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28/12/2013

Patrice Beray, Pour chorus seul, Les Hauts-Fonds, 2013 & Claude Tarnaud, L'Aventure de La Marie-jeanne...

 

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UNE LECTURE DE NATHALIE RIERA

 

…

Patrice Beray

 

    

 

© Couverture « POUR CHORUS SEUL »

Michel Thamin | Gisement 03 (installation)

 

 

« Pour chorus seul »

À Jean-Pierre Duprey et Claude Tarnaud

Essai poétique

Les Hauts-Fonds, 2013

http://www.leshauts-fonds.fr/

 

 

 

 

 

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 « … VERS LA HAUTE MER DU LANGAGE »[1]

par Nathalie Riera

 

« La poésie, parfois semblable à la marée, se retire des objets ou des images qu’elle n’a pas réussi à évider par son vertige, ou qu’elle n’est pas parvenue à hanter, pour y revenir comme dans ces coquillages où l’on n’en finit plus d’entendre battre le cœur du temps.»

 

Annie Le Brun, Qui Vive*, p.97

 

 

 

■■■ Avec « Pour chorus seul », Patrice Beray a choisi la forme de l’« essai poétique », dans un magnanime hommage adressé à Jean-Pierre Duprey et à Claude Tarnaud. Ce chaleureux essai peut-il être vu ou considéré sous l’angle d’une éthique de l’admiration, avec les poètes Duprey et Tarnaud réunis dans ce même ouvrage, c’est nous rendre à la poésie : ce courant que rien n’arrête, [2] ou, mieux encore, « cette sauvagerie critique capable de s’emparer d’un rien pour remettre tout en cause. » [3]

Jean-Pierre Duprey, sculpteur et poète de l’immédiat après-guerre, et de la deuxième génération surréaliste, – il rejoint le mouvement en 1949 – demeure parmi les grands ignorés de la critique, outre l’attention constante de Jean-Christophe Bailly [4] à cette œuvre intempestive, et « l’œil de Bernard Noël (et pas nécessairement l’oreille…) pour saisir ce qui, enfoui dans cet univers poétique, allait faire sens pour la pratique même du poème dans des sociétés sacrifiant progressivement à partir de Mai 68 aux vecteurs de la communication, exacerbant les dualités. » [5]

S’il y avait chez Duprey un sens de l’apostasie – à prendre dans son sens figuratif –, quitter le sens commun se traduira par son suicide dans son atelier, le 2 octobre 1959, à l’âge de 29 ans. « Puisse durer longtemps le phare du vaisseau/Qui nous porte sur terre ».

 

 

Si « l’immédiat après-guerre est synonyme de guerre faite à la poésie »,[6] la poésie véritable s’oppose à toutes formes d’anesthésies (esthétique, politique…). Eclipsé des cercles surréalistes, désolidarisé de la revue « La Révolution La Nuit » (fondée en 1945, avec Yves Bonnefoy et Iaroslav Serpan), à partir de 1948 Claude Tarnaud se lance dans le saisissant projet de « L’Aventure de la Marie-Jeanne ou le Journal indien » : un récit multi-composé « dont l’unique source est la poésie en ce qu’elle suppose d’adresse « mentale » à autrui » [7] (…) « retranscription « méta-romanesque » prenant sa source dans l’imagination, mais qui, suivant les lignes de vie des différents locuteurs, n’est à aucun moment « romancée » ou « fictive », et qui pour autant reste une aventure de l’esprit, même incarnée. » [8]

Cinq périodes – de 1948 à 1959 – constituent la trame de La Marie-Jeanne, entre autre dédiée à Stanislas Rodanski, et présentée sous la forme classique du journal. Claude Tarnaud n’a alors que vingt-six ans, et connaît un parcours physique et artistique sous l’heureux signe de l’aventure, avec ses aspérités, ses périls, ses hasards. L’année 1952 sera particulièrement marquée par son départ pour Mogadiscio, en Somalie italienne, et l’année 1956, par sa rencontre capitale avec le poète Ghérasim Luca, à Paris, celui qui dans « La Proie s’ombre » écrit : « Etre hors la loi/voilà la question/et l’unique voie de la quête. ».

