Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

21/02/2014

Gueorgui Pinkhassov

 

 

 

Gueorgui Pinkhassov | ©  Cliquer ICI

 

Tararira : le film perdu de Benjamin Fondane

●●●

 

 

L’ATELIER DE LA CRÉATION

 

 Accueil

…

Tararira : le film perdu de Benjamin Fondane


d’Andrea Cohen et Gaël Gillon

Photographie de tournage de TARARIRA

© Archive d’Olivier Salazar-Ferrer

 

 

Site officiel | © France-Culture

 

 

 

 

 

____________________________________________________________________________

 

 

■■■ Cet atelier évoque  l’histoire incroyable de ce film perdu, tourné à Buenos Aires en 1936 par Benjamin Fondane, (1898-1944)   poète et philosophe roumain installé à Paris. La grande dame des lettres argentine Victoria Ocampo, dans son livre « En Témoignage »,  rappelle  la venue à Buenos Aires de l’écrivain à son initiative. C’est grâce à elle et aux membres du quatuor  Aguilar que Fondane pourra  réaliser  un  film, conçu dans un esprit totalement  dadaïste. «  Si j'étais libre, vraiment libre, je tournerais un film absurde, sur une chose absurde, pour satisfaire à mon goût absurde de liberté” avait déclaré Fondane en 1933. Quand le montage a été  terminé Fondane est retourné en  France, son pays d’adoption. Pour des raisons ignorées, le film n’a pas été distribué. Toutes les tentatives de Fondane pour le récupérer  échoueront et les copies existantes     (à Paris et à Buenos Aires)   disparaîtront après la guerre. On imagine que  si Tararira avait été une réussite, Benjamin Fondane aurait pu s’installer en Argentine  et éviter sa fin  tragique, dans une chambre de gaz  Auschwitz en 1944...

Pour retracer l’histoire du   film  nous entendrons  les  témoignages des spécialistes de l’œuvre de Fondane et de son activité de cinéaste  et la lecture  des fragments des lettres que l’auteur a  envoyé    à sa sœur et sa femme pendant le tournage.

 

À propos du film Tararira (1936)

Tararira est le seul film réalisé entièrement par Fondane à Buenos Aires pendant l’été 1936. C’est un long-métrage noir et blanc tourné en 35 mm, produit par la Falma Film dirigée par Miguel Machinandiarena. Le scénario en espagnol met au premier plan les quatre musiciens entraînés dans une série d’aventures burlesques, interprétés par les musiciens d’un célèbre quatuor de luths des années 1930 (Pepe, Paco, Ezequiel et Isabel Aguilar). La musique du film, écrite par Paco Aguilar, est composée d’adaptations pour luths de Mozart, Haydn, Albéniz, Ravel, Brahms ou de mélodies yiddish.

 

Invités

Olivier Salazar-Ferrer, Ramona Fotiade, Michel Carassou (spécialistes de l’œuvre de Benjamin Fondane et responsables de l’Association Benjamin Fondane) :

http://www.benjaminfondane.org/association-benjamin-fondane.php

Antonio Navarro, luthiste, fondateur du nouveau quatuor Paco Aguilar qui a repris la formation et le répertoire du quatuor Aguilar

Silvia Baron Supervielle, poète, auteur de la préface du livre de Victoria Ocampo «  En témoignage »

 

Et les voix  de Victoria Ocampo, interviewé en France  par Viviane Forester en 1971

Et de Chola Asencio,  interviewé  à Buenos Aires  par Eve Grilliquez  en 1997 à propos du film Tararira dans lequel elle a participé en tant que comédienne.

 

Textes lus par Patrice Bornand et Clara Chabalier

 

Musiques  enregistrées par le quatour Aguilar entre 1930 et 1940 (archives d'Olivier Salazar-Ferrer)

 

Musiques du film "Tararira" enregistrées par le nouveau quatour  "Paco Aguilar" (direction Antonio Navarro)

 

Musique originale: "Palettes"  d'Andrea Cohen

Instrumentistes :

Elena Andreiev (violoncelle)

Yaïr Benaïm (violon)

Francisco Luque (guitare)

Carol Robinson (clarinette)

 

Archives sonores : INA et Olivier Salazar Ferrer.

