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16/03/2009

Que Yo, ...

« Que yo, Sancho, naci para vivir muriendo »

Cervantes, Don Quichotte

 

(Vois-tu, Sancho, je suis né pour mourir ma vie)

NR n&b.jpg
© Nathalie Riera, mars 2009

 

« QUE YO, … »

 

 

Le temps est à écouter

rumeur de vent de mer

le centre en prière

 

aigue la beauté

que je luise d’un seul trait

 

un rien vêtu de joie

 

guérir

le vide

 

----------------------------------

 

            et dans cette conjonction,

 

rencontrer la pierre

(le souffle ne perd pas sa longueur)

 

en un point de la route

en un rond-point des jours

 

vitesse des phrases

les vagues frappent

 

la lumière traverse

arche et hanche

l’eau glisse s’infiltre

 

            et dans cet abouchement,

 

remonter le courant

l’immensité qui nous manque

 

 

Que yo, …, dans le haut

clappement l’eau

de la langue

 

            dans cet inoubliablement être

 

 

©Texte inédit, 2009 : Nathalie Riera

http://virgulesdepollen.canalblog.com

 

 

 

03/03/2009

Nouvel espace Poésie & arts plastiques

Pour changer l’alphabet : ici en ruisseau, là en sentier, ailleurs en broussaille. Et de nouveau l’abc du voyage : l’antique chaussée esquissée vers l’abîme, la piste des pas perdus, le dédale entre les falaises, la précaire sentence du labyrinthe, pour changer en fruit le noyau, en épi le grain, en mémoire la parole.

Oscillante parole, 1978

Georges-Emmanuel Clancier


Version 2.jpg

28/02/2009

Mathieu Brosseau

cliquer ici : Une lecture de Nathalie Riera sur le site Poezibao

 

la nuit d'un seul.jpgNé en 1977 à Lannion dans les Côtes d’Armor, Mathieu Brosseau est bibliothécaire à Paris. Il a publié deux ouvrages : L’Aquatone et Surfaces : Journal perpétuel. Plus récemment et en collaboration avec Thierry Le Saëc, il a publié Dis-moi, un livre d’artiste aux éditions La Canopée/La Rivière échappée. En 2006, il fonde la revue en ligne plexus-s.net et depuis 2008 il codirige avec François Rannou la collection L’Inadvertance sur le site publie.net. Il a également publié dans de nombreuses revues : Action Resteinte, Ouste, Dock(s), Boudoir & autre, L’étrangère, etc.

La Nuit d’un seul

Mars 2009 - Editions La Rivière Echappée

 La Rivière Echappée

20/02/2009

Nathalie Riera sur le site Bribes en ligne

siteon0-25cda.jpg 

Bribes en ligne

Site de Raphaël Monticelli

que je remercie vivement pour avoir accueilli mon dernier texte Tandis que je nais

(texte inédit illustré avec les encres de Jean-Christophe Schmitt)

 

Cliquez ici

09/02/2009

Tu ne répares pas

Tu rectifies une imperfection de l’œuvre

tu ne répares pas

Yannis Ritsos

 

 

Tu ne répares pas

 

Sans titre 1.jpg

 

 

 

-I-

 

Dentelle du trait

 

 

enjamber

encercler

 

que le tissu ne se déchire

 

 

l’aile

à mes joies

 

 

se fêlent

les mots que tu as trop écris

 

 

------------------------

 

L’air dans la verdure

le tableau

 

de la robe où tu as chaud

 

quand il te parle

 

 

------------------------

 

 Lire la suite : 

Tu ne répares pas.doc

 

 

Poème écrit à partir de : 

© Photographie 1 : Sergio Larrain

CHILE, Valparaiso, 1963, Café

© Photographie 2 : Franck Juery

Série « HAIKU » 

02/02/2009

La gazette BASILIC n°31

 

De la toile et des mots, Un maillage possible

par Yves Ughes

 

logo_basilic.gifDepuis le Basilic n° 10, nous avons créé une rubrique consacrée aux sites amis, ceux qui animent sur la toile une défense de la poésie et de la littérature. Dans ce numéro nous vous proposons un détour par : Les Carnets d’Eucharis…(page 7)

 

 

