01/03/2014
Guy Davenport
Guy Davenport
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© Écrivain américain

Guy Davenport / 1927-2005
(En 1965, photographié par Ralph Eugène Meatyard)
EXTRAIT
Tatline !
(traduit de l’anglais par Robert Davreu)
Collection « Fictives » dirigée par Brice Matthieussent
Christian Bourgois Editeur, 1991
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Neige
Tatline fourgonna le crible à cendres de son poêle en porcelaine, tourna la tirette vers le haut, enfila son lourd chandail marron, s’installa auprès de la haute fenêtre contre laquelle bouillonnait la neige comme une lame insubstantielle, une mer de cristaux aériens de forme hexagonale drossés de Finlande, snyeg, toujours snyeg, et il ouvrit son Leskov au conte du Gaucher, imagina les musées d’Angleterre avec leurs plafonds de vitrage sans tain à entretoises de fonte permettant à la lumière du soleil de tomber en même temps que les ombres délicates des rossignols sur la machine à calculer en cuivre et noyer de M. Babbage, les vitrines de minéraux, les papillons, les sabres de samouraï, les pièces de monnaie islamiques, les fossiles du tertiaire, les abeilles mérovingiennes, les chevaux T’ang, les boucliers d’osier d’Andaman, le cadavre hâlé et empaillé de Jeremy Bentham vêtu de son chapeau à larges bords, de son plastron et de son manteau d’alpaga. Snyeg, toujours snyeg.
Picasso avait des mains carrées, catalanes, aussi modernes et kybist que le moteur d’une Packard. Le dessin jaillissait de son épaule en saillie, le trait commençant bas dans son dos. Il dessinait comme les peintres rupestres dont il descendait, il était Cro-Magnon, il était le fils des dessinateurs de taureaux aurignaciens qui peignaient avec tout leur corps, se ruant à la lueur de chandelles de joncs sur leurs peintures magiques, bisons rouges, vaches bistres, idéogrammes en noir bitume de leurs foyers à toits de chaume au bord des rivières celtes argentées du frai des saumons.
- Senior Tatlino ! avait-il dit, un artiste a un œil, une main, et des couilles.
Lipchitz avait traduit. Picasso n’avait pas de théories, pas de manifestes, pas de parti, pas de club. Je fais ce qui se présente à la main.
Tatline se vit montrer des toiles dans la manière africaine, des visages comme des masques, yeux fendus, nez burinés, bouches en goulot de bouteille. Il vit la géométrie de Cézanne hardiment investie d’un rôle dominant, et puis d’une sorte de musique métaphysique par laquelle l’information graphique d’un portrait était traitée comme autant d’échardes de lumière et d’éclats d’ombre.
La neige s’amoncelait sur les branches du mélèze.
Il prit Sinie Okovy, Les Chaînes bleues, de Khlebnikov. Le titre, l’une des étranges richesses de Velemir, rappelait les Sinyakovs de Kharkov, qui s’habillaient comme des dryades et des bergers de Théocrite et marchaient dans les bois de Krasnaya Polyana, Boris Pasternak parmi eux, ainsi que David Bourliouk, qui se trouvait à présent à New York.
Smeley, smeley, dusha dosuga
écrivait-il des jeunes filles, cinq sœurs,
miel d’or sombre ses cheveux dénoués
écrivait-il de Nadezhda, et dans une manière d’image qui se transmuait en papillon noir et jaune, puis en fleuraison du ciel, en brise, en champ d’orge, en Pouchkine et Lensky sur une route, et pour finir en anémone s’accrochant au pied d’un passant.
[…]
------------------------------ (p. 44/46)
Les aéroplanes à Brescia
[…]Le Blériot XI était une libellule jaune de bois ciré, de toile tendue et de fil de fer. Le long de son flanc était inscrit son nom en lettres carrées d’un gris militaire : ANTOINETTE 25 CV. Otto les informa gracieusement que son moteur avait été construit par Alessandro Anzani. Sa puissance résidait à l’évidence dans ses épaules, où ses ailes, ses roues et son propulseur jaillissaient à angles droits, chacun dans un plan différent. Pourtant, en dépit de tout son gréement jaune pimpant et nautique, il était d’une petitesse inquiétante, à peine plus qu’un moustique agrandi aux dimensions d’une bicyclette.
Près d’eux un homme de haute taille aux cheveux châtains tenait son poignet gauche comme si celui-ci était douloureux. L’intensité de son regard retint l’attention de Kafka plus que sa maigreur d’échalas qui, de toute évidence dans cet environnement, était la marque de l’aéronaute et du mécanicien. C’était à présent l’ère de l’homme-oiseau et du magicien de la machine. Qui sait seulement lequel de ces visages préoccupés appartenait à Marinetti en personne ? C’était un véritable échassier que cet homme. La sauvagerie même de ses cheveux bruns bouclés et la tension de ses longs doigts semblaient parler de l’étrange nécessité pour l’homme de voler. Il s’adressait à un petit homme en blouse bleue de mécanicien qui avait un bandeau sur l’œil. De sa bouche coulaient les mots Station stratosphérique de vol de cerf-volant, Höhere Luftstazion zum Drachtensteigenlassen. Alors le petit homme leva ses mains carrées et dressa la tête en posant une question. Glossop fut la réponse, suivi du mot vert Derbyshire.
[…]
------------------------------ (p. 83/84)
L’aube à Trappelun
5.
Le visage empoussiéré, le Trappellunien ôta ses lunettes de soleil en Mylar, vérifia le sanglage de sa ceinture et demanda au voyageur ce qu’il désirait dans leur zamindar.
Le voyageur pour sa part avait traversé de hautes prairies pentues de fenouil brun déclinant de la corniche coupe-vent que formaient des gorges creusées d’ombres de malachite, paroi rocheuse désolée sur l’horrible silence d’où l’après-midi finissant tombait radieux.
Dans les profondeurs de leurs canyons, lorsqu’ils regardaient, il y avait des fleuves de soufre frappé par le soleil radical comme la foudre. Devant lui se dressaient des falaises en front de baleine brun-rose fendues par les ans, avec des ruisseaux de brèches enroulées sur elles-mêmes comme les aurores boréales de glace à minuit.
Avant le crépuscule il avait commencé à voir des forêts d’arbres étranges, anthrax ou palissandre et les proues lointaines de glaciers au-delà ; c’est alors, enfoncé jusqu’aux hanches dans une herbe piquante de rosée de prairie en lame de scie, qu’il avait découvert sur le ciel noircissant un cercle de menhirs.
Ces tiki se dressaient haut sur des bosses sauriennes. Comme les stèles du Yucatan, ils représentaient chacun un seul personnage hiératique, mais leur ornementation était si travaillée qu’ils ressemblaient aux poteaux sculptés de corbeaux des Haida.
Icônes des phylarques de quelque peuple, dieux propices et originels, totems auxquels on apportait les corbeilles des moissons au jaunissement de l’an, stupas iskandiens érigés sur de hautes prairies par un peuple aujourd’hui civilisé depuis longtemps, il ne pouvait le deviner.
Une vieille mousse soyeuse d’un vert doux couvrait le flanc nord de ces ancêtres barbares, et des herbes dégingandées et du kudzu aux gousses râtelantes battaient leurs vieux tibias.
Il n’y avait ici pas eu âme qui vive depuis des décennies.