Des lettres, des notes composent Le Journal indien, dont certaines ravivent nos sens, comme cette note du jeudi 4 septembre (1958), sur une lettre reçue de G. Luca, relatant son état de « terreur-douleur-passion » au cours de sa toute périlleuse ascension d’une falaise de laves noires : « S’il put finalement franchir le fleuve aride aux vagues aciculaires, ce fut en construisant une sorte de gué mobile avec des cahiers de notes et une copie du livre Le Gouffre de la Lune, qu’il plaçait devant lui avant d’y poser les pieds. » (p.137) Tarnaud connaîtra lui aussi cet état de noir effroi lors de son combat-épouvante avec une murène noire (p.146) : retranscription du vécu écrite dans une prose captivante, la poésie de Tarnaud est faite de ses pérégrinations haletantes, qui n’ont rien de fantaisistes. L’ironie n’est jamais absente.   Le poète signe sa mise à l’écart, son égarement comme seuls vecteurs d’innovation et de création poétique.

« Poète synthétique », ainsi qu’il se qualifiait lui-même sous le nom de plume de H de Salignac : « (…) je proclame la défaite totale de l’esprit. Dès à présent je me veux l’égal du vide. » [9]

 

 

Se faire lecteur-complice de « L’Aventure de la Marie-Jeanne » ne peut se faire sans le remarquable essai « Pour chorus seul » de Patrice Beray.



* Annie Le Brun, Qui Vive Considérations actuelles sur l'inactualité du surréalisme

Ed. Ramsay - J.J. Pauvert, 1991.

 

 

Nathalie Riera, décembre 2013

 ©Les carnets d'eucharis 

 

 

Cliquer ICI 

 


 

 

 

NOTICE BIO&BIBLIOGRAPHIQUE

Journaliste au site d’information Mediapart, Patrice Beray a animé la revue Delta, station blanche de la nuit. Auteur de livres de poèmes et d'études littéraires (notamment, Benjamin Fondane, au temps du poème, éd. Verdier, 2006, et Pour chorus seul – À Jean-Pierre Duprey et Claude Tarnaud, éd. Les Hauts-Fonds, 2013). Pour les Hauts-Fonds, il a collaboré à l’édition des livres de Guy Cabanel et René Crevel.

 

 

 

Claude Tarnaud

 

    

 

© Couverture « L’AVENTURE DE LA MARIE-JEANNE… »

Gibbsy Tarnaud | Photographies de couverture et du volume

 

 

« L’Aventure de La Marie-Jeanne ou le Journal indien »

Les Hauts-Fonds, 2013

http://www.leshauts-fonds.fr/

 

 

 

 

Lorsque, les yeux protégés par des lunettes étanches de la myopie due au contact de la cornée avec l’élément liquide, on nage sous l’eau et que l’on est pris dans un courant qui vous entraîne à la même vitesse et dans les mêmes tourbillons que les algues, autour, et le sable, au fond, alors ce sont les rochers qui se déplacent, paniques, par à-coups et dans les directions les plus imprévues. Les lettres sont les récifs du langage et si l’ont est entraîné par le flux de la parole à la même vitesse et dans les mêmes tourbillons que les pensées, autour, et les désirs, au fond, alors ce sont les lettres qui se déplacent, spasmes, par à-coups, et dans les directions les plus prévisibles pour peu que l’on s’attache à déterminer leurs places respectives au milieu du sable des passions.

 

---------------------------------------------------------------------------             25

 

*** 

 

Je devenais le jouet favori du hasard. Son double. Et j’interprétais :


  « J’ai découvert la réalité du cactus à travers les mailles ténues d’un hamac maya. C’est la flamme verte – le sel y fut versé – figée dans son plein mouvement incessant – les radiations calorifiques en épines – la flamme verte, ai-je dit, celle que le prêtre prétend ranimer en déposant le chlorure de sodium sur la langue-flamme-à-verbe du baptisé.