Télécharger la gazette

(Basilic n°31)

 

 

 

12/01/2009

la huitième écorce - Gil Pressnitzer

Dans le cercle de l’arbre

(note de lecture)

 

« les éclairs se sont cachés dans l’arbre

et attendent que le tonnerre ait fini de compter

en bas dans un courant d’air les visages des hommes

ils entourent l’arbre

ils maudissent celui qui est dans l’écorce

où je vis à double tranchant… »

 

 

 

 
 

 

japonaise.jpg

 

Cathy Garcia

 

 

 

 

« la huitième écorce »

Gil Pressnitzer

Trident neuf éditeur, 2005

 

Peau de l’arbre dans l’expression la plus courante, dont la transparence se perd au fil du vieillissement des cellules, rhytidome chez les botanistes pour désigner la partie morte de l’écorce… écorces à épines, fleurs, fruits, écorces papyrifées… écorces aux couleurs et aux textures multiples, dont les rôles ne nous sont pas totalement inconnus même si notre méconnaissance nous fait oublier leur fonction fondamentale, entre autre celle de nourrir protéger purifier.

Les blessures de l’écorce sont fréquentes. Dans  la huitième écorce de Gil Pressnitzer,  il est question de dire que nous ne vivons pas que de nos blessures mais aussi de nos échappées hors des blessures. Dire aussi ce trop de nuit pour dire nos blessures, ce pas assez de jour, des mots qui vous prennent la gorge, des mots tus qui suffoquent en moi et ne trouvent pas la sortie (…) attention s’ils ressortent sauvages ils maudiraient les herbes. Mais autant d’échappées qui consistent à nous défaire de quelle écorce ? et de combien de peaux mortes ?

 

L’arbre et ses écorces comme autant de pages tournées, consumées.

 

Chez Gil Pressnitzer il y a aussi la violence de l’Histoire : des cendres ne restent que les insomnies, et plus loin : il se love dans la peur des champs de barbelés.

 

 

je suis le témoin interne de l’arbre

j’écris son journal intime sur la huitième écorce

nul n’y lira rien

moi-même on va me crever les yeux au dernier mot

 

(…)

 

la huitième écorce

vous rentre la vie au fond de la gorge

le rouge à lèvres du sang déteint sur nos bouches

 

 

La vie avec ses écorces noirâtres, ses écorces brun-rougeâtres. Nos vies à ne pas être en dehors de l’écorce, à vouloir (ou aspirer) sortir de l’écorce. Pour quel savoir ? Pour quelle vérité ? ah sortir de l’écorce/pour enfin savoir/comment les feuilles tremblent/d’être simplement dans l’air.

 

Du vert chlorophylle vient se loger dans l’évidence de ce qu’il a bien fallu vivre/au nom de la parole.

 

j’entasse dans la huitième écorce

en plein mitan

tous les noms de mes morts

bien rangés

au frais de l’oubli à venir

l’écorce jette un cri

la haine de la nostalgie

 

 

entrer dans le cercle de l’arbre… de la première écorce à la huitième écorce… dans l’écorce où doigt et âme se laissent prendre.

 

Mots à la rugosité des écorces, à la fragilité de ce qui est sur le point de se détacher par plaques, écorces de mots qui s’effritent (poussière, sciure, usure) … mots des éclats de bois… mots des lichens qui envahissent les bois mort…

 

à vif.

 

 

Nathalie Riera

12 janvier 2009

 

 

« un jour un jour

nous serons l’un contre l’autre

dans la même goutte d’eau

(…)

un jour un jour nous vivrons ensemble dans

cette goutte d’eau

la vie vue de ce vitrail sera jeune

et fera trembler nos peaux… »

 