Ce fut à ce moment, alors qu’il demeurait figé dans une crainte et un trouble qui ne différaient pas beaucoup de la peur, que la patrouille surgit de derrière l’un des mégalithes.
Ils étaient armés d’épieux et d’éolithes, et ils formèrent un cercle autour de lui.
------------------------------ (p. 187/188)
4ème de Couverture
L’artiste constructiviste russe Tatline a, comme Davenport, un faible pour les aéronefs (letatline, en russe, signifie planeur). Autre coïncidence, Kafka et Wittgenstein se retrouvent à Brescia, en Italie, lors d’un meeting aérien. Edgar Poe, écrivain encore inconnu, séjourne à Saint-Pétersbourg où il cherche des subsides pour la cause grecque. L’abbé Breuil découvre l’art pariétal des grottes de Lascaux. Héraclite reçoit la visite d’un disciple potentiel. La très borgésienne curiosité de Guy Davenport nous présente tous ces disparates comme les pièces d’un grand puzzle à la fois moderniste et archaïque, illuminé par l’écriture et les « bri-collages » éblouissants de Davenport.
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Guy Davenport (1927‑2005)
Né en Caroline du Sud, il commence à lire avec Tarzan et étudie le vieil anglais avec J.R.R. Tolkien à Oxford. Après une thèse sur Ulysse de James Joyce (1949) et une autre sur Ezra Pound, il devient professeur de littérature à l'université du Kentucky. Il illustre certains ouvrages de Hugh Kenner ainsi que ses propres livres ; il est également peintre, traducteur de grec ancien et poète. Éminent helléniste, passionné à la fois par l'Antiquité gréco-latine et les grandes figures de l'avant-garde européenne, il brasse dans son œuvre les lieux, les époques, les cultures et les langues du passé et du présent. Il publie son premier recueil de nouvelles à 47 ans. Huit autres suivront, ainsi que six volumes d'essais. Ami de Pound et de Williams, il connut aussi Samuel Beckett, Christopher Middleton, Eudora Welty, Allen Ginsberg et James Laughlin.
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Bernard Hoepffner
Guy Davenport (1927‑2005)
« L’érudition débute comme l’acte critique d’un regard amoureux : la curiosité est une passion ». (« The Scholar as Critic »)
©Wyatt Mason, 2003
Bonnie Jean et Guy Davenport
©Bernard Hoepffner
Guy Davenport est mort le 4 janvier, à l’âge de 77 ans. Pour moi, c’est la fin de quinze ans d’amitié, au sens où le facteur ne viendra plus m’apporter ces lettres plus ou moins mensuelles postées à Lexington, Kentucky. Comment désormais oublier la dernière phrase de sa dernière lettre : « If I could think of something else to say, I would not have the strength to type it » ? Ces dix‑huit mots dessinent un point final.
La vie qu’il a menée n’est autre que celle de ses lectures, celle de sa passion à faire partager ce qu’il avait lu — quand on se rendait chez lui, on pouvait facilement croire que les murs étaient faits de livres. Jamais il n’a cessé de transmettre son goût de la lecture, sa curiosité pour les détails, l’histoire du monde — une histoire qu’il ne cessait de reconstruire sous la forme de ce qu’il appelait des « fictions nécessaires », recombinant certains éléments de ses lectures, créant des liens entre ces éléments afin d’expliquer le passé, tentant d’éloigner, d’écarter, comme il l’a écrit, le barbare chez l’homme :
« Fiction nécessaire » signifie simplement que lorsque j’écris sur un personnage historique — Vladimir Tatline, Kafka, Walser, Pausanias, C. Musonius Rufus — je fournis certains éléments, le temps qu’il fait, les lieux, les samovars, la poussière grecque, les serveurs italiens, et ainsi de suite, toutes ces choses que les sources historiques laissent de côté. Cela ne veut PAS dire que je donne un compte rendu fictionnel.
La prose : nous écrivons, ou bien nous sommes écrits. (Le grand thème de Barthes : nos phrases existent avec tant d’intensité qu’un auteur ne fait que les arranger.)
J’approche l’écriture avec le sentiment que mes mots doivent être choisis et disposés avec la plus grande attention, car nous vivons dans un monde de mots malmenés qui ont perdu leur sens. Je crois qu’on pourrait dire que j’écris afin d’utiliser les mots à ma façon, pour obtenir certains effets, plutôt que dans un but programmé — psychologie, drame, politique, thématique.
Ce sur quoi j’écris est donc plus ou moins gratuit. J’ai suffisamment le sens de l’anecdote pour créer un récit. Mais le récit est la scène.
L’usage premier des mots est la création d’images : mon écriture est du dessin.
LIRE LA SUITE | http://transatlantica.revues.org/570
Bernard Hœpffner, « Guy Davenport (1927‑2005) », Transatlantica
| 2005, mis en ligne le 24 mars 2006
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SITE À CONSULTER
[Guy Davenport, The Art of Fiction No. 174]
Interviewed by John Jeremiah Sullivan
Sur le site : The Paris Review
| © Cliquer ICI
23:04 Publié dans Christian Bourgois Editeur, Guy Davenport | Lien permanent | Commentaires (1) |
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Claude-Louis Combet, Suzanne et les Croûtons (éd. L'Atelier Contemporain)
[Comme s’ils n’étaient là, depuis toujours, qu’afin de se tenir au plus près et de la contempler, elle, la chaste Suzanne, du fond de leur impotence et de leur nullité, offrant l’ombre de leur désir et son vide derrière le souvenir, on les avait rassemblés, formant chapitre d’hôpital général, section des vieux Croûtons, dans la grande maison du bord de l’eau, ou bordeleau, intitulée Clinique du Confluent. Et ils savaient qu’ils n’en sortiraient pas, sinon les pieds devant, et que c’était la dernière étape, la dernière pause avant la fin des travaux – ce pour quoi ils pouvaient se dire que tout était permis, dans l’absence de tout au-delà de leur attente. Aussi leur négligence à se présenter correctement était totale. La plupart avait renoncé à la toilette matinale : ils ne se rasaient plus, ils ne se peignaient plus, ils avaient cessé même de laver les extrémités exposées de leur corps. Ils arboraient des mines truandesques, tantôt épanouies en faces rubicondes, tantôt décharnées, creusées et torturées en lames et lamelles de peau grisâtre et hirsute. À toutes les heures du jour et de la nuit, ils aplatissaient leur gueule contre les parois de verre du long couloir par lequel passerait bientôt Suzanne, selon les obligations obscures de son service.]