 

  … Je dormais. Une blatte cherchait à pénétrer dans mon oreille gauche. Machinalement ma main la saisit et, dans mon demi-sommeil, j’eus l’impression qu’il s’agissait d’une mante religieuse. La conscience subite de mon erreur m’imprima une panique telle que je laissai l’insecte. Ce ne fut qu’après une infernale partie de cache-cache parmi les encombrements de la chambre que je parvins à écraser la bête avec le premier objet qui me tomba sous la main : une cartouche, couleur d’argent et de pourpre, de cigarettes Pall Mall (prononcez Pêle Mêle). »

 

---------------------------------------------------------------------------             85 

 

***

 

(…) le supplément magazine qui fait partie de l’édition dominicale du New York Times publiait sous le titre UN Cats Dig Jazz une série de photographies prises pendant le concert donné aux Nations Unies. Sur l’une d’entre elles, apparaissait très distinctement mon visage effaré et ravi. Cela ne m’aurait pas ému outre mesure si, dans le même numéro du magazine, n’avait figuré un groupe de photographies de l’aquarium de Coney Island, dans lesquelles se pavanaient en gros plans mes acteurs préférés des cours de madrépores bariolés engloutis au large de Mogadiscio : le dangereux ptéroïs aux longues rémiges en guise de nageoires, les poissons-anémones qui vivent à l’abri des beaux et cruels tentacules de l’actinie, le poisson-pierre, doué d’invisibilité et de venin mortel, et une murène bleu ardoise, la gueule béante.

 

---------------------------------------------------------------------------             159

 

 


Jean-Pierre DUPREY

 © Photo : Luc Joubert | “Soleil noir”

 

 

SITES À CONSULTER

 

 

Articles


POUR CHORUS SEUL

Une lecture de Jacques Josse

Remue.Net – 7 novembre 2013

 | © Cliquer ICI


UNE MAIN, DEMAIN

Par Patrice Beray

Mediapart – 11 mars 2009

 | © Cliquer ICI


Sur les LA VIERGE DU NEANT,
premiers poèmes de Jean-Pierre Duprey

Alexandre SECHER

In« L’art d’aimer » (revue d’essais critiques)

 | © Cliquer ICI

 

 

Poèmes  



NAUFRAGE

(Mai 1946)

Sur le site : Terres de Femmes

 | © Cliquer ICI 


CRI

Sur le site : Littérature de partout

 | © Cliquer ICI


Sur le site : La Frenière & Poésie

 | © Cliquer ICI

 

 


Ghérasim Luca et Claude Tarnaud

à Oppède vers 1958/60

 © Photo : Gilles Ehrmann | “Soleil noir”

 

SITE À CONSULTER

 

CLAUDE TARNAUD

Site dédié à Claude Tarnaud

 | © http://claudetarnaud.com/

 

 

 



[1] « (…) la détermination de s’aventurer vers la haute mer du langage. », Annie Le Brun, in « Qui Vive », p.30.

[2] Ibid., p.50.

[3] Ibid., p.59

[4]Jean-Christophe Bailly, « Jean-Pierre Duprey », Pierre Seghers, coll. « Poètes d’aujourd’hui », 1973.       

[5] Patrice Beray, « Pour chorus seul », p.32.

[6] Patrice Beray, « Pour chorus seul », p.40.

[7] Ibid., p.37

[8] Ibid., p.44

[9] Claude Tarnaud, « L’Aventure de la Marie-Jeanne ou le Journal indien », p.16.

 

Sabine Péglion, Derrière la vitre

 

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UNE LECTURE DE CÉCILE Oumhani

 

 

…

Sabine Péglion

 

   

 

 

 

« Derrière la vitre »

ficelle n° 109, Juillet-août 2012

 

Vincent Rougier, 2012

(Les Forettes F 61380- Soligny la Trappe)

Cliquer ICI

 

 

 

 

 

 

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Combien d’instants se brisent contre des parois de verre, échoués dans le mirage d’une proximité et d’un partage possible... Des pas posés vers les autres,  portés par la promesse du monde et qui cherchent, vacillent puis trébuchent dans le vide.  Des mots chuchotés, confiés qui bruissent dans la lumière du jour puis retombent dans le silence...

Sabine Péglion écoute des voix qui se croisent, sans se rencontrer. Elle démêle les strates des phrases qui se suivent, se recouvrent jusqu’à étouffer un cri qui jamais n’émerge et demeure enfoui dans l’inaudible.  Il s’enlise, vaincu par le quotidien, puis balayé par l’espoir qui renaît malgré tout, après les défaites. Passerelles incertaines / les mots courent / Fluides    liquides / Bulles fragiles / à leurs lèvres assurées / Crèvent /se recroquevillent / fusent / aux volutes   S’accrochent.

