est sur le monde… dixit Blackburn, et l’amour. Ne séchera la langue qui t’aime, la merveille du genêt à orner ce qui nous désole, contre la bête stupide. Vouloir être ta jolie, et quand le soleil est d’être un peu l’espoir des rosacées et des floridées, sentir poindre le souffle chaud de l’aura, m’oindre de violettes et de cenelles, to be your song. Je ne perds pas le fil de la moindre de tes chansons.

 

 

Nous gardons en nous la rose et le rhizome, à notre amour le cyclamen des gaietés, le rire et la risée, tous ces portraits que tu esquisses et qui me donnent force contre tout déficit, toute altération.

 

 

 

Main dans la main, à vrai dire, un seul cœur **

 

 

Je crois en l’incantation guérisseuse, combinaisons de plantes et de mots : la grande mauve pour apaiser nos enrouements, et le jaune d’or pour la rime. A ciel découvert, main dans la main, quand la fleur de cassier chasse l’ingrat, l’amour ma seule jouvence, de tout mon soûl aux syllabes mellifères.

 

Main dans la main, je veux avec toi conserver la mémoire des fruits d’or.

 

 

_________________________ 

* Amour met tant de douceur à m’oindre et me poindre 

** Wang Wei, Paysages : miroirs du cœur

 

Thomas Vinau, La Bête

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A voir l’angle des rayons qui se perdaient dans les sous-bois, il n’était pas plus de 9 heures. Il s’en foutait complètement, le temps lui appartenait. Pour lui, le monde était un mystère, une formule secrète dont l’usage se perdait, une science à  apprendre. Toutes les techniques, toutes les sciences et tous les arts étaient réunis dans la nature à parler un idiome que les hommes avaient oublié. Et il se retrouvait là, seul, à s’essuyer le cul avec des feuilles dont il ne connaissait même pas le nom. Les Bambara disent qu’on ne voit que ce qu’on connaît déjà. Il voulait connaître le monde sauvage. Il essayait de voir autrement, à travers ses ruines. Il avait des livres, mais il fallait un effort immense pour faire de ce savoir en boîte un rapport au vivant. Parfois, il avait la chance de discuter avec un paysan ou un touriste érudit qui rajoutait une pierre à l’édifice en détaillant les caractéristiques d’une racine ou en lui apprenant à distinguer le lièvre de sa femelle par la forme de leurs crottes. A chaque petit pas, minuscule, c’était une joie immense, l’impression de retrouver sa langue.

  

 

 

 

■ Thomas Vinau, Le Bête, Le Réalgar Editions, 2013

 

http://lerealgareditions.blogspot.fr/

 

 

 

Muriel Verstichel - Sub rosa (éd. Henry, 2013)

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MURIEL VERSTICHEL,

Sub rosa

La Main aux Poètes

Editions Henry, 2013

         

 

                               

 

(ALCÔVE)

 

 

**

 

 

Vous êtes mon dernier combat

d’enfant qui revient de la pluie

des fruits trop mûrs dans sa musette


Je danse à la cime du pommier

seulement vêtue de ma chrysalide


J’appelle vos filets d’eau miraculeuse

votre esprit de terre nouvelle

pour guérir ma mélancolie

et vous m’apprivoisez

et je commence à vivre


-------------------------  (p. 19)

 

 

 

(TESTAMENT DES ROSES)

 

**

 

J’ai tenu les épines dans le rire

percée de toutes parts

papillon dans la vitrine du savant

ou pétale terni

dans l’herbier d’une fin de promenade


Pourtant la pomme était juteuse

ma jupe légère annonçait 

l’amour grand 

 

Mais quel amour était-ce ?

                            

-------------------------  (p. 25)

 

 

André Pieyre de Mandiargues

 

 

PIEYRE DE MANDIARGUES

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André Pieyre de Mandiargues

[1961]

par Jeanloup Sieff

 

EXTRAIT

Le Musée noir

 


Un bruit, qu’on eût d’abord attribué à la course d’une bête fureteuse dans les chaumes cassants des fougères de la dernière saison, frappa les oreilles de Damien ; des pieds trop rapides pour qu’il pût croire à la venue d’un lourdaud, tel que les bûcherons ou les charbonniers que l’on rencontre habituellement sous bois, firent rouler des cailloux du haut du talus au fond de la cavée ; quand cela fut près de lui, il sentit un frôlement très menu contre son dos, avec une odeur de toison humide. Captivé par sa vision, il essayait de ne pas bouger pour mieux la retenir, souhaitant glisser à nouveau, dès le retour de la solitude, dans la représentation chaque jour évoquée de son plus triomphal souvenir, mais un coup de vent dissipa le grand corps annelé qu’il se plaisait à humilier par les rigueurs d’un examen morose ; alors il ramena les yeux sur terre, et il aperçut contre le fond obscur du paysage forestier un petit être blanc qui regardait, comme s’il hésitait à y risquer ses chevilles, le raidillon conduisant au chemin du bas. C’était une femme, mais habillée d’un pantalon bouffant de gros lainage souple, avec un chandail de cachemire très pur, le tout d’un admirable éclat crayeux ainsi que la robe enfarinée des bateleurs qui font leur parade aux champs devant un cirque de roulottes ; et à l’encontre des filles de billards elle avait des cheveux, d’une couleur châtaine aussi évidemment naturelle que celles de l’argile nue, de l’herbe sèche, des feuilles mortes ou du poil de lièvre, qui, piqués de broutilles, lançaient sur son épaule droite une longue mèche folle assez bien accordée à tout ce que peuvent offrir des hectares innombrables d’arbres et de taillis pendant l’époque où le printemps déchire à peine les défroques rouillées de l’hiver.

 

            « Plus précieuse que toutes les autres créatures de la forêt ! » pensa Damien, à qui, pourtant, ses promenades avaient permis de connaître une foule de merveilles : le chevreuil, croissant beige jeté par-dessus le sentier avec la promptitude élastique d’un coup de raquette ; ce guerrier minuscule qu’expulse en armure sombre un brin d’herbe introduit dans son trou au bord de la mousse, le grillon ; piétant sous les couverts, le rouge-gorge en train de fendre du bec, pour en tirer des larves, un énorme champignon mi-saumon, mi-bleu ; et si joli, le roitelet, quand il trottine sur les branches basses des sapins ou dans l’abri poussiéreux des ifs, qu’il vous serre le cœur ainsi que ferait une fille dévêtue, terminant sa robe de bal sur une machine à coudre éclairée par la lune au centre d’un rond-point de vieilles souches. « Ne rien perdre de cette femme ! » pensa-t-il encore, avec une acuité qui l’étonna, tandis qu’il découvrait aussi chez lui un plus intense désir de possession que jamais ne lui avaient donné le rouge-gorge, le roitelet, le grillon, le cerf-volant aux cornes bleu-noir, la cétoine dorée qui se cramponne à la fleur de sureau, ou même l’écureuil que l’on peut enfermer dans une cage tournante comme dans un lampion vénitien une belle flamme de poil roux. Cependant, il s’abstint de produire aucun geste, par une sorte d’effroi, ne prononçant pas non plus le salut banal que l’on échange souvent au bois, ainsi que des canotiers à la mer, et que peut-être elle attendait pour se retourner si, moqueuse, elle avait fait exprès d’appuyer sur lui au passage l’écharpe de tweed fauve qu’elle tenait à la main.