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Du côté de chez…
Claude Louis-Combet

©INTERNET | Photo : Jean-Luc Bertini pour la revue
La femelle du requinN°35 – Hiver 2011
Suzanne
&
les Croûtons
Editions L'atelier contemporain
François-Marie Deyrolle éditeur
2013
Site éditeur | © http://www.r-diffusion.org/index.php?ouvrage=LAC-10
Quelques autres, parmi la population de Croûtons encasernée ici, à la Clinique du Confluent, offraient en spectacle une nature plus triviale, calculatrice et pragmatique. C’était une bande de compères, ci-devant chauds lapins, à présent frappés, comme les autres, par le mal d’impotence. À la manière de ces grands malades ou grands infirmes qui tirent vanité de leur indigence physique et se tiennent au premier rang de la foule, lorsqu’est annoncée la venue de quelque thaumaturge, aux miracles assurés, ceux-là encadraient la porte d’entrée du grand hall de l’établissement, que Suzanne devrait nécessairement franchir aussitôt qu’elle arriverait. Ils étaient entièrement nus, exhibant leurs loques sexuelles, mais comme ils n’avaient rien oublié des bonnes façons de leur passé de séducteurs et qu’ils connaissaient bien le langage des fleurs, ils tenaient piquée, dans la petite fente de leur verge, la tige d’une fleurette extasiée, un œillet de poète, une jeune marguerite, un bouton d’or, et ils avaient disposé des bribes de verdure tout autour, subtilement attachées aux poils du pubis. Ainsi ornés, ils se donnaient l’air des vieilles divinités des jardins et bosquets d’autrefois. Mais naturellement, cette opération de fleuriste, rameuteur de belles, n’avait rien de flambant. Pourvu de sa garniture, le sexe n’en était pas moins dépourvu de tout allant. La saison restait au plus morne, dans le mensonge du jardin. Cependant les ex-ripailleurs, gourmands de viandes féminines, en imposaient à tous les autres. Suzanne, comme toutes les filles, serait flattée, comme d’un bijou, d’un colifichet, d’une gâterie originale et elle aurait sur eux, les premiers, le geste qui réveille les morts. Si son fluide devait s’épuiser bientôt, au moins en auraient-ils reçu la primeur, avec tout son concentré d’énergie. Ils attendaient, ils campaient, ils montaient la garde, leur virilité déliquescente, mais le pied encore ferme. Leur imagination était restée chaude. Sans que leur chair fût même en état de frémir, ils se voyaient encore en galants verdoyants, assidus aux charmes dévoilés de la femme. Cette Suzanne que personne n’avait vue mais qui occupait les reculées inaccessibles du désir, en une attente infinie, ils en percevaient déjà les formes saines et bien remplies, les seins puissants, le ventre épanoui, la toison abondante. Celle qui, assurément, se préparait à surgir, ne pouvait que s’abandonner au culte dont elle faisait l’objet, dans ce dernier carré de vieux mâles défaits et rassis – Croûtons balayés parmi les détritus de la vie. Il y avait de l’imploration dans leur mémoire élimée, entre inertie flasque et trémulation d’impuissance chatouillée, cela n’avait pas de voix, pas de mots, mais des soupirs s’agglutinant autour d’une seule image : d’une femme nue, en toute beauté, offerte au monde pour la résurrection de la chair et le salut des agonisants. Ce fantôme du cœur et des sens, remonté de la plus profonde nuit des aspirations des mâles, allait s’incarner enfin, c’était sûr, depuis plus de quatre mille ans qu’on l’attendait, promis par les prophètes et les poètes, et ce serait dans le corps de Suzanne, selon l’abondance de ses grâces et la générosité de son sexe. Tous les Croûtons partageaient cette évidence au-dedans, comme une révélation qui n’appartenait qu’à eux.
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4ème de Couverture
Le récit biblique de la mésaventure de la chaste Suzanne calomniée par un quarteron de vieillards lubriques a donné lieu à maintes illustrations picturales ou littéraires. Il est devenu un véritable topos dans la culture occidentale. Le texte, ici offert au lecteur, s'inspire bien de la légende, mais sur le mode de la dérision, de la fabulation grotesque, érotique et fantasmatique. Suzanne se fait complice des regards qui assaillent sa pudeur, et les vieillards, tout entier réduits à leur impuissance de croûtons, basculent dans un délire de luxure collective. Le manuscrit original de ce récit est reproduit in extenso.
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Claude-Louis Combet
L’auteur de Suzanne et les Croûtons (né à Lyon en 1932) affiche un goût aussi pervers que naturel pour les fictions nourries de réminiscences religieuses, de légendes mythologiques ou hagiographiques ou encore de singularités mystiques trempées de psychopathologie. Cela a commencé avec Marinus et Marina (1979) et s’est poursuivi dans Mère des croyants (1983), Beatabeata (1985), L’Âge de Rose (1997), Passions apocryphes (1997), Les Errances Druon (2005), Gorgô (2011). L’écriture, résolument à l’écart des modes et des écoles, s’efforce de rejoindre un certain noyau d’expérience intérieure où prennent vie et forme les contradictions de l’existence aux prises avec le Sacré.
20:42 Publié dans Claude-Louis Combet | Lien permanent | Commentaires (0) |
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SLASH GORDON
16:29 Publié dans VIDEOS, ANIMATIONS, DOCUMENTAIRES | Lien permanent | Commentaires (0) |
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28/02/2014
Arséni Tarkovski, L'avenir seul, éd. Fario
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L’avenir seul
ARSÉNI Tarkovski
Editions FARIO, 2014

traduction et présentation deChristian Mouze
poSTFACE (texte de 1962) Anna Akhmatova
Site éditeur | © http://www.editionsfario.fr/spip.php?article161

SOUS l’Étoile double des Tarkovski pÈre et fils
ARTICLE PUBLIÉ LE JEUDI 27 FÉVRIER 2014 │MEDIAPART│© Patrice Beray
La récente publication d’une anthologie de poèmes traduits du russe d’Arséni Tarkovski, père du cinéaste Andreï, permet de vérifier que s’il y a des enfants prodiges en art, il arrive aussi que des ascendances s’y exercent avec prodigalité. En art comme dans les sentiments, il arrive que l’histoire retienne le caractère double de certaines destinées. Ainsi, en 1962, l’année même où Andreï Tarkovski réalise sa première véritable œuvre cinématographique avec L’Enfance d’Ivan, son père Arséni, à l’âge de 55 ans, publie de son côté son premier livre de poèmes. Aussi tardif que cela puisse paraître pour une première publication, c’est ce poète pourtant qu’Anna Akhmatova désigne alors comme l’un des plus importants révélés par la dernière période du « dégel » sur les lettres soviétiques, après la mort de Staline.
Né en 1907, en Ukraine, Arséni Tarkovski est l’enfant de ce siècle guerrier et révolutionnaire jusque dans ses apprêts techniques. Dans ces langes avec son fils Andreï se dessine la filiation de cette psyché moderne du visible qu’est le cinématographe. Il en ira de l’un à l’autre, d'un art à l'autre, comme de la métamorphose des mêmes visions saisies à l’état natif. Nul autre sans doute qu’Arséni pouvait confier à son fils après avoir vu son film Le Miroir : « Andreï, ce ne sont pas des films que tu fais. »
Sur le site : Médiapart
23:00 Publié dans Arséni Tarkovski, Fario | Lien permanent | Commentaires (0) |
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Andreï Tarkovski, Le Temps scellé, éditions Philippe Rey
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(Il n’est pas dans mon intention de faire ici la leçon à qui que ce soit, ni d’imposer un point de vue. Ce livre n’a été dicté que par le désir de défricher la jungle des possibilités qui s’offrent à un art encore jeune et magnifique, toujours à explorer, et de m’y retrouver moi-même aussi indépendant et libre que possible. )
Andreï Tarkovski...........................
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Le Temps scellé
Andreï Tarkovski
Editions Philippe Rey
date de parution : avril 2014
coll. « Fugues » poche, 304 p.
TRADUIT DU RUSSE PAR Anne Kichilov et Charles H. de Brantes
Site éditeur | © http://www.philippe-rey.fr/f/index.php?sp=liv&livre_id=237
LE TEMPS SCELLÉ
Andreï Tarkovski, tout au long de son œuvre cinématographique, rédige des notes de travail, des réflexions sur son art, restituant dans le même mouvement son itinéraire d’homme et d’artiste.