C’est dans cet inaudible, fait d’échanges avortés, de meurtrissures contenues à l’intérieur de la cartographie de tous les jours, que la poète recherche les fils ténus qui nouent nos gorges et emprisonnent nos élans. Elle y démasque les jeux sociaux où s’échappe le dire,  bien loin du ressenti, du vrai et de ce que l’on désire.  Entre ces paroles superposées, apparaissent les décalages et les abîmes où l’on se perd, dépossédé de ce que l’on est, sans parvenir à se débarrasser de sa chrysalide.  Toi /Moi / Ta voix se tue / Ta voix s’est tue / Moi / Toi /Ce silence /Fleur rouge / Crevant d’absence / Et tes mots qui se cherchent / Et mes mots qui te cherchent.

La poète joue avec les blancs et les typographies pour mettre en relief la diversité des voix qui s’élèvent dans ces poèmes. C’est avec une grâce subtile qu’elle donne à voir ces espaces qui nous entourent et que nous entourons, de nos gestes et de nos mots.  Et son recueil chemine selon l’ordonnancement d’obstacles de verre clairement repérés : La transparence du monde, De toi à moi et Pars cours deviens, où résonne la voix d’un adolescent qui se heurte à celle des adultes.

Ce regard posé sur notre présence au monde et aux autres touche et émeut.  On ne peut être qu’interpellé par ces thèmes universels, abordés avec une infinie sensibilité.

Pourquoi   dans l’île bien loin de nos rives /   faut-il que le mauve se dissolve ?  La poésie de Sabine Péglion approche notre intime solitude et la transfigure.

 

 

Cécile Oumhani, décembre 2013

© Les Carnets d’Eucharis


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SITES À CONSULTER

 

Extraits


DERRIÈRE LA VITRE

Sur le site : Terres de Femmes

| © Cliquer ICI

26/12/2013

Eric Sarner, Coeur chronique

 

ERIC SARNER

Cœur chronique

(Le Castor Astral, 2013)

 

 

 

Encre de couverture : Éric Sarner

Préface de Michel Deguy

 

Éric SARNER

 

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---------------------------------------------------------------------------             QUATRIEME DE COUVERTURE


Cœur chronique recense des évènements, des noms de lieux, de personnes, des œuvres et des mots qui, à tel ou tel moment, ont trouvé chez moi un écho émotionnel, écho retranscrit ici en vers ou en prose.

Du début à la fin, ce qui nous tient, n’est-ce-pas, ce sont bien nos émotions et ce qui souvent les accompagne, nos interrogations.

Le travail du poète est de tendre parole à tout cela.

D’y tendre…


É. S.

 

 ---------------------------------------------------------------------------            BIOBIBLIO


ÉRIC SARNER vite entre Berlin, Paris et Montevideo. Réalisateur d’une vingtaine de documentaires pour la télévision, il est l’auteur de récits de voyages, comme La Passe du vent (Payot), Sur la Route 66, petites fictions d’Amérique (Hoebeke) et Un voyage en Algéries (Plon), ainsi que des recueils de poèmes dont Eblouissements de Chet Baker (La Passe du vent), Et comme emportés, on demeure (Dumerchez), et Ballade de Frankie (Le Castor Astral).

 

Il vient de recevoir le Prix Max Jacob pour son recueil "Cœur chronique".

 

 

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Femme au manteau

de chair

jouant aux angles

géométrie

de ses formes

de son

destin

son visage

borde les écritures

elle n’en voit rien

ni

la fumée

de l’autre côté

du lac

encapuchonnée noir

encapuchonnée arbre

sur l’eau

dans sa barque

un pêcheur la regarde

fouler

la neige


---------------------------------------------------------------------------             p.33

 

***


Effondrement du cœur

d’étoiles massives

en fin de vie

le plus ancien

le plus lointain

sursaut de rayons gamma

13 milliards d’années

d’autres bouffées

plus lointaines

plus anciennes

encore

seront repérées

dans le futur

dit le savant

peut-être un jour

pourra-t-on étudier

les toutes premières étoiles

et la fin de l’âge sombre

de l’univers


---------------------------------------------------------------------------            p.38

 

***


Elle

noire de la jupe aux cheveux

des yeux jusqu’au corsage

bouche mince

et rouge comme noire

je me rappelle son pas

glissando

une brise retenue

un tigre insomniaque et fiévreux

le nom d’une fleur mauve

quand je remontais du port

Goûter sa salive


---------------------------------------------------------------------------             p.51

