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22/11/2012

Annette Messager

Lecture de

Claude Darras

 

 

 

ARTS

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La cosmogonie fantastique et sentimentale d’Annette Messager
 

© Les carnets d’eucharis, 2012

 

 

 

 

 

 

Au fil des années, les vertus de l’expertise confortent le bien-fondé des monographies d’exception. Parmi celles-là, la « lecture chronologique » de l’œuvre d’Annette Messager à laquelle se livre Catherine Grenier témoigne de l’attention exigeante que l’historienne d’art et conservateur général du Patrimoine porte à la lionne d’or de la Biennale de Venise 2005 (primée pour son installation Casino). Chez l’artiste (née en 1943, à Berck-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais), la critique d’une condition féminine dévaluée et meurtrie est omniprésente, implacable et ironique. Elle survient après quatre années à l’École parisienne des arts décoratifs, dès la décennie 1970, années de sa première exposition personnelle (1973, musée Lenbachhaus à Munich). Jean Dubuffet et André Breton inspirent l’héritière de la double passion d’un père architecte pour l’art brut et le spiritisme des peintres - ouvriers ou mineurs de fond du pays natal. S’écartant d’emblée des académies et des plâtres prônés dans les écoles traditionnelles, elle inventorie une multitude d’objets qui datent mieux que le carbone 14 des « périodes » particulières où dominent les arts populaires, les matériaux de rebut, les médias (publicité et cinéma), les contes de fées et la photographie d’amateur. Œuvres murales, graphiques, textiles, mobiles, sculpturales et d’installation, elles sont brodées, peintes, modelées, marouflées, éclairées ou soufflées, mettant en scène choses et gens, animaux et reliques, souvenirs et bribes d’actualité. Proverbes et Sentences, Tortures volontaires, Perversions ridicules, Mes jalousies, Les Piques, Chimères, Mes petites effigies, Continents noirs : l’ordinaire de la matière des formes et des œuvres compose une cosmogonie fantastique et sentimentale où la religiosité et l’érotisme dérèglent les sens de l’observateur tandis que l’amour et la souffrance minent sa sérénité.

« Annette Messager n’a jamais écrit de manifeste, plaide Catherine Grenier, plutôt des comptines, des digressions, des aphorismes. L’objet de sa quête n’est pas la vérité, mais la réalité. Son langage n’est pas naturaliste, mais poétique. Pourtant, tout en nous entraînant délibérément dans les chemins de traverse, elle nous montre d’œuvre en œuvre la radicalité d’un investissement artistique qui a la valeur d’un manifeste et l’éclat de la vérité. »

 

Annette Messager, par Catherine Grenier, éditions Flammarion, 240 pages, 2012.

 

 

 

© Claude Darras, Les carnets d’eucharis, 2012

10/11/2012

Renée Perle (par J.H. Lartigue)

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Renée Perle

[à Juan-Les-Pins, 1930]

Par Jacques-Henri Lartigue

 

Marcelin Pleynet par Claude Minière

Lecture Claude Minière

 

Marcelin Pleynet

Nouvelle liberté de penser
 
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Editions Marciana, 2011.

260 pages, 25 euros
ISBN : 978-2-9539900-0-3

 

 

 

 

 

 

Une satire sociale sur le mythe de l’immortalité

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Jean-Paul Sartre entamait le volume I de ses Situations par ce préambule : « A tous les philosophes il est permis de poser une question préalable : à propos de quelle situation privilégiée avez-vous fait l’expérience de votre liberté ? »  Voici, sur 350 pages (son Journal de l’année 2001) une réponse de Marcelin Pleynet, poète (et « philosophe »).Des interventions critiques dans l’actualité, explicites ou comme « pour soi », pour pointer où nous en sommes ou marquer la mesure d’une différence ;  des méditations ; des descriptions de paysages ; des lectures et relectures ; des pensées avec la musique : de l’écriture.  L’exploration des possibilités et impossibilités, les privilèges personnels et le disponible à tous…Eucharis, « l’air du large »*.

