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08/03/2014

Génica Athanasiou

 

 

 

 [Génica Athanasiou, 1921]

| © Man Ray

 

 

 

J’ai quelques souvenirs personnels de l’Antigone de Jean Cocteau. J’incarnais dans cette « tragédie en réduction » le rôle du devin Tirésias, Charles Dullin tenait celui de Créon et Génica Athanasiou était Antigone.

Si dans cette pièce il y eut un triomphe vraiment humain, c’est à la tragédienne Génica Athanasiou qu’il revint pour son interprétation d’Antigone.

Jamais je n’oublierai la voix dorée, frémissante, mystérieuse, de Génica Athanasiou-Antigone en train de faire ses adieux au soleil.

Sa plainte venait d’au-delà du temps, et comme portée par l’écume d’une vague sur la mer Méditerranée, un jour inondé de soleil ; cela ressemblait à une musique de chair qui se propagerait à travers des ténèbres glacées. C’était réellement la voix de la Grèce archaïque, quand du fond du labyrinthe Minos voit se cristalliser soudain le Minotaure à la chair virginale.

 

 

Antonin Artaud, Messages révolutionnaires, Gallimard, 1971

Partie II de l’ouvrage, in Le théâtre d’après-guerre à Paris

 

 

 

Charles Racine, Légende Posthume

 

 CHARLES RACINE

 

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© Poète suisse francophone

 

 

Charles Racine / 1927-1995

 

LÉgende Posthume

 Avec une préface d’Yves Peyré

Éditions Grèges

 

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 [contact]

greges@greges.net

Éditions Grèges
Village des arts - 34800 Octon

tél : 04 67 8824 83

 

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Commentaire de l’éditeur

 

Ce volume rassemble la majorité des poèmes que Charles Racine a publiés de son vivant, en livres ou en revues, en les présentant sous une forme originale. Nous nous sommes pour cela inspirés de divers projets de publication qui ont jalonné la vie du poète qui, depuis Sapristi (1963) et surtout Buffet d’orgue (1964), n’aura cessé de reprendre ses poèmes. Légende posthume comprend deux grands cycles. Le premier, le plus important en nombre de publications et de variations, s’intitule « Le sujet est la clairière de son corps ». Si ce titre fut également celui que Racine choisit pour l’ouvrage publié dans la collection « Argile » de Jacques Dupin, en 1975 aux éditions Maeght, il faut savoir qu’il ne s’agissait là que d’une sélection de poèmes pris dans un ensemble plus vaste et des projets préparatoires portant déjà ce titre. Pour concevoir ce cycle, nous nous sommes principalement inspirés d’un de ces tapuscrits antérieurs à cette publication, datant de 1972, et présentant l’avantage de proposer la somme la plus complète et la plus originale de sa poésie, pour cette période allant des années quarante au tout début des années soixante-dix. Elle contient la plupart des poèmes publiés jusqu’alors, dans une version ou une mise en page parfois modifiées, ainsi que des inédits qui connaîtront, pour la majorité d’entre eux, une publication postérieure : en 1975 chez Maeght, ou en 1977 dans le premier numéro de la revue Po&sie de Michel Deguy. L’importance de ce tapuscrit, son originalité, est qu’il apparaît comme un moment charnière pour cette première période de son œuvre, la plus féconde en publications : c’est le sens de cette « version originale » que nous proposons, tout à la fois inédite et originelle (i.e. à l’origine de publications ultérieures), où la plupart des poèmes qui ont fait connaître cette œuvre se retrouvent réunis en un même ensemble cohérent. Ce tapuscrit de 1972 est par ailleurs rythmé par trois poèmes-titres (« Saisir le lieu dont le corps est écarté », « Le poème bâtisseur », « l’indivis polémique est l’arme du combat ») qui forment au sein du cycle des sections spécifiques. Afin de rendre à ce cycle toute sa fonction et sa valeur de somme des publications de cette période, et pour rester fidèles à d’autres projets de recueil proposant parfois d’autres variantes des mêmes poèmes, nous avons ajouté une dernière section, « Lettre infinie songe à sa ramure » (les derniers mots du poème « Je brûle des vaisseaux », dans sa nouvelle version), qui reprend des poèmes publiés mais non repris jusqu’alors ou qui propose d’autres versions publiées de poèmes déjà présents dans le cycle. Le deuxième cycle s’intitule « ROCHEPLUIE » et se présente comme la fusion de deux ensembles de poèmes publiés dans la revue Argile dirigée par Claude Esteban (aux éditions Maeght), respectivement sous le titre de « Légende forestière » (n° VIII, automne 75) et de « Rochepluie » (n° XXI, hiver 79-80). Cette réorganisation des deux cycles en un seul avait été décidée et agencée par le poète lui-même, qui tenait beaucoup à cet ensemble poétique. Précisons enfin que, pour toutes les raisons évoquées et même s’il présente à l’évidence de nombreux points communs, ce volume se distingue de la publication posthume Ciel étonné, éditée chez Fourbis en 1998 et aujourd’hui épuisée. Cet ouvrage, qui joua cependant un rôle très précieux dans la redécouverte de Charles Racine, avait été édité et préfacé par Jacques Dupin et de Martine Broda. Nous voulons ici leur rendre hommage.