Un grand merci à Olivier Salazar Ferrer pour son aide précieuse.

Remerciements aussi à Gonzalo Aguilar, et à Esther Casado.

 

 

19/02/2014

Camille de Toledo, L'inquiétude d'être au monde, éd. Verdier (une lecture de Geneviève Liautard)

●●●

 

 

UNE LECTURE DE Geneviève Liautard

 

 

…

L’inquiétude d’être au monde
Camille de Toledo

 

Editions VERDIER, 2012

Collection Chaoïd

 

 

 

 

Site officiel | © http://www.editions-verdier.fr/v3/oeuvre-linquietudedetreaumonde.html

 

 

 

____________________________________________________________________________

 

 

■■■ L’auteur de ce chant met le doigt sur ce point sensible de notre cœur et appuie de toutes ses forces pour briser la concrétion qui en obstrue l’accès.

 

Quelle force dans ce recueil qui mêle prose et poésie dans une forme très libre dont on pourrait au premier abord se demander si elle est bien utile.

Mais bien sûr qu’ils sont utiles ces vers dont le rythme, la musique, les mots diffractés, réveillent -    si besoin était encore après avoir lu : Je pense au père qui attend son enfant, le soir, et prie, en silence. Il ne croit pas en Dieu.

Quelque chose va avoir lieu, va ressurgir, nous le pressentons, quelque chose de terrible que nous avons oublié, que nous avons relégué au plus profond, quelque chose d’essentiel pourtant. Le visage du père… le visage d’Anna… Ettore !... là où il était, il ne reste que l’effroyable vide… voilà ce que Camille de Toledo nomme inquiétude et dès le début de ce livre, nous savons qu’il parle de nous et de ce que nous ressentons tous à des degrés divers dans nos vies, de ce qui empoisonne ce début de siècle. Cet impossible apaisement qui grandit avec l’âge il vient de loin, il suffit de se souvenir…

Du temps où l’homme était encore au centre, la nature maîtrisée, paisible… souvenir, nostalgie ! Que s’est-il passé pour que l’inquiétude se glisse ainsi dans le corps des choses ?

L’inquiétude est le nom

que nous donnons à l’impermanence

 

Et s’en suit ce que nous pressentions, le triste cortège des horreurs passées et présentes qui ont fait et continuent à faire de ce continent, un continent d’assassins.

Camille de Toledo parle en son nom de l’Europe, de son histoire, de ses langues. Et de ces dernières, il se méfie : langues impériales, coloniales, nationales, où l’on sait plus qu’ailleurs, comment les mots fabriquent des tueurs,

-et voilà qu’il agite devant nos yeux des images que notre société, passé l’effroi de la révélation, s’empresse d’oublier tant nous sommes abreuvés, par l’entremise des écrans, de massacres au quotidien : une île de Norvège, une école aux Etats-Unis ; il remonte l’Histoire, Grande Guerre, Shoa, élargit le spectre aux caprices de la terre…-

 

Il en parle sans concession,

 

Car l’Europe persiste,

supérieurement honteuse

de ce qu’elle a pu dire : Nous sommes, nous,

tandis que vous n’êtes pas.

...

...

Vous n’êtes rien, Nègres ou Juifs ou Indiens

vous n’êtes pas digne de brûler

dans le foyer de l’être.

 

Europe où des bêtes dociles sont abreuvées par les mots nations, identités, assurances, médicaments. Mots de clôtures qui, d’une main, attisent les peurs, et de l’autre, offrent les services de leurs chiens.

 

 

Et puis ce leitmotiv,

Comment est-ce arrivé ?

 

Orgueil, éloignement, indifférence, alors qu’il faudrait re-lier le mot Terre et le mot Homme

Comme dans le Cahier de Césaire

par le trait-d’union. Dans l’antre des langues

qui porte la mémoire de notre immersion.