 

la bouche d’où sort la nuit

 

nous étions là avant l’histoire

toi qui t’étends sur l’arbre comme texte de mémoire

tatouage de prières sur rumeurs du jadis

moi enlisé dans tous mes noms

qui me creuse en bas dans la chair

les larmes sont souffles quand la terre se tourne

nous nous guettons chacun dans ses insomnies

nous épions le commencement de l’autre

 

la bouche d’où sort la nuit nous dénonce

nous pousse à faire amitié comme fougères

à devenir lien pour la complicité des tueurs d’oubli

tes conquêtes montent haut au-delà du bruit

toi la huitième écorce tu auras fait de moi une rumeur

mes écritures me rejettent jusqu’à l’absence

me frotter sang contre mousse a fait de moi ton ombre portée

tu te suffis à toi-même

avec moi enclos dans mes tremblements

 

depuis longtemps

nous étions là avant l’histoire

qui va céder le premier

qui va commencer l’oubli

qui va lire l’autre jusqu’au blanc

la confiance s’est perdue dans les météores

le premier qui s’endort est mort

nous partageons un seul miroir

une seule peau

vieux couple lié par la ténèbre

dans le même lieu

par le seul mot

la même patrie de ciel

 

à quelle distance intérieure dois-je me tenir de toi ?

rends-moi l’ombre d’où je viens

laisse-moi instant de passage

je ne veux plus être durable

meurs avant moi

09/01/2009

Etreinte à l'extrême

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Photo : Billy Cone

-I-

Pour une poésie proche de la peau, étreinte à l’extrême.

Vers ce qui est le plus fertile, à l’état de vivant, à recevoir nos éblouissements.

Sous les querelles des vents, se donner le droit de penser ou de croire que la poésie est « leçon de lumière » pour et contre toutes nos apories et contre ce qui fait dilemme.

 

Mottes d’herbes les mots, la page blanche est air pur.

Ecrire parce que plus que jamais solidaire de l’instant.

 

 

-II-

Poème qui est élargir rendre intense ne pouvoir s’en tenir au lieu qui aurait perdu tout mouvement à croupir se tenir accroupi Poème parce que toujours plus proche les saveurs la peau troublée qu’on ne sait quoi écrire mais gémir que vous aimez  

Plus profond l’air plus présent que vous savez le manque

L’élan à ne pas ployer me toucher au plus près que vous me pensez en primitive le réel sa terre son eau qui nous rassemblent le feu pour le maintenir la guerre c'est-à-dire ?

 

  

©Nathalie Riera, janvier 2009

 

 

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 "Femme accroupie" - (terre cuite 40x36x23 cm)

 

cliquer ci-dessous :

Carole Herlaut

04/01/2009

Levée d'écrou (la parole éveillée)

Nathalie Riera N&B1.jpg 

On ne voit en général pas leur nom dans les gazettes, certains jouissent d’une certaine notoriété, d’autres pas. Je les appelle les passeurs magnifiques, les « beautiful people » de la culture : conteurs, lecteurs publics, animateurs d’atelier d’écriture, de théâtre, de soirées poétiques, éditeurs risquant leurs tout derniers ronds pour faire connaître des textes…

 

 

LIRE LA SUITE sur le blog de Gérard Larnac

 

02/01/2009

Un billet de Patrice Beray - Mediapart

Pour une année-lumière avec Nathalie Riera

"Des Voeux en c(h)oeur" (Nathalie Riera)

Expression conventionnelle s'il en est du jour de l'an que celle de «former des vœux» que commande une courtoisie d'usage consistant à adresser formellement des souhaits (des vœux) à l'intention de destinataires qui seront ainsi libres de les remplir à leur guise, autrement dit de leur donner un contenu, une teneur de leur choix.


C'est du moins ainsi, sans mal y penser, que l'on peut comprendre ce «former» si terriblement... formel.

Mais à bien y penser que peut receler une forme qui se soucie si peu de son contenu, qui est pur «habillage» ? Recouvre-t-elle en fait un abîme d'indifférence pour autrui, au point de ne prendre aucunement part à ses vœux ? N'est-ce pas dire, sous quelques espèces de politesse, que l'on n'a rien à faire des aspirations, des préoccupations, des désirs aussi, du destinataire ? «Je forme des vœux pour vous en cette nouvelle année...» De santé, de réussite peut-être. Des vœux exclusifs, au sens propre du terme, qui ne concernent que la personne, mais n'impliquent en rien celui qui les formule.

Certes, chacun est libre de déformer une formule, de lui prêter une tout autre signification. Il n'en demeure pas moins que la formulation reste, immuable, fixée une fois pour toutes, comme la syntaxe (essayez de la tordre, vous serez toujours dans l'erreur, sauf à passer par-dessus, c'est-à-dire à vous en passer, mot à mot-image, comme les poètes).

