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14/03/2013

Susan Sontag par Valérie Le Cardinal

 

[Gravure]

Valérie Le Cardinal

LES CARNETS D’EUCHARIS, ANNEE 2013

 

 susan sontag par Valérie Le Cardinal.jpg

 

 [Susan Sontag Elucide les mEtaphores]

 

Eau forte sur vélin

68 x 50

 

_________________

 

VALERIE LE CARDINAL

Peintre graveur, née en 1966, vit et travaille à Toulon. Depuis 2008, elle travaille à une série de visages de femmes. Visages gravés dans le sillon de l'eau forte (KAHLO. CLAUDEL. VIEIRA DA SILVA. VARDA. SCHNEIDER. RAMPLING. BAUSCH. LI. SONTAG. BETTANCOURT. O’KEEFFE. MODOTTI...). En 2009, aide à la création du Collectif de graveurs Encred'Art. Intervient en Arts Plastiques auprès d'enfants autistes et de personnes handicapées.

 

 

 

 

 

01/02/2013

Lancement de la revue "Les Carnets d'Eucharis, année 2013"

 

Université Paris 1

 

PANTHEON-SORBONNE

 

Lancement de la revue

 

 

 

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HOMMAGE à Susan Sontag

 

Essayiste & romancière américaine (1933-2004) 

 

 

 

EN présence de Nathalie Riera & Sabine Péglion

  

Un café-poésie sera proposé et organisé par Sabine Péglion, en soutien de la Revue et de son premier numéro annuel consacré à Susan Sontag. Une présentation sera faite par la créatrice de la revue : Nathalie Riera.  A cette occasion, lecture par les écrivains, poètes et artistes invités dans ce premier numéro

 

 

 

Au sommaire de ce numéro ANNÉE 2013 sont invités :

 

Virgil Brill / Pierre Alechinsky/ Bruno Le Bail / René Barzilay / Patricyan / Claude Minière / J-G Cosculluela / Gérard Cartier / Georges Guillain / Béatrice Machet / Jos Roy / Gilbert Bourson / Roland Dauxois / Jacques Estager / Gérard Larnac / Angèle Paoli / Richard Skryzak / Sylvie Durbec / Mario Urbanet / Patricia Dao / Jean-Marc Couvé / Nathalie Riera / Claude Darras / Pascal Boulanger / Michaël Glück / Sabine Péglion / Mathieu Brosseau

 

 

 

...

 

 

 

Vendredi 8 février 2013

 

de19h à 22h

 

____

 

Salle du Conseil de l'IAE de Paris

 

21, rue Broca, 75005 Paris

 

Salle 21 - 7ème étage

 

 

Métro 7 : Censier-Daubenton

Bus 91 : Les Gobelins

Bus 83 : Pascal ou Les Gobelins

Bus 27 ou 47 : Monge-Claude Bernard ou Les Gobelins

 

Contact :

[sabinepeglion2@orange.fr]

& [nathalieriera@live.fr]

 

06/11/2012

Sylvia Plath

 

SYLVIA PLATH

---------------------------------

© Editions Quarto Gallimard Oeuvres, 2011

poèmes, romans, nouvelles, contes, essais, journaux

 

 SYLVIA PLATH.jpg

Extrait

« Contexte »/Context

Traduit par Catherine Nicolas

Publié en 1962 dans le London Magazine

 

 

 

Pour l’heure, les deux problèmes de société qui me préoccupent sont les incalculables effets génétiques des retombées radioactives, et un document sur l’alliance terrifiante, démente, omnipotente, du grand capitale et de l’armée en Amérique – « Juggernaut ou l’état de guerre », un article de Fred J. Cook paru dans un récent numéro de Nation. Cela a-t-il une influence sur le genre de poésie que j’écris ? Oui, mais de façon détournée. Je ne suis pas douée pour les lamentations de Jérémie, même si je me sens plutôt insomniaque devant ma vision de l’apocalypse. En fait, mes poèmes ne portent pas sur Hiroshima, mais sur un enfant qui se forme, doigt après doigt dans les ténèbres. Ils ne portent pas sur les terreurs de l’extermination de masse, mais sur la tristesse de la lune au-dessus d’un if dans un cimetière voisin. Non pas sur les testaments d’Algériens torturés, mais sur les pensées nocturnes d’un chirurgien fatigué.

 

[…]

 

Je ne crois pas qu’une « poésie de gros titres » intéresserait plus de gens et plus profondément que les titres à la une des journaux. Et à moins que le poème de circonstance ne naisse de quelque chose de plus viscéral qu’une philanthropie générale et changeante et soit, en vérité, cette Licorne qu’est un véritable poème, il risque fort d’être mis à la corbeille aussi rapidement que la page d’information elle-même.

 

Les poètes dont je fais mes délices sont possédés par leurs poèmes comme par le rythme de leur propre respiration. Loin de paraître fabriqués, leurs plus beaux poèmes semblent nés tout d’une pièce ; certains poèmes des Life Studies de Robert Lowell, par exemple ; la serre des poèmes de Theodore Roethke ; quelques œuvres d’Elizabeth Bishop, et la majeure partie de l’œuvre de Stevie Smith (« L’art est un chat, sauvage et tout à fait étranger à la civilisation »).

 

 

--------------------------------------- (CONTEXTE (1962), p.1241/1242)

 

 

 

_______________

SYLVIA PLATH
OEUVRES

Ed. Quarto Gallimard

2011

 

 

05/11/2012

Arthur Miller

 

Arthur Miller by Inge Morath.jpg

©Arthur Miller by Inge Morath

 

 

 

 

Liliane Kerjan

Ce que je sais d'Arthur Miller

Bourin Editeur, 2012

26/10/2012

Robert DUNCAN

L'Ouverture du champ et autres poèmes Traduit par Martin Richet

 

L'ouverture du champ_Robert Duncan.jpg

Lié au courant littéraire de Black Mountain et à celui de la Beat generation, Robert Duncan, né en 1919, est mort en 1988.

Composé entre 1956 et 1959 et publié en 1960 chez Grove Press, The opening of the field n’est pas seulement la première somme d’un maître poète ou l’articulation synthétique des avancées poétiques, contemporaines (le vers projectif décrit par Charles Olson y apparaît dans toute sa splendeur), et historiques, convoquant aussi bien Pindare que Louis Zukofsky, Marianne Moore ou Ingmar Bergman ; nous y trouvons la première pierre d’un édifice ambitieux, à l’échelle des Cantos d’Ezra Pound : l’œuvre d’une vie telle qu’elle se dessine et se définit dans une séquence transversale initiée ici, la « Structure de la Rime », qui se poursuivra dans les volumes suivants.

 

Le livre présente d’entrée ses trois thèmes ou éléments majeurs : la Loi, les Morts, le Champ. « La nature du Champ, écrit Duncan, est triple : il se conçoit intimement comme le champ donné de ma vie propre, intellectuellement comme le champ du langage (ou de l’esprit) et imaginairement comme le champ donné à l’homme (aux multiples langages).

 

Aussi, L’ouverture du champ et les deux séquences antérieures qui le précédent dans notre traduction dessinent une cosmologie qui admet aussi bien les cendres de l’homme de Néandertal (Un essai en guerre) que « les usines de la misère » (Poème commençant par une ligne de Pindare) ou «un jeu d’oiseaux dans un ciel vide » (Jeu d’épreuves) : « Le temps du poème ressemble à celui du rêve, car il organise lignes d’association et de contrastes en un ensemble hautement structuré. L’objectif commun du rêve et du poème est de donner socle à une forme au-delà de ce que nous connaissons, à un sentiment plus fort que la réalité.

 

 

SITE : José Corti Editions

 

20/09/2012

Abonnement & souscription à la Revue papier "Les Carnets d'Eucharis" (année 2013)

 

 

 SUSAN SONTAG

                 Virgil Brill

          Bruno Le Bail

  Pierre Alechinsky

                                                2013

 

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                               LOGO EUCHARIS 2013 .jpg

SOUSCRIPTION 

ABONNEMENT

 

 PDF à télécharger :

logo pdf.jpg

SOUSCRIPTION ABONNEMENT LES CARNETS D'EUCHARIS.pdf

 

 

 

 

 

Literature is freedom

(The Friedenspreis acceptance speech of Susan Sontag)

□□□□□□□□□□□□□□□□□□□□□□□

 

Like some Americans and many Europeans, I would far prefer to live in a multilateral world – a world not dominated by any one country (including my own).

 

●●● SUSAN SONTAG

 

Le premier numéro annuel papier sera consacré à l’écrivain, dramaturge, essayiste et critique new-yorkaise Susan Sontag. Je vous souhaite nombreux à soutenir le lancement de cette revue qui entend continuer à promouvoir (autrement que par la toile numérique) les écritures contemporaines et la photographie.

La publication est prévue pour février 2013.