 

 

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Charles Racine (1927-1995) est un poète suisse romand dont l’œuvre fut partiellement publiée de son vivant. Outre une plaquette, Sapristi (Zürich, Hürlimann, 1963), il publia sous son nom deux livres : Buffet d’orgue (Zürich, Hürlimann, 1964) et Le Sujet est la clairière de son corps (Paris, Maeght, 1975). Il collabora par ailleurs à de nombreuses et prestigieuses revues en France, dont Le Nouveau Commerce, La Traverse, L’Éphémère, Po&sie ou Argile. Il fut ainsi le contemporain ou l’ami de nombreux poètes qui écrivirent l’histoire de la poésie des années 60 et 70, comme Jacques Dupin, André du Bouchet, Jean Daive ou Michel Deguy, et fut soutenu par d’éminents critiques tels Georges Poulet ou Jean Starobinski, pour ne citer que quelques noms.

 

SITE À CONSULTER

 

[CIEL ETONNÉ/LE SUJET EST LA CLAIRIÈRE DE SON CORPS]

Extraits

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JONATHAN LITTELL Triptyque, Trois études sur Francis Bacon

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UNE NOTE DE NATHALIE RIERA

 

 

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Triptyque - Trois études sur Francis Bacon
JONATHAN  LITTELL

 

Gallimard, coll. "L'Arbalète", 2011

 

 

 

Francis Bacon | © 1909-1992

 

 

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■■■ Admiratif de l’œuvre de Francis Bacon, l’écrivain Jonathan Littell se consacre à Triptyque – Trois études sur Francis Bacon, qui réunit trois essais sous les intitulés « Une journée au Prado », « La grammaire de Francis Bacon », et « La Vraie Image ». Une visite au Musée de Madrid, à l’occasion d’une rétrospective des œuvres du peintre, en sera la source, avec pour fil conducteur les visites régulières de Bacon à la fin des années 40, durant les jours de fermeture du musée, avec la complicité de la conservatrice Manuela Mena Marqués. Durant ces visites privilégiées, toute l’attention du peintre était uniquement portée sur les deux maîtres espagnols Francisco Goya et Diego Vélasquez : « il s’approchait tout près des toiles et les détaillait longuement, sans un mot. Il les connaissait par cœur. » Des « Peintures Noires » de Goya, on retrouve chez Bacon ce procédé « qui consiste à tracer le contour d’un corps avec une couleur vive ». De la Vénus de Vélasquez et du « El Tres de Mayo » de Goya, il aura appris « sa manière de réduire les coups de pinceau au minimum », peindre avec littéralement rien.

Sur l’anti-représentation de Bacon, dans son étude « Logique de la sensation, Francis Bacon », Gilles Deleuze cite « Le Dépeupleur » de Beckett : « arracher la figure au figuratif ». Pour Mickaël Hayat * : « La peinture de Bacon manifeste la coextensivité du concret et de l’abstrait dans le pouvoir de la figuration à servir un art non « figuratif » (au sens de la représentation classique), pour rendre visible non seulement les forces d’où émergent les formes, mais aussi et ici surtout, qui les déforment et en révèlent la puissance et la violence. »

 

* Représentation et anti-représentation : des beaux-arts à l’art contemporain. 

 

 

Nathalie Riera, mars 2014

© Les Carnets d’Eucharis

  

 

 

Présentation de l'éditeur :

Ce livre, richement illustré, signe la rencontre entre Jonathan Littell et la peinture de Francis Bacon (1909-1992). Une oeuvre qui le passionne depuis longtemps et qu'il a eu l'occasion d’étudier en profondeur lors de la dernière grande rétrospective qui a eu lieu en 2009-2010 en Espagne, en Angleterre, puis aux Etats-Unis.

A l'image des célèbres triptyques de Bacon, ce livre est divisé en trois parties, à la fois indépendantes et complémentaires. La première est la description d une journée passée à regarder les tableaux de Bacon dans le musée du Prado, non loin des toiles de Vélasquez et de Goya. La deuxième décèle des correspondances cachées entre les figures que peint Bacon au cours de sa carrière. Les portraits éblouissants de l'amant de Bacon, George Dyer, peints avant et après son suicide en 1971, forment le fil conducteur de cette réflexion. La troisième met en perspective la peinture de Bacon et la peinture des icônes, pour aborder la question de la représentation de la vérité en peinture.