C'est donc ainsi, je ne «formerai de vœux» pour personne au moment de ce passage vers une année nouvelle. Vous avez... ma parole :

« je pense à la chaleur que tisse la parole
autour de son noyau le rêve qu'on appelle nous » (Tristan Tzara).



Conjointement aux mots du poète, Rolland de Renéville avait toutes les raisons de penser que l'Univers de la parole (le titre d'un essai publié dans les années 40) est le seul monde qui nous contient, qui nous entoure.

En lisant ces derniers jours (de l'année) La Parole derrière les verrous de Nathalie Riera m'est ainsi apparu, par contraste avec cette intuition de Renéville, combien est incroyablement chargée, plombée une autre expression, celle d'univers carcéral. Sans doute faut-il se faire à cette idée que les expressions sont à la langue ce que les définitions sont à la pensée critique, selon Adorno : un stade pré-critique (pré-conceptuel). Tant il est vrai que la langue n'est rien (qu'un code) sans la parole.

Du théâtre, Nathalie Riera dans son essai dit : «Même l'univers est jeu, ainsi que notre volonté de maintenir la relation humaine.» Elle parle de son expérience d'animatrice d'activités artistiques en univers carcéral. Où il lui apparaît «vital, tant pour les prisonniers que pour la société, que le lien avec le monde du dehors fût constamment maintenu, essentiellement par la parole...». De ce lieu, elle dit aussi : «Ici, personne ne vous attend vraiment.» Son constat vaut témoignage : «J'ai souvent entendu dire que la prison était un passage. L'événement de l'incarcération pourrait-il donc être organisé comme un rituel d'intégration, afin que l'anéantissement physique et mental ne devienne plus une habitude ou un rite ?»



Instigatrice d'un beau site sur la toile, Les Carnets d'Eucharis, Nathalie Riera après une parenthèse vient de reprendre son activité d'animatrice en prison, qu'elle va cette fois axer sur la poésie sonore. 

AFFICHE Virgules de pollen.doc

Nathalie Riera, La Parole sous les verrous, Editions de l'Amandier, 78 p./12€.

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21/12/2008

L'époque sévère

Ce bois mauve bordé de clairières où l’éclair a démis le chêne

Michel Deguy

 

 

L’EPOQUE SEVERE

Nathalie Riera

 

Cette « arche d’alliance » nous dit Seamus Heaney, entre le langage et la sensation. Ou encore John Keats, qui demandait : Ô qu’on me donne une vie de sensation plutôt qu’une vie de pensée !

 

 

Le réalisme que nous vivons. Notre si faible exaltation « à la note positive ». Nos quotidiens avec ces manières d’excavations.

 

 

Un réel à vif, qui n’est jamais lointain, loin du chant.

 

Vivifier ce qui diminue, se décourage, malmène.

 

Au bord de jouir qui jamais n’use le cœur des mots.

 

Par quel art ou quelle arme être, et rien de plus.

 

 

Prendre l’essor contre ce qui m’assassine.

Cette vague et large alliance entre les voiliers et les vents.

 

 

Dans sa Troisième Elégie, Anna Akhmatova écrit :

 

 

L’époque sévère

m’a détournée comme un fleuve vers

un autre lit. On m’a changé de vie.

 

« Les élégies du Nord », Leningrad, 1944.

 

 

Battements et fulgurances les sens. Me réjouissent de leurs intrigues et leurs rythmiques. Faudrait alors que soient plus fluides, empoignées, embourdonnées, nos clairières. Plus vives encore dans les dissonances et les distances.

 

Nous prend et nous rend, rien de plus.

(C’est ce que je sais de l’amour)

 

De jouir parce que vivre, ne pas avoir oublié, comme ces joies qui ont laissé leurs empreintes en dépit des vents.

 

 

& vers ce vert d’un autre vert :

vivre qui n’est pas verbiage.

 

Intensément.