 

                                                                                  Claude Minière, novembre 2012

 

 

  • signalons aussi la parution d’un numéro de la revue faire-part (www.revue-faire-part.fr) entièrement consacré au poète : « Itinéraires de Marcelin Pleynet ».

 

 


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Extraits illustrés

 

Extraits illustrés de Nouvelle liberté de pensée, journal de l'année 2001

[Paris, lundi 23 avril]

À Blévy, en mettant de l'ordre dans mes archives, je trouve une carte postale que François Thiolat m'avait envoyée, en 1983 : « Environ d'Aix-en-Provence. Route du Tholonet. La stèle marque l'endroit d'où Cézanne a peint le paysage de la Sainte-Victoire, dont on aperçoit le massif à l'horizon. »

Pourquoi cette mauvaise photo me semble-t-elle si bien témoigner de ce qui inspire Cézanne ?

On apprend à regarder en regardant ce qui nous regarde.

 

 

Bruno Rombi par Philippe Leuckx

Lecture Philippe Leuckx

Bruno Rombi

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Rombi, le voyage d’une vie (1)

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UN PARCOURS GENOIS

Bruno Rombi semble de Gênes comme d’autres le sont de Rome ou de Florence. Pourtant, avant son intense activité littéraire et journalistique ligure, il a eu d’autres vies.

Né en Sardaigne, à Calassetta, voici plus de quatre-vingts ans, le 22 septembre 1931. Le voici chèvre selon le calendrier chinois. Comme ses exacts contemporains créatifs, Ettore Scola et Alain Cavalier.

C’est un grand voyageur et Malte aussi l’a sollicité. Sans compter la France, où il est venu plus d’une fois défendre ses livres traduits. Ainsi le vit-on dans le nord lorsque des étudiants souhaitèrent rencontrer ce poète italien, qui manie le français et écrit même à l’occasion directement dans notre langue maternelle (2).

Bruno Rombi, essayiste, journaliste littéraire ? Un dossier entier devrait être consacré à ce pan de carrière, sur plus de quarante années de production. Soulignons ses récentes interventions dans « Issimo », la revue palermitaine et dans « NTL », La Nuova Tribuna Letteraria (3).

Le poète a consacré beaucoup de temps, par ailleurs, à défendre les poètes et romanciers de dilection : Deledda, Quasimodo, Montale, Blaga…, et leur a consacré, récemment, un très beau volume d’essais, sous le titre « Saggi di letteratura italiana e straniera » (4).

 

IL VIAGGIO DELLA VITA, UNE SOMME

Début 2012, l’éditeur Le Mani (5) publie l’ensemble des textes poétiques de Bruno Rombi. 338 pages serrées, introduites par un bel essai de Fancesco De Nicola.

Faut-il rappeler que le public francophone a pu découvrir le poète gênois dès 1994, avec la traduction par Marco Porcu de « Un amore » (6) ? Le recueil, constitué de  feuillets ivoire, est une radiographie hallucinante d’une relation amoureuse et de sa perte.

Rombi, par cette édition juxtalinéaire, se dévoile, dans une trame de sentiments et de nuances, par le biais d’une langue sobre, lucide, nue. Les thèmes de l’absence et de la dépossession illuminent ces poèmes, soulagent le lecteur de séquences mortifères, angoissantes, en recourant à des images de pure beauté, denses et justes.

D’autres livres en français ont suivi, dont les traductions doivent beaucoup à deux italianistes réputés, Madame Monique Baccelli et Monsieur André Ughetto. « Le bateau fantôme » (7), « L’attente du temps » (8), « Huit temps pour un présage » (9) et « Tsunami » (10) dispensent aux lecteurs de nouvelles facettes du poète. A la passion intime décrite au plus près succèdent des textes aux thèmes plus extérieurs à la vie du poète, quoiqu’ils recourent aux mythes, aux événements du monde pour dévoiler, avec distance, avec pudeur, l’intense appréhension de l’univers secret par ce poète délicat, amoureux des éléments fondamentaux, réceptacle d’une culture ancrée dans les grands textes poétiques fondateurs, Dante, Lorca et tant d’autres.