À partir de son exil en Italie où il réalise Nostalghia en 1983, puis en France durant la dernière année de sa vie, il rassemble ces écrits qui sont d’abord édités en Allemagne puis dans les autres pays d’Europe occidentale où ils deviendront vite une référence incontournable.
Il y aborde une large réflexion aussi bien sur la civilisation contemporaine que sur l’art cinématographique : son ontologie et sa place parmi les autres arts, ou des aspects plus concrets comme le scénario, le montage, l’acteur, le son, la musique, la lumière, le cadrage…
Puisant dans son expérience de cinéaste, dans sa vaste culture littéraire, se remémorant ses années de formation, les luttes interminables pour terminer ses films à l’époque soviétique, Andreï Tarkovski offre ici le livre-bilan d’un artiste en recherche de sens, d’un homme qui consacra son inépuisable énergie à « fixer le temps »…
(4ème DE COUVERTURE)
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■■■ Andreï Tarkovski (1932-1986)
Fils du poète Arséni Tarkovski, Andreï est né le 4 avril 1932 à Zavraje en URSS. Sa première œuvre, L'Enfance d'Ivan, reçoit le Lion d’or en 1962 au Festival de Venise. Il tourne ensuite Andreï Roublev, achevé en 1966 mais projeté seulement cinq ans plus tard, après de très longues péripéties avec la censure soviétique. Pendant le tournage de ce film, il rencontre l’actrice Larissa Pavlovna Igorkina, qu’il épouse en secondes noces et avec laquelle il aura un fils en 1970, Andreï. Il recommence ensuite à tourner et réalise, avec des difficultés de plus en plus grandes, Solaris en 1972, Le Miroir en 1974 et Stalker en 1979. En Italie, il tourne Temps de voyage et Nostalghia en 1983, qui reçoit un prix au Festival de Cannes.
Sa dernière œuvre est le film Sacrifice, tourné en Suède pendant l’été 1985 et monté pendant la maladie subite qui l’assaille peu après. Au cours de la dernière année de sa vie, il parvient à achever le livre Le Temps scellé. Il meurt à Paris le 29 décembre en 1986.
22:47 Publié dans Andreï Tarkovski | Lien permanent | Commentaires (0) |
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27/02/2014
Antonio Prete
[… le traducteur se meut surtout dans l’univers de sa langue : c’est là qu’il doit trouver toutes les ressources, les capacités d’invention et les moyens de construire un système d’équivalences avec le texte original. C’est pourquoi l’horizon véritable de la pratique du traduire est l’imitation – au sens exact de mimêsis – par laquelle c’est sa propre langue qui est mise en jeu, jusqu’à l’extrême. La traduction comme imitation : construction d’un univers linguistique parallèle, réverbération du premier, mais aussi son contrepoint dialogique, réplique et réinvention tout à la fois. Correspondance, mais dans l’autonomie. Relation profonde, mais dans l’infidélité.
Et c’est aussi pour cela que la traduction appartient à l’écriture, en est un genre particulier, comme la poésie, le roman, l’essai.]
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Du côté de chez…
Antonio Prete

©INTERNET | Antonio Prete
« À l’ombre de l’autre langue.
Pour un art de la traduction »
Editions Chemin de ronde, 2013 –
Dessin original de couverture de Catherine Chevolleau
Traduit de l’italien par Danièle Robert
… le traducteur part non pas d’une possibilité de compréhension directe de l’autre langue mais de sa différence, de son éloignement. C’est cet éloignement que le traducteur doit, pour Leopardi, ne pas abolir artificiellement mais laisser entrevoir dans la langue d’arrivée ; d’où sa polémique à propos des traductions modernisantes qui font passer le texte original dans les outils linguistiques du moment, le déguisement en une contemporanéité qui annule l’effet d’éloignement : dans certaines traductions françaises du XVIIe siècle, Anacréon, dit Léopardi, est « un Grec habillé à la parisienne, ou plutôt un Parisien monstrueusement habillé à la Grecque ». Dans ce cas, la langue du traducteur ne s’adapte pas pour recevoir l’autre langue, c’est au contraire un chemin opposé qui s’effectue, c’est-à-dire que l’autre langue s’adapte aux modes, aux formes, au goût de la langue du traducteur ainsi qu’ils apparaissent conventionnellement au moment où il traduit. De cette façon c’est non seulement le caractère propre du texte original mais même le timbre du traducteur qui est aboli. Une adaptation qui n’est plus « réflexion » d’une langue dans l’autre, mais annexion, phagocytage, incorporation d’une expérience linguistique – de son éloignement et sa différence – dans les formes prédominantes, usuelles, historiquement reconnaissables, d’une autre langue. La présence « réfléchie » de l’autre langue dans la chambre noire de sa propre langue maintient au contraire, dans un équilibre précieux même si difficile, obscur, provisoire et abstrait, la richesse d’une relation, le surprenant bonheur d’un dialogue.
(p.24/25)
Parfois, devant telle traduction particulièrement réussie, on est tenté de renoncer à en proposer une nouvelle : pourquoi retraduire « The Rime of the Ancient Mariner » de Coleridge, « Orpheus, Eurydike, Hermes » de Rilke ou « Le Cimetière marin » de Valéry ? Pourquoi ne pas reproposer les belles traductions existantes devenues classiques, afin de consacrer ses forces à des textes peu connus, écrits par ces mêmes poètes ou par d’autres rarement traduits, voire jamais ? Je crois que ce qui prévaut, finalement, dans le choix d’un traducteur comme dans ceux d’un poète, c’est justement le dialogue, la confrontation avec ce qui nous a précédé et, d’autre part, le désir de se colleter à la langue, d’entreprendre un combat avec l’ange de la langue.
Ce sentiment s’accompagne cependant de la conscience du fait que toute traduction est provisoire, que c’est un passage, une allusion à l’impossibilité de réaliser une traduction parfaite. La multiplicité des traductions est en quelque sorte la réplique de la pluralité des langues, le redoublement à l’infini de cette pluralité. Si la traduction idéale n’est qu’une « imitation pleine et parfaite » (selon la définition même de Leopardi), toute expérience de traduction se place comme une petite borne sur ce chemin. La recherche n’est jamais décisive, ne touche jamais vraiment au port. C’est pourquoi l’imperfection est l’horizon exact du traducteur.
(p.69/70)
Antonio Prete...............................
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A l’ombre de l’autre langue. Pour un art de la traduction.
Fruit d’une rencontre privilégiée entre deux langues, deux histoires propres, deux sensibilités, la traduction a pour but, par les vertus d’hospitalité, d’écoute, d’imitation, de musicalité, d’imagination, de transposition, non de pâlement copier le texte original — bien qu’elle prenne corps à son ombre — mais d’opérer sa pleine et entière métamorphose. Elle est ainsi la meilleure interprétation que l’on puisse donner d’une œuvre littéraire, le plus bel hommage rendu à sa force et un véritable acte de création.
C’est ici ce que développe Antonio Prete, à la lumière d’abord de Leopardi et de Baudelaire, auxquels il associe dans ses réflexions sur l’acte de traduire d’autres écrivains : Cervantes, Borges, mais aussi Mallarmé, Rilke, Jabès, Bonnefoy (qu’il a traduits) et Benjamin.