 

***


La nuque de cette femme

y poser des figues vertes

des sanglots de fin juillet

des fièvres dignes du vaudou

de petits fleuves sans fin

autour de ses épaules

déposer

tout ce qui doit rester

le petit pont sur l’Arno

une amoureuse évanouie

quelque danse criminelle

les forêts au-dessus du Danube

et puis où encore

et sur quoi d’invisible

ce qui

ne se peut

voir

femme de pigments secs

pour toujours

déjà absentée

le 7 janvier 1911


---------------------------------------------------------------------------             p.53


***


Sur un trottoir

trempé

je trouvais ce mot

le cœur

est

un loup

pour l’homme


---------------------------------------------------------------------------             p.62


***


Les phénomènes de l’amour

comme si l’amour

était un champ d’érudition

algèbre et pas seulement géométrie

histoire et symbolique

et pas simple géographie

bestiaire furieux

outre les musiques de joie

ou de chagrin

seule la fin

sépare

probablement

le réel

de l’irréel

avant que le rhum coulant encore

on découvre

ceci

le texte sans doute est exact

la vérité est sûrement fictive


---------------------------------------------------------------------------             p.69

 

 

Ces poèmes sont extraits de « Expérience de l’hiver » in Cœur Chronique.

 

 

SITE À CONSULTER


LE  CASTOR CASTRAL

Cœur chronique

| © Cliquer ICI

 

 

Roberto Bolano, Amuleto

 

 

Roberto Bolaño

AMULETO

 (Christian Bourgois Editeur, 2013)


 

Traduit de l’espagnol (Chili) par Emile et Nicole Martel

 


Roberto Bolaño

 © Photo : Jerry Bauer | CLIQUER ICI

 

 

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------------------------------------------             QUATRIEME DE COUVERTURE

 

Mexique, septembre 1968 : la police envahit l'université de Mexico. Afin de leur échapper, Auxilio Lacouture, une Uruguayenne amie des poètes et de la poésie, se réfugie au quatrième étage de la faculté de Lettres et de Philosophie. Elle y demeure cachée pendant treize jours, au cours desquels elle se remémore son histoire. Au fil d'un vaste récit aux accents tantôt mystiques tantôt surréalistes, elle évoque ainsi les jeunes gens qu'elle a connus à l'université et les événements de ces années troubles.

Amuleto est l'un des premiers ouvrages de Roberto Bolaño parus en France. On y retrouve la combinaison d'une atmosphère angoissante et d'une terreur politique bien contemporaine. À cet égard, Amuleto annonce ses œuvres suivantes telles que La Littérature nazie en Amérique, Étoile distante, Nocturne du Chili, où écrivains et poètes jouent souvent un rôle essentiel.

 

 

 -------------------------------------------------------           BIOBIBLIO

 

Roberto Bolaño est né à Santiago du Chili en 1953. Fondateur, au Mexique, de «l'infraréalisme», groupe littéraire d'avant-garde, héritier de Dada et de la Beat Generation, il a déferlé sur la scène littéraire avec La Littérature nazie en Amérique puis Les Détectives sauvages. Il a reçu, entre autres, le Prix Herralde en 1998 et le prix Romulo Gallegos, le plus prestigieux d'Amérique Latine en 1999. Poète et romancier, héritier de Borges, Cortazar, Schwob, il saisit à bras le corps l'histoire de sa génération et est passé maître du brassage des registres, situations et personnages. Roberto Bolaño est mort en 2003 à Barcelone.

 