 

 

PDF à télécharger

(ci-dessus)

 


| 2013 | Revue électronique&papier Les Carnets d’Eucharis| (ISSN 2116-5548) |

16/09/2012

Theodor Roethke par Raymond Farina

 

THEODOR  ROETHKE

Poète américain

(1908-1963)

 

Theodor Roethke.jpg

 

 

 

"Sur le poète et son œuvre"

Theodor Roethke

 

Un poète américain se présente et présente son œuvre

 

 

Comme chacun sait l'Amérique est un continent, mais peu d'Européens connaissent, dans leur diversité et leur variété, les régions de ce pays. La vallée Saginan, où je suis né, a été la région où l'on a le plus exploité le bois aux alentours de 1880. C'est une région très plate et très fertile du Michigan, dont les villes principales, Saginan et Flint, se trouvent à l'extrémité nord de ce qui est à présent la principale région industrielle des Etats-Unis.

C'est dans cette région, qu'en 1870, mon grand-père arriva de Prusse où il avait été forestier en chef de Bismarck. Ses fils et lui ont crée et exploité quelques serres qui devinrent les plus importantes de cette partie des Etats-Unis.

C'était un merveilleux endroit où grandir pour un enfant. Il n'y avait pas seulement vingt cinq acres en ville, principalement sous serre et cultivées intensivement mais, plus loin dans la campagne, la dernière parcelle de bois vierge de la vallée Saginan et, plus loin, une vaste zone d'exploitation forestière laissée l'abandon, dont les arbres repoussaient pour la première fois, que mon père et mon oncle avaient transformé en petit terrain de jeu.

Enfant, alors, j'avais plusieurs mondes où vivre que je ressentais comme miens. J'aimais particulièrement un coin marécageux du sanctuaire où les hérons nichaient toujours. J'ai utilisé un de mes souvenirs les plus anciens dans un poème que je leur ai consacré (...)

J'ai essayé d'indiquer dans mon second livre "The lost son and other poems", publié en Angleterre en 1941, ce que représentaient pour moi les serres.

Elles représentaient pour moi, je m'en rends compte aujourd'hui, à la fois le paradis et l'enfer, une sorte de tropiques créés dans le climat sauvage du Michigan, où d'austères américains d'origine allemande transformaient leur amour de l'ordre et leur terrible efficacité en quelque chose de vraiment beau.

C'était un univers -plusieurs mondes- à propos duquel, même enfant, on s'inquiétait, et qui luttait pour rester en vie, comme dans le poème "Big wind" (...)

Dans ces premiers poèmes j'avais commencé, comme un enfant, avec de petites choses, et j'avais essayé de ne m'exprimer qu'en utilisant des mots simples. Un peu plus tard, en 1945, j'ai commencé une suite  de poèmes plus longs qui tentent, par leur rythme, de saisir le mouvement même de l'esprit, de suivre l'histoire spirituelle d'un protagoniste (pas "moi" personnellement mais tout homme hanté et harcelé), qui cherchent à faire de ce mouvement un ensemble réel et non arbitrairement ordonné,  autorisant toute une gamme de sentiments incluant l'humour.

Comment créer une réalité, une vraisemblance, le  "comme si"  de l'enfant , dans la langue qu'un enfant utiliserait, c'était pour moi extrêmement difficile. Par exemple le second poème "I need, I need" s'ouvre par une imagerie très orale, par le monde de l'enfant qui suce et lèche. Puis on glisse vers un passage où deux enfants sautent à la corde. On ne dit pas au lecteur que les enfants sautent à la corde, mais celui-ci les entend simplement  tous les deux  se réciter, tour  à  tour, des comptines l'un à l'autre; puis cette expectative mitigée et cette agressivité se changent  dans le passage suivant  en un sentiment d’amour, vaguement ressenti, mais net, chez l'un des enfants (...)

Dans les poèmes suivants  nous entendons le jeune adolescent, encore à demi enfant, puis le jeune homme se vanter et miauler; et on finit par des passages plus difficiles dans lesquels l'esprit, soumis à  une grande tension, erre loin dans le subconscient,  pour émerger  plus tard  dans la "lumière" de passages plus sereins ou euphoriques au terme de chaque phase d'expérience.

Parfois, bien sûr, il y a régression. Je crois que l'être spirituel doit revenir en arrière pour pouvoir avancer. La voie est cyclique, et parfois on la perd, mais on la retrouve invariablement. Quelques uns des artifices techniques caractéristiques de ce mouvement - la métaphore glissant rapidement, le questionnement rhétorique et d'autres semblables - réapparaissent dans des poèmes plus formels achevés récemment, "Four for Sir John Davies" qui sont, entre autres choses, un hommage à l'auteur élisabéthain de "Orchestra" et à feu W.B. Yeats.

                                            

 Extrait de « ON THE POET AND HIS CRAFT »

                                                University of Washington Press, 1965

 

 

 

Choix de poèmes

Traduits par Raymond Farina

 

 

 

 

LES FOLIES D’ADAM

 

 

 

 

 

1

 

Viens me lire Euripide,

Ou quelque rustre ancien capable

De rappeler ce que c’était

Que sortir de sa peau.

Des choses me parlent, c’est sûr ;

Mais pourquoi rester à gémir ici,

Sans être même à bout de souffle ?

 

 

 

 

 

2

 

Que sont le sceptre et la couronne ?

Rien de plus que ce que soulève

La tige nue : la rose

Jaillit vers cette jeune fille ;

Le terrestre demeure en elle ;

Une épine dans le vent pousse,

Calme devant ce qui s’écoule.

 

 

 

 

 

3

 

Je parlerais à une racine rabougrie ;

Ah, qu’elle riait de me voir

Regarder fixement en avant de mon pied,

Un orteil dans l’éternité ;

Mais quand répondait la racine,

Elle frissonnait dans sa peau,

Et regardait au loin.

 

 

 

 

 

4

 

Père et fils de cette mort,

L’esprit meurt chaque nuit ;

Dans le blanc vaste, les espaces

Connus du jour commun,

Quel aigle exige un arbre ?

La chair engendre un rêve ;

Tout os vrai chante seul.

 

 

 

 

 

THE  FOLLIES OF  ADAM

 

 

 

1

 

Read me Euripides,

Or some old lout who can

Remember what it was

To jump out of his skin.

Things speak to me, I swear;

But why am I groaning here,

Not even out of breath?

 

 

 

 

 

2

 

What are scepter and crown?

No more than what is raised

By a naked stem:

The rose leaps to this girl;

The earthly lives in her;

A thorn does well in the wind,

At ease with all that flows.

 

 

 

 

 

3

 

I talked to a shrunken root;

Ah, how she laughed to see

Me staring past my foot,

One toe in eternity;

But when the root replied,

She shivered in her skin,

And looked away.

 

 

 

 

 

4

 

Father and son of this death,

The soul dies every night;

 in the wide white, the known 

Reaches of common day,

What eagle needs a tree?

The flesh fathers a dream;

All true bones sing alone.

 

        

 

 

 

 

 

LE MOUVEMENT

 

 

 

 

 

L’âme a des mouvements divers, mais le corps n’en a qu’un.

Un vieux papillon, lacéré par le vent, se posa,

Battit des ailes sur la poussière du sol –

Se déployant ainsi l’esprit n’est pas bruyant.

Le désir seulement vivifie notre esprit,

Et nous nous affligeons dans la certitude d’aimer.

 

 

 

 

 

2

 

De l’amour naît l’amour. Ce tourment est ma joie.

J’observe une rivière : elle serpente au loin ;

Pour rencontrer le monde, en mon âme je monte ;

Et ce cri que j’entends je le laisse sur le vent.

Ce que nous déposons devons-nous le reprendre ?

J’ose un embrassement. Avançant, je demeure.

 

 

 

 

 

3

 

Qui d’autre que l’aimé sait l’élan de l’amour ?

Qui donc est assez vieux pour vivre ? Une chose de terre

Sachant combien toute chose change dans la semence

Avant qu’elle ait atteint l’ultime certitude,

Cet espace au-delà de la mort, cet acte d’amour

Auquel tout être participe, et doit la vie.

 

 

 

 

 

4

 

Des ailes déplumées qui crissent au soleil,

Sur une pierre sans soleil la danse de la crasse épaisse

Le jour et la nuit de Dieu : sous cet espace Lui souriait,

L’espoir a son silence et nous allons dans son jour vaste, -

O qui emprunterait à l’enfant son regard ? –

Oh, mouvement oh, notre chance est d’exister encore !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

THE  MOTION

 

 

 

 

 

1

 

The soul has many motions, body one.

And old wind-tattered butterfly flew down

And pulsed its wings upon the dusty ground-

Such stretchings of the spirit make no sound.

By lust alone we keep the mind alive,

And grieve into the certainty of love.

 

 

 

 

 

2

 

Love begets love. This torment is my joy.

I watch a river wind itself away;

To meet the world, I rise up in my mind;

I hear a cry and lose it on the wind.

What we put down, must we take up again?

I dare embrace. By striding, I remain.

 

 

 



 

3

 

Who but the loved know love’s a faring-forth?