 

alors qu’il faudrait se réinscrire

dans le cycle des naissances

et des disparitions.

 

et qu’il ne faudrait pas chercher de faux remèdes à notre inquiétude.

 

La consolation est la grande tentation du siècle débutant.

 

Ne cherchons pas dans le monde la parole, le mot, la figure de la consolation. Essayons de nous tenir, dans l’inquiétude, sans nous soumettre. Ne déléguons plus nos vies aux consolateurs.

 

Malaise

 

J’ai vu après le massacre de Colombine

aux Etats-Unis, les gamins s’emparer

du joystick de la simulation

…

… pour se guérir

de l’effroi, de l’inquiétude

 

Nous ne sommes plus dans le phénomène de catharsis des tragédies antiques où il ne faisait aucun doute sur le bien et le mal, le bon et le méchant. Aujourd’hui, les/nos enfants peuvent endosser tout aussi bien la tenue du premier que du second souvent bien plus attractive.

 

Camille de Toledo pousse le trait jusqu’à l’extrême. Son poème s’ouvre sur l’angoisse de perdre un enfant et se referme sur l’enfance en criant à non assistance à personne en danger.

 

Les gamins ne croient plus ce qu’ils voient.

Ils savent que tout, désormais

Est susceptible de se métamorphoser.

 

Qui prépare les enfants  à ce temps nucléaire ?

 

Ce trentenaire est lui-même concerné. Lui qui est né bien après les catastrophes inscrites dans les mémoires, dont il est pourtant lourdement chargé, s’autorise à dire :

Nous ne sommes pas préparés.

Voilà la grande faute.

 

comme si la génération de ses grands-parents l’avait été par la force des choses, ayant vécu la/les guerres, celle de ses parents nés dans un pays apaisé, n’ayant pu/su opérer cette transmission.

 

Le lecteur pris à témoin tout au long de ces pages, est invité/accueilli dans une forme de sagesse résignée : nous ne demandons rien d’autre qu’un peu de paix.

 

Mais cette prière, nul n’est là pour l’entendre…

 

…sauf le poète dont il a endossé le rôle et qui porte à bout de langue l’espoir en forme d’utopie.

 

 

***

 

Camille de Toledo nous dit :

 

"Ce texte, écrit pour la Maison du Banquet et des générations, a été lu le 8 août 2011 à Lagrasse. La décision de le publier est indissociable, en moi, d'un espoir de voir les mots agir sur et dévier l'esprit contemporain de l'Europe."

 

Le 8 août, soit 15 jours après la tuerie d’Utoya.

 

 

Geneviève Liautard

24 janvier 2014

© Les Carnets d’Eucharis

 

____________________________________________________________________________

 

 

■■■Camille de Toledo de son vrai nom Alexis Mital, né le 25 juin 1976 à Lyon (France) est écrivain mais aussi vidéaste, musicien et photographe.

 

 

 

 

Camille de Toledo | ©  Ghila Krajzman

 

 

L’inquiétude est le nom que nous donnons à ce siècle neuf,
au mouvement de toute chose dans ce siècle.
Paysages
 ! Villes ! Enfants !

Voyez comme plus rien ne demeure.
Tout bouge et flue.
Paysages
 ! Villes ! Enfants !
L’inquiétude est entrée dans le corps du père qui attend son fils,
comme elle s’est glissée, un jour, dans le corps des choses.
C’était hier. C’est aujourd’hui.
Ce sera plus encore demain.
L’inquiétude de l’espèce, des espèces,
et de la Terre que l’on croyait si posée,
qui ne cesse de se manifester à nous,
sous un jour de colère, au point qu’on la croirait
froissée ou en révolte.