 

            Quand elle se décida, ce fut un vrai caprice, un parfait mouvement de chèvre : loin de descendre à flanc de talus ainsi que s’y attendait Damien, elle bondit, blanche et légère, par-dessus des touffes d’orties, masquant de leur jeune verdure quelques ronces mortes qui barraient suffisamment depuis plusieurs années l’entrée du pont. Comme, alors, il lui criait le danger de ces planches vermoulues et qu’elle revînt en arrière pour traverser par le chemin de tout le monde au fond de la cavée, elle se mit contre la balustrade juste au milieu de la passerelle, jambes écartées, un bras levé au bout duquel claquait l’écharpe dans les airs, le visage tendu, avec une expression de joie violente, vers lui qui s’était dressé trop tard pour la retenir. Dans la cavée sonore, le vent engouffrait des rafales qui allongeaient derrière elle les boucles de ses cheveux et plaquaient contre son corps ses vêtements de tricot ; ainsi fuyaient au loin, sans que Damien pût rien entendre, les mots qu’il voyait naître à son adresse sur la bouche de l’imprudente.

 

            Après avoir hésité une minute et puisque, décidément, elle ne voulait pas obéir, il franchit à son tour le roncier couronné d’orties, en se demandant, tandis que ses pieds écrasaient le maigre obstacle, pourquoi les gardes n’avaient pas mis là trois ou quatre pieux avec un bon réseau de fil de fer barbelé. Quoi qu’il fît, il espérait bien qu’elle ne l’attendrait pas, car, à moins de l’avoir vaincue d’abord au jeu de billard, une femme inconnue le rendait stupide comme sous l’envol coupant des geais bleutés, rués parfois avec des cris d’un feuillage au-dessus de sa tête ; et quand il posa les doigts sur le premier montant de la balustrade, il fut presque soulagé de voir sur l’autre bord, disparaître le pantalon blanc dans un groupe de houx très sombres en lisière du taillis.

 

            A le gratter de l’ongle, aussitôt le montant s’effritait, creusé par la vermine de cellules farineuses, hérissé de lichens jaunes et gris entre des champignons plats qui ressemblaient à des oreilles noirâtres, ou à de petites ventouses de caoutchouc brun.

 

 

 

        

■ André Pieyre de Mandiargues, Le Musée Noir, Ed. Robert Laffont, 1946

 

Extrait « Le Pont »

 

Anne Wiazemsky - Au hasard Balthazar (un film de Robert Bresson, 1966)

 

Au hasard Balthazar.jpg

Anne Wiazemsky

Au hasard Balthazar 2.jpg

21/11/2013

Lorand Gaspar

 

 

 

Lorand Gaspar

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© Poésie

 

 

©SOURCE PHOTO | INTERNET | LORAND GASPAR (Né en 1925)

 

EXTRAITS

Egée

Nrf Gallimard, 1980



                                    

 

LORAND GASPAR,

Egée

Nrf Gallimard, 1980

 

         

                               

 

(NÉOLITHIQUE II)

 

In « Egée »

 

 

 

**

 

Déesses adipeuses que n’a pas encore touchées la proportion, ni les grâces compliquées, ni l’ascèse,

tout à leur réserve de lait, de lipides, de semences –

règne de plis qui exhale l’aloès amer et les sept parfums propitiatoires, mêlés aux relents des bêtes grasses sur le feu.

Dans un coin de la maison, dans les grandes jarres blanches, accroupis, les morts.

Là-bas, entre les chrysanthèmes de haute mer, grosses de leur charge d’obsidienne, les barques de Mélos dérivent.

Dans les blocs compacts de noir, au fond des brèches de clivage, ces grandes coquilles voluptueuses où glisse une eau de lumière.

 

-------------------------  (p. 21)

 

 

(MINOEN RÉCENT I)

Aiguières d’Hagia Triada

 

Idem

 

 

**

 

 

Dauphins, poulpes, poissons

fraîcheur de lin, de roseaux, d’oliviers

tremblement du jour dans une couleur

joie d’une ligne qui bouge encore

et je rêve à cette main entre milliards

de mains, étonnée, heureuse –

et je ne sais quoi, un pigment

qui fait que l’âme respire,

que voit la vie, ces choses qui

viennent à mes doigts

et mourront une fois encore –

                                                

-------------------------  (p. 24)

 

 

 

 

 

(chœur)

 

Idem

 

 

 

**

 

 

Te voici encore, ces remuements incompris sur les lèvres,

aux prises avec ces masses muettes –

bancs de madrépores et vases profondes

dont le goût est si proche sur la langue –

et tu te prends dans les ailes folles où brûle

tant d’espace en friche pour une rougeur sur la joue.

Mais tenaces sont les nageoires du remous

ces feux minuscules cimentés dans le marbre

et la langue remonte vers la trame du calcaire

au grain de ferveur qui meut les migrations.

 

Et tu te penches sur le même puits au silence rauque

Pompe exsangue du petit matin.

                                                

-------------------------  (p. 41)

 

 

**

 

 

 

(LE REPAS DES OISEAUX)

 

 Idem

 

 

 

**

 

 

Plume éclose d’un bourgeon d’épiderme, duveteuse et tendre, puis rigide, étançonnée, la siccité minérale greffée aux sèves par le calame, le rachis porteur de la double rangée de barbes divisées comme l’éclair, barbules lisses et d’autre pourvues de crochets solidement imbriqués, étançonnant la voilure quand ils s’unissent aux plumes voisines, tectrices de couverture, à barbes duveteuses, plumules floconneuses, isolantes, rémiges de couvertures alaires, plumes fermes du vol, rectrices, pennes de la queue servant du gouvernail, plumes d’apparat, oublieuses d’espace et de vents, bigarrées, irisées, faisant la roue.