Who’s old enough to live?-a thing of earth

Knowing how all things alter in the seed

Until they reach this final certitude,

This reach beyond this death, this act of love

In which all creatures share, and thereby live,

 

 

 

 

 

4

 

Wings without feathers creaking in the sun,

The close dirt dancing on a sunless stone

God’s night and day: down this space He has smiled,

Hope has its hush: we move through its broad day,-

O who would take the vision from the child?-

O, motion O, our chance is still to be!

 

 

 

 

 

 

 

DANS L’AIR DU SOIR

 

 

 

 

 

1

 

Un mode grave me saisit ici,

Bien que l’été flamboie dans l’œil du viréon.

Qui pourrait n’être possédé

Qu’à moitié par sa nudité ?

De veille est mon souci –

Je créerai ma musique brisée, ou mourrai.

 

 

 

2

 

Petits, rapprochez-vous !

Fais-moi, Seigneur, ultime, simple chose 

Que le temps ne peut accabler 

Un jour j’ai transcendé le temps :

D’un  bouton éclaté une rose jaillit,

Et moi je jaillis d’un dernier decrescendo.

 

 

 

3

 

Je regarde au-dessous la lumière lointaine

Et je contemple la face sombre d’un arbre

Au fond d’une plaine ondoyante,

Et quand de nouveau je regarde,

Elle s’est perdue sur la nuit –

Nuit que j’embrasse, tendre proximité.

 

 

 

4

 

Je suis près d’un feu bas

Comptant les mèches de la flamme, et je remarque

Comme est changeante la lumière sur le mur.

J’ordonne au calme d’être calme.

Je vois, dans l’air du soir,

Comme est lente la nuit qui descend sur nos actes.

 

 

 

 

 

 

 

IN  EVENING  AIR


1
A dark theme keeps me here,
Though summer blazes in the vireo's eye.
Who would be half possessed
By his own nakedness?
Waking's my care --
I'll make a broken music, or I'll die.

2
Ye littles, lie more close!
Make me, O Lord, a last, a simple thing
Time cannot overwhelm.
Once I transcended time :
A bud broke to a rose,
And I rose from a last diminishing.

3
I look down the far light
And I behold the dark side of a tree
Far down a billowing plain,
And when I look again,
It's lost upon the night --
Night I embrace, a dear proximity.

4
I stand by a low fire
Counting the wisps of flame, and I watch how
Light shifts upon the wall.
I bid stillness be still.
I see, in evening air,
How slowly dark comes down on what we do.

 

 

 

 

 

 

 

DANS UN SOMBRE MOMENT

 

 

 

 

 

Dans un sombre moment, mon œil commence à voir,

Je rencontre mon ombre au plus profond de l’ombre ;

J’écoute mon écho dans l’écho de ce bois –

Seigneur de la nature pleurant la mort d’un arbre.

Je vis entre le troglodyte et le héron,

Les bêtes des collines et les serpents des grottes.

 

 

 

Qu’est la folie sinon la noblesse de l’âme

Brouillée avec les circonstances ? Le jour brûle !

Je sais la pureté du plus pur désespoir,

Mon ombre épinglée sur un mur tout suintant.

Ce lieu dans les rochers – est-ce bien une grotte ?

Un sentier sinueux ? La marge est mon domaine.

 

 

 

Tenace une tempête de correspondances !

Un flot d’oiseaux la nuit, une lune en lambeaux,

Et dans le vaste jour le retour de minuit !

Un homme s’en va loin découvrir ce qu’il est –

Le moi qui meurt au fond d’une longue nuit sans larmes,

La nature s’embrasant d’un feu non-naturel.

 

 

 

Sombre, sombre mon jour, plus sombre mon désir.

Mouche d’été qu’affole la chaleur, mon âme

Bourdonne sur le seuil. Lequel de mes moi suis-je ?

Homme tombé, je me redresse hors de ma peur.

L’esprit entre en lui-même, et Dieu entre en l’esprit,

Alors un devient l’Un, libre au vent qui déchire.

 

 

 

 

 

 

 

IN A DARK TIME

 

 

 

 

 

In a dark time, the eye begins to see,
I meet my shadow in the deepening shade;
I hear my echo in the echoing wood--
A lord of nature weeping to a tree,
I live between the heron and the wren,
Beasts of the hill and serpents of the den.

 

What's madness but nobility of soul
At odds with circumstance? The day's on fire!
I know the purity of pure despair,
My shadow pinned against a sweating wall,
That place among the rocks--is it a cave,
Or winding path? The edge is what I have.

 

A steady storm of correspondences!
A night flowing with birds, a ragged moon,
And in broad day the midnight come again!
A man goes far to find out what he is--
Death of the self in a long, tearless night,
All natural shapes blazing unnatural light.

 

Dark, dark my light, and darker my desire.
My soul, like some heat-maddened summer fly,
Keeps buzzing at the sill. Which I is I?
A fallen man, I climb out of my fear.
The mind enters itself, and God the mind,
And one is One, free in the tearing wind.

 

 

 

 

 

 

 

UNE FOIS DE PLUS, LE CERCLE

 

 

 

 

 

Qu’est-ce qui est le plus grand, l’étang ou le caillou ?

Qu’est-il possible de connaître ? l’inconnu.

Mon vrai moi file vers une colline

Plus ! O plus visible.

 

 

 

Maintenant j’adore ma vie

Avec l’Oiseau, la Feuille persistante,

Avec le Poisson, l’Escargot qui furète,

Et l’œil qui change tout ;

Et je danse avec William Blake

Par amour, par amour de l’Amour ;

 

 

 

Et tout s’achemine vers l’Un,

Tandis que nous dansons encore, encore, encore.

 

 

 

 

 

 

 

ONCE MORE, THE ROUND

 

 

 

 

 

What's greater, Pebble or Pond?

What can be known? The Unknown.

My true self runs toward a Hill

More! O More! visible.

 

 

 

Now I adore my life

With the Bird, the abiding Leaf,

With the Fish, the questing Snail,

And the Eye altering All;

And I dance with William Blake

For love, for Love's sake;

 

 

 

And everything comes to One,

As we dance on, dance on, dance on.

 

 

 

 

 

 

 

J’ATTENDAIS

 

 

 

 

 

J'attendais que le vent émeuve la poussière;

Mais aucun vent ne vint.

Je semblais manger l'air.

Les insectes bruissant nivelaient l'air du pré.

Je surplombais, lourd et massif, le champ.

 

 

 

C'était comme si j'essayais de marcher dans le foin,

De m'enfoncer dans la moisson, à chaque pas un peu plus loin,

Ou je flottais à la surface d'un étang,

Longues lentes ondulations clignotant dans mes yeux.

Je voyais à travers l'eau toutes sortes de choses, agrandies,

Miroitantes. Le soleil brûlait à travers une brume légère.

Et moi je devenais tout ce que je voyais.

J'éblouissais dans une éblouissante pierre.

 

 

 

Alors un âne se mit à braire. Un lézard me fila sous le pied.

Lentement je revins vers la route poudreuse;

Il me semblait, quand je marchais, que je m'ensablais.

J'avançais comme un animal lassé de la chaleur.

J'allais sans me retourner. J'avais peur.

 

 

 

Le chemin se faisait plus raide entre les murs de pierre,

Puis se perdait au fond d'une gorge rocheuse.

Un sentier menait à un petit plateau.

En bas, claire, la mer, les vagues régulières,

Et tous les vents venaient vers moi. (J'étais heureux.)

 

 

 

 

 

 

 

I WAITED

 

 

 

 

 

I waited for the wind to move the dust;

But no wind came.

I seemed to eat the air;

The meadow insects made a level noise.

I rose, a heavy bulk, above the field.

It was as if I tried to walk in hay,

Deep in the mow, and each step deeper down,

Or floated on the surface of a pond,

The slow long ripples winking in my eyes.

I saw all things through water magnified,

 

And shimmering. The sun burned through a haze,

And I became all that I looked upon.

I dazzled in the dazzle of a stone.

And then a jackass brayed. A lizard leaped my foot.

Slowly I came back to the dusty road;

And when I walked, my feet seemed deep in sand.

I moved like some heat-weary animal.

I went, not looking back. [I was afraid.]

The way grew steeper between stony walls,

Then lost itself down through a rocky gorge.

A donkey path led to a small plateau.

Below, the bright sea was, the level waves,

And all the winds came toward me. [I was glad.]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

RÉGÉNÉRÉ

 

 

 

 

 

Dans une main comme une coupe

Mon âme à moi dansait,

Petite comme une elfe,

A côté d'elle-même.

 

 

 

Quand elle pensait je pensais 

Elle tombait comme blessée par une balle.

"Je n'ai qu'une aile", disait-elle,

"L'autre est morte",

 

 

 

"Mutilée, je ne peux voler,

Je suis comme mourir",

Criait l'âme

Depuis ma main comme une coupe.