Tous les livres de Rombi ne sont pas traduits. On  souhaiterait, certes, pouvoir lire en français « Enigmi animi » (11) et L’arcano universo » (12). Nombre de poèmes de ces deux recueils signalent le talent multiple du poète pour circonscrire les matières d’une réflexion autour et au sein du mystère. Enigme et secret semblent, tout au long de l’œuvre, distiller les atouts de ces poèmes marqués au sceau de la quête de sens : entre vérité existentielle et nœuds denses de l’Univers.

Le volume épais du « Voyage de la vie », à traduire pour les parts inédites ou connues en italien ou en anglais, traverse les haltes d’une existence de 1962 à 2011, en partant de l’île natale, de la ville aimée, des bords d’une culture, puisque, progressivement, l’auteur va émigrer vers d’autres rives, d’autres îles, d’autres langues. De la Sardaigne à Gênes : un fameux parcours poétique. Une quinzaine de livres. Des constantes. Des métamorphoses. Un ton aisément reconnaissable, lyrique mesuré, teinté d’images de voyages et de retours, à la pellicule mélancolique.

« Les îles et les atolls de feux » ; une tristesse allègre ; un poème « rendu au sortilège de jadis » ; le tsunami (13) ; les « cité(s) chaude(s) de juillet » (14) ; des portraits de Gênes, matin, soir, dans le liséré des couleurs rombiennes (un rien de nostalgie pavoise les textes)….

Le monde se décline à l’usage des autres et des rondes. Parler, au-delà de l’île, affronter la vie, les éléments, se dire avec sobriété, nudité….les atouts éclairent notre route.

 

QUELQUES TEXTES

Ne le cachons pas. J’ai sous les yeux douze volumes de Rombi, dont l’anthologie toute fraîche. Choisir parmi cette manne d’un poète-ami relève du défi ou de l’inconscience.

Voici quelques perles prélevées du rivage, où j’accoste sans cesse avec plaisir :

*

Viendront des jours d’anémie.

Peut-être ont-ils déjà commencé.

Et ton sourire me manque

où s’appuyait ma confiance.

Viendront des jours de silence

sombres, sans fond,… (fragment de « Un amour », op. cit.,  p.9)

 

*

Je suis dans le sang

qu’une pluie d’habitudes

cache,

pluie de feu

où brûle mon cœur

nuit

à l’intérieur du noir. (fragment de « Fragments de lumière », Encres vives, 2010, p.1)

 

*

Fragments de joie et songes

dans les aubes ouvertes, un temps

…et longues nuits dans des tunnels

plus obscurs que jamais.

A quand la sortie ?...(fragment de « Enigmi animi », op. cit., p.51 ; trad. P.L.)

 

*

Et Gênes se fait rose

à présent que la mer cueille

le soleil en elle,

rose le gratte-ciel Piacentini,

du rose qui teinte le soir

qui lentement tombe

vibre encore d’ardoises

sur les toits de cette ville

rose toujours plus pâle

maintenant que la nuit vient,

comme la nostalgie.

 

(fragment de « Sinfonia in rosa » in « L’arcano universo », op. cit., p.62 ; trad. P.L.)

 

(1)    Il viaggio della vita, Le Mani, 2012.

(2)    «Fragments de lumière », Encres Vives, coll. Encres Blanches, 2010.

(3)    Publiée à 35031 Albano Terme.

(4)    Libroitaliano World, 97100 Ragusa

(5)    Essai lumineux de De Nicola, préfacier du volume.

(6)    Le Portefaix, Poésie-Rencontre, Lyon, 3e trimestre 1994.

(7)    Maison de la Poésie  Nord Pas-de-Calais, 2002.

(8)    La Bartavelle, 1999.

(9)    Autres Temps, Marseille, 2004.

(10)Nemapress Editrice, 2005,  07041 Alghero.

(11)San Marco dei Giustiniani, Genova, 1980.

(12)Nemapress Editrice, 1995.