 

-------------------------  (p. 53)

 

 

**

 

 

 

 

(CLINIQUE)

 

 Idem

 

 

 

**

 

 

« Secoue le malade en appliquant l’oreille sur les côtés… »

 

Bruit du vinaigre qui bout, des râles

Bruit de cuir que l’on plie, des plèvres enflammées

Bourdonnement d’amphores des grandes cavernes pulmonaires

Tintement métallique, bruit d’airain et de flot dans les épanchements d’air et d’eau de la poitrine

Bruit du sel que l’on décrépite à une chaleur douce dans une bassine

Râles d’œdème et d’apoplexie

Râles ronflants et sibilants de bronchite

Gargouillement de gangrène et d’abcès

Bruit de drapeau des fausses membranes mobiles dans la trachée

Bruit de pot fêlé des cavernes sous la clavicule

Voix chevrotante ou voix de polichinelle des pleurésies

Frottements soyeux des feuillets enflammés du cœur

Souffle doux, humé, aspiratif de l’insuffisance et

Souffle rude, râpeux du rétrécissement de l’aorte

Bruits de moulin à vent des grands épanchements traumatiques du médiastin.

 

-------------------------  (p. 82)

 

 

 

**

 

 

Hommage à toi, anatomiste accompli, auteur anonyme du Traité du cœur !

Observateur du beau feutrage musculaire et des valves souples tenues par des cordages comme toile d’araignée, leurs filins amarrés dans la substance ferme des parois.

Tu as vu aux portes de l’aorte et de l’artère pulmonaire, ces membranes, de chaque côté, arrondies (…), en forme de demi-cercle et qui, lorsqu’elles se rapprochent, c’est merveille comme elles ferment les orifices. Et c’est à gauche que la clôture est sans défaut, comme cela doit être, pour maintenir l’intelligence innée qui siège et commande au reste de l’âme.

 

PIMA KHIRONAKTOS AGATHOU

 

Œuvre-poème d’un artisan de qualité que le cœur !

 

Et tu as vu, la poitrine ouverte, le cœur s’agiter en totalité, tandis que, isolément les oreilles (ces corps mous, sinueux qui n’entendent pas le cri) se gonflent et s’affaissent.

 

-------------------------  (p. 84)

 



NRF Gallimard

1980


 

 

20/11/2013

cipM

 

 

cipM CCP 26
(cahier critique de poésie)

 

dossier :  lorine niedecker / alejandra pizarnik / rosemarie waldrop

 

cipM, décembre 2013

 

ISBN : 9791091991094
304 pages
prix de vente TTC : 15 euros
ISSN : 1628-3929

Diffusion CDE / Distribution : Sodis


 

 



 

Dossier : Lorine Niedecker / Alejandra Pizarnik / Rosemarie Waldrop (sommaire)


Jean Daive, Un triangle p. 5
Martin Richet, « Cher Cid ». Lettres à Cid Corman p. 7
Nicolas Pesquès, De 2 à 6 mois, plus quelques boîtes p. 21
Abigail Lang, Quatre lettres de Lorine Niedecker à Louis Zukofsky p. 26
Emmanuel Laugier, Condenser. Notes pour un portrait de Lorine Niedecker p. 37
Bibliographie p. 41 .

Martha Isabel Moia, Quelques clefs d’Alejandra Pizarnik p. 43
Alejandra Pizarnik, Le poète et son poème p. 47
Jacques Ancet, La dame en rouge p. 49
Olga Orozco, Pavane pour une infante défunte p. 53
Ana Becciu, J’ai rencontré Alejandra Pizarnik… p. 55
Michèle Cohen Halimi, RUAH p. 60
Claudine Galéa, Les éditions Ypsilon p. 65
Bibliographie p. 66 .

Matthew Coopermen, Amour, comme des phrases : un entretien p. 68
David Lespiau, Fictions de pensée p. 77
Alain Cressan, « Poésie, une logique différente… » p. 80
John Olson, Clé pour comprendre la langue de Rosmarie Waldrop p. 81
Jonathan Monroe, Autrement dire… p. 86
Charles Bernstein, La Reproduction des profils… p. 90
Vincent Broqua, La logique de l’absence (Une lettre de chiffres) p. 92
Bibliographie p. 96

 

 

 

centre international de poésie Marseille

Centre de la Vieille Charité - 2, rue de la Charité - 13236 Marseille Cedex 02
tel : 04 91 91 26 45 - fax : 04 91 90 99 51
www.cipmarseille.com

 

 

04/11/2013

Jon Fosse (prochainement, aux Editions Circé)

Jon Fosse | 2014

 Traduit par Terje Sinding

 

Mélancholia II

 

Melancholia II est la seconde partie d’un diptyque (dont le premier volume Mélancholia I a été publié par POL). Le diptyque constitue une espèce de psychogramme du peintre norvégien Lars Hertevig. Mélancholia II tient tout entier dans le monologue intérieur d’Oline, la sœur de Lars Herteeig, un peu sénile. Son frère Lars est décédé il y a quelques mois. Elle revient du port où elle est allée acheter du poisson. Sa petite maison se dresse en haut de la colline. Elle est prise d’une envie naturelle pressante et a hâte d’atteindre au plus vite son cabinet d’aisance. Sa tête est encombrée par cette envie pressante et par quelques moments de la vie de Lars au point qu’elle en oublie que son frère, à l’agonie, avait demandé à la voir… Au cabinet d’aisance où elle arrive enfin, elle rencontre son Créateur. “La langue de Jon Fosse lie rythmes et intervalles avec une telle maîtrise, qu’on pense immédiatement à l’œuvre de Bach” (Libération) “Un des meilleurs écrivains européens sur un des plus grands peintres paysagers de tous les temps : un roman qui est un joyau” (Der Spiegel)

 

 

jon fosse.jpg

 

 

Les Rêves d’Olav

 

Dans Insomnie, Alida et Asle arrivent à Bjørgvin, où Alida donne naissance à un enfant.

Dans les Rêves d’Olav, ils quittent la ville. Asle, qui préfère maintenant s’appeler Olav, veut cependant retourner à Bjørgvin pour acheter un cadeau à Alida. Mais les choses vont se passer autrement qu’il ne l’avait rêvé.

Les Rêves d’Olav est un récit onirique, inquiétant et claustrophobe, rappelant les paraboles bibliques. C’est aussi une magnifique histoire d’amour entre deux jeunes gens. Une histoire où tout est à la fois simple et grandiose.