Dans À l’ombre de l’autre langue son propos n’est pas tant de proposer une théorie du traduire que d’interroger, du point de vue du poète, prosateur, exégète et praticien fervent de la traduction qu’il est lui-même, la relation intime qui s’établit entre un traducteur et un auteur et ce qui se joue alors ; ce qui lui fait dire : « Traduire un texte poétique a la même intensité qu’une expérience amoureuse. »
« L’Ordre animal des choses »
Editions Chemin de ronde, 2013 –
Dessin original de couverture de Catherine Chevolleau
Traduit de l’italien par Danièle Robert
ZENZISQUE
… Le zenzisque aime exercer son aiguillon contre les dérivés du bois, en particulier le papier, qu’il soit imprimé ou manuscrit, et avec une persévérance telle qu’il finit par pulvériser l’objet… les entomologistes, on le sait, décrivent les caractéristiques d’un autre insecte dit insecte typographe, dont les larves déposées dans l’écorce d’un arbre, font un élégant dessin, qui pourrait être la matrice d’une xylographie (et cette action donne son nom à l’insecte). Or, notre zenzisque agit au contraire à la fin du processus, là où le bois est devenu papier ; en outre son action n’a pas pour but de dessiner des figures mais d’effacer tout signe.
(p.24)
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L’Ordre animal des choses
L’ordre animal des choses est caché dans les plis du pouvoir humain sur le monde. Ouvert à la mémoire et à l’imaginaire, il est son contrepoint secret, et comme innocent : sans le moi, habité par le silence des origines, dont les hommes sont exilés. Maintenant intacte la force initiale de la présence, il fait se croiser des animaux réels, mythiques, fantastiques, et quelques humains.
Dans les récits qui composent L’Ordre animal des choses Antonio Prete nous invite à parcourir un univers parallèle à celui qui pour la plupart d’entre nous est seul à exister. Univers où les repères soudain sont perdus — les certitudes abolies, les points de vue modifiés. Il revient là au cœur des thèmes qui parcourent son œuvre, fondent sa réflexion : le sentiment d’étrangeté, d’éloignement, la nostalgie (celle d’abord d’une pureté perdue), la frontière entre nature et culture, la relation entre l’animal et l’humain, ses porosités — la clé de voûte de l’ensemble étant le langage, véritable instrument de métamorphose.
Passant de la gravité à la légèreté, de la mélancolie à l’humour, sa phrase incarne cette mise en crise d’un monde sûr de son pouvoir dont elle redessine les contours grâce au regard porté sur lui par des êtres qui parlent une autre langue. Labile, inventive, elle offre une fresque subtile, toute de correspondances, dont la contemplation nourrit les parts les plus rêveuses de notre esprit.
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Antonio Prete
Professeur de littérature comparée à l’université de Sienne, Antonio Prete est un spécialiste majeur de Leopardi : il a édité ses Operette morali et Pensieri et lui a consacré plusieurs essais. Traducteur de Mallarmé, Valéry, Jabès, Bonnefoy, Rilke, d’abord de Baudelaire (une traduction très remarquée des Fleurs du mal en 2003), il a également fait paraître de nombreux ouvrages de poésie et de fiction. Conjointement publiés aux éditions chemin de ronde, L’Ordre animal des choses et À l’ombre de l’autre langue affirment en France la singularité de son œuvre.
Sur le site : les éditions chemin de ronde
les éditions chemin de ronde
campagne Saint-Jean
84160 Cadenet
04 90 08 59 62
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Louis-Paul Guigues
[Je l’aurais aimée, donc, si mon esprit et mon corps n’avaient été sans cesse tendus vers celle que j’appelais l’Inconnue, appellation qui, à mes oreilles, lorsque je prononçais ce mot, avait un charme et une nostalgie indéfinissables qui ne faisaient qu’ajouter à mon tourment.
Elisabeth m’importait peu : elle avait pour elle tous les inconvénients de la réalité.]
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et ligne après ligne/and line after line
Du côté de chez…
Louis-Paul Guigues

©INFOLIO | La collection Maison neuve dirigée par Patrick Amstutz
« Labyrinthes » (1947)
Editions Infolio, 2013 –
Postface d’Henri Raynal
Extraits
La luxure ne consiste pas à aimer le corps d’une femme : c’est là du désir, de la passion, du besoin de posséder, d’embrasser, de mordre. Il y a luxure dès qu’un sens fait alliance avec l’intelligence. La luxure commence quand tu cesses d’être animal, quand tu veux te rendre compte de ce que tu fais, quand ton esprit devient le spectateur intéressé des agissements de ton corps. Je crois qu’il serait luxurieux le radiologue qui se plairait à voir battre le cœur de sa femme. Il est des choses que nous ne devons pas connaître, elles ne sont pas de notre ressort, de notre ordre. La luxure consiste peut-être à vouloir pénétrer dans un autre ordre que l’humain.
(p.34)
Quand elle eut relevé le front et tourné de nouveau ses yeux vers moi, elle recommença à me regarder. Je me tus encore et l’examinai trait à trait. Soudain, je me mis à penser à l’Inconnue. L’image d’Elisabeth et l’image de l’Inconnue se superposèrent. L’Inconnue était celle dont le corps se pare de toutes les perfections et l’âme de toutes les séductions. L’Inconnue peut toujours être comparée au ciel supérieur et immobile au-dessus des étoiles visibles : rien ne peut mettre une borne à l’imagination. L’Inconnue avait peut-être les yeux langoureux de Karin, mais le corps le plus parfait. Elle possédait, sans doute, cette pudeur sans laquelle il n’est pas de féminité accomplie et qui est une draperie vivante autour du corps de celle qu’on aime, l’éclat autour de la perle elle-même. Quel est l’homme qui ne préfère l’Inconnue aux plus belles femmes poursuivies par les hommes ? Le mathématicien ne poursuit-il pas une Inconnue à la pureté parfaite, précise et déliée, dont la ligne s’apparente moins aux peintures qu’à ces marbres nets qui ne sont qu’un frisson de l’esprit ? L’aéronaute, plus sensuel, ne s’élevait-il pas vers le ciel, en 1830, avec cette volupté qu’éprouve la main qui va caresser : et lui ne caressait-il pas une femme d’azur dont il ne savait pas les traits, mais qui était peut-être la Cielle éternelle de Vausard ? Le physicien ne poursuit-il pas une Inconnue dont il sait le grain de la peau, d’une peau qui l’affole à force de ne lui montrer qu’une petite partie d’elle-même et de se refuser au moment où il va l’atteindre ? Son Inconnue n’est-elle pas capricieuse, inconstante et joueuse ? Le métaphysicien n’aime-t-il pas ce qu’il devine derrière des voiles divins ? Moins ardent que les autres, il est plus contemplatif : la pudeur du corps qui se dérobe le rassasie presque autant que le corps lui-même.
(p.137/138)
Louis-Paul Guigues...............................
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Louis-Paul Guigues
Né en 1902 à Gênes, en Italie, et décédé en 1996 à Paris, Louis-Paul Guigues est l’auteur d’une œuvre littéraire d’exception, reconnue par les plus grands. On citera, entre autres, Labyrinthes (Gallimard, 1947), Lisbeth (id., 1953), La Dernière Chambre (id., 1958) et Mes Agonies (André Dimanche, 1984).
Il fut également dessinateur, sculpteur et traducteur (Catherine de Sienne, Dante).