 

 

 

■■■Jonathan Littell

Ecrivain né en 1967 à New York. Il vit actuellement en Espagne. Son roman Les Bienveillantes (collection blanche, 2006, Folio n° 4685) lui a valu le prix Goncourt et le Grand prix du Roman de l’Académie française. Il a également publié aux Éditions Gallimard Le Sec et l’humide - Une brève incursion en territoire fasciste (L’Arbalète/Gallimard, 2008) et Tchétchénie, an III (Folio documents n° 50, 2009). Il signe également régulièrement des reportages dans la presse.

 

 

 

 

 « Francis Bacon passera sa vie entière à peindre des corps, à tenter de saisir les sensations les plus secrètes des corps humains, de représenter précisément ce que ça fait d’habiter ce corps-là, ce jour-là. Et souvent, par la grâce de son imagination technique et de son abandon au hasard, de son infinie tendresse et de son amour dénué de toute pitié dans le regard et dans l’application de la peinture, il y parviendra : et ce que l’on voit sur une toile de Bacon n’est pas ce à quoi un corps ressemble, chose qui n’avait aucun intérêt pour lui, mais ce qu’un corps ressent, ressent dans sa peau et ses os et ses fibres tandis qu’il fait ce qu’il fait à ce moment-là, se tenir debout, marcher, fumer, chier, copuler, se tordre d’angoisse sur un matelas ou de désespoir sur une chaise, mourir. C’est ce qui fera de Bacon le plus grand peintre de la chair depuis Rembrandt (…) Ses critiques et ses spectateurs voyaient en général dans ses figures des créatures déformées, tordues, martyrisées (« Très souvent les gens que vous peignez sont beaux, avance le critique français Franck Maubert dans une émission télévisée de 1987, et une fois peints ils sont laids »), sans se rendre compte que ces déformations furieuses étaient précisément indispensables pour transformer des gens beaux en de beaux tableaux. » (p.24/25)

 

 

(EXTRAIT)

 

06/03/2014

Marcelin Pleynet, "L'étendue musicale" (une lecture de Pascal Boulanger)

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 UNE LECTURE DE PASCAL BOULANGER

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L’étendue musicale
MARCELIN PLEYNET

Editions Gallimard, coll. L’Infini, 2014

 

Site officiel | © http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/L-Infini/L-etendue-musicale

 

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■■■ D’un livre à l’autre et quelque soit les registres d’écriture, Marcelin Pleynet nous donne à lire une odyssée du nom propre. A l’affirmation du non (sous couvert du oui) son oeuvre ne cesse d’opposer l’affirmation du Nom dans l’éclat du oui. N’est-il pas fidèle au foyer fixe de ses désirs : les livres, la peinture, la musique – la poésie en somme – celle qui mêle le combat musical à la maîtrise du temps, définit l’assomption dans l’être sous le mode de la kénose. Car il s’agit bien de se vider de l’asservissement au contrat social et de choisir une traversée solitaire et sensible se chargeant, par l’oreille et par la voix, de faire résonner l’infini. Pour être l’hôte de l’étendue musicale qui fait vivre et vivre en dehors du désenchantement général, Pleynet invente l’art du déplacement, à partir duquel la circonférence est partout et le centre nulle part. Les premières messes à San Francesco della Vigna, les Vêpres de la Vierge de Monteverdi, la bibliothèque Marciana, L’Annonciation de Titien dans l’église de San Salvador, les frontons de Palladio, l’étendue des îles qui s’éclairent… Voici Venise, autrement dit, plus besoin de chercher ce que l’on croyait perdu. Le réel apparaît immédiatement possible – sans commencement et sans fin – dans la mobilité et la clandestinité et il devient facile d’être léger et délié. Pour ne pas mourir sur les saisons, il faut atteindre le point central de l’intériorité qui témoigne sur la beauté des choses. Dans la célérité des signes, la phrase de ce roman mène jusqu’à l’irisation de la pensée, jusqu’au  vaste ciel de Venise à peine bleuté, lumineux, transparent. Jamais l’écriture de Pleynet n’a été autant détachée des rumeurs et des ressentiments de l’histoire. L’absence de décision ruine tout lien, la vie secrète, la vie d’esthète demeure la vraie vie.

Pascal Boulanger, mars 2014 © Les Carnets d’Eucharis

 

■■■MARCELIN PLEYNET

Né le 23 décembre 1933 à Lyon, poète, romancier, critique d'art et essayiste français. Il a publié un grand nombre de volumes de poésie, deux romans et six volumes de Journaux. Titulaire de la chaire d’esthétique à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris de 1987 à 1998, il a été directeur gérant de la revue Tel Quel de 1962 à 1982.

 

SITE À CONSULTER

Sur le site : Marcelin Pleynet| ©  Cliquer ICI