 

 

 

Quand je fulminais, quand je me plaignais,

Et que ma raison faiblissait,

A cette chose délicate

Il poussait une aile nouvelle,

 

 

 

Et elle dansait, au milieu du jour,

Sur la poussière chaude d'une pierre,

Dans le point fixe de la lumière

De mon dernier minuit.

 

 

 

 

 

 

 

THE  RESTORED

 

 

 

 

 

In a hand like a bow !

Danced my own soul,

Small as an elf,

All by itself.

 

 

 

When she thought I thought

She dropped as if shot.

“I’ve only one wing.”she said,

“The other’s gone dead.”

 

 

 

“I’m maimed; I can’t fly;

I’m like to die.”

Cried the soul

From my hand like a bowl.

 

 

 

When I raged, when I wailed,

And my reason failed,

That delicate thing

Grew back a new wing.

 

 

 

And danced, at high noon,

On a hot, dusty stone.

In the still point of light

Of my last midnight.

 

 

 

 

 

 

 

                                                     Traduction de Raymond Farina

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Poèmes extraits de “The Collected Poems of Theodore Roethke”,

The Anchor Book edition, New York, 1975, pages 231, 232, 235,

239, 241, 243,254.

 

Traduction publiée avec l’aimable autorisation de la revue « Arpa »

qui l’a accueillie dans son numéro 59 de l’année 1996.

 

 


 

Theodor  Roethke est né à Saginaw, dans le Michigan, en 1908. Il fait ses études à l’Université du Michigan et à celle d’Harvard. Il commence sa carrière au Lafayette Collège, avant d’enseigner, en 1935, au Michigan College. C’est au cours de cette année qu’il commence à souffrir d’une psychose maniaco-dépressive. De 1936 à 1943,  il obtient un poste à l’Université de Pennsylvanie. C’est une période féconde, marquée par la publication de ses poèmes dans des revues prestigieuses comme Poetry, The  New Republic, The Sewanee Review, the Saturday Review et par celle de son premier recueil Open House qui reçoit un accueil favorable de la critique. Nommé ensuite au Bennington College puis, à partir de 1947, à l’Université de Washington. Il épouse, en 1953, Beatrice O’Connell, une ancienne étudiante. Tous deux passent le printemps à Ischia, en Italie, dans la villa d’Auden. Puis au cours des années 55 et 56, ils voyagent à travers l’Europe, notamment en Angleterre et en Italie.

Parmi ses recueils figurent : The Lost Son and Other Poems (1948), The Long and Twisty Road (1950), The Waking  pour lequel il obtient le Pulitzer, The Far Field dont son épouse assurera la publication posthume.

Outre le Pulitzer Price, il a reçu le Bollingen et deux National Book Award.

Il est mort en 1963 à l’île de Bainbridge, dans l’Etat de Washington.

 

 

26/07/2012

George Oppen

GEORGE OPPEN

 ---------------------------------

© Editions José Corti Poésie complète, 2011

Série américaine

 

 

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Extraits

Traduit par Yves di Manno

 

 

 

Même si dans une sorte d’été les durs bourgeons fleurissent

Avec une profusion féminine

 

Le « cœur de la

Taille d’un pouce », le petit noyau de l’être,

Si peu artistique,

 

Le cœur sans élégance

Incapable de saisir

Le monde

Et qui produit l’art

 

Ne s’avère pas plus gros

 

Qu’un petit faucon

Se posant échevelé sur le rebord d’une fenêtre.

 

Tels des faucons du moins ne sommes-nous pas

Nulle part, et je dirai

Où nous sommes

 

Même si cela perturbe

Les fenêtres qui surveillent

L’activité

Des jours

 

Dans les rues

Sans horizon, rues

Et jardins

 

Des technologies féminines

Du désir

Et de la compassion qui vêtiront

 

Tout un chacun, émergeant

De l’air

Incivil

Malfaisant

Comme un faucon

 

Du nid d’un

Faucon comme doit être

Dit-on le nid

 

D’un tel oiseau, et continuant

Donc à parler de la

Technologie des brindilles

 

--------------------------------------- (DANS CE QUI (1965), p.111)

 

 

 

[…]

 

32

 

Que simplement cela soit beau

Que simplement cela soit beau

 

Ô, beau

 

Rouge bleu vert – les lèvres humides

En riant

 

Ou la spirale de la coquille blanche

 

Et la beauté des femmes, la perfection des tendons

Sous la peau, la perfection de la vie

 

Qui peut tanguer dans le flux

Du désir

 

Non de la vérité mais de l’autre

 

La peau lumineuse, lumineuse, ses mains qui s’agitent

A l’aune de son incroyable besoin

 

--------------------------------------- (D’ETRE EN MULTITUDE (1968), p.208)

 

 

 

 

 

Source photographique

 

20/07/2012

Theodore Roethke - Elegy For Jane

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Theodore Roethke

 

Theodore Roethke

American poet

(1908 – 1963)

 

 

 

■ LIEN : http://www.poets.org/poet.php/prmPID/13

 

 

 

■ ■ ■ In 1908, Theodore Roethke was born in Saginaw, Michigan. As a child, he spent much time in the greenhouse owned by his father and uncle. His impressions of the natural world contained there would later profoundly influence the subjects and imagery of his verse. Roethke graduated magna cum laude from the University of Michigan in 1929. He later took a few graduate classes at Michigan and Harvard, but was unhappy in school. His first book, Open House (1941), took ten years to write and was critically acclaimed upon its publication. He went on to publish sparingly but his reputation grew with each new collection, including The Waking which was awarded the Pulitzer Prize in 1954.LIRE LA SUITE

 

 

 

Elegy For Jane

(My student, thrown by a horse)

 


I remember the neckcurls, limp and damp as tendrils;
And her quick look, a sidelong pickerel smile;
And how, once startled into talk, the light syllables leaped for her,
And she balanced in the delight of her thought,

A wren, happy, tail into the wind,
Her song trembling the twigs and small branches.
The shade sang with her;
The leaves, their whispers turned to kissing,
And the mould sang in the bleached valleys under the rose.

Oh, when she was sad, she cast herself down into such a pure depth,
Even a father could not find her:
Scraping her cheek against straw,
Stirring the clearest water.

My sparrow, you are not here,
Waiting like a fern, making a spiney shadow.
The sides of wet stones cannot console me,
Nor the moss, wound with the last light.

If only I could nudge you from this sleep,
My maimed darling, my skittery pigeon.
Over this damp grave I speak the words of my love:
I, with no rights in this matter,
Neither father nor lover.

 

 

 

 

-------------------------  (ELEGY FOR JANE)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

_______________

 

Theodore Roethke
THE UNOFFICIAL SITE

http://gawow.com/roethke/poems/

19/05/2012

Charles Reznikoff, Témoignage (P.O.L., 2012)

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www.poetryfoundation.org

Charles Reznikoff

Poète américain

(1894–1976)

 

 

Que toute amertume, et courroux, et colère,

et vociférations, et invectives, soient extirpés de vous,

avec toute malice.

Éphésiens IV, 31

 

 

LE SUD

 

I

Jim entra dans sa maison

et prit une paire de guides

et ensuite dans l’écurie

et en passa une à l’âne

et sortit l’âne

et l’attacha à une clôture ;

et passa le nœud coulant de l’autre guide autour de la tête de

l’âne

et commença à tirer.

L’âne commença à faire un sacré bruit.

On trouva son corps le lendemain matin,

à quatre ou six mètres de la porte de l’écurie ;

le cou, juste derrière la tête,

affreusement meurtri.

 

------------------------- 

Traduit de l’anglais par Marc Cholodenko

 

 

 

Charles Reznikoff

Témoignage

Les États-Unis (1885-1915)

Récitatif

Traduit de l’anglais

par Marc Cholodenko

 

mai 2012
576 pages, 19 €
ISBN :
978-2-84682-096-7

 

ICI

 

P.O.L

33, rue Saint-André-des-Arts, Paris 6e

 

16/03/2012

Susan Sontag, l'oeuvre parle

 

Lecture Nathalie Riera

Susan Sontag

L’œuvre parle, Christian Bourgois Editeur, 2010

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Guy Durand

Site de l’éditeur/ http://www.christianbourgois-editeur.com/fiche-livre.php?Id=1157 

 

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Susan Sontag, « le prurit de l’interprétation »

 

____________________________________________________________________________

 

 

Comment une œuvre peut-elle échapper à l’emprise de l’interprétation ? Comment lui éviter « un recueil de préceptes » ? Avec Against interpretation and other essays écrit entre 1961 et 1965, et qui figure parmi les premiers articles de Susan Sontag sur les arts et la culture contemporaine, l’acte d’interpréter une œuvre est souvent davantage une manière de vouloir se substituer à l’œuvre plutôt que d’en appeler à une critique capable de la servir, de sympathiser avec elle. Chez Sontag tout excès d’interprétation nuit à l’expérience sensible, et contre cela elle n’hésite pas à nous dire que jamais l’œuvre d’art ne se place dans le monde « comme un texte, un commentaire du monde », et qu’en sa qualité d’œuvre d’art, celle-ci ne peut ni faire dans la formulation d’idées générales ni être au service d’une idéologie sociale.