Sur le site : Editions Infolio
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Les ateliers de création (2) en maison d'arrêt (juillet 2010)
LES ATELIERS D’ECRITURE & DE MUSIQUE
Nathalie Riera/Alain Vazart
Juillet 2010
Maison d’arrêt d’Aix-Luynes
Voix : Nathalie Riera
Accompagnement sonore : Alain Vazart
Enregistrements à la maison d’arrêt de Luynes en juillet 2010
Cristina Castello
« Vent/Viento »
Extrait du recueil Tempestad/Orage - Ed. Bod, 2009


Nathalie Riera & Giuseppe Morabito
(sur un texte de G. Morabito)
Chantal Dupuy-Dunier
« Ça, écrire »
(publié dans la revue Diérèse N° 48-49 – Printemps/Eté 2010)

EXTRAIT
James Noël
« Le sang visible du vitrier »

Avec un casque !
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Ernst Jünger (une lecture de Daniel Grenier)
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UNE LECTURE DE DANIEL GRENIER
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Ernst Jünger
© Ernst JüNGER « Carnets de guerre 1914-1918 »
ISBN : 978-2-267-02589-7 | 496 pages, 24€
« Carnets de guerre 1914 - 1918 »
Traduit de l'allemand par Julien Hervier
Christian Bourgois Editeur, 2014

© Ernst JüNGER « PREMIER ET SECOND JOURNAUX PARISIENS »
ISBN : 978-2-267-02608-5 | 784 pages, 12€
« Premier et second journaux parisiens 1941 - 1944 »
Traduit de l'allemand par Frédéric de Towarnicki et Henri Plard,
revu par Julien Hervier
Christian Bourgois Editeur, 2014
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« Ernst Jünger – Grand de haut en bas. »
par Daniel Grenier
Bombardement d’obus et de cercueils. Le ciel, la terre et l’eau se mêlent au fond des tranchées où l’Homme inspire la poudre, le gaz, expire dans la gadoue… Déluge d’informations. Plexus solaires en miettes. Cervelles émulsifiées… Un guerrier chasse l’éphémère sous la mitraille.
■■■Avec Ernest Jünger. Géant des Lettres Allemandes mort à cent trois ans. Quatre ans au front lors de la der des der à faire BOUGER LES LIGNES avec ses tripes au prix du sang. Officier supérieur de l’État Major Allemand à Paris durant la suivante. En visite sur le front russe dans le Caucase… Jünger est Catholique. Pas Démocrate. Il écrira dans son Journal parisien, le 21 mai 1942 : « Il est certain que seules les natures qui savent sur quel principe de force se fonde l’univers, et qui viennent “d’en haut “, sont capables de faire face à l’effroyable soulèvement de la plèbe qui ravage le monde. » En permission chez lui près de Hanovre, avec sa femme Perpétua et leurs enfants : « Kirchhorst, le 10 novembre 1942 : Ma façon de participer à l’histoire contemporaine, telle que je l’observe en moi, est celle d’un homme qui se sait engagé malgré lui, moins dans une guerre mondiale que dans une guerre civile à l’échelle mondiale. » À Paris, le 29 mars 1942, jour de son anniversaire, il a alors quarante-neuf ans, le rouleau compresseur soviétique fonçant plein ouest : « Les démocraties s’uniformisent à l’échelle mondiale. Pour cette raison, il n’existe plus qu’une guerre des peuples. » Nous y sommes.
La technocratie social-démocrate allemande flotte en apnée dans son liquide amniotique. Elle a l’œil poché, fermé sur le passé. Ernst Jünger serait un guerrier sanguinaire. De droite. Antisémite… Paris, 2 janvier 1944. Jünger cite Hölderlin : « La servilité gagne, et avec elle, la grossièreté. » Que dire du non-violent soft powerien, ce Villageois Global qui élimine cliquet souris la concurrence ? Ernst cultivant la haine du Juif au fond de son jardin et le classant dans son herbier ? Consultons son journal : « Paris, 17 janvier 1944 : Le soir, chez les Schnitzler, rue des Marronniers. J’ai rencontré (…) le lieutenant de vaisseau von Tirpitz, le fils de l’amiral. Ce dernier nous dit avoir trouvé, parmi les papiers de son père, datant de l’autre avant-guerre, une foule de lettres écrites par des Juifs anglais et allemands haut placés, et que dans toutes, l’éventualité d’un conflit entre les deux empires était considérée comme un grand malheur. Ce qui, même du point de vue du simple intérêt commercial, paraît plus plausible que les racontars de leurs adversaires. » L’année précédente il écrivait, à Paris le 27 août : « Au cours de ces décennies, le Germain a été saisi d’une étrange morbidezza (…) Dans cet état, l’homme germanique a besoin, lui aussi, d’un mentor juif, d’un Marx, d’un Freud ou d’un Bergson, qu’il vénère comme un enfant — quitte à commettre ensuite contre lui l’acte d’Oedipe. Il faut savoir si l’on veut comprendre ce symptôme caractéristique qu’est l’antisémitisme de salon. » Pendant que le rouleau compresseur américano freudien de l’industrie du bien-être sans verticalité prenait de la vitesse…
Ernest Jünger chasse l’insecte. Il ausculte l’herbe folle et le calice du lis. Aime sa femme. A de nombreux amis. Fait des enfants. Cultive son jardin. Il participe à la révolution conservatrice de Weimar. Se tient à l’écart de la vie politique à la prise du pouvoir par les nazis. Écrit des milliers de pages. Lit la Bible. Cite Saint Jean : « Il faut que lui croisse et que je diminue (3.30). » dont le latin « Illum oportet crescere, me autem minui » dévoilerait mieux le sens.
Traité de Versailles de 1918. Blocus économique. Trou noir capitaliste de 1929. Le crédit de l’Allemagne est épuisé sur les grands marchés financiers dès 1930. Fin du régime bourgeois de la République de Weimar en 1933. Hitler prend le pouvoir. L’étalon or du commerce international ruine le pays. Une nouvelle économie fondée sur l’étalon travail des producteurs s’impose en Allemagne. L’Assemblée nationale du Front populaire, de gauche, vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain… « Kirchhorst, 22 avril 1942 : Avec les enfants dans le marais. Le petit a appelé le triton, qu’il voyait pour la première fois, un “lézard d’eau“, ce qui m’a fait plaisir plus que s’il l’avait appelé par son vrai nom : n’avait-il pas manifesté ce don de discernement qui est à la base de toute connaissance, aussi nécessaire que l’or à la base du papier-monnaie ? (…) Quelle solennité prennent les pas sur la tourbe humide, pénétrée de teintes rougeâtres ! On chemine sur des couches de pure substance vitale, plus précieuse que de l’or… » Puis : « Paris le 29 juin 1943 : (…) La grande pénurie des denrées et l’abondance des insectes ont provoqué un boom sur le marché des insectes desséchés — encore une conséquence singulière de notre situation économique. Pendant que meurent les branches maîtresses de l’arbre de l’économie, ses rameaux les plus éloignés se couvrent de fleurs. Sur toutes ces choses, j’aimerais avoir un entretien avec un expert en économie politique qui dépasserait les limites de sa science et aurait quelques idées sur la fiction de l’argent… »* Argent-fiction… Les « Travailleurs », ainsi appelle-t-il la classe qui advient, paieront la dette de guerre.