 

 

 

 

 

 

Jean-Louis Giovannoni - Voyages à Saint-Maur, Champ Vallon 2014 (une lecture de Tristan Hordé)

●●●

 

 

UNE LECTURE DE TRISTAN HORDÉ

 

 

…

Voyages à Saint-Maur
JEAN-LOUIS GIOVANNONI

 

Editions CHAMP VALLON, 2014

 

 

 

 

Site officiel | © http://www.champ-vallon.com/Pages/Pagesrecueil/Giovannoni1.html

 

 

____________________________________________________________________________

 

 

■■■ Le pluriel du titre oriente vers des relations anciennes qui conduisaient le lecteur vers les Amériques ou le Moyen Orient (Voyages à Athènes, Constantinople et Jérusalem, 1602-1605), ou l'on peut penser à ces explorations des ressources et du patrimoine d'une région (Louis Jouve, Voyages anciens et modernes dans les Vosges, 1838), mais Saint-Maur n'est pas en Martinique ou dans l'Océan Indien, c'est une ville du Val-de-Marne. Il ne s'agit donc pas de voyages dans l'espace, mais dans le temps, le récit débuté au printemps 1981 s'achève le 21 décembre 2012. Sont mêlés les parcours réels dans la ville (seulement les cinq premiers voyages) et les souvenirs reconstruits ou imaginés, notamment à partir de photographies, l'une achetée aux Puces et quatre prises par la mère du narrateur. Le récit est précédé d'un croquis avec la légende « La commune de Saint-Maur-des-Fossés est quasiment encerclée par la Marne... », le dernier "voyage" rappelle, grâce à la vue aérienne, « La Marne entoure Saint-Maur » : fin des voyages comme si rien n'avait bougé.

  

   On sait, par le poème Mère1, l'importance qu'a eue pour Giovannoni sa mère, morte en 1974,  dans sa décision d'écrire, et ce n'est pas hasard si le premier chapitre est introduit au présent par l'annonce de son décès et l'indication de son adresse, but du voyage : « Ma mère est morte. Elle habite au 23, avenue Jean-Jaurès », et l'ensemble du récit est organisé autour de ce lieu qui semble pourtant ne pouvoir être atteint. Le narrateur ne s'y rend pas au cours du premier voyage, non plus lors du second :  « Impossible d'aller au 23 », « Je saute le 23 ». Pour le troisième, les choses sont plus simples, le narrateur ne sort pas de chez lui et un poème titré "Le corps immobile", précède une plongée dans les souvenirs. Ce n'est que pendant le quatrième voyage qu'il pousse le portail du "23", ce qui déclenche (« C'est parti" ») un flot de souvenirs d'enfance. Le "23" ne réapparaît que dans le dernier chapitre où le narrateur retourne dans un Saint-Maur virtuel à l'aide de Google Maps ; alors : « Le 23. / Je monte le curseur. / Impossible d'entrer. L'image se brouille. »

   Ces retours à Saint-Maur ne sont que très partiellement dans un présent et encore se limitent-ils à quelques endroits, énumérés dans le dernier chapitre, notamment le cimetière, la place Galilée, l'avenue Jean-Jaurès, la Marne et la passerelle — et le bus 111. Les quatre premiers parcours sont effectués en 1981 au rythme des saisons, du printemps à l'hiver, le cinquième en septembre 1982 ; ensuite, les repères temporels sont absents : tout se passe dans le passé des souvenirs, partiellement étayés par des photos. Parmi les images fortes se détache une figure féminine dont le portrait est à peine esquissé, celle de la grainetière chez qui le narrateur enfant, amoureux silencieux, venait acheter des pommes de terre ; elle lui a donné une brochure sur les nuisibles du jardin, ce qui a entraîné toute une série d'observations. Cette figure revient, présente absente dans un retour rêvé à Saint-Maur : la nuit, le narrateur voit dans la boutique des vêtements de la femme sur une chaise.