 

Nathalie Riera

L’époque sévère (extrait)

19 décembre 2008

Télécharger

 l'époque sévère.pdf 

 

 

The Cotton Pickers

Salgado26.jpg

 Ramassage du coton

Cajazeiras, région Paraiba, Brésil, 1980

 

S. Salgado

16/12/2008

Trèfle blanc

Trèfle blanc

 dessin_trefle_blanc.jpg

 

Autre chose que sang et cendre

gris de l’air

tendre terre la douce lenteur des choses

                        ne dire rien dire

écouter ce silence où je t’embrasse

plissures du présent à ses lèvres qui rougissent

où tu m’embrasses

                        s’efface ce qui se répand

seulement du frémir

sur la peau qui reçoit la main

où se renouvelle lent et tant

 

N’y a pas à dire quand tout est à dire soit

laisser se découvrir deviner

comme reconnaître démêler

que blanc n’est pas le contraire de noir

 

mais du bruire sur les couleurs

qui serpentent surplombent la cacophonie

ce silence par où je dis aussi

ses feuillures où écrire

 

Trifolium repens goudron&plastique

collines&vergers ne sont pas rhétoriques

les éclairs frappent les plexiglas

Le miracle n’est jamais ce que tu attends

 

vers ce vert où nous allons

manger l’herbe

plante repliée à l’annonce des tempêtes

fichus noirs que les vents arrachent

 

muette tu m’aimes

 

Mais pas me plaindre

dans ce cahot-monde qui n’est pas la nuit

me reprocher les plaies sur les fruits

 

cela qui vient qui ressasse

je bouche mes yeux à ce qui s’entasse

suis sans goût pour ce qui est boue

 

 

à tes doigts mes quatre pétales

 

©Nathalie Riera, décembre 2008 - (Inédit)

 

04/08/2008

Nous sommes l'amour - sur le site du Corridor Bleu

re-pon-nou

Blog

lundi 4 août 2008

 

un texte de nathalie riera

Je suis l’amour dans la poussière des routes, mon esprit n’a que lavandes et embruns pour sentiers.
Je suis l’amour comme vous. Vous savez, lorsque l’on se choisit pour se dire ce que nous n’avons encore dit à personne.
Vous savez que je suis l’amour comme vous, alors pourquoi le fer et le fiel ?




Je suis l’amour dans les ombrages d’un figuier, où fleurissent les mots, et je ne veux pas de vos fruits avariés, même si vous n’entendez rien de ce que je vous dis, je ne veux rien de tout cela qui nous dévaste : les champignons pillards et les fleurs du soleil noir.
Nous sommes l’amour irréparable.




J’ai mis à mes jambes des vieux bas tricotés de tiges et d’épines, et à mes pieds des chaussures à talons de pierre pointue.
Je suis l’amour qui ne vous aime pas.
Pas de serpent à nourrir dans mon sein.




Nous sommes l’amour inhérent.
Je me rafraîchis aux ombres claires, à l’eau du coeur, à la fraîcheur de l’alliance.
Avec toi, rive. D’où l’on peut encore s’inventer l’amour du prochain, le jaune du citron, le hâle des seins et des reins, l’espoir et ses motifs de pampres.
Ma rive inhérente, où le poème est encore de la brume sur la cime. Et c’est très bien.

 

« Elegeia et autres chants de soleil »

 

Texte inédit (extrait de "Carnet de campagne" II)

 

Janvier 2008

Sur le site Terre à Ciel

Chemin vers le vide, Nathalie Riera

http://terreaciel.free.fr/arbre/nriera.htm

Paru dans « Une étape dans la clairière » des Carnets d’Eucharis n°6 http://lescarnetsdeucharis.hautetfort.com/archive/2008/05/15/chemin-vers-le-vide.html

 

Extrait

 

... chemin vers la rencontre du présent. Cette grande puissance de l’instant, à demeurer notre plus grande latitude, du fait que l’instant n’appartienne ni au passé ni au futur.

 

 

Instant qui n’a pour ressemblance que l’instant. Le temps de ce qui est là et qui n’est plus là. Le temps de ce qu’il peut y avoir de plus important.

 

 

Le temps de ce qui se refuse à durer, à se figer, ou à se fermer.

 

 

Instant déterminé, et parfois déterminant.

 

 

//

 

 

Il est pourtant attendu de la poésie qu’elle nous soit air, échappée, coin de verdure, mais nous faut-il également visiter ses jours et ses nuits comme lieux de la perte, du détournement, de la diffraction.