Peut-on seulement accepter de l’artiste, dans son dépassement de « l’homme psychologique et social » (Artaud) son rôle périlleux d’éclaireur. Susan Sontag n’exclut pas que tout « savoir est, dans un certain sens, dangereux », un élargissement du champ de l’expérience et du champ de la conscience exigeant « une préparation psychique suffisamment ample et éclairé ». Ne faut-il alors pas voir simplement dans l’artiste – l’auteur citant Rilke – « un homme qui travaille à l’extension du domaine des sens » ? 

 

(Les carnets d’eucharis © Nathalie Riera, mars 2012)

 

 

Extrait

 

   « De nos jours, toute tentative novatrice valable dans le domaine de l’esthétique tend à prendre une tournure radicale. Un artiste doit se poser la question : quelle est la forme de radicalisme qui s’accordera avec mes dons, avec mon tempérament ? Cela ne signifie nullement que tous les artistes contemporains soient convaincus de la valeur de l’évolution dans le domaine artistique. Un point de vue radical n’est pas nécessairement tourné vers l’avenir.

Examinons deux points de vue radicaux les plus importants dans la perspective de l’art contemporain. L’un cherche à obtenir l’abolition de toutes les distinctions de genres particuliers. Il n’y aurait plus alors qu’un art unique, composé du concours de toutes les formes et de tous les moyens de réalisation : immense édifice combinant et comportant la synthèse de toutes les formes de comportement. L’autre point de vue voudrait que soient maintenues et précisées toutes les limites de séparation, par une clarification des caractéristiques particulières à chaque forme d’art : la peinture ne devrait utiliser que les procédés qui lui appartiennent, la musique ne pas sortir du domaine musical, le roman se garder d’emprunter à d’autres disciplines littéraires et se servir uniquement de la technique qui lui est propre.

Ces deux points de vue sont apparemment inconciliables. Ils n’en traduisent pas moins l’un et l’autre l’une des préoccupations constantes de l’époque moderne : la recherche d’une forme artistique définitive. » (« L’œuvre parle », Susan Sontag, p.237/238) 

 

 

978-2-267-02066-3g.jpgSusan Sontag est née à New York en 1933. Elle publie son premier roman, Le Bienfaiteur, à l'âge de trente ans. Dans les années 1960, elle écrit pour différents magazines et revues. Très engagée à gauche, elle est proche d'intellectuels français tels que Roland Barthes, à qui elle a consacré un livre. Son essai Sur la photographie paraît en 1977. Elle publie également de nombreux romans, dont L'Amant du volcan (1992) et En Amérique (1999) pour lequel elle a reçu le National Book Award. Le Prix Jérusalem, qui lui a été attribué en 2001, et le Prix de la Paix des libraires, qui lui a été remis à Francfort en 2003, récompensent l'ensemble de son œuvre. Elle est morte le 28 décembre 2004.

 

 

LES CARNETS D’EUCHARIS  

http://lescarnetsdeucharis.hautetfort.com/susan-sontag/

LES CARNETS D’EUCHARIS N°32 – HIVER 2012

http://fr.calameo.com/read/000037071e7e1f94a4320

 

11/03/2012

Patti Smith, Auguries of Innocence

 

 

Patti Smith by Linda Smith Bianucci.jpg

Patti Smith by Linda Smith Bianucci

 

 

Patti Smith

American singer, poet & visual artist

(Née à Chicago en 1946)

 

 

 

 

■ LIEN : http://www.pattismith.net/

 

 

 

Née en 1946, Patti Smith grandit dans le New Jersey et s'intéressa très tôt à la musique, écoutant les Rolling Stones, The Velvet Underground, Jimmy Hendrix, James Brown... A son arrivée à New York, elle rencontre le photographe Robert Mapplethorpe encore débutant. Ils se soutiennent mutuellement à leurs débuts. C'est également à cette époque qu'elle rencontre William Burroughs. D'abord tournée vers la poésie, son premier enregistrement important fut une version d'un poème de Jim Morrison. Au cours des années 1970, elle fut progressivement amenée à faire fusionner de tels écrits avec son expérience du rock. En 1971, elle donna ainsi une lecture à l'église St Mark, accompagnée à la guitare par Lenny Kaye; cette liaison informelle se poursuivit pendant trois ans, le duo fut rejoint par Richard Sohl (piano) pour former le premier Patti Smith Group.

 

http://www.christianbourgois-editeur.com/une-nouvelle.php?Id=46

 

 

 

 

 

 

 

 

MUMMER LOVE

 

 

[…]

 

oh stolen book my salvation no crime sweet no scent mesmeric no snow so light than the simple knowledge of you rimbaud sailor face words hidden in mu blouse so close to my breast

–piss factory draft

 

The years saw me grow long-limbed awkward inexplicably maverick. I sought my kind and found none. How you rescued me. Your peasant hands reaching through time wrapping my young heart. Your poems, found in a stall by the greyhound station I dogged dreaming of escape, were my ticket out of my cloistered existence. Words I could not comprehend and yet, deciphered by blood, illuminated adolescence. Armed with you I fled the rural suffocation of southern New Jersey past the streets of our forefathers to New York City of poet rats and public transit. I wrote with the image of you above my worktable, vowing to one day trace your steps dressed in the watch cap and coat of my present self.

 

 

 

 

 

 

-------------------------  (P.127)

 

 

 

 

MASQUES D’AMOUR *


[…]

 

ô livre de mon salut pas de crime plus doux pas de parfum plus entêtant

pas de neige plus légère que ton livre volé toi rimbaud

face de marin dont je cachais les mots sous mon corsage contre mon sein

–brouillon de l’Usine à Pisse

 

Les années me virent grandir tout en longueur bras et jambes devenir gauche et inexplicablement à part. Je cherchai ma famille sans la trouver. Ah ! comme tu m’as délivrée ! Tes mains de paysan plongeaient à travers le temps pour étreindre mon jeune cœur. Tes poèmes, trouvés dans un kiosque près de la gare des bus Greyhound où j’allais traîner et rêver de fuite, furent le billet qui me délivra de mon existence cloîtrée. Tes mots que je ne saisissais pas, déchiffrés à la lecture du sang, illuminèrent mon adolescence. Armée de toi je m’échappai de la suffocante campagne du sud du New Jersey, quittant les rues ancestrales pour le New York des rats poètes et du trafic public. J’écrivais, ton portrait au-dessus de ma table de travail, me jurant qu’un jour j’irais sur tes pas, habillée de ma casquette et de mon manteau du moment.

 

 

 

 

 

-------------------------    (P.127)

 

* Mummer : dans le monde rural anglais, personnage costumé et masqué lié à des rites célébrant le retour des saisons.

 

 

 

 

 

 

 

PRESAGES D’INNOCENCE/Auguries of Innocence

Patti SMITH

Christian Bourgois Editeur, 2007
Textes traduits de l’anglais (Etats-Unis) par Jacques Darras

 

 

-------------------------

 

 

 

 

 

 

 

SHE LAY IN THE STREAM DREAMING OF AUGUST SANDER*



You, I write beloved black ace Ophelia

extravagantly pierced dread pale moon.

Negatives inflame your immutable eye,

hands face feather soaked in love.

 

Cast your pearls pen the pink fat night.

Comb ashes from the garden asylum,

the white cliff of ambition shedding.

Shoot baby shoot, powers can alter.

 

Her human cathedral hung with tassels

of hair threaded with golden string.

And the sang as she slid dangerously alive

through long arms of trailing algae.

 

I have collected children. I have felt

the museum fled that mountain–viewed

with suspicion memories snowing.

 

the white cliff of ambition

 

in those soft trine

 

She unfastened the strings and fruit erupted.

The flayed mule became one with her,

they lay uncorrupted in the deep grass

 

pecked palm to palm by ebullient fowl.

 

You are my summer knight she whispered.

 

The spokes of the wheel bear witness.

A barren heart is a heart that does not choose.

Beloved, come down fluid like naked convinced

a heart has stopped floating orchid child.

 

Horns of angel turned in virulent dust,

 

being to feel found shelter in fire.

The first roar dry and blood brown

crisscrossing the Kingdom of a wrist.

 

 

 

 

 

 

-------------------------    (P.60)

 

 

 

 

 

 

 

ALLONGEE DANS LE COURANT, ELLE REVAIT A AUGUST SANDER*



Toi à qui j’écris, figure d’as noir mon amour Ophélie

ma terrible lune pâle percée de trous extravagants.

Les négatifs enflamment ton œil immuable,

mains, visages, plumes baignées d’un bain d’amour.

 

Jette tes perles dessine l’épaisse nuit rose.

Peigne les cendres à l’asile du jardin,

effeuille la falaise blanche de l’ambition.

Tire, mon amour, tire, les puissances parfois varient.