 

« Dans le tournant il apercevra le fjord, se dit Olav, car il est Olav maintenant, pas Asle, et Alida n’est plus Alida, mais Åsta ; maintenant ils sont Åsta et Olav Vik, se dit Olav, et il se dit qu’aujourd’hui il va aller à Bjørgvin et faire ce qu’il a prévu de faire. »

 

http://circeberlin.com

A partir de décembre vous aurez la possibilité d'accéder à notre site :

www.editions-circe.fr

 

28/10/2013

WISLAWA SZYMBORSKA

 

WISLAWA SZYMBORSKA

 ---------------------------------

© Poésie

 Wislawa_Szymborska_Krakow.jpg

 

©SOURCE PHOTO | INTERNET | WISLAWA SZYMBORSKA (1923-2012)

 

EXTRAITS

De la mort sans exagérer

 

Traduit du polonais par Piotr Kaminski

 


                                    

 

 

WISLAWA SZYMBORSKA, De la mort sans exagérer

Poésie Fayard, 1996

(Traduit du polonais par Piotr Kaminski)

         

                               

 

(LES FEMMES DE RUBENS)

KOBIETY RUBENSA

 

In « Sel » (Sól) 1962

 

 

 

**

 

Gargantuettes, faune femelle,

nudité tonnante des tonneaux.

Elles se nichent dans des lits ravagés,

bouches ouvertes, coqueriquantes.

Leurs pupilles regardent au-dedans

pour mieux pénétrer les mystères

des chaudrons d’ardeur glandulaire.

 

Barocchantes ! Pâte gonflée,

Vapeur des bains, vins cramoisis,

porcelets blancs galopent au ciel,

trompettes hennissent l’alarme charnelle.

 

Potironneuses ! Exorbitantes !

Doublées par l’enlèvement des voiles,

triplées par la pose véhémente,

plats d’amour plantureux !

 

Vos maigres sœurs se levèrent plus tôt,

dès potron-minet du tableau.

Nul ne vit quand leur file indienne

traversa l’envers de la toile.

 

Proscrites du style. Côtes recensées,

gallinacés leurs pieds, leurs mains

Vain leur envol à tire d’omoplate.

 

Au treizième siècle – sur fond doré.

Au vingtième siècle – sur toile d’argent.

Le dix-septième n’a rien pour les plates.

 

Car alors même le ciel est convexe,

Anges convexes, et dieu convexe –

Phoebus moustachu à monture embrasée

Pénètre en l’alcôve bouillante.   

 

-------------------------  (p. 15/16)

 

 

(EAU)

WODA

 

Idem

 

 

**

 

 

Voilà que sur ma main tombe une goutte de pluie,

répandue par le Gange et le Nil.

 

Elévation du givre des moustaches d’un phoque,

fruit des cruches cassées dans les villes d’Ys et Tyr.

 

Sur la pointe de mon index

La mer Caspienne est une mer ouverte,

 

et le Pacifique coule dans le lit de la Rudawa,

la même qui survola Paris en petit nuage

 

en mille sept cent soixante-quatre

le sept mai à trois heures du matin.

 

La bouche n’y suffirait pour décliner

tous tes noms ondoyants, eau.

 

Il faudrait te trouver un nom dans toutes les langues

en prononçant ensemble toutes leurs voyelles

 

et se taire en même temps – au nom d’un lac,

qui n’a jamais pu obtenir un nom quelconque,

 

et qui n’existe point sur terre, comme au ciel

n’existe cette étoile qui s’y refléterait.

 

Un qui se noie, un autre t’implore en mourant.

C’était il y a longtemps, et c’était hier.

 

Maisons tu éteignais, maisons tu emportais

comme des arbres, et forêts comme des villes.

 

Dans les fonds baptismaux et les bidets des putes.

Sur les langues et sur les linceuls.

 

Grignotant les rochers, allaitant l’arc-en-ciel.

Sueur et rosée des pyramides, des lilas.

 

Que c’est léger, tout ça, dans une goutte de pluie

Combien délicat est sur moi le toucher du monde.

 

Quoi – quand – où que se soit passé,

restera gravé dans l’eau de babel.

                                                

 

-------------------------  (p. 24/25)

 

 

(JOIE D’ECRIRE)

Radość Pisania

 

In « Cent blagues» (Sto pociech) ─ 1967

 

 

 

 

**

 

 

Où court cette biche écrite dans la forêt écrite ?

Irait-elle s’abreuver au bord de l’eau écrite

qui copie son museau comme le papier-carbone ?

pourquoi lève-t-elle la tête, entend-elle quelque chose ?

Elle emprunte ses pattes à la réalité

et, sous mes doigts, elle tend l’oreille.

Silence – ce mot aussi gratte sur le papier

en écartant

les branches, droit sorties du mot « forêt ».

 

Au-dessus de la feuille blanche ils sont prêts à sauter

ces petits caractères qui peuvent tourner mal,

ces phrases qui cernent de près

sans nulle chance de salut.

 

Il y a, dans une goutte d’encre, une solide réserve

de chasseurs, l’œil plissé et rivé sur la proie,

prêts à dévaler la pente périlleuse du stylo

A fondre sur la biche, à la mettre en joue.

 

Ils auront oublié que ce n’est pas la vie.

D’autres lois, noir sur blanc, régissent cette contrée.

Un clin d’œil durera aussi longtemps que je veux,

il se laissera tailler en petites éternités,

chacune remplie de balles suspendues en plein vol.

 

Rien n’arrivera jamais, si je l’ordonne ainsi.

Pas une feuille qui tombe sans que je le décide,

Pas un brin d’herbe ne plie sous le point du sabot.

 

Ainsi donc, un monde existe

dont je régente le sort souverainement ?

Temps que j’enchaîne de signes ?

Existence, sur mon ordre, impérissable ?

 

Joie d’écrire.

Pouvoir de maintenir.

Vengeance de la main mortelle.

                                                

-------------------------  (p. 30/31)

 

 

**

 

 

 

(PSAUME)

Psalm

 

In « Grand Nombre» (Wielka liczba) ─ 1976

 

 

 

**

 

 

Ö, combien perméables sont les frontières humaines!

Voyez tous ces nuages qui passent, impunément,

ces sables du désert filant d’un pays à l’autre,

ces cailloux des montagnes pénétrant chez l’ennemi,

en d’insolents sursauts !

 

Est-il besoin de prendre un à un les oiseaux

qui volent ou qui se posent sur la barrière baissée ?

Ne serait-il qu’un moineau, et voilà que déjà

sa queue est limitrophe, et son bec indigène !

Et puis, qu’est-ce qu’il gigote !

 

Parmi les innombrables insectes je m’en tiendrai à la fourmi

qui, entre le pied droit et le pied gauche du douanier,

ne se sent pas tenue d’avouer ses vadrouilles.

 

Oh, saisir d’un regard cette immense confusion

sur tous les continents !

n’est-ce pas là le troène qui, de l’autre côté du fleuve,

infiltre illégalement sa cent millième feuille ?

Et qui d’autre, pensez-vous, que la pieuvre aux longs bras

viole les sacro-saintes eaux territoriales ?

 

Comment peut-on parler de l’ordre dans tout cela

s’il n’est même pas possible d’écarter les étoiles,

pour que l’on sache enfin laquelle brille pour qui ?