    Le narrateur observe, sans cesse, dans ses journées à Saint-Maur les modifications du paysage urbain. Mais le réel disparaît régulièrement et surviennent des faits étranges. Par exemple, une femme et un enfant le fixent dans le bus 111, se lèvent quand il se lève et le suivent quand il descend, mais il remonte très vite juste avant la fermeture des portes — s'agit-il du narrateur enfant et de sa mère dans un autre temps ? Auparavant, au cours du premier retour à Saint-Maur, quand il est sur les bords de la Marne, il note : « Tout le monde me regarde » ; plus loin dans le temps, il relève encore, « On me regarde ». L'enfant lui-même est guetté par le propriétaire du petit immeuble ou, d'une autre manière, par une voisine très âgée, Mme Yvette, dont le fils Dédé sort périodiquement de l'asile. D'autres éléments sont à la frontière du réel et de l'imaginaire, ainsi la masse d'écrevisses remontées de la Marne, la barque noyée..., et quand l'enfant se réfugie dans un appentis à l'abri des regards, c'est pour voir le monde à travers une vitre déformante qui, comme un kaléidoscope, transforme l'aspect des choses. Par ce biais, il réinvente à son gré l'univers : « je ne me lasse pas de faire et de défaire. Un monde en un clin d'œil. »

  

   Les lieux nommés existent — on peut aisément le vérifier —, l'espace est donc précisément délimité mais, ici et là, des énoncés, parfois très brefs, sans lien avec le contexte, accroissent le sentiment que la frontière entre réalité et imaginaire est très poreuse, ce que renforce l'absence de repères chronologiques et la construction même du récit, formé de courtes séquences souvent indépendantes les unes des autres. Le lecteur passe d'un jardin la nuit, où « Les objets articulent de petits cris », auxquels le narrateur répond, à une scène dans une chambre d'hôpital dans la séquence suivante et l'on peut imaginer qu'il s'agit des derniers moments de la mère. Le douzième et dernier voyage, entrepris en 2012 à partir de Google maps, ferme le récit. L'image sur l'écran de l'ordinateur ne suscite plus les souvenirs et puisque la ville ne peut plus être un mélange de réalité et de rêve, elle n'a plus à être : « Zoom arrière. / Saint-Maur s'enfonce. / Fermeture de session / en cours... »

 

Tristan Hordé, février 2014

© Les Carnets d’Eucharis

 

____________________________________________________________________________

 

SITE À CONSULTER

 

[Huitième voyage à Saint-Maur]

Sur le site : Terres de Femmes

| ©  Cliquer ICI

 

 

 

■■■JEAN-LOUIS GIOVANNONI

Ecrivain et poète français, né à Paris en 1950. Il a exercé le métier d'assistant social, pendant plus de trente cinq ans, dans un hôpital psychiatrique parisien. Il effectue aussi des lectures de poésie dans les prisons[]. Il fonde en 1977, avec Raphaële George, la revue Les Cahiers du doublequ'il codirige jusqu'en 1981. De 2005 à 2007, il est membre du comité de rédaction de Nouveau Recueil.

 

 

 

 

Juste pour situer

Voyages à Saint-Maur tourne autour du 23, avenue Jean-Jaurès, à Saint-Maur-des-Fossés où ma mère vivait dans un studio (fin des années 50, début des années 60) avec son chat Pompon et deux poissons rouges.
Un autre axe détermine l’avancée de ce livre
 : les photos d’un petit garçon de huit ans, retrouvées dans une boîte à chaussures. Cinq d’entre elles ont pour décor les bords de Marne (passerelle de la Pie, quai de Bonneuil), les deux autres ont été prises dans le jardin du 23, avenue Jean-Jaurès. Les dates sont précisées à l’arrière de chacune d’entre elles. Le photographe est ma mère. Une dernière photo représente un enfant inconnu ayant à peu près le même âge que le premier et faisant du surplace sur un vélo. Ce document a été acheté aux puces de Saint-Ouen dans les années 1980. Aucun prénom ou nom ne figure à l’arrière, si ce n’est la marque Kodak imprimée et la référence : B 546.

(EXTRAIT)

 

 

 

 

 



1 dans Jean-Louis Giovannoni, Garder le mort, suivi de Mère, préface de Bernard Noël, Fissile, 2009.