 

Sa cathédrale humaine était ornée de festons

de cheveux passementés de fils d’or.

Vivante elle chantait quoique glissant périlleusement

entre les bras des longues algues traînantes.

 

J’ai rassemblé les enfants. J’ai senti

que le musée avait fui la montagne – j’ai vu

avec méfiance les souvenirs qui neigeaient.

 

les falaises blanches de l’ambition

 

en cette tendre trinité

 

Elle dénoua les fils et les fruits explosèrent.

La mule écorchée ne fit plus qu’une avec elle,

toutes deux gisant dans la haute herbe incorruptible

où des volatiles leur picoraient fiévreusement les paumes                                                                        [une à une.

 

Tu es mon chevalier d’été, murmura-t-elle.

 

Les rayons de la roue en témoignent.

Un cœur stérile est un cœur qui ne choisit pas.

Ma chérie, laisse-toi glisser fluide et nue convaincue

qu’un cœur a cessé de flotter mon enfant orchidée.

 

Les trompettes d’anges se changèrent en poussière                                                                                              [virulente,

l’être sensible trouva refuge dans les flammes.

Premier claquement sec, du sang marron

quadrilla le royaume d’un poignet.

 

 

 

 

 

 

-------------------------    (P.60)

 

* August Sander (1876-1964), photographe allemand spécialiste du monde rural autour de Cologne.

10/03/2012

Robert Duncan

 

Robert Duncan

Poète américain

(1919-1988)

 

 

robert Duncan, Berkeley, 1947.jpg

Berkeley, 1947

 

 

 

■ LIEN : http://jacketmagazine.com/28/dunc-bert-10poems.html

 

 

 

■ ■ ■ Robert Duncan born on January 7, 1919 in Oakland, California, Robert Duncan began writing poetry as a teenager in Bakersfield, when a high school teacher encouraged his creative endeavors. In 1938, after two years at University of California, Berkeley, Duncan moved to New York and became involved in the downtown literary coterie that had sprung up around Anaïs Nin… POETS.ORG :  http://www.poets.org/poet.php/prmPID/186

 

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LIEN :  http://www.english.illinois.edu/maps/poets/a_f/duncan/duncan.htm

 

 

 

JUST SEEING

 

Sept. 27, 1980

takes over everywhere before names
this taking over of sand hillock and slope
as naming takes over as seeing takes over
this green spreading upreaching thick
fingers from their green light branching
into deep rose, into ruddy profusions

takes over from the grey ash dead colonies
lovely the debris the profusion the waste
here — over there too — the flowering begins
the sea pink-before-scarlet openings
when the sun comes thru cloud cover
there will be bees, the mass will be busy
coming to fruit — but lovely this grey
light — the deeper grey of the old colonies
burnd by the sun — the living thick
members taking over thriving

where a secret water runs
they spread out to ripen

 

 

ON ROBERT DUNCAN

by Michael PALMER

Modern American Poetry

http://www.english.illinois.edu/maps/poets/a_f/duncan/palmeronduncan.htm


 

-------------------------

 

 

 

ÉPREUVES


Remplacer « chute d’herbes » par
« chante le verbe partir »
puisque la fuite des nuages
nous laisse le paysage hivernal.

Remplacer « violet » par « violent »
juste après
« les plis de ton visage s’appliquent
à contrarier mon désir »

 

 

PROOFS/EPREUVES

(SITE) Terres de femmes

http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2011/05/robert-duncan-proofs.html

 

 

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CHANT-LUMIERE

 

; époux    la main    les clés    une libre imp-

              rovisation qui garde le constant serment,

                            une musique,

à conjugaisons fixes, notes, les plus lég-

              ères estimations de ravissement d’oreille

naturellement calculées.    Le dispositif

              disparaît en lui-même.

 

Donc, loi :

C’est cette musique à quoi le compositeur se risque,

              joue, percutamment,

              l’état que j’aime.              Une

                            volition.

              S’emparer, dans l’air, de ses figures.

 

 

2 POEMES DE Letters

Traduit de l’américain et introduction par Auxeméry 

http://www.alligatorzine.be/pages/051/zine90.html 

24/11/2011

Paul Blackburn

— eDITIONS JOSE CORTI, 2011 —

Paul Blackburn

Villes suivi de Journaux

.    B L A C K   A N G E L    .

par angele paoli

    Blackburn, Paul Blackburn. Américain et poète. Quelque chose du feu et de noir dans son nom. « An angel », ― black angel un peu voyou un peu voyeur ? ― qui bat le pavé de la ville. Et un poète « accro » aux « magnétos » dont il se sert pour enregistrer les voix qui hantent l’atmosphère, la traversent et l’habitent. Bribes de conversation saisies au hasard des rues, onomatopées et rumeurs, claquements et cliquètements, grincements, roulements et rythmes.


    Peu connu en France, si ce n’est de quelques lecteurs aficionados de la poésie d’outre-Atlantique, Paul Blackburn a fait cet automne son apparition dans le paysage poétique de l’Hexagone. Traduit dans son intégralité par Stéphane Bouquet, le recueil de Cities/Villes vient d’être publié dans la Série américaine des éditions José Corti, accompagné et complété d’extraits de Journals/Journaux. Ainsi composé, du « premier livre de taille » de Paul Blackburn d’une part, et, de l’autre, des Journaux des dernières années de sa vie, l’ouvrage proposé par l’éditeur offre un parcours poétique dense et envoutant. Et du personnage du poète, une vision profondément humaine et profondément attachante.
LIRE LA SUITE (sur le site Terres de femmes)

 

 

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Paul Blackburn

Poète américain

(1926-1971)

 

 

 

■ LIEN :http://www.jose-corti.fr/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LES PATURAGES DE L’ŒIL

 

Des floculations de cirrus suspendus

                                               précipitent

dans le tube du ciel au-dessus de la rue,

couvrent d’un toit l’œil vieillissant dans sa flaque

                                               enfermant ses

reflets sous une croûte de glace

                                               Crac

Sourd, mais

L’œil regarde dehors

et des rangées de moutons aléatoires paissant au-dessus du parc

se nourrissent

de la seule herbe qu’il y a en ce matin d’hiver

                /

                               dans l’esprit

L’œil, oui

                vieillissant dans sa flaque,

mais ouvert .

O U V E R T

 

 

 

-------------------------

 

 

 

 

 

P. Blackburn.jpg 

VILLES, SUIVI DE JOURNAL

Paul BLACKBURN
éditions José Corti, 3 novembre 2011
Traduit de l'anglais par Stéphane Bouquet

 

 

 

24/10/2011

Gertrude Stein, Lectures en Amérique

Gertrude Stein Lectures en Amérique

Éditions Christian Bourgois, 2011

 

Extraits :

G. Stein avait une grande sensibilité aux problèmes de la perception et au rôle rénovateur de l’art.  Elle savait bien que l’habitude de voir et de sentir les objets empêche de les voir et de les sentir autrement et qu’il faut les déformer pour que le regard s’y arrête et y fasse apparaître d’autres possibles. C’est une leçon qu’elle avait surtout apprise de la peinture et sa compréhension de la littérature s’est faite au contact des tableaux des jeunes peintres du début du siècle. Chaque génération – selon sa propre terminologie – lève l’automatisme crée par les conventions artistiques de la génération précédente (…) Elle voit l’art comme procédé, ces procédés elle nous en parle ici et décide des siens, de ceux qui lui semblent convenir au XXe  siècle, elle les utilise pour en parler parce qu’on ne comprend bien les choses qu’en les faisant et en étant fait par elles.

« Introduction » par Claude  Grimal

(p. 16)

 

 

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Comme je l’ai dit, m’étant de plus en plus familiarisée avec toute peinture à l’huile, je me suis, bien sûr, familiarisée de plus en plus avec nombre de tableaux précis, avec beaucoup de tableaux. Et, comme je le dis, quand on a regardé nombre de visages et qu’on s’est familiarisé avec eux, on peut trouver quelque chose de nouveau dans un nouveau visage, on peut être étonné d’un nouveau type de visage, on peut être choqué d’un nouveau type de visage, on peut l’aimer ou non ce nouveau type de visage, mais on ne peut pas refuser ce nouveau visage. On doit accepter ce visage pour ce qu’il est en tant que visage. C’est la même chose pour un tableau. Vous pouvez maintenant concevoir que, quand Matisse est survenu et puis le cubisme de Picasso, rien ne pouvait me déranger. Et pourtant bien sûr en un certain sens cela me dérangeait ; mais cela me dérangeait parce que je refusais.

Cela n’aurait pas été possible puisque j’étais familiarisée avec la peinture à l’huile, et que l’essence même de la familiarité consiste en la possibilité de tout regarder.

