19.11.2009
Claude Simon photographe
Claude Simon commente son travail de photographe, ainsi que Denis Roche.
Date : 16/03/1992 - Durée : 24min29s
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10.04.2009
Jean Dubuffet & Claude Simon
EDITIONS L’ECHOPPE

© Claude Simon photographié par Nete Goldsmidt
Jean Dubuffet
&
Claude Simon
Correspondance
1970-1984
Jean Dubuffet à Claude Simon
Paris, 15 mai 1973
Mon cher Claude Simon,
J’ai été très touché de votre gentille lettre, qui me parvient seulement maintenant à mon retour d’un séjour de 3 semaines à New York. Vous n’êtes pas de ceux auxquels on fait l’envoi de quelque chose et qui n’en accusent même pas réception. Comme moi, veux-je dire. C’est que je ne voulais pas seulement accuser réception du Triptyque mais je voulais vous en parler longuement, vous exprimer en termes convenablement élucidés et expressifs les sentiments que j’en ai ; et remettant toujours de rédiger cette lettre, qui nécessitait d’y consacrer un bon peu de temps, des mois ont passé sans que je le fasse. Engagé dans des travaux et projets compliqués, qui soulèvent de nombreux problèmes difficultueux, j’ai une vie suractivée et jamais de loisir. Je voulais vous dire, dans une forme convenable, et non pas brouillonne et hâtive comme je le fais ici maintenant, que votre livre présente ce caractère qui me comble de plaisir, de procurer une lecture ininterrompue, je veux dire qu’on peut à tout moment l’ouvrir à n’importe quelle page, et trouver dans cette page la substance du livre entier. C’est un livre qu’on ne peut pas lire – si lire est commencer à la première page et finir à la dernière. Ici on ne finit pas. On peut faire usage du livre une vie entière. On peut le lire aussi en remontant de la fin au commencement. Il n’a pas un sens, il en a autant qu’on en veut. C’est un livre à utiliser comme un tapis de Perse. Ou encore comme un talisman, une boule de cristal. Il est d’un usage permanent. A tout endroit qu’on l’ouvre on est immédiatement transporté dans votre monde parallèle, votre monde homologue, où se trouvent abolis le petit et le grand, le léger et le lourd, le corporel et le mental, le départ et l’arrivée, le vide et le plein. Je vous envoie, faute de temps nécessaire à m’y exprimer dans une manière plus formulée, ces impressions ainsi transcrites en brouillon désordre, comme un cochon. Vous savez que c’est mon mythe, mon obscur (et obscurantiste) idéal, de parvenir à écrire comme un cochon. Vous n’écrivez pas comme un cochon, ah non ! Vous écrivez dans une forme très magistrale, estomacante, que j’admire grandement. A vous chaudement.
Jean Dubuffet
Cette lettre a été publiée dans le n°414 de la revue Critique (1981) consacré à Claude Simon.
(p.13)
Editions L’échoppe, 1994

© Jean Dubuffet Fondation
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28.01.2009
Claude Simon
Archipel et Nord
Claude Simon
Editions de Minuit, 2009
Ces deux textes, inédits en France, sont parus en 1974 dans les revues finlandaises Åland et Finland.
Extrait
fin-land suo-mi : terre des marais
les imaginant peuplées de créatures fabuleuses mi-
hommes mi-poissons encore comme sur ces peintures
où sur le fond de chaux des lignes rosâtres dessinent
des êtres aux torses traversés par une arête médiane de
chaque côté de laquelle s’évasent les côtes incurvées
comme les barbes de harpons
Franciscains moines fanatiques déchaux venus d’où
construire ici un sanctuaire de blocs roses lilas bistre
cyclamen au toit couvert d’écailles peindre le flagellé le
juge en robe prune qui se lave les mains sculpter ces
grappes de sang coagulé
treille aux flancs aux paumes aux pieds percés de
clous où pendent des raisins
la mer l’archipel tout entier montant vers nous L’une
après l’autre en commençant par les plus lointaines les
îles disparurent s’enfonçant l’une d’elles basse à peine
ondulée s’éleva grandit masquant les dernières elle
défila rapidement sur le côté et l’eau rejaillit sous les
flotteurs Ses énormes mains de marin aux doigts épais
et plats aux ongles carrés bordés de noir par le cambouis
cessèrent de s’affairer sur les leviers et les volants
du tableau de bord aux multiples cadrans noirs aux
multiples manettes noires parmi lesquelles elles couraient
les effleurant avec délicatesse comme une anatomie
féminine et compliquée le tapage du moteur cessa
quand il fut assez près il sauta adroitement sur le rocher
et enroula la corde à l’un des pieux de l’appontement
silence touffes d’aulnes sorbiers frissonnant à peine