(13)Poemetto en italien, français, anglais.

(14)In « Enigmi animi », p.38.

 

 

Philippe Leuckx, 2012 (pour Les Carnets d’Eucharis)

 

Fabienne Juhel (par Claude Darras)

Lecture Claude Darras

 

Fabienne Juhel

Les Oubliés de la lande
 
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Editions du Rouergue (collection la Brune), 2012

 

 

 

 

 

Une satire sociale sur le mythe de l’immortalité

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Au début, le lecteur est happé. Quel mystère ce septuagénaire parisien vient-il dissimuler à travers les barbelés de ronciers et les bouquets de bruyère de la lande bretonne ? Et pourquoi abandonne-t-il sa carte d’identité sous une pierre de cairn ? Nourrit-il l’intention d’avaler son acte de naissance au terme d’une harassante randonnée ? La suite de la narration enseigne qu’une femme de 107 ans rencontrée dans une gare lui a livré le secret d’un village improbable de Bretagne où le temps s’est arrêté. Autrement dit, les habitants de la cité échappent au vieillissement et, par conséquent, à la mort, à la seule condition qu’ils ne franchissent pas les frontières de ce No Death’s Land, expression calquée sur celle du no man’s land (No pour « pas », Death pour « mort » et Land pour « terre »). À l’instar de tout autre communauté, la population dudit village, qui vit en autarcie en cultivant les fruits des champs et de la forêt, rassemble une collection très ordinaire d’individus, familles, couples et enfants, venus se réfugier là afin de fuir des vies ratées, des amours blessés, voire quelques crimes et délits. Un jour, la quiétude du lieu est profanée par l’apparition de la mort, celle d’animaux de la lande sacrifiés ou crucifiés selon des rites funéraires barbares… Je n’en dirai pas davantage pour ne pas déflorer prématurément les ressorts et les conclusions de l’intrigue.

Au début, le lecteur est pris, disais-je. Et puis, il relâche son attention. Son attente romanesque est déçue, semble-t-il, car la substance du discours se délite et l’histoire bâtie sur le mythe de l’immortalité - de la vie éternelle - reste banale, convenue. Fabienne Juhel - Fabienne Le Chanu à l’état civil (née en 1965 à Saint-Brieuc) - sait pourtant débusquer dans les sortilèges des Côtes-d’Armor le tragique, le cocasse et le sublime de la vie ; elle possède le sens du détail, du croquis, de la touche qui charpente la satire sociale de certains de ses précédents ouvrages à la plume trempée dans le champagne demi-sec. L’écrivaine et professeur de lettres poursuit un long compagnonnage avec l’écrivain Tristan Corbière, le poète des « Amours jaunes », précise son éditeur. Des raisons suffisantes pour attendre de nouveaux textes qui convaincront, je l’espère en tout cas, les lecteurs sceptiques dont je reste.

 

Claude Darras, novembre 2012

 

 

 

À lire du même auteur : La Verticale de la lune (éditions Zulma, 2005), À l’angle du renard (Le Rouergue, 2009) et Les Hommes sirènes (Le Rouergue, 2011).

 

Pier Paolo Pasolini

PIER PAOLO PASOLINI

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©

 

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Pier Paolo Pasolini / macchina da scrivere

 

 

EXTRAIT

Qui je suis / Poeta delle ceneri

(traduit de l’italien, présenté et annoté par Jean-Pierre Milelli)

Arléa, éditions, 2004

 

 


 

[…]

 

 

Voilà, ce sont les œuvres que je voudrais faire,

qui sont ma vie future – mais aussi passée –

et présente.

Tu sais – je te l’ai dit, vieil ami, père

un peu intimidé par le fils, hôte

allophone puissant aux humbles origines –

que rien ne vaut la vie.

C’est pourquoi je ne voudrais que vivre,

même en étant poète,

parce que la vie s’exprime aussi par elle-même.

Je voudrais m’exprimer avec des exemples.

Jeter mon corps dans la lutte.

Même si les actions de la vie sont expressives,

l’expression, aussi, est action.