 

Gertrude Stein

(p. 81/82)

 

 

www.christianbourgois-editeur.com

 

 

13/08/2011

Henri Cole, Nécessaire et impossible

 

henri cole.jpg

 

 

 

Henri Cole

Poète américain

(né en 1956)

 

 

[…]

I can feel my heart beating inside my heart

[…]

 

NECESSARY AND IMPOSSIBLE

It is a nation born in the quiet part of the mind,

that has no fantasy of omnipotence,

no God but nature, no net of one vow,

no dark corner of the poor, no fugue-work of hate,

no hierarchies of strength, knowledge or love,

no impure water spasming from rock, no swarm of polluted flies,

no ash-heap of concrete, gypsum and glass,

no false mercy or truths buried in excrement;

and in this nation of men and women,

no face in the mirror reflecting more darkness

that light, more strife than love, no more strife

than in my hands now, as I sit on a rock,

tearing up bread for red and white carp

pushing out of their element into mine.

 

NECESSAIRE ET IMPOSSIBLE

C’est une nation née dans la partie sereine de l’esprit,

sans fantasme de toute puissance,

sans Dieu sauf la nature, ni piège d’un serment unique,

sans coin obscur de pauvres, ni fugue de haine,

sans hiérarchies de force, de connaissance ou d’amour,

sans eau impure pulsée d’un roc, essaim de mouches polluées,

amas de cendres de béton, gypse et verre,

sans fausse pitié ou vérités enfouies dans des excréments ;

et dans cette nation d’hommes et de femmes,

sans visage dans le miroir reflétant plus de ténèbres

que de lumière, plus de conflit que d’amour, pas plus

que dans mes mains à présent, tandis qu’assis sur un rocher

je déchire du pain pour les carpes rouges et blanches

qui de leur élément s’élancent dans le mien.

 

Middle earth/Terre médiane Editions le Bruit du temps, 2011Édition bilingue

Traduction de l'anglais (États-Unis) et présenté par Claire Malroux

EDITIONS LE BRUIT DU TEMPS

 

27/07/2011

George Oppen

George OPPEN,Poésie complète
éditions Corti, (à paraître le 3 novembre 2011)
Traduit de l'anglais par Yves di Manno 

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Site de l'éditeur

 

 

 

 

SURVIE : INFANTERIE

Et le monde changea.

Il y avait des arbres et des gens,

Des trottoirs et des routes

Il y avait des poissons dans la mer.

D’où venaient tous ces rochers ?

Et l’odeur des explosifs

Le fer planté dans la boue

Nous rampions en tous sens sur le sol sans apercevoir la terre

Nous avions honte de notre vie amputée et de notre misère :

nous voyions bien que tout était mort.

Et les lettres arrivaient. Les gens qui s’adressaient à nous, à travers            

            nos vies

Nous laissaient pantelants. Et en larmes

Dans la boue immuable de ce terrible sol

 

 

-------------------------

 

 

& AUTRE (extrait de NOTES ON PROSODY)

In L’art de la faim, Paul Auster, « Le multiple et le singulier », éd. Actes Sud, « Babel », 1992 (p.207)

 

 


Il est impossible de se tromper sans le savoir, impossible d’ignorer qu’on vient de gâcher quelque chose. Les mots non mérités sont, dans un tel contexte, tout bonnement ridicules…

Telle conscience que l’on peut avoir de l’univers, telle préoccupation de l’existence – nul mot ne les exprimait encore. Et le poème n’est PAS fait de mots, on ne peut pas fabriquer un poème en y accumulant des mots, c’est le poème qui fabrique les mots et contient leur sens… Quand un homme a peur d’un mot, il peut avoir commencé…

28/04/2011

Michael PALMER, Première figure (vient de paraître aux éditions José Corti)

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Photo : sur le site Poetry Center

Michael PALMER, Première figure,
éditions Corti, 2011
Traduit de l'anglais par Éric Suchère et Virginie Poitrasson

 

Très cher lecteur
Il peignit la montagne maintes et maintes fois
de là où il était dans la grotte, bouche bée
devant la lumière, son absence, le crâne
recouvert aux creux de teinte bleu, comme
un oiseau troglodyte arrachant des baies du feu
ses cheveux enflammés et ainsi de suite
de la citronnelle dans un verre de café transparent.
Très cher lecteur il y avait des arbres
faits de fil de fer, de larges entrées
sous les balcons sous les flèches
tête juvénile viens te reposer dans la prairie
au bord du sentier de gravier, corps
immobile de liquide laiteux
ses cheveux enflammés et ainsi de suite
couloirs successifs, tapis fleuris et portes
ou la photographie de rien sinon des pigeons
et des quiscales à l’ombre d’une fontaine.

 

 

Le poète Michael Palmer est né à New York en 1943. Il vit actuellement à San Francisco.

Il est l’auteur d’une vingtaine de livres dont une quinzaine de poésie. Il a reçu le prix Wallace Stevens en 2006, une des plus importantes récompenses, pour la totalité d’une oeuvre. Son influence est très grande aux États-Unis. En France, plusieurs de ses livres ont été traduits dont Sun (aux éditions P.O.L.) et Notes for Echo Lake (aux éditions Spectres Familiers). On pourrait dire que son oeuvre explore la nature des relations entre le langage et la perception. Sa poésie, bien que semblant abstraite – puisque partant du langage – est en fait profondément lyrique. Première figure date de 1984 et fait partie d’une trilogie qui comprend justement Notes pour Echo Lake (1981) et Sun (1988). Cette trilogie peut-être considérée comme le chef d’oeuvre de Palmer et la traduction du volet central manquait donc au lecteur français.

José Corti

 

H.D., Trilogie (vient de paraître chez José Corti)

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H.D., Trilogie,
éditions Corti, 2011
Traduit de l'anglais par Bernard
Hoepffner

 

 

 

 

Un incident ici et là,
grilles confisquées (pour les canons)
dans ton (et mon) vieux square :


brume et gris brumeux, pas de couleur,
mais abeille, poussin et lièvre de Luxor
poursuivent un but inaltérable


en vert, rose-rouge, lapis ;
ils continuent à prophétiser
depuis le papyrus de pierre :

là-bas, comme ici, ruine ouvre
la tombe, le temple ; entre
là-bas comme ici, aucune porte :

le lieu saint est ouvert au ciel,
la pluie tombe, ici, là-bas
le sable glisse ; l’éternité endure :

ruine partout, or comme le toit tombé
laisse la chambre scellée
ouverte à l’air,

ainsi, dans notre désolation,
des pensées s’éveillent, l’inspiration nous traque
dans l’obscurité

 

José Corti

 

04/04/2011

John Muir, Célébrations de la nature (une lecture de Nathalie Riera)

JOHN MUIR

Célébrations de la nature

(traduction d’André Fayot)

Ed. José Corti, 2011

 

 

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Aucun des dogmes que professe la civilisation actuelle ne forme, semble-t-il, un obstacle plus  insurmontable à la saine compréhension des relations que la culture entretient avec l’état sauvage, que celui qui considère que le monde a été fabriqué spécialement à l’usage de l’homme. Tout animal, toute plante ou cristal le contredit de la manière la plus formelle. Or il est enseigné de siècle en siècle comme quelque chose de précieux et de toujours nouveau, et dans les ténèbres qui en résultent cette prétention monstrueuse peut aller  librement son chemin.

 

[...]

 

Célébrations de la nature de John Muir (José Corti, 2011) rassemble plusieurs textes, dont la plupart ont paru dans diverses revues : Mountains of California (1894), Our National Parks (1901) et Steep Trails (1918).

Traverser les paysages les plus grandioses, afin de recevoir « d’utiles leçons sur la sculpture terrestre »,  être un habitant de la Nature, en saisir la musicalité, la radicalité, la grammaire de ses herbes et rochers : les mots de la Nature sont « là pour nous rencontrer », là pour nous revigorer, et chez Muir le préparer à de nouvelles journées « de notes, de croquis et de toutes espèces d’escalades » ; journées « qui vous agrandissent la vie ». Dans la Nature, telle que célébrée par John Muir, tout est « stricte beauté », tout mérite la plus vive attention, et nous engage à accueillir la Nature dans ses formes multiples :

 

On trouve ici aussi des collines de cristaux étincelants, des collines de soufre, des collines de verre, des collines de cendre, des montagnes de tous styles architecturaux, boisées ou glacées, des montagnes couvertes de nectar à l’instar de l’Hymette des Grecs, des montagnes cuites à l’eau comme des pommes de terre et colorées comme un coucher de soleil.

 

 

Chez Muir, il n’est pas vraiment question d’une Nature romantique, plus juste serait de souligner sa profonde dévotion. Chez lui, la célébration est un haut lieu sans artefact, montagnes et collines de l’esprit, dès lors qu’il peut encore entendre toute chose se transmuer en amour. La Nature revêt plusieurs figures, plusieurs statuts, et parmi ses virtuosités décelées :

 

On peut considérer les vallées supérieures des rivières importantes comme des laboratoires et des cuisines, où, parmi des milliers de marmites et de cornues, il est possible de voir la Nature à l’œuvre dans ses fonctions de chimiste et maître queux – composant adroitement une variété infinie de ragoûts minéraux, rôtissant des montagnes entières, cuisant les roches les plus dures dans l’eau ou la vapeur jusqu’à en faire une pâte molle, une bouillie (jaune, brune, rouge, rose, mauve, gris ou blanc crème) ou la plus jolie boue du monde, et distillant les essences les plus subtiles.