 

Et que dire de l’insubordination du brouillard !

Et des poussières des steppes sur toute leur étendue,

comme si l’on n’avait pas tracé une ligne en son milieu !

Et ces voix qui résonnent sur les ondes serviables,

pépiements séducteurs et allusifs glouglous !

 

Seul ce qui est humain peut nous être étranger

le reste c’est forêts mixtes, travail de taupe et vent.

 

-------------------------  (p. 64/65)

 

 

 

 

POÉSIE FAYARD

1996

■ FAYARD EDITIONS : http://www.fayard.fr/wislawa-szymborska


 

27/10/2013

William Sydney Graham

 W.S. GRAHAM

LES DIALOGUES OBSCURS

Poèmes choisis

 

 

Traduit de l’anglais par Anne-Sylvie Homassel & Blandine Longre

Introduction de Michael Snow / Postface de Paul Stubbs

Recueil bilingue

 

The Dark Dialogues

Selected poems

translated from the English by Anne-Sylvie Homassel & Blandine Longre

Introduction by Michael Snow / Afterword by Paul Stubbs
bilingual book

---------------------------

 

 

ws graham.jpg

 

© Black Herald Press, Septembre 2013
174 pages - 14 € / £ 12 / $18
ISBN  978-2-919582-07-5

 

 

 

 

Lecture

 

W.S. Graham

« des lumières de tous côtés »

__________________________________________________________________________________________

 

Beau présent poétique que nous offrent actuellement les Editions Black Herald Press avec les fabuleux « Dialogues Obscurs/The Dark Dialogues » de W.S. Graham : une vingtaine de poèmes, extraits de plusieurs recueils, publiés entre 1942 et 1993, sont traduits pour la première fois en français.

Né en 1918 dans la petite ville écossaise de Greenock, William Sydney Graham vouera très tôt sa vie à l’écriture et à la poésie. Une introduction au poète et à son œuvre est signée Michael Snow, qui fut un proche de Graham, et ne cessera de promouvoir son œuvre, avec notamment The Nightfisherman : Selected letters of W.S. Graham (1999). Traduit en néerlandais, en allemand, en espagnol et en suédois, les traductions en français devraient participer à une reconsidération de l’œuvre poétique. Sur ce sujet, une postface de Paul Stubbs nous éclaire avec grand intérêt sur la réception de l’œuvre de Graham en Grande-Bretagne : jugé poète difficile, son travail aura souffert de « comparaisons littéraires les plus superflues ». En réponse à une opinion critique malhabile « fondée sur la notion terroriste de 'goût' du public », P. Stubbs trouve justice à penser que « la qualité de ces traductions est telle que Graham (…) n’est pas seulement un imposteur dans un autre langage, une créature pseudo-métaphysique captive d’une peau étrangère ; au contraire, ce recueil lui permet de poursuivre son exploration parmi les phonèmes, d’une calotte polaire à la suivante » (p.136).

Si l’histoire poétique de Graham ne vise pas le champ politico-social, elle a son point d’ancrage dans le champ marginal des inventions et de la transgression linguistiques. Poésie influencée par Joyce, Beckett, Marianne Moore, Pound, Eliot, Les Dialogues Obscurs nous révèlent un espace éclairé de reliefs énergiques, et au cœur de ce même espace, le lecteur « explorateur », en même temps qu’inspiré, ne peut que partager l’euphorie du poète : « l’euphorie d’être vivant dans le langage » ; partager également ce portrait succinct de ce que peut être un poète qui, lorsque abandonné à lui-même, devient cet « étranger métaphysique enfin dépouillé de la fiction de la personnalité ». (P. Stubbs)

 

Pour écrire, il y a des lumières et des obscurités à emprunter de tous côtés, des dialogues à saisir, qui nous parlent d’Etre et de non-être, peut-être pour nous inciter à davantage de rêveries, de relâchements. Ces dialogues obscurs n’ont rien de mystique : ils nous laissent entrevoir une autre dimension de nous-mêmes, issus d’un ici et maintenant non dénué de singularité. La poésie ne doit pas rester parmi les mots. Elle doit emprunter au monde réel, et non au rempart de la pensée conceptuelle. Mais « Si ce lieu où j’écris est réel alors/Il me faut être allégorique » :

 

                                                          

 

 

                                                               Pauvre tel un gribouillage, mon crime pour un diamant

                                                               Est un fou de Bassan en lequel je suis fait,

                                                               Non par la tête mais par le bec de la main qui plonge

 

                                                         (p.21)

 

 

 

 

Le poème est une navigation de la langue, et le délire du poète est d’être un chercheur incessant, qui aborde toutes les directions. Poète aussi de la transmutation des êtres et des choses, l’écriture est un monde de mouvances, un hors-temps du temps, avec ses navires d’écume, ses fourches d’eau, ses récifs naufrageurs, ses vagues en troupes de la mer, ses planchers en noyade, ses murs marins d’écaille

 

                                                          Et nous tranchons les flots

                                                               Quittons la terre noire

                                                               Au large dans les nerfs

                                                               Ondulants de la mer

 

                                                               (p.47)

 

 

« (…) une montagne artificielle, un ajout au monde » : le poème, dans sa géographie de masses rocheuses, de volumes saillants ou en creux, a aussi le « pouvoir de libérer un individu dans son propre monde », ainsi que « permettre au lecteur de faire quelques découvertes sur lui-même ». Le poème existe de la difficulté à communiquer, à s’exprimer, et du prodige à être présent, c’est-à-dire, à être auprès de soi, nous soufflerait Henri Maldiney*, de l’autre côté de soi, dans une proximité inapprochable.

 

________

* Henri Maldiney, « Art et existence », Ed. Klincksieck, 2003 – (p.222)

 

© Nathalie Riera, octobre 2013

 

 

 

 

 

Extrait de “Le seuil blanc”/«The White Thresbold», 1949

 

p. 29.

 

 


Les siècles tournent leurs verrous

Et ouvrent sous la colline

Leurs livres et leurs portes reçus en héritage

Rassemblés pour distiller

Tels joyeux cueilleurs de baies

Une voix unique pour nous parler.

 

The centuries turn their locks

And open under the hill

Their inherited books and doors

All gathered to distil

Like happy berry pickers

One voice to talk to us.


 

 

***

 

Extrait de “La pêche de nuit”/«The Nightfishing», 1955

 

 

p. 47.

 

 


Et de nouveau aveuglé par

L’hémisphère

Désouvert et lumineux,

Ancien par-dessus moi,

 

Ce lieu présent  

Est transmuté en

Lieu sans souffle, immobile,

Déroulé sur manuscrit

Et tourné vers cette lumière

 

Now again blindfold

With the hemisphere

Unprised and bright

Ancient overhead,

 

This present place is

Become made into

A breathless still place

Unrolled on a scroll

And turned to face this light.