Lire les Carnets de guerre 14-18 et les Journaux parisiens 41-44 sustente plus subtilement que du média sans reliure. Ils ouvrent au choc entre éternité de l’âme et nihilisme ambiant. À l’alchimie du ciel et de la tourbe mêlés. Au contexte historique et à l’amour du prochain. À Markens grøde (L’éveil de la Glèbe) du Norvégien Knut Hamsun en 1921, Die Geächteten (Les réprouvés) de l’Allemand Ernst von Salomon en 1930, Le travail et l’usure de l’Américain Ezra Pound en 1933, La bataille de l’or en 1933 et La révolution européenne en 1942 du Français Francis Delaisi.
Jünger publie en 1939 Sur les falaises de marbre quand une souscription est lancée en France pour fleurir de rosiers la ligne Maginot… Pas de recherche formelle chez Jünger. Du sens. De la condition humaine — L’homme, l’animal, le végétal, le minéral concourant à la ronde des planètes. Son style ? Morale et justesse du ton. S’érigeant contre les exécutions d’otages : « Paris, 17 février 1942 : À propos de mauvais style. C’est dans les développements moraux qu’il est le plus visible, quand ces plumitifs de bas étage entreprennent de justifier des crimes tels que les exécutions d’otages. (…) C’est que précisément, le style se fonde, en dernière analyse, sur la justice. Seul, l’homme juste peut aussi savoir comment on doit peser le mot, la phrase. Pour cette raison, on ne verra jamais les meilleures plumes au service de la mauvaise cause. » Scrutant le secret féminin : « Paris, 2 octobre 1942 : Il y a dans toute vie un certain nombre de choses que l’homme ne confie pas, même à l’être le plus proche. Elles sont semblables à ces pierres que l’on trouve dans l’estomac des poules ; la sympathie n’aide pas à les faire digérer. (…) Des filles de la Terre, pour sûr. Elles cachent dans leur sein des sciences terribles et solitaires, comme celle de la paternité. Ce sont là, en pleine bourgeoisie, de véritables abîmes médéens. L’image de la femme, par exemple, qui voit son époux cajoler durant des années un enfant qui n’est pas de lui. »
Octobre 1943. Cent vingt mille Juifs vivent dans le ghetto de Lotz. Ils y travaillent pour l’armement. Les déportés affluent sans relâche des pays occupés. Les exécutions en masse ébranlent les nerfs des bourreaux. Des fours crématoires sont construits pour faire passer les victimes de vie à trépas. Elles sont asphyxiées par les gaz d’échappement des camions qui les transportent. D’autres, placées nues sur une plaque de fer sont électrocutées… Bombardements. Massacres de part et d’autre.
Hitler gesticule. L’élite, dont Jünger fait partie, complote. L’attentat contre le Führer rate. Exécutions ciblées. Suicides. La troupe sauve sa peau en essayant d’atteindre le garde-manger.
Des succursales sont montées à Chicago sur les ruines des villes. Le technicien remplace la morale par l’hygiène, la vérité par la propagande. Les liens spirituels sont des rapports techniques, la communion une communication. Le nom des familles, un pseudo. L’écu et le blason des maisons un logo amnésique. L’État athée n’a qu’une sorte de serments valables : les faux serments ! Le reste est sacrilège. Lucifer éblouit, le Diable divise et Satan broie… Mais le chaos est propice à la création. Jean : Il faut que lui croisse et que je diminue (3-30)… « Paris, 17 avril 1943 : Choix d’une profession. Je voudrais être pilote d’étoiles. » Destin, plutôt que choix, de chevalier blessé à cinq reprises durant la Grande guerre et dont la force vitale fait œuvre.
*
Paris. Jünger rencontre le monde des arts et de la littérature : Picasso, Braque, Bonnard, Cocteau, Céline, Léautaud, Jouhandeau… Il lit l’apocalyptique Léon Bloy, qui avait fait mettre sur sa carte de visite : « Entrepreneur de démolitions ». Achète des livres. En reçoit. Lit. Écrit son journal. Un essai : Appel à la paix.
Jünger notait dans ses Carnets de guerre : « 8/10/15. L’indifférence envers les morts est massive, à peine les infirmiers en ont-ils traîné un derrière le parapet suivant qu’on recommence à plaisanter et à rire. » … Un siècle a passé. Les morts se relèveraient-ils, tels des morts-vivants, pour rire des vivants ? Ernst Jünger nous conforte : « Paris, 31 décembre 1943 : De toutes les cathédrales, seule tient la voûte des deux mains jointes. En elle seule repose l’assurance. ».
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* C’est précisément ce à quoi travailla, dès 1917, Gottfried Feder, qui fut le créateur du Parti ouvrier allemand et qui lutta contre la servitude de l’intérêt du capital. Hitler lui tourna le dos en 1933 pour s’associer aux grands groupes industriels allemands.
Daniel Grenier
(Journal d’active 2014 – Nogent, 19 février)
©Les carnets d'eucharis
NOTICE BIO&BIBLIOGRAPHIQUE
Ernst Jünger est né en 1895 à Heidelberg. Héros de la Grande Guerre, il relate son expérience du front dans Orages d'acier, avant d'entreprendre des études de sciences naturelles et de philosophie, puis de se lancer dans le journalisme politique. Mais bien qu'incarnant un courant violemment nationaliste, il est hostile à Hitler et publie en 1939 Sur les falaises de marbre, roman allégorique dénonçant la barbarie nazie.
Tous ses journaux de guerre, de nombreux essais, dont Le Travailleur, et plusieurs romans ont paru chez Christian Bourgois. Très controversé en Allemagne pour son passé militariste, il connaît une vieillesse apaisée, vouée aux voyages et à l'écologie, et meurt en 1998 à 102 ans.

© Ernst JüNGER «Jardins et routes (journal 1939-1940) »
ISBN : 978-2-267-02605-4 | 304 pages, 8€
« Jardins et Routes (journal 1939 - 1940 »
Traduit de l'allemand par Maurice Betz, revue par Julien Hervier
Christian Bourgois Editeur, 2014
QUATRIEME DE COUVERTURE : Jardins et Routes succède à Feu et Sang. Le héros de la Grande Guerre achève de rédiger Sur les falaises de marbre, parabole sur le triomphe de la barbarie, puis il part pour la « drôle de guerre », où les deux adversaires se figent dans une étonnante immobilité. Lui-même ne s'illustrera qu'en sauvant un blessé. Dans sa hutte de roseaux, de l'autre côté du Rhin, il observe les lignes françaises par un hiver glacial et s'immerge dans les grands rythmes de la nature, en attendant le déclenchement de l'Apocalypse.
Ce sera l'offensive foudroyante de juin 1940 ; cheminant à marches forcées derrière les blindés victorieux, il n'en verra rien, sinon les images sinistres qui jalonnent la déroute française. Secourable aux prisonniers encore sous le choc, il s'interroge sur l'esprit du paysage et sur ceux qui lui ont donné forme, ces anciens vainqueurs qu'a balayés « l'étrange défaite ».
Rayonnement – ce titre tient tout d’abord compte de l’impression produite sur l’écrivain par le monde et ses objets, le fin réseau de lumière et d’ombres que ce monde crée. Multiples sont les objets, souvent contradictoires, souvent même polarisés, comme « Est et Ouest » et comme d’autres grands thèmes de notre monde qui s’entrelacent dans notre être intérieur.
Il existe aussi des rayonnements clairs et obscurs. Totalement obscurs sont les vastes lieux d’épouvantes qui ont surgi dans ce monde depuis la fin de la Première Guerre mondiale, et qui prennent une extension sinistre. Ce sont eux qui jettent une ombre sur la plus petite de nos joies.