Jonathan Williams, Portraits d'Amérique (éd. Nous, 2014)

●●●

 

…

Portraits d’Amérique
JONATHAN WILLIAMS

 

Editions NOUS, 2014

NOW

 

 

 

 TRADUCTION  & EDITION |Jacques DEMARCQ

Introduction de Rachel Stella

Site officiel | © http://www.editions-nous.com/main.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

William Carlos Williams (1883-1963) dans son jardin, 9 Ridge Road, à Rutherford, New Jersey. Ce devait être vers la fin de l’automne 1961, quelque seize mois avant sa mort. À la fin de sa vie, le docteur avait perdu la rudesse qu’on lui attribuait, même si j’imagine qu’il a toujours été généreux, simplement exaspéré par la fréquentation d’un monde insensible. Il tenait sa force de sa vulnérabilité, de sa « féminité » dans un univers de mots et de fleurs. C’est un de ses attraits pour les nouvelles générations d’écrivains américains, hommes ou femmes. Je n’oublierai jamais la gentillesse qu’il a montré envers mes efforts de poète et d’éditeur débutants : « C’est une chose étrange, m’écrivait-il, que le “nouveau”, catégorie où je range ce que vous faites. D’abord ça choque, voire dégoûte un homme comme moi, puis au bout de quelques jours, ou d’un mois, d’un an, on se précipite l’eau à la bouche, comme devant un fruit, une pomme en hiver… »

(p.15)

 

Mina Loy (1883-1966) à Aspen, Colorado, en 1957. En 1921, Ezra Pound écrivait à Marianne Moore : « Et puis, entre nous, y a-t-il quelqu’un aux États-Unis à part vous, Bill [W. C. Williams] et Mina Loy, qui puisse écrire en vers un truc intéressant ?» Que s’est-il passé ? Les malheurs de sa vie privée ont fait disparaître Mina Loy. Jargon Press a publié son Lunar Baedeker & Time- Tables en 1958, sans grand écho ; puis en 1979, tout ce qui a pu être retrouvé de son meilleur livre, The Last Lunar Baedeker. Le problème, comme l’a écrit Rexroth, c’est qu’« elle a sans doute été ignorée du fait de l’exception absolue que constitue son œuvre. D’ordinaire, la poésie érotique est lyrique. La sienne est élégiaque et satirique. Elle est aussi drôle que Volpone ou le dénouement du Jin Ping Mei. Les gens n’aiment pas ce genre de poésie. » C’était une très belle femme d’une extrême intelligence. Sa tombe, dans un bosquet des Rocheuses, est peu visitée.

(p.16)

 

 

 

 

18/02/2014

Ritratti di Poesia - Nathalie Riera

●●●

12 février 2014

Ritratti di Poesia

8ème édition

 

 

Variazioni d’erbe (frammento)

 

Laddove fioridove frecce

 

mon autobiographie est faite de muscles et d’affects

écriture sans hermétisme sans engagement

l’encore plus fleuri en amont du bruit

 

aux syllabes volatiles des ornements défaits du corsage tourner les pages caresser le cuir du langage et les voyelles de jouir font tinter ta gorge

 

l’écriture ma botanique mes renouées des ruisseaux mes poivres d’eau les acryliques du verbe bondissent mes graves et mes aigus feulement des flux et replis mes panthères de pierres

 

le voci grigie  n’ont pas vie de liesse alors ad alta voce  se répète se blesse l’éclat au pré fleuri de la robe au beau vert de la nudité aux pétales de la langue dans un son prolongé

 

***

 

Variations d’herbes (extrait)

 

là où fleurs où flèches

 

la mia autobiografia è composta di muscoli e affetti

scrittura senza ermetismo senza impegno
il più fiorito ancora a monte del chiasso

 

alle sillabe volatili asole sbottonate della camicetta girare le pagine accarezzare il cuoio del linguaggio e le vocali di godere fanno risonare la tua gola

 

la scrittura mia botanica mio riannodarsi dei ruscelli miei granelli d’acqua gli acrilici del verbo guizzano i miei gravi e i miei acuti ringhio dei flussi e di spire mie pantere di pietre

 

le voci grige (1) non hanno vita festante allora ad alta voce (1) si ripete si ferisce lo scintillio fino al prato fiorito del vestito dal verde sgargiante della nudità dai petali della lingua in sonorità prolungata (1)

 

(1) In italiano nel testo.