Non pas cette expression de poète défaitiste,

qui ne dit que des choses

et utilise la langue comme toi, pauvre,

direct instrument ;

mais l’expression détachée des choses,

les signes faits musiques,

la poésie chantée et obscure,

qui n’exprime rien sinon elle-même,

selon l’idée barbare et exquise

qu’elle est un son mystérieux

dans les pauvres signes oraux d’une langue.

 

[…]

 

il n’y a pas d’autre poésie que l’action réelle

(tu trembles seulement quand tu la retrouves

dans les vers ou dans les pages de prose,

quand leur évocation est parfaite).

Je ne ferai pas cela de bon cœur.

J’aurai toujours le regret de cette autre poésie

qui est action elle-même,

dans son détachement des choses,

dans sa musique qui n’exprime rien

sinon son aride et sublime passion

pour elle-même.

 

         Eh bien, je vais te confier,

avant de te quitter,

que je voudrais être compositeur de musique,

vivre avec des instruments

dans la tour de Viterbe que je n’arrive pas

à acheter,

dans le plus beau paysage du monde, où l’Arioste

serait fou de joie de se voir recréé avec toute

l’innocence des chênes, collines, eaux et ravins,

et là, composer de la musique,

la seule action expressive

peut-être, haute, et indéfinissable

comme les actions de la réalité.

 

 

------------------------------ (p. 50/52)

 

 

 

Ecco, queste sono le opere che vorrei fare,

che sono la mia vita futura – ma anche passata

- e presente.

Tu sai, tuttavia te l’ho detto, anziano amico, padre

Un po’ intimidito dal figlio, ospite

Alloglota potente dalle umili origini,

che nulla vale la vita.

Perciò io vorrei soltanto vivere

pur essendo poeta

perché la vita si esprime anche solo con se stessa.

Vorrei esprimermi con gli esempi.

Gettare il moi corpo nella lotta.

Ma se le azioni della vita sono espressive,

anche l’espressione è azione.

Non questa mia espressione di poeta rinunciatario,

che dice solo cose,

e usa la lingua come te, povero, diretto strumento ;

ma l’espressione staccata dalle cose,

i segni fatti musica,

la poesia cantata e oscura,

che non esprime nulla se non se stessa,

per una barbara e squisita idea ch’essa sia misterioso suono

nei poveri segni orali di una lingua.

 

 

[…]

 

 

non c’è altra poesia che l’azione reale

(tu tremi solo quando la ritrovi

nei versi, o nelle pagine in prosa,

quando la loro evocazione è perfetta).

Non farò questo con gioia.

Avrò sempre il rimpianto di quella poesia

che è azione essa stessa, nel suo distacco dalle cose,

nella sua musica che non esprime nulla

se non la propria arida e sublime passione per se stessa.

Ebbene, ti confiderò, prima di lasciarti,

che io vorrei essere scrittore di musica,

vivere con degli strumenti

dentro la torre di Viterbo che non riesco a comprare,

nel paesaggio più bello del mondo, dove l’Ariosto

sarebbe impazzito di gioia nel vedersi ricreato con tanta

innocenza di querce, colli, acque e botri,

e li comporre musica

l’unica azione espressiva

forse, alta, e indefinibile come le azioni della realtà.

 

 

 

 

 

                                                                                                    

 

 

 

SOURCE TEXTE :

PIER PAOLO PASOLINI/TUTTE LE OPERE

Poesie varie e d’occasione, (p.1287/1288)

Edizione diretta da Walter Siti – Tomo secondo

Arnoldo Mondadori Editore, 2009

 

 

06/11/2012

Sylvia Plath

 

SYLVIA PLATH

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© Editions Quarto Gallimard Oeuvres, 2011

poèmes, romans, nouvelles, contes, essais, journaux

 

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Extrait

« Contexte »/Context

Traduit par Catherine Nicolas

Publié en 1962 dans le London Magazine

 

 

 