 

La Nature-Maçon : « les pierres de cette maçonnerie divine », et puis aussi la Nature qui travaille

 

avec enthousiasme, comme ferait un homme – attiser ses forges volcaniques comme un forgeron ses charbons ; pousser les glaciers sur le paysage comme un charpentier ses guillaumes ; nettoyer, labourer, herser, irriguer, planter et semer comme un paysan ou un jardinier ; faire aussi bien le gros travail que l’ouvrage plus minutieux ; planter les séquoias, les pins, les églantiers, les marguerites ; s’intéresser aux pierres précieuses dont il remplit la plus petite fissure, la moindre cavité ; distiller des essences fines ; peindre comme un artiste les plantes, les coquillages, les nuages, les montagnes, la terre et le ciel tout entiers – œuvrant et agissant pour toujours plus de beauté. (chapitre 4, Le parc national de Yellowstone)

 

Lire John Muir c’est apprendre que la Connaissance participe à la survie de l’homme. De par sa fonction d’échanges, elle garantit le dialogue. Curiosités, observations, découvertes, autant de façons d’être et de se sentir habitant de la Nature. Tout au long de ce livre formé de 17 sections, comme autant d’excursions et « d’années d’étude parmi ces terres vierges et splendides », la Nature apparaît dans son unicité : « Sur toute cette étendue d’architecture démente – la capitale de la nature – il semble n’y avoir aucune habitation ordinaire ».  (chapitre 9, Le Grand Canyon du Colorado)

 

Nulle part ailleurs sur ce continent, les merveilles de la géologie, archives du passé du monde, ne sont étalées plus ouvertement ni empilées à ce point. Le Canyon tout entier est une mine de fossiles, dans laquelle mille cinq cents mètres de strates horizontales sont offerts à la vue sur plus de deux mille cinq cents kilomètres carrés de parois ; mais sur le plateau adjacent, c’est une autre série de couches, deux fois plus épaisse, qui constitue une énorme bibliothèque géologique – une collection de livres de pierre couvrant mille cinq cents kilomètres d’étagères sur plusieurs niveaux, classés de façon très commode pour l’étudiant. Et quelles merveilles que les documents qui couvrent les pages – formes innombrables des flores et des faunes successives, magnifiquement illustrées de dessins en couleur, qui nous transportent au cœur de la vie d’un passé infiniment lointain ! Et à mesure que nous progressons dans l’étude de cette vie tellement ancienne, à la lumière de la vie chaude qui palpite autour de nous, nous enrichissons et nous grandissons la nôtre.

 

Après les splendeurs de la Yellowstone, Muir explore les glaciers et nous amène vers une « Vue rapprochée de la Grande Sierra ». Parmi les espèces animales que Muir aura rencontré, et dont il consacre plusieurs pages tout en louanges, quelle jubilation que le pétillant écureuil de Douglas (chapitre 7) : « C’est l’animal, sans exception, le plus sauvage que j’aie jamais vu – petit brandon crépitant de vie, qui se grise d’oxygène et des meilleures essences de la forêt ». Et parmi les oiseaux de montagne, qui feront la réjouissance de Muir, de belles pages consacrées au précieux et prodigieux Cincle d’Amérique, qui ne chante en chœur qu’avec les rivières, « amoureux des pentes rocheuses », et qui « vocalise en toute saison, même dans la tempête (…), et dont la particularité est que « Jamais rien de glacé ne sort de son gosier ardent ».

 

Au cours de ses multiples expéditions, Muir se fera témoin de tempêtes de neige, de violents orages, d’avalanches – « Ce vol dans une voie lactée de fleurs de neige fut le plus spirituel de tous les miens, et après bien des années, son souvenir suffit à me mettre en joie » – Depuis sa cabane proche de Sentinel Rock, il assiste à un tremblement de terre : « Les roulements issus des profondeurs étaient suivis généralement de subites poussées antagonistes horizontales venues du nord, auxquelles succédaient à la fois des mouvements de torsion et des chocs verticaux. A en juger par ses effets, ce séisme de Yosemite – ou d’Inyo, comme on l’appelle parfois – était faible, comparé à celui qui a donné naissance au système de grands éboulis du massif et qui a tant fait pour le paysage ». (chapitre 15, Les cours d’eau de Yosemite)

 

Parmi les chefs-d’œuvre des conifères, gros plan sur le vénérable séquoia géant de la Sierra Nevada,  venu « de l’ancien temps des arbres », et dont la taille colossale peut atteindre quelques 100 m de haut : « l’arbre entier a la forme d’un fer de lance, et, (…) se montre aussi sensible au vent qu’une queue d’écureuil ». Leurs troncs, pouvant aller jusqu’à 3 m de diamètre, « ressemblent plus à des colonnes d’architecture artistement sculptés qu’à des troncs d’arbre ». Le séquoia « vous maintient à distance, ne fait nul cas de vous, ne s’adresse qu’aux vents, ne pense qu’au ciel et parait aussi insolite d’allure et de comportement au milieu des arbres du voisinage que le serait un mastodonte ou un mamouth laineux parmi de vulgaires ours et des loups ordinaires ». John Muir nous apprend que la mort d’un séquoia « résulte d’accidents et non pas, comme celle des animaux, de l’usure des organes (…) Rien (…) ne préjudicie au séquoia ». (chapitre 16, Les séquoias de Californie)

 

Dans notre actualité du 21ème siècle naissant, tandis que les forêts du monde sont soumises à la hache et au feu, que la menace des écosystèmes les plus divers se fait grandissante (déforestation de la forêt amazonienne pour la culture du soja), des recensements inquiétants indiquent, d’année en année, les méfaits d’une destruction programmée, dont on peut mesurer les déséquilibres climatiques de par le monde. A l’époque de J. Muir, gâchis et saccages sont perpétrés sous l’indifférence du gouvernement et le mépris des tueurs « qui répandent la mort et le chaos dans les jardins sauvages et les bois les plus magnifiques ». Les forêts sont loin d’être considérées comme dispensatrices de vie. Contre autant de destruction et de pillage, qui « s’étendent chaque jour plus vite et plus loin », Muir préconisait l’alternative de laisser la forêt à l’état naturel, ou alors que celle-ci soit « objet d’une judicieuse administration ». Mais comment protéger les arbres des imbéciles ? Le monde ne cesse de tourner « sous le couvert d’or et de fables », mais le monde ne peut revenir en arrière.

 

Il y aura une période d’indifférence de la part des riches, endormis par leur opulence, et des millions de laborieux, endormis par la pauvreté, dont la plupart n’ont jamais vu une forêt ; une période de protestation véhémente et d’objection de la part des pillards, qui ont autant d’audace et aussi peu de honte que Satan lui-même.

 

 

Une telle lecture nous soumet à nos résignations, ainsi qu’à la fragilité de ce qui n’est plus capable de dispenser la bonne joie ou d’assurer des façons enthousiastes d’être. Un tel livre nous invite à plus d’égards pour nos survies personnelles, au sein d’une humanité coupable d’aucune autocritique et d’aucune action massive face aux saccages consentis. Dégradations répétitives, quand la Nature s’offre à nous sans concept et sans profit. Lire John Muir, c’est aussi s’encourager à ne plus douter que ce qui doit être sauvé, doit l’être rapidement.

 

Dans Walden, H.D. Thoreau s’interroge : Ne suis-je pas en intelligence avec la terre ? Ne suis-je pas moi-même en partie feuilles et terreau végétal ?

 

 

Nathalie Riera Les Carnets d’eucharis

25 mars 2011

 

 

 

 

Quelques autres extraits :

 

(…) il ne m’était jamais venu à l’esprit que les arbres sont des voyageurs, au sens courant du terme. Leurs voyages sont nombreux quoique peu étendus, mais nos petits voyages à nous, en avant, en arrière, ne sont guère plus que les oscillations d’un arbre (…) (chapitre 12, Tempête dans la forêt)

 

Il n’y aurait donc pas lieu de s’étonner que ceux qui aiment leur pays et qui déplorent sa nudité hurlent aujourd’hui : « Sauvez ce qu’il reste encore des forêts ! » Aujourd’hui le défrichement  est sûrement allé bien assez loin : le bois d’œuvre ne va pas tarder à se faire rare et il ne restera plus un bouquet d’arbres pour se reposer ou prier. Sans nouvelle réduction de sa superficie, le reliquat, protégé, fournira quantité de bois – une récolte pérenne pour tous ses usagers légitimes – et continuera à abriter les sources des rivières qui jaillissent des montagnes, à dispenser de l’eau d’irrigation aux vallées sèches du piémont, à empêcher les crues dévastatrices et à être à jamais et pour le monde entier une bénédiction. (chapitre 17, Les forêts américaines)

 

Les éditions José Corti