 

***

 

 

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Nathalie Riera_W.S. Graham.pdf

10/10/2013

Les Carnets d'Eucharis N°39 - Automne 2013

 

 

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Poésie | Littérature Photographie| Arts plastiques 

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En ligne

 

 

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Les carnets d’eucharis n°39

AUTOMNE 2013

 

1ère Couverture_Les carnets d'eucharis N°39.jpg

 [« Les tortues du jardin hanbury »] © Nathalie Riera, 2013

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Les Carnets d'Eucharis N°39_Automne 2013_WEB.pdf

08/10/2013

"Les dialogues obscurs" de W.S. Graham - Black Herald Press

 W.S. GRAHAM

 

 

GRAHAM.png

 

 

 

© Black Herald Press, Septembre 2013
174 pages - 14 € / £ 12 / $18
ISBN  978-2-919582-07-5

 

 

 

 

L’ouvrage vient de paraître et peut être commandé:

 

http://blackheraldpress.wordpress.com/buy-our-titles/ 

 

 

 

 



 

 

 

 

W.S. GRAHAM

LES DIALOGUES OBSCURS

Poèmes choisis

 

Traduit de l’anglais par Anne-Sylvie Homassel & Blandine Longre

Introduction de Michael Snow / Postface de Paul Stubbs

Recueil bilingue

 

The Dark Dialogues

Selected poems

translated from the English by Anne-Sylvie Homassel & Blandine Longre

Introduction by Michael Snow / Afterword by Paul Stubbs
bilingual book

---------------------------

■ LIEN : http://blackheraldpress.wordpress.com/books/les-dialogues-obscurs-the-dark-dialogues-w-s-graham/

 

■ AUTRES SITES

■ Jean-Pierre LONGRE : http://jplongre.hautetfort.com/tag/jean-pierre+longre

 

 

 

 

 

 

[NOTE. William Sydney Graham, né en Écosse en 1918 et décédé en Cornouailles en 1986, est l’un des poètes britanniques majeurs du xxe siècle, remarqué dès 1949 par T.S. Eliot, alors éditeur chez Faber and Faber – maison qui publiera l’ensemble de son œuvre à partir de son troisième recueil. Lié entre autres à Dylan Thomas, à Edwin Morgan et à de nombreux artistes, Graham se consacre presque exclusivement à la poésie, menant une vie d’extrême pauvreté. Ce recueil (dont on doit l’introduction à Michael Snow, ami proche du poète dont il fut l’exécuteur testamentaire, et la postface au poète britannique Paul Stubbs) rassemble un choix de textes traduits en français pour la première fois, ainsi qu’un essai de W.S. Graham sur sa poésie ; l’ensemble vise à retracer l’itinéraire d’un écrivain d’une originalité rare, explorateur d’un langage à la fois allié et adversaire. Parfois jugée « difficile », son œuvre fut par conséquent méconnue de son vivant, mais la renommée du poète n’a cessé de grandir depuis sa mort, comme en témoignent la publication des New Collected Poems en 2004 (Faber and Faber) et cette première parution en français. -- Paul Stubbs & Blandine Longre]

 

[NOTE. William Sydney Graham, born in Scotland in 1918 and deceased in Cornwall in 1986, was one of the major British poets of the 20th century, and from 1949 found a noteworthy champion in T.S. Eliot, then poetry editor at Faber and Faber, the press that would publish all of Graham’s poetry from his third collection onwards. Close to writers such as Dylan Thomas and Edwin Morgan and to various artists, Graham devoted himself almost exclusively to poetry, leading a life of extreme poverty. This selection (with an introduction by Michael Snow, a close friend of Graham, whose literary estate he had been bequeathed, and with an afterword by the British poet Paul Stubbs) gathers together poems translated into French for the first time, along with an essay by W.S. Graham on his poetry. This bilingual book presents an overview of the work of a writer of rare originality, an explorer of a language with which he was both friend and foe. Judged sometimes to be too “difficult” a poet, and consequently overlooked when alive, Graham’s reputation has nevertheless increased steadily since his death, a fact confirmed by the publication of his New Collected Poems in 2004 (Faber and Faber) and by this first selection of his poems into French. -- Paul Stubbs & Blandine Longre]

 

 

07/10/2013

La Bête, Thomas Vinau (Galerie Le Réalgar)

Galerie Le Réalgar
Contact: Daniel Damart 0687602234
Adresse: 23 rue Blanqui, 42000 Saint Étienne
lerealgar@gmail.com

 

 

 

 

La Bête.jpeg

 

 

 

 

 

 

http://www.lerealgar.com/

 

 

Reproduction des peintures et dessins de Sylvie Lobato

 

La Bête est là. Elle va commencer sa tranquille invasion..." Un homme venu d'ailleurs vit au fond d'un bois reculé. La découverte inopinée d'un étrange animal lui permet de trouver l'amour, de se confronter à la sauvagerie des hommes et de retrouver le rire"

 

 

 

 

 

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Thomas Vinau,jeune écrivain, est connu pour sa poésie et ses romans largement salués par la critique. http://etc-iste.blogspot.fr/

 

 

Sylvie Lobato, artiste peintre, a exposé ses peintures et dessins à la Galerie le Réalgar en 2012. Séduite par le texte de Thomas Vinau, elle nous montre la Bête sous tous ses aspects.http://www.sylvie-lobato.com/fr/

 

 

 

06/10/2013

Nathalie Riera - Les tortues du Jardin Hanbury

NATHALIE RIERA

Au fil des tortues

2013

 

 

 

 

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© Nathalie Riera – Les tortues du Jardin Hanbury, 2013

 

 

 

 

 

 

[Les tortues du Jardin Hanbury/Giardini Hanbury - Ventimiglia]


©  Nathalie Riera, 2013

 

 

 

 

tortue avec encadrement.jpg

 

 

© Nathalie Riera – Les tortues du Jardin Hanbury, 2013

 

 

 

 

 

Les Carnets d'Eucharis par Patrick Kéchichian

 

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Les Carnets d'Eucharis

 

Poésie/Littérature Photographie Arts plastiques

 

 par Patrick Kéchichian

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L’événement est à marquer d’une pierre blanche. Ces dernières années, on voyait surtout des revues qui passaient – étaient contraintes de passer – de l’état papier à l’état virtuel. On s’est presque habitué à tourner des pages qui n’avaient aucune réalité palpable, même si la machine, par excès de zèle, imite parfois le bruit ! La littérature, l’écrit, en voie de dématérialisation : la chose avait, a toujours, de quoi nous alarmer. Là, c’est l’inverse : le papier a une consistance, une odeur. On respire mieux soudain.