Pour l’heure, les deux problèmes de société qui me préoccupent sont les incalculables effets génétiques des retombées radioactives, et un document sur l’alliance terrifiante, démente, omnipotente, du grand capitale et de l’armée en Amérique – « Juggernaut ou l’état de guerre », un article de Fred J. Cook paru dans un récent numéro de Nation. Cela a-t-il une influence sur le genre de poésie que j’écris ? Oui, mais de façon détournée. Je ne suis pas douée pour les lamentations de Jérémie, même si je me sens plutôt insomniaque devant ma vision de l’apocalypse. En fait, mes poèmes ne portent pas sur Hiroshima, mais sur un enfant qui se forme, doigt après doigt dans les ténèbres. Ils ne portent pas sur les terreurs de l’extermination de masse, mais sur la tristesse de la lune au-dessus d’un if dans un cimetière voisin. Non pas sur les testaments d’Algériens torturés, mais sur les pensées nocturnes d’un chirurgien fatigué.

 

[…]

 

Je ne crois pas qu’une « poésie de gros titres » intéresserait plus de gens et plus profondément que les titres à la une des journaux. Et à moins que le poème de circonstance ne naisse de quelque chose de plus viscéral qu’une philanthropie générale et changeante et soit, en vérité, cette Licorne qu’est un véritable poème, il risque fort d’être mis à la corbeille aussi rapidement que la page d’information elle-même.

 

Les poètes dont je fais mes délices sont possédés par leurs poèmes comme par le rythme de leur propre respiration. Loin de paraître fabriqués, leurs plus beaux poèmes semblent nés tout d’une pièce ; certains poèmes des Life Studies de Robert Lowell, par exemple ; la serre des poèmes de Theodore Roethke ; quelques œuvres d’Elizabeth Bishop, et la majeure partie de l’œuvre de Stevie Smith (« L’art est un chat, sauvage et tout à fait étranger à la civilisation »).

 

 

--------------------------------------- (CONTEXTE (1962), p.1241/1242)

 

 

 

_______________

SYLVIA PLATH
OEUVRES

Ed. Quarto Gallimard

2011

 

 

05/11/2012

Martin Amis

 

 

Martin Amis by Angela Gorgas en 1977.jpg

 

Martin Amis

[Angela Gorgas]

modern bromide print from original negative, 1977

8 in. x 11 7/8 in. (203 mm x 303 mm) image size

 

 

  

Je dirais que les écrivains que j’aime et en lesquels j’ai confiance possèdent, à la base de leur prose, quelque chose qui s’appelle la phrase anglaise. Une très grande quantité de prose moderne me semble recourir à un usage déprimé de la langue. Un jour, j’ai appelé ça « la prose qui a fait vœu de pauvreté ». Non, moi je veux le roi. Je veux Updike. Anthony Burgess a dit qu’il y a deux sortes d’écrivains, les écrivains classe A et les écrivains classe B. les écrivains classe A racontent des histoires, les écrivains classe B jouent avec la langue. Et j’ai tendance à être rangé du côté des écrivains classe B. Avec la prose de Nabokov, avec celle de Burgess, avec la prose de mon père – celle du début, plutôt – , la phrase anglaise est un peu comme un mètre poétique. C’est un rythme essentiel à partir duquel l’écrivain est libre de regarder dans différentes directions inattendues. Mais la phrase est toujours là. Pour être plus explicite, c’est comme si je disais ne pas me fier à un peintre abstrait tant que j’ignore s’il peut dessiner des mains.

 

[…]

 

 

Ce n’est pas la pirouette brillante, le paroxysme soudain ou la suite filée d’évènements qui caractérisent un écrivain et qui le rendent unique. C’est un ton, c’est une façon de regarder les choses. C’est un rythme, c’est ce qu’en poésie on appellerait un rythme naturel.

 

 

 

 

The Art of Fiction, n°151

Paris Review/les entretiens

Christian Bourgois Editeur, 2011

Arthur Miller

 

Arthur Miller by Inge Morath.jpg

©Arthur Miller by Inge Morath

 

 

 

 

Liliane Kerjan

Ce que je sais d'Arthur Miller

Bourin Editeur, 2012