20/06/2008

Exposition de l'atelier d'écriture - Nathalie Riera - Association Roquebrune-Culture

  A fleur d’encre
20juinportrait1.jpg
Vendredi 20 juin 2008 : cela méritait bien une photo après 9 mois d'une sympathique animation auprès d'un groupe très très sympathique que je remercie.
La photo est signée Françoise-Bottu Grosso.
17h : la mine un peu... non ?
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Françoise B-G.
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... et puis, Eliane G.
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La structure en roseaux qui a permis de recevoir et de présenter les textes produits par l'atelier
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Les recueils confectionnés à l'occasion de cette expo qui s'est terminée aujourd'hui-même
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Des Haïkus, des tablotins, un ensemble de supports, d'écrits et de présentations, qui font d'un atelier un lieu de partage et de découverte, et font de l'écriture un exercice de plaisir
***
 Ce que  je raconte aux arbres

Où la lumière descend se pose sur les paroles en désaccord l’aphasie des herbes trop sèches le manque d’eau et cette attente d’un ruissellement de l’aube sur ce que les arbres ont de plus clair et qu’ils détiennent comme un secret l’incertain en somme Où la lumière se fend fendille les brindilles les branches de trop de harcèlement ou d’abandon le long des ombres longues et tenaces leurs éclisses sous les coups de la hache pénibles poèmes que toutes leurs fables infâmes à vos feuilles qui me racontent l’histoire du silence à mon tour de vous raconter l’endroit où la lumière descend se pose sur un brin de mon genou égratigné

N.R.

Inscription

Pour la saison 2008/2009

affiche A FLEUR D'ENCRE.jpg

02/06/2008

Esprit et langage avec Wittgenstein, rosset et Bouveresse

159808695.jpgLorsque Wittgenstein aborde le mystère du langage comme étant proche du mystère du monde, de la même manière Jacques Bouveresse[1]associe « esprit et langage », car pour mieux comprendre ce qu’est l’esprit, dira t-il, il nous faut au préalable comprendre ce qu’est le langage.

(…) "Mon livre traite des problèmes philosophiques et montre, je pense, que la position de ces problèmes repose sur une méconnaissance de la logique de notre langage. On pourrait résumer tout le sens de ce livre en ces termes : ce qui peut se dire, peut se dire clairement ; et au sujet de ce dont on ne peut pas parler, on doit se taire... Je pense que la vérité des idées ici exposées est inattaquable et définitive. Je pense donc avoir, pour l'essentiel, résolu les problèmes". (L. Wittgenstein)

1063457677.jpgAu sujet de l’esprit, celui-ci est défini comme « principe de la vie psychique ». Dans « Principes de sagesse et de folie », Clément Rosset[2] parle d’un grand « dérèglement de notre esprit » pour son glissement ordinaire et quelque peu systématique dans le monde irréel, et pour sa désolidarisation avec la réalité. Rosset cite Montaigne en ce que le principe même de ce dérèglement se situe « dans le fonctionnement de l’esprit lui-même ». Ainsi, et à la différence de Platon qui accuse le corps d’égarer notre esprit, dans sa proximité avec Montaigne, Rosset épouse la thèse que l’homme « délire » en tant qu’il dispose d’un esprit, et surtout en tant qu’il se laisse abuser par lui.

" Sur l'existence (ou sur l'être, ou sur la réalité) les paroles les plus profondes et les plus définitives sont le fait d'un penseur, Parménide, qui passe paradoxalement -- et injustement peut-être, j'y reviendrai - pour avoir été le principal inspirateur de l'interminable lignée des philosophes qui, de Platon à Kant et de Kant à Heidegger, nous ont enseigné à suspecter la réalité sensible au profit d'entités plus subtiles :

Il faut dire et penser que ce qui est est, car ce qui existe existe, et ce qui n'existe pas n'existe pas : je t'invite à méditer cela.

Tu ne forceras jamais ce qui n'existe pas à exister.