Les Carnets d’Eucharis, animés par Nathalie Riera, existent depuis 2008 en version numérique. Prose et poésie, mais aussi arts plastiques et réflexion critique se rencontrent, se croisent, dialoguent. Dans le premier numéro papier elle explique dans un entretien la vocation de sa revue : « Ma décision d’en venir, une fois par an, à une version papier, est aussi une manière de ne pas négliger un autre pan du lectorat qui s’avère peu attaché à la seule lecture numérique. Je n’ai aucune certitude quant à savoir si cela est ou non un bon choix. Certains lecteurs ont trouvé la démarche curieuse, l’estimant à contre-courant de ce qui se passe actuellement, à savoir la désertion du support papier en faveur du support numérique. » Puis elle cite cette amorce d’analyse par Claude Minière : « Dans le passage à l’édition “papier”, il y a un geste significatif. Par là, vous allez vers ce qui se donne à la main, ce qui peut se lire dans la main (dans la méditation) – et donc n’est plus sous l’impression binaire “informatique”, se déroulant pour l’œil seul. C’est important. » Oui, Claude Minière a raison de souligner la signification de ce passage préalable par la main qui éprouve avant l’œil, autrement que lui. Ce « travail de circulation » dont parle Nathalie Riera trouve là, en même temps que son support naturel, sa raison d’être.

Le premier numéro est consacré à Susan Sontag, avec des contributions diverses et des extraits de l’oeuvre. La littérature n’est pas un secteur délimité. « Lire c’est espérer le voyage qui ébranle mes certitudes ou mes acquis », affirme Nathalie Riera dans le même entretien. Le geste esthétique comme volonté de « faire de la résistance » : Susan Sontag, jusqu’à sa mort en décembre 2004 à New-York (elle était née en 1933) incarna cet esprit de résistance. La vieille Europe autant que le Nouveau Monde, la politique et l’esthétique, la capacité d’admiration et la volonté d’analyse s’harmonisaient chez elle au sein d’une grande intelligence. Intelligence dont témoignent ses écrits, y compris posthumes (on édite actuellement son Journal chez Christian Bourgois). « Si je me suis engagé en littérature, tout d’abord comme lectrice puis comme écrivain, c’est aussi une extension de mes sympathies pour d’autres personnes, d’autres domaines, d’autres rêves, d’autres mondes, d’autres grandes questions. » Cette forme de « sympathie », assez rarement revendiquée par les écrivains, ne vient pas concurrencer l’intelligence, mais la renforcer.

Le dossier Sontag occupe environ le tiers du numéro. Des cahiers de création, poétique, photographique et de traduction, forment la deuxième partie. Enfin, classiquement (mais nécessairement), un ensemble de recensions critiques conclut le numéro.


La Revue des revues no 50, 2013

 

LIEN : http://www.entrevues.org/revue_extrait.php?id=8193

 

18/09/2013

Wallace Stevens - Choix de poèmes traduits par Raymond Farina

 

 

 

WALLACE STEVENS

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©Poésie

 wallace-st.jpg

© Photo : Bettmann/Corbis | http://www.nybooks.com/

Wallace Stevens, early 1950s

 

POÈMES CHOISIS

BOURGEOIS DE LA PETITE MORT / BURGHERS OF PETTY DEATH

ANGLAIS MORT A FLORENCE

ESTHÉTIQUE DU MAL (extrait) / ESTHÉTIQUE DU MAL (Excerpt)

LE VENT TOURNE / THE WIND SHIFTS

      CARTE POSTALE DU VOLCAN / A POSTCARD FROM THE VOLCANO

LE MONDE COMME MEDITATION / THE WORLD AS MEDITATION    

DE LA POESIE MODERNE / OF MODERN POETRY

UN PLAT DE PECHES EN RUSSIE / A DISH OF PEACHES IN RUSSIA

CHATEAU GALANT / GALLANT CHATEAU

CONNOISEUR DU CHAOS / CONNOISSEUR OF CHAOS

CHRONIQUE DE L'HOMME QUELCONQUE / PAISANT CHRONICLE

 

 

Traduit de l’anglais par Raymond Farina

■ Sur le site Les Carnets d’Eucharis

http://lescarnetsdeucharis.hautetfort.com/archive/2013/09/18/wallace-stevens-choix-de-poemes-traduits-par-raymond-farina.html

 

 

 


Wallace Stevens

Poèmes traduits par Raymond Farina

                                

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(BOURGEOIS DE LA PETITE MORT)

 

 

Ces deux là près du mur de pierre

Sont un léger fragment de mort.

L’herbe est encore verte.

 

Mais c’est une mort totale,

Une dévastation, une mort vraiment haute

Et profonde, couvrant toute surface,

Envahissant l’esprit.

 

Les voilà les petits citadins de la mort,

Un homme et une femme,

Semblables à deux feuilles

Qui restent attachées à l’arbre,

Avant que l’hiver gèle et qu’il devienne noir –

 

Vraiment haute et profonde

Sans aucune émotion, un empire de calme, 

dans lequel une ombre épuisée,

Portant un instrument,

Propose, pour finir, une musique blanche.

                                    

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(BURGHERS OF PETTY DEATH)

 

These two by the stone wall

Are a slight part of death.

The grass is still green.

 

But there is a total death,

A devastation, a death of great height

And depth, covering all surfaces,

Filling the mind.

 

These are the small townsmen of death,

A man and a woman, like two leaves

That keep clinging to a tree,

Before winter freezes and grows black-

 

Of great height and depth

Without any feeling, an imperium of quiet,

In which a wasted figure, with an instrument,

Propounds blank final music.

 

-------------------------

 

(ANGLAIS MORT A FLORENCE)

 

**

 

Il se retrouvait un peu moins chaque printemps.

La musique déjà lui faisait défaut. Même Brahms,

Son grave démon familier, marchait souvent à l’écart.

 

Son esprit devenait incertain de la joie

Certain de son incertitude, dans laquelle

Ce grave compagnon le laissait inconsolé

 

A des souvenirs qui le rendaient presque toujours à lui-même.

Ce n’est que la dernière année qu’il dit que la lune nue

N’était pas celle qu’il avait l’habitude de voir, de sentir

 

(Dans les pâles harmonies de lune et d’humeurs

Quand il était jeune), la lune nue et lointaine,

Brillant plus faiblement au fond d’un ciel plus sec.

 

Sa pâleur colorée devenait cadavérique.

Il cultivait sa raison, exerçait sa volonté,

Avait parfois recours à Brahms à la place                                                                                                                            

 

De la parole. Il était cette musique et lui-même.

Ils étaient parcelles d’ordre, une unique majesté.