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ET MOI, pauvre de moi, j’ai entendu quelque chose de semblable à la rumeur que produit le vent quand il descend courir entre les fleurs de papier, j’ai entendu une vibration d’air et d’eau, et je me suis levée (silencieusement), les pieds comme une ballerine de Renoir, comme si j’allais accoucher (et d’une certaine manière, en effet, j’allais donner naissance à quelque chose et naître moi-même), le slip tenant en menottes mes chevilles maigres, accroché aux chaussures que j’avais alors, des mocassins jaunes très confortables, et pendant que j’attendais que le soldat inspecte les cabinets l’un après l’autre et que je me préparais moralement et physiquement, si nécessaire, à ne pas ouvrir, à défendre le dernier réduit d’autonomie de l’UNAM[1] , moi, une pauvre poète uruguayenne, mais qui aimais le Mexique comme personne d’autre, tandis que j’attendais, comme je disais, un silence particulier s’est produit, un silence spécial pour lequel ni même les dictionnaires musicaux ni les dictionnaires philosophiques n’ont d’entrée, comme si le temps se fracturait et se mettait à courir dans plusieurs directions à la fois, un temps pur, ni verbal ni fait de gestes ni d’actions, et alors je me suis vue moi-même et j’ai vu le soldat qui se regardait béatement dans le miroir, nos deux personnages scellés dans un noir losange ou submergés dans un lac, et j’ai eu un frisson, parce que j’ai perçu que momentanément les lois de la mathématique et celles, tyranniques, du cosmos, qui s’opposent aux lois de la poésie, me protégeaient et j’ai compris que le soldat se regarderait béatement dans le miroir et que je l’entendrais, ou l’imaginerais, souriante aussi, dans l’abri singulier de mon cabinet, et que ces deux facteurs constituaient à partir de cette seconde-là les revers d’une pièce de monnaie atroce comme la mort.

 

---------------------------------------------------------------------------             38/39

 

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SITES À CONSULTER

 

Editions


AMULETO

Christian Bourgois Editeur

| © Cliquer ICI


 

Articles


Le chant d’Auxilio Lacouture

Sur « Amuleto » de Roberto Bolaño

Antonio Werli

In« Cyclocosmia » (revue d’invention et d’observation)

| © Cliquer ICI

 

POUR UNE HISTOIRE SECRÈTE DU ROMAN CONTEMPORAIN :
2666 DE ROBERTO B
OLAÑO

Sur le site d’Enrique Vila-Matas

Emmanuel BOUJU

In« Cyclocosmia » (revue d’invention et d’observation)

| © Cliquer ICI

 



[1] Université nationale autonome de Mexico.

 

25/12/2013

Luis Bénitez

 

 

 

 img089.jpg

LES IMAGINATIONS

(Traduit de l’espagnol par Jean Dif)

 

Luis Benítez | L'HARMATTAN, Collection « Accent tonique » | 2013

 

 

 

 

La camera impossible

 

 

La caméra impossible est le nom que lui donnent ceux qui connaissent le cinéma,

Parce que l’image y est vue depuis un mur

Ou depuis l’obscurité où il n’y a personne

Et comme le temps nous regarde faire et défaire,

Toujours absorbés dans l’illusion de n’être pas vus,

Toujours prompts à nous perdre dans les cérémonies les plus stupides.

Là, sous la lentille, renaît le monde perdu

Entre les veines déjà dures et les cheveux qui sortent du nez.

Malgré le cœur qui souhaite enfin dormir sous terre,

Les poumons qui ont tant fait qu’ils ne désirent plus d’air ;

La caméra impossible suit la chorégraphie de l’intime

Qui croit avoir échappé un moment au public

Et les vieilles cérémonies se remettent à peupler les recoins

De gens qui n’existent pas, à changer la mise en scène

Pour d’autres décorés voici des années avalées par les jours.

Plus sincères que la masturbation, plus évidents que le rêve,

Les rituels secrets restituent leur sens aux photographies fanées,

Aux souvenirs qui surgissent de ces images avec leur dégaine légère de nains,

Au cauchemar jouisseur de la solitude, finalement,

Avec ce monstre lourd qui passe rapidement par les miroirs.

Et la caméra impossible filme tout cela

Pour les archives incandescentes qu’utilise la mémoire,

Cette escroquerie que brandira demain le passé :

Demain, pour nous faire honte une fois de plus encore une fois et une autre fois

Savoir que nous avons fait ce que nous avons fait et ce que nous sommes finalement

Une autre fois tout ce que nous fûmes et serons quand bien même nous n’aurions pas été,

Comme l’enregistrera la caméra, la caméra impossible.

 

 

-------------------------   (p.52/53)

 

 

 

NOTICE BIO&BIBLIOGRAPHIQUE


Luis Bénitez, poète, narrateur, essayiste et dramaturge, est né à Buenos Aires le 10 novembre 1956. Il est l’auteur de plusieurs recueils de poèmes et d’essais.