Clément Rosset, Principes de sagesse et de folie, Editions de Minuit, 1991/2004

1228566570.jpgDans sa proximité à Karl Kraus, et de par son grand souci de réalisme, Jacques Bouveresse accorde une grande attention sur ce qui concerne l’individu et son rapport au réel. Il ne se montre ainsi guère favorable à la « religion de l’information », information qu’il dira « industrielle », telle celle véhiculée quotidiennement par les médias. Il remet notamment en cause cette odieuse supercherie à continuellement nous envahir d’informations inutiles et sans intérêt, car ce que les médias nous montrent et nous disent, cela ne signifie pas pour autant une connaissance de la réalité. La représentation du réel par les médias nous fait tort, et à l'esprit lui fait perdre de vue le champ de la réalité véritable, et le maintient dans ce que Bouveresse appelle en d’autres termes un « processus de déréalisation ».

"Lorsque j'étais enfant, j'étais terriblement idéaliste, beaucoup plus que vous ne pouvez l'imaginer : je trouvais la réalité ordinaire sans intérêt, vulgaire et plutôt méprisable. J'ai véritablement eu à me réconcilier plus tard avec la réalité, en partie, mais sûrement pas uniquement, par la philosophie (cela ne passe jamais de cette façon). Cela m'a pris beaucoup de temps, mais je me suis remis, de plus en plus, à valoriser d'abord la réalité, la réalité concrète et à me méfier systématiquement de l'idéalisme. Je serais même tenté de dire que l'essentiel du combat que j'essaie de mener aujourd'hui est un combat contre l'idéalisme".

Jacques Bouveresse, Le philosophe et le réel, Ed. Hachette, 1998

Comment ne pas succomber au piège de la falsification du réel, si ce n’est enfin de se rendre compte que ce n’est pas le monde en tant que tel qui nous trompe ou nous leurre, mais que c’est la propagande et la propagation du mensonge qui nous trouble. Marc Aurèle écrivait : « (…) reviens à toi et, une fois sorti de ton sommeil, rends-toi compte que c’étaient des songes qui te troublaient ; une fois réveillé, regarde les choses comme auparavant tu les regardais ».

Nathalie Riera, 2007

 


[1] J. Bouveresse, « La philosophie et le réel », Hachette Littératures, 1998.
[2] C. Rosset, « Principes de sagesse et de folie », Ed. de Minuit, 1991/94, op. cit., p.71.
[3] Ibid., op. cit., p.73.
[4] In « Ch.I : ironie et satire », op. cit., p.28.
[5] M. Aurèle, Ibid., « Livre IV-XXXI ».

15/05/2008

Chemin vers le vide

Chemin vers le vide

Par Nathalie Riera

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Antoni Tapiès
Empreinte de pas - Eau-forte 1972

Salah Stétié dira de la poésie d’être « sans aucun doute la ligne de crête de l’esprit ». A cette sorte d’évidence, il me plaît de penser que nous ne savons lire du quotidien et de ses mots de tous les jours que son bleu trop monocorde ou trop bruyant, ou son gris trop grave ou insipide, et cependant n’avons-nous pas, de toute notre force d’être, tressé au-dessus de nos têtes d’irrésistibles et d’invisibles liens qui nous unissent de là où le venin se retire, et où le chemin n’est pas de marcher vers, mais d’errer en suivant le vol d’un oiseau.

J’aime, en effet, entendre par poésie, qu’elle est le chemin vers le vide (selon encore Stétié).

Par chemin vers le vide, il me plaît de préciser vers le vide qui nous éclaire, ou qui contribuerait à une plus large respiration, contrairement au savoir qui n’a que le pouvoir de nous enfermer, au lieu de seulement nous aguerrir l’esprit.

Et puis surtout, chemin vers la rencontre du présent. Cette grande puissance de l’instant, à demeurer notre plus grande latitude, du fait que l’instant n’appartienne ni au passé ni au futur.

Instant qui n’a pour ressemblance que l’instant. Le temps de ce qui est là et qui n’est plus là. Le temps de ce qu’il peut y avoir de plus important.

Le temps de ce qui se refuse à durer, à se figer, ou à se fermer.

Instant déterminé, et parfois déterminant.

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Il est pourtant attendu de la poésie qu’elle nous soit air, échappée, coin de verdure, mais nous faut-il également visiter ses jours et ses nuits comme lieux de la perte, du détournement, de la diffraction.