Mais il se souvenait du temps où il se levait seul.

 

A la fin il se levait avec l’aide de Dieu et de la police,

Mais il se souvenait du temps où il se levait seul.

Il se soumettait à cette unique majesté;

 

Mais il se souvenait du temps où il se levait seul,

Lorsque être et jouir d’être semblaient ne faire qu’un,

Avant que les couleurs ternissent et rapetissent.

             

------------------------- 

 

 

 

 

(ANGLAIS MORT A FLORENCE)

 

A little less returned for him each spring.

Music began to fail him. Brahms, although

His dark familiar, often walked apart.

 

His spirit grew uncertain of delight,

Certain of its uncertainty, in which

That dark companion left him unconsoled

 

For a self returning mostly memory.

Only last year he said that the naked moon

Was not the moon he used to see, to feel

 

(In the pale coherences of moon and mood

When he was young), naked and alien,

More leanly shining from a lankier sky.

 

Its ruddy pallor had grown cadaverous.

He used his reason, exercised his will,

Turning in time to Brahms as alternate

 

In speech. He was that music and himself.

They were particles of order, a single majesty:

But he remembered the time when he stood alone.

 

He stood at last by God’s help and the police;

But he remembered the time when he stood alone.

He yielded himself to that single majesty;

 

But he remembered the time when he stood alone,

When to be and delight to be seemed to be one,                                                                                                                           Before the colors deepened and grew small.

 

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(ESTHÉTIQUE DU MAL)

                                          extrait

 

                                            

                           XII

 

Il ordonne le monde en deux catégories :

Celui qui est peuplé, celui qui ne l’est pas.

Dans les deux, il est seul.

Mais il y a, dans le peuplé,

Outre ses habitants, le savoir qu’il a d’eux.

Et dans le dépeuplé, ce qu’il sait de lui-même.

Quel est le plus désespéré dans les moments

Où son vouloir exige que ce qu’il pense soit vrai ?

 

Est-ce lui-même en eux qu’il connaît ou bien eux

En lui-même ? Si c’est lui-même en eux, ils n’ont

Point de secret pour lui. Et si c’est eux en lui,

Il n’a point de secret pour eux. Car ce qu’il sait

D’eux et de lui détruit chacun de ces deux mondes,

Sauf quand il s’en évade. Etre seul c’est pour lui

Etre dans l’ignorance et d’eux et de lui-même.

 

Cela en crée un troisième sans connaissance,

Où personne ne cherche, où le vouloir n’exige

Rien et accepte tout ce qui passe pour vrai,

Y compris la douleur, qui, autrement est feinte.

Dans le troisième monde, alors, pas de douleur. Oui, mais,

Quel amant en ressent dans de tels rocs, quelle femme,

Même si on la connaît, tout au fond de son cœur ?

 

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(ESTHÉTIQUE DU MAL)

               Excerpt

 

                         XII

 

He disposes the world in categories, thus :

The peopled and the unpeopled. In both, he is

Alone. But in the peopled world, there is,

Besides the people, his knowledge of them. In

The unpeopled, there is his knowledge of himself.

Which is more desperate in the moments when

The will demands that what he thinks be true?

 

It is himself in them that he knows or they

In him? If it is himself in them, they have

No secret from him. If it is they in him,

He has no secret from them. This knowledge

Of them and of himself destroys both worlds,

Except when he escapes from it. To be

Alone is not to know them or himself.

 

This creates a third world without knowledge,

In which no one peers, in which the will makes no

Demands. It accepts whatever is as true,

Including pain, which, otherwise, is false.

In the third world, then, there is no pain. Yes, but

What lover has one in such rocks, what woman,

However known, at the centre of the heart ?

 

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                        XIII

 

Il se peut qu’une vie soit la sanction d’une autre

Comme celle d’un fils pour celle de son père.

Mais cela ne concerne que les seconds rôles.

C’est une tragédie fragmentaire

Au sein du tout universel. Le fils,

Le père aussi, ont fait leur temps, pareillement,

L’un et l’autre, en vertu de la nécessité d’être

Soi-même, de l’inaltérable nécessité

D’être cet inaltérable animal.

Cette puissance de la nature en action est la tragédie

Majeure. C’est le destin sûr de lui,

Le plus jubilant ennemi. Et il se peut

Que, dans son cloître méditerranéen, un homme

étendu, libéré du désir, établisse

Le visible, une zone de bleu et d’orange

Dont changent les couleurs, établisse un moment

Pour contempler la mer, simulacre du feu, et l’appelle le bien,

Le bien suprême, sûr de la réalité

De la plus longue méditation, du maximum,

De la scène de l’assassin. Le mal dans le mal est

Relatif. L’assassin se dévoile lui-même,

la force qui nous détruit est dévoilée dans

Ce maximum, une aventure à endurer

Dans l’impuissance la plus polie. Mais oui !

On sent son action circuler dans nos veines.

 

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                        XIII

 

It may be that one life is a punishment

For another, as the son’s life for the father’s.

But that concerns the secondary characters.

It is a fragmentary tragedy

Within the universal whole. The son

And the father alike and equally are spent,

Each one, by the necessity of being

Himself, the unalterable necessity

Of being this unalterable animal.

This force of nature in action is the major

Tragedy. This is destiny unperplexed,

The happiest enemy. And it may be

That in his Mediterranean cloister a man,

Reclining, eased of desire, establishes

The visible, a zone of blue and orange

Versicolorings, establishes a time

To watch the fire-feinting sea and calls it good,

The ultimate good, sure of a reality

Of the longest meditation, the maximum,

The assassin’s scene. Evil in evil is

Comparative. The assassin discloses himself,

The force that destroys us is disclosed, within

This maximum, an adventure to be endured

With the politest helplessness. Ay-mi!

One feels its action moving in the blood.

 

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17/09/2013

L'Atelier Contemporain N°1 - Eté 2013

 

REVUE(S)

 

 

 

 

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REVUE DE POÉSIE

n°01/Printemps 2013

 

 

L’ATELIER CONTEMPORAIN

 

 

COLLECTIF

 

 

 

Cette nouvelle revue d’art intitulée L’Atelier contemporain du nom du recueil sur la peinture de Francis Ponge, paraîtra deux fois par an, en se référant à l’éthique de créateur de ce poète. Elle s’intéressera particulièrement à la peinture actuelle en illustrant les œuvres d’artistes peu connus, commentées et analysées par des écrivains. Des textes qui nous permettront de mieux saisir ce qui est en jeu dans leur atelier, leurs préoccupations, interrogations et inquiétudes. De l’art vers la littérature, mais aussi de la littérature vers l’art afin de renouer le dialogue.

 

 

 

http://www.r-diffusion.org/index.php?ouvrage=LAC-08