 

 

***

Nathalie Riera, Variations d’herbes, 2012

© Les Éditions du Petit Pois • Béziers

http://cordesse.typepad.com/leseditionsdupetitpois/

 

…

 

Ritratti di Poesia
In viaggio con la poesia

 

ottava edizione, 2014

 

Roma, 12 febbraio 2014

Tempio di Adriano – Piazza di Pietra

 

 

Vincenzo Mascolo

(directeur artistique de Ritratti di Poesia, manifestation promue par la Fondation de Rome

direttore artistico di Ritratti di poesia, manifestazione promossa dalla Fondazione Roma)

 

 

 

Nathalie Riera avec Elena Chiti (traductrice éditoriale : arabe, italien, français)

 

 

Vincenzo Mascolo (à gauche)

Nathalie Riera (au centre)

Elena Chiti (à droite)

 

 

 TEXTES  |Nathalie Riera

TRADUITS PAR |Francesco Marotta, Viviane Ciampi et Isabelle Attali

INSTANTANÉS NUMÉRIQUES  |Sabine Péglion

Site officiel | © http://www.fondazioneroma.it/it/1619.html

 

:- :- :- :- :- :- :- :- :- :- :- :- :- :- :- :- :-

 

 

 

 

Avec mon amie, la poète Sabine Péglion, en direction du forum romanum (le forum romain)

 

 

L’architecte iconoclaste, écrivain et performer Hugues fj Rolland

en discussion improvisée avec Vincenzo Mascolo

 

 

 

Au sortir d’une très longue journée (de 9h30 à 21h30)

consacrée à la poésie sous toutes ses formes, devant le Temple d’Hadrien

 

 

Nguyen Chi – Trung (Vietnam)

 

 

Mohammed El Amraoui (Maroc)

 

 

Lello Voce (Italie)

 

 

La Plage d’Ostie (vue aérienne)

 

 

CLIQUER ICI

Nathalie Riera | © Les Carnets d’Eucharis

 

 

 

 

Feeling is first (extrait)

 

flexusflorens

 

I

 

Socle sans rythme l’éloquence à genoux

sous la plante des pieds la paupière

cuisses flexus glissent les phonèmes

percussions de l’œil

 

entendez de mon corps le son du cuivre et son aubade

de terre brune

de mon corps un Bois sacré

 

la vie et la chair sont controverses

pulsatrices géométriques elliptiques

sans ailes et sans voyelles

 

l’œil et le vide en tête à tête

me vertigent

me palpitent

l’abîme est sans virgules

chaise vide

 

louvoiement des verticales en orgasme

louve de mon pouls cou ployé

 

de mon corps un Bois sacré

que nul n’oublie

 

 

***

 

Feeling is first (frammento)

 

flexus florens

 

I

 

Zoccolo senza ritmo l’eloquenza inginocchiata

sotto la pianta dei piedi la palpebra

cosce flexus scivolano i fenomeni

percussioni dell’occhio

 

ascoltate del mio corpo il suono del rame e l’alba sua

di bruna terra

del mio corpo un Bosco sacro

 

la vita e la carne sono contraddittorie

pulsanti  geometriche ellittiche

né ali e né vocali

 

l’occhio e il vuoto a tu per tu

m’invorticano

mi palpitano

 

l’abisso è senza regole

vuota sedia

 

destreggiarsi delle verticali in orgasmo

lupa del mio polso collo piegato

 

del mio corpo un bosco Sacro

che nessuno dimentica

 

 

 

 

Nathalie Riera, Feeling is first/Senso é primo

– Collection « 1 et 1 » : un artiste et un écrivain – sur les peintures de Marie Hercberg

© Galerie Le Réalgar, 2011

 

 

Traduzione dal francese di Viviane Ciampi