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Kirchhorst, 1er juin 1939.
Le vieux chêne abattu près de Groβhorst. Nous y allons par de chauds après-midi et nous y faisons notre chasse subtile. Les cérambycidés, de velours noir, avec des bandes d’hiéroglyphes de velours jaune. Dans leur ardeur à se couvrir, ils errent sur l’écorce chaude, titubant de fougue amoureuse et de soleil, s’attardent encore quelques instants après s’être séparés, comme éperdus, puis s’envolent rapidement. Ensuite le Phymatodes rouge, en feutre pourpre, que je n’avais rencontré jusqu’alors qu’une seule fois, en 1915, près de Saint-Léger, en France. En outre les buprestidés dont le Chrysobothris est le plus joli spécimen. Il déploie ses élytres, couleur d’airain, avec des creux dorés, sous lesquelles paraît la seconde paire d’ailes, semblables à des dessous de soie verte et brillante. Et beaucoup d’autres encore.
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Neufchâteau, 25 mai 1940.
Le matin, nous faisons route par Martelange. Là-bas le pont est détruit, ainsi que beaucoup de maisons, sans doute à la suite d’explosions de mines. Çà et là on revoit déjà les paysans travaillant dans leurs champs. Est-ce confiance, est-ce un instinct d’insecte, qui pousse l’homme en pleine destruction à se remettre infatigablement à l’œuvre ? Tout en notant cette pensée, je me réponds à moi-même non sans amusement : « Et toi, ne tiens-tu pas ton journal ? »
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© Ernst JüNGER «LA CABANE DANS LA VIGNE (journal 1945-1948) »
ISBN : 978-2-267-02611-5 | 512 pages, 10€
« La cabane dans la vigne (journal 1945 - 1948 »
Traduit de l'allemand par Henri Plard, révisé par Julien Hervier
Christian Bourgois Editeur, 2014
QUATRIEME DE COUVERTURE : Renvoyé dans ses foyers avant la fin de la guerre, Jünger assiste à l'agonie du Troisième Reich dans un vieux presbytère bondé de réfugiés, fuyant les bombardements et l'arrivée des Russes. Les villes allemandes flambent dans le feu du phosphore et quelques fanatiques voudraient voir le monde disparaître avec eux. Jünger ordonne de cesser toute résistance à l'arrivée des premiers chars américains ; ému, à l'exemple du prophète Isaïe, par l'image de la « Cabane dans la vigne » cernée par les ennemis victorieux, il tente de puiser dans les limites de son univers familier la force de surmonter l'épreuve.
La vie reprend petit à petit : il y a le bois à casser pour l'hiver, le jardin à cultiver, les survivants à revoir. Refusant de désespérer devant l'ampleur du désastre, Jünger espère que notre monde, parvenu au point zéro du nihilisme, saura le dépasser et connaîtra une nouvelle naissance.
SITES À CONSULTER
& autres ouvrages sur Ernst Jünger
LES DOSSIERS H
(Ernst Jünger)
Sur le site : L’âge d’homme Editions
| © Cliquer ICI
ERNST JÜNGER
(Biographie de Julien Hervier)
Sur le site : Editions Fayard
| © Cliquer ICI
15:09 Publié dans Daniel Grenier | Lien permanent | Commentaires (0) |
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Carte blanche aux Editions du Petit Pois
CARTE BLANCHE
Aux éditi•ns du Petit P•is
Poésie contemporaine
SAMEDI 22 MARS 2014
à 17h
La Librairie Le Chant de la terre
16 rue Joliot Curie
30130 Pont-Saint-Esprit
Trois duos d'auteurs en lecture pendant vingt minutes chacun :
Arnaud Savoye et Nathalie Riera
Vincent Calvet et David Zorzi
(présentation des livres de la collection Correspondances)
Stéphan Causse et Cécile Boisson
Arnaud Savoye, Nathalie Riera, Vincent Calvet, Stéphan Causse
Les lectures seront entrecoupées d’entretiens.
La rencontre sera suivie d'une signature et d'un apéritif.
Sur le site : Les Editions du Petit Pois
| © ICI
Sur le site : Librairie Le Chant de la Terre
| © Cliquer ICI
Sur le site : Les Amis du Chant de la Terre
| © Cliquer ICI
14:42 Publié dans LECTURES PUBLIQUES, Nathalie Riera | Lien permanent | Commentaires (0) |
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26/02/2014
Les écritures croisées : rencontre/hommage JULIO CORTAZAR
Les Écritures Croisées
vous invitent à la rencontre / hommage

Julio Cortázar
Comment lire Julio Cortázar aujourd’hui
avec
Aurora Bernárdez-Cortazár
(traductrice, épouse de Julio Cortazár)
Raquel Thiercelin-Mejias
(Maître de Conférences honoraire au département d’études hispaniques
et hispano-américaines de l’Université de Provence, traductrice)
Carles Alvarez Garriga
(critique littéraire, éditeur)
Juan Manuel Bonet
(Écrivain, poète, critique d’art, directeur de l'institut Cervantés à Paris).
Guy Scarpetta
(Romancier, essayiste et universitaire)
lecture par Anne Alvaro (comédienne)
Interprétariat Claudine Rimattei
Mercredi 19 mars 2014 à 18 h 00
Amphithéâtre de la Verrière / Cité du Livre
Aix-en-Provence
ENTRÉE LIBRE
CONTACT : LES ÉCRITURES CROISÉES
ecriturescroisees2@yahoo.fr - Tél. 04 42 26 16 85
Julio Cortázar est né en Belgique en 1914 ; il grandit en Argentine où sa famille fait son retour en 1918. Dès son enfance, la lecture lui donne la sensation de s’affranchir du temps et de l’espace. “Il y a eu un monde parallèle, perméable, mêlé au monde de tous les jours, celui de l’école et de la maison, et moi j’évoluais de l’un à l’autre”. Le fantastique est pour lui une perception plus qu’une idée abstraite ; il n’a pas de rapport conventionnel au langage : les mots ne servent pas seulement à nommer, mais forment une matière vivante. De 1928 à 1935, il étudie à l’École normale de Buenos Aires, découvre la littérature contemporaine européenne, le surréalisme et l’écriture automatique. À 21 ans il obtient le diplôme de professeur de lettres, enseigne et traduit des textes de fiction. Opposant au gouvernement de Perón, il s’installe définitivement en France en 1951, travaillant comme traducteur à l’Unesco. À partir des années 60, Cortázar est une figure majeure de la littérature latino-américaine. Auteur engagé, il soutient la révolution cubaine et s’oppose aux généraux Pinochet et Videla. Julio Cortázar publie plusieurs romans dont Les Armes secrètes, Tous les feux le feu, Lelivre de Manuel ou Marelle qui est une œuvre littéraire expérimentale, mélange de monologue intérieur, d’humour irrévérencieux, de prouesses techniques et de langage novateur et poétique, permettant au lecteur de choisir entre une lecture linéaire et une lecture non linéaire. En 1981, il reçoit la nationalité française. Il meurt de leucémie le 12 février 1984 à Paris. Parmi les adaptations cinématographiques de ses œuvres, il faut noter Blow-up d’Antonioni et Le GrandEmbouteillage de Comencini.

17:35 Publié dans Julio Cortazar, VIDEOS, ANIMATIONS, DOCUMENTAIRES | Lien permanent | Commentaires (0) |
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