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07.12.2008
Claude Simon - ("Le Vent")


Deux dangers ne cessent de menacer le monde : l’ordre et le désordre.
Paul Valéry
… ce fut ainsi que cela se passa, en tous cas ce fut cela qu’il vécut, lui : cette incohérence, cette juxtaposition brutale, apparemment absurde, de sensations, de visages, de paroles, d’actes. Comme un récit, des phrases dont la syntaxe, l’agencement ordonné – substantif, verbe, complément – seraient absents. Comme ce que devient n’importe quel article de journal (le terne, monotone et grisâtre alignement de menus caractères à quoi se réduit, aboutit toute l’agitation du monde) lorsque le regard tombe par hasard sur la feuille déchirée qui a servi à envelopper la botte de poireaux et qu’alors, par la magie de quelques lignes tronquées, incomplètes, la vie reprend sa superbe et altière indépendance, redevient ce foisonnement désordonné, sans commencement ni fin, ni ordre, les mots éclatant d’être de nouveau séparés, libérés de la syntaxe, de cette fade ordonnance, ce ciment bouche-trou indifféremment apte à tous usages que le rédacteur de service verse comme une sauce, une gluante béchamel pour relier, coller tant bien que mal ensemble, de façon à les rendre comestibles, les fragments éphémères et disparates de quelque chose d’aussi indigeste qu’une cartouche de dynamite ou une poignée de verre pilé : grâce à quoi (au grammairien, au rédacteur de service et à la philosophie rationaliste) chacun de nous peut avaler tous les matins, en même temps que les tartines de son petit déjeuner, sa lénifiante ration de meurtres, de violences et de folie ordonnés de cause à effet, quitte, si cela ne le satisfait pas (et apparemment, et contrairement à ce qu’il pense, cela ne le satisfait pas), à recourir en supplément aux bons offices des esprits, du marc de café, des cierges bénits, des hommes providentiels ou de la camisole de force.
Claude Simon, extrait de Le Vent, Tentative de restitution d’un retable baroque (Chapitre XIII) – Editions de Minuit, 1957
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13.09.2008
Claude Simon

« … (et les femmes en fichu noir, et les filles en robe de soie trop voyantes), bien avant l’ouverture, devant les portes géantes en plexiglass des Galeries Modernes, les vitrines aux mannequins hermaphrodites proposant leur camelote en matière plastique, les soieries en matière plastique, la porcelaine en matière plastique, l’argenterie en matière plastique, avec leur indéfectible sourire lui aussi en matière plastique de même que leurs cheveux, leur charme et leur sex-appeal à l’usage il faut croire de cœur, de sexes et de cerveaux en matière plastique comme sans doute ceux de l’espèce nouvelle qui installe, fabrique et vend vitrines, mannequins et camelote : sorte de ver blanc et mou de fabrication récente, issu – ventre, appétits, cupidité, insolence et paresse – non de l’Histoire, du Temps, de la chair fécondée, mais selon toute apparence du coït entre l’automobile et le radiateur de chauffage central, totalement inapte à se mouvoir autrement qu’à l’aide d’un moteur, à se distraire qu’en technicolor et à se concevoir qu’en monnaie-papier. »
(CLAUDE SIMON - « Le Vent » (pp.79/80), 1957 – Bibliothèque de la Pléiade)
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