Les dernières éditions de Luis Bénitez (poésie) : Les imaginations (L’Harmattan, Paris, 2013) Courte anthologie de poésie (The Littoral Press, Angleterre, 2013) Manhattan chanson. Cinq poèmes de l’Ouest (Ars Longa Editura, Roumanie, 2013) Béring et autres poèmes (Siesta Förlag, Suède, 2012) L’éléphant après-midi et autres poèmes (Sentieri Meridiani Edizioni, Italie, 2012) Un héron à Buenos Aires. Poèmes choisis (Ravenna Press, USA, 2011).

 

 

 

L’HARMATTAN

Littérature Poésie Amérique latine 

| © Cliquer ICI 


  

recours au poeme

Une lecture de Jean Dif

| © Cliquer ICI

 

 

Poèmes choisis

| © Cliquer ICI  

 

LUIS BENÍTEZ
« El poeta contemporáneo será internacional o no será »

| © ICI

 

 

Remedios Varo

 

 

REMEDIOS VARO

PEINTRE SURRéaliste

…

Site officiel

…

 remedios varo.jpg

  

 

[Extrait]

 

 

ROBERTO BOLAÑO

AMULETO

(Traduit  de l’espagnol – Chili – par Emile et Nicole Martel)

Christian Bourgois Editeur, 2013

 

[…]

 

Il y a très peu de gens qui se souviennent de Remedios Varo. Je ne l’ai pas connue. Sincèrement, j’aimerais bien dire que je l’ai connue mais en vérité je ne l’ai pas connue. J’ai connu des femmes merveilleuses, fortes comme des montagnes, ou comme des courants marins, mais je n’ai pas connu Remedios Varo. Non parce que j’aurais eu honte d’aller lui rendre visite chez elle, non parce que je n’appréciais pas son œuvre (que j’admire de tout cœur), mais parce que Remedios Varo est morte en 1963 et moi, en 1963, j’étais toujours dans mon lointain Montevideo chéri.

 

[…]

 

 

Je lui dis à quel point je l’admire, je lui parle des surréalistes français et des surréalistes catalans, de la guerre civile espagnole, je ne lui parle pas de Benjamin Péret parce qu’ils se sont séparés en 1942 et je ne sais quels souvenirs elle garde de lui, mais je lui parle de Paris et de l’exil, de son arrivée à Mexico et de son amitié avec Leonara Carrington, et je me rends compte alors que je suis en train de raconter à Remedios Varo sa propre vie…

 

 

ROBERTO BOLAÑO  ...............................................

 

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Julio Cortázar

 

[…] Pourquoi en littérature – à l’image servile des critères de la vie courante – on incline à croire que la sincérité ne se produit que dans l’éclat dramatique ou lyrique, et que le ludique contient presque toujours artifice ou dissimulation ? Macedonio, Alfred Jarry, Raymond Roussel, Erik Satie, John Cage, ont-ils écrit ou composé avec moins de sincérité que Roberto Arlt ou Beethoven ?

 

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et ligne après ligne/and line after line

 

Du côté de chez…

Julio Cortázar

 

© INTERNET | Julio Cortázar

                                                                 

 

« Crépuscule d’automne »

José Corti, 2010 – Collection « Ibériques »

 

  Extraits

 

 

 

 

 

[Fougère]

 

 

pour que tu restes en suspens dans ta nuit

de yeux fermés et de lèvres humides

après cette tâche extrême de la mousse

où mon corps se livre à ses faucons

 

 

 

         sous le zénith mystérieux qui déploie

         les formes balbutiantes de ta voix

         l’écume reprend ses énumérations

         et à nouveau la déesse y surgit.

 

 

 

la soif alors s’exalte dans la jonction

des deux rivières blanches qui se croisent

–  Diane des ultimes carrefours sans issue,

lune de sang parmi les chiennes noires –

 

 

 

         machine de méduse et d’unicorne

         où s’emmêle le temps à qui on arrache

         le masque sans regard de l’instant

         quand on tombe à partir du plus profond

 

 

 

un halètement, le silex d’une plainte,

une chose interminable qui s’effondre

jusqu’à ce que l’aile tourbillonnaire des mouettes

dessine un labyrinthe déjà effacé

 

 

 

         contre l’oreiller d’algues et de salive

         le gémissement alterné renouvelle

         un double crépuscule où pas à pas

         défile une lente théorie de panthères

 

 

Julio Cortázar  ..............

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(p.129/130)

in « Permutations »