J’aime lire de Maryline Desbiolles : Plus on tente de s’en sortir et plus on s’essouffle, plus on manque d’air.

Ou encore chez Antoine Emaz : à des moments//on voudrait fuir//jusqu’à n’être plus rien//qu’un vent de sable//un givre…

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A chaque instant s’en sortir d’être prisonnier de ce qui n’est pourtant pas un enclos, mais plutôt une terrasse exposée à tous les vents.

S’exiler dans l’essoufflement des feuilles, à ne pas vraiment comprendre ce qu’il nous faut y trouver ou y perdre.

Se recueillir près de l’eau sensible du cœur, comme le jour tout de rondeur et de douceur nous accueille.

Et puis attendre que la nuit efface le chemin.

//

Où la page n’est pas blanche, mais vide.

Toujours plus près du silence qui vit tout à la fois de son feu et de son eau.

Vers ce chemin où je me relègue et qui fait mon enthousiasme.

 

Nathalie Riera

Le 13 mai 2008

-Tous droits réservés-

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01/03/2008

Salon du livre Paris - 2008

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Nathalie Riera en dédicaces

DIMANCHE 16 MARS 2008 à 13h

pour son essai "La parole derrière les verrous"

Editions de l'Amandier - Octobre 2007

http://www.salondulivreparis.com/41/dedicaces.htm?lang=fr...

17/01/2008

Vient de paraître

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Nathalie Riera

La parole

derrière les verrous

12

ISBN 978-2-35516-023-3

9 782355 160233

Illustration Aurélie Dève - CL2

Éditions de l’Amandier

http://www.editionsamandier.fr/f/index.php?sp=liv&livre_id=185

52e0e81519a236fd03c87d5b0cb60ec1.jpgNathalie Riera, des mots pour s'évader

Nathalie Riera a été, pendant des années, une observatrice privilégiée de la condition carcérale, à travers le prisme d'ateliers de théâtre, de poésie ou de parole qu'elle organisait à la prison de Draguignan ou chez les mineurs détenus à Grasse.

Dans son livre « La Parole derrière les Verrous », véritable témoignage sur la misère du système carcéral et les moyens pour les détenus de s'en évader par l'esprit, elle résume : « Si je devais m'étendre sur ce que j'ai éprouvé à l'encontre de l'espace carcéral, de ce qui le constitue et le singularise, ce sera par ces quelques termes qui suivent : paranoïa, mythomanie, régression, anesthésiant. D'où l'intérêt de multiplier des projets culturels et de favoriser des rencontres pluridisciplinaires ».

Cette désormais Roquebrunoise, qui a habité Trans-en-Provence a animé des ateliers à la prison dracénoise de 1992 à 2002, puis à Grasse jusqu'en 2005. « Je me suis lancée dans cette aventure, au culot et cela m'a apporté beaucoup », dit-elle, évoquant, dans cet univers à part « la nécessité de la parole, qui m'a ouvert les yeux sur des réalités ».

Dans la grande majorité des cas, elle a été bien accueillie par les détenus et l'administration pénitentiaire. Ses interventions avaient lieu dans le cadre d'un protocole entre les ministères de la Culture et de la Justice , aux côtés d'autres intervenants dans des domaines aussi variés que la peinture, l'informatique ou la musique, à travers l'association éducative d'aide aux détenus.

Nathalie Riera apporte avec ce précieux document une indispensable contribution à la compréhension et aux tentatives d'amélioration de la condition des détenus, dans la perspective notamment de leur réinsertion. Sa conclusion est à cet égard remarquable : « Le rêve, c'est l'unique cadeau de la liberté et dans cette dimension exceptionnelle, l'homme apparaît dans sa vraie beauté. Il existe une autre liberté, celle de ne plus avoir peur de se retrouver dans la créativité de sa solitude, pour un meilleur partage de sa richesse avec les autres. » Encore faut-il en donner les moyens à ceux que notre société préfère encore trop souvent maintenir dans le silence? derrière les verrous. Savoir +

« La Parole derrière les Verrous », aux Éditions de l'Amandier, 75 pages, 12 E, est disponible (ou à commander) à Lo Païs, Papiers Collés, Maison de la Presse , FNAC, Charlemagne. http://nathalieriera.unblog.fr/

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