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31/10/2010

Léon Chestov aux Ed. Le Bruit du temps

Le Pouvoir des clés

Léon Chestov   

 

Plat1Chestov_001.jpgCette parution est la première d’une série de rééditions et de publications d’inédits de Chestov prévues au Bruit du temps, sous la direction de Ramona Fotiade, présidente de la Société d’études Léon Chestov, professeur à l’université de Glasgow.

Tome VII des œuvres telles que Léon Chestov les avait lui-même ordonnées, Le Pouvoir des clés marque un tournant dans l'œuvre du philosophe russe, désormais plus ouvertement orientée vers le questionnement de la foi. Le pouvoir des clés, pour Chestov, c’est ce droit que s’arroge chaque homme, qu’il soit catholique ou athée, d’ouvrir pour lui-même et pour ses proches les clés du royaume des cieux, de croire que, s’il fait le bien, il obtiendra le paradis. Or, pour Chestov, l’homme doit renoncer à l’idée que ce pouvoir est entre ses mains, la vérité ne commence qu’au moment où la raison perd pied. On la trouve chez ces hommes (de Plotin à Nietzsche, de Shakespeare à Dostoïevski) qui, à un moment de leur vie, ont perdu toutes les clés et ont connu une expérience qui est de l’ordre de la révélation.

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Elisabeth Bishop, Nord & Sud

 

L’homme-phalène

Extrait 

 

Si vous l’attrapez,

approchez une torche de son œil. Ce n’ est qu’une pupille noire,

une nuit complète en soi, dont l’horizon hirsute se crispe

quand il vous fixe à son tour, et clôt sa paupière. Alors

une larme, son seul bien, point, comme le dard de l’abeille.

D’un geste furtif il la cueille et, si vous regardez ailleurs,

Il l’avalera. Toutefois,  si vous l’observez, il vous l’offrira,

fraîche comme de l’eau de source et assez pure pour être bue.

 

 The Man-Moth

 

Il you catch him,

hold up a flashlight to his eye. It’s all dark pupil,

and entire night itself, whose haired horizon tightens

as he stares back, and close up the eye. Then from the lids

one tear, his only possession, like the bee’s sting, slips.

Slyly he palms it, and if you’re not paying attention

he’ll swallow it. However, if you watch, he’ll hand it over,

cools as from underground springs and pure enough to drink.

 

 

bishop3.jpg

 

 

 Paris, 7h du matin

Extrait

 

Je me rends à chaque horloge de l’appartement :

certaines aiguilles pointent histrioniquement dans une direction

et certaines dans d’autres, sur des cadrans ignorants.

Le temps est une Etoile ; les heures divergent tellement

que les jours sont des voyages autour des banlieues, 

des cercles autour d’étoiles, des cercles qui se recoupent. 

La gamme brève, en demi-tons, des climats de l’hiver

est une aile déployée de pigeon.

L’hiver habite sous une aile de pigeon, une aile morte aux

            plumes humides.

 



Paris, 7 A.M.


I make a trip to each clock in the apartment :

some hands point histrionically one way

and some point others, from the ignorant faces.

Time is an Etoile; the hours diverge

so much that days are journeys round the suburbs,

circles surrounding stars, overlapping circles. 

The short, half-tone scale of winter weathers

is a spread pigeon’s wing.

Winter lives under a pigeon’s wing, a dead wing with

            damp feathers.

 

 

 

Nord & Sud, 1983

(éd. Circé, 1996, pour la traduction française)

 

  

William Bronk, Le monde, le sans-monde

A un musicien italien d’autrefois

      

 

 

Quand on écoute sa musique, combien

on aimerait en avoir été l’interprète, afin

d’être beau à jamais, comme sa musique,

comme lui en elle, qui n’est plus

que sa musique, qui est son monde.

 

Combien on désire toujours une fin

- afin que rien ne manque.

 

Et puis ceci encore :

qu’on désire durer, qu’on a besoin de se faire

un monde pour survivre, ce qui ne peut être fait

simplement, sur-le-champ, mais par la lente

accrétion, cristal à cristal, d’un monde

fait, d’un monde fait pour durer.

 

On n’est rien sans monde.

 

(p.65)

 

 

Bronk.jpg

 

 

La nature de la forme musicale

 

Il est difficile de croire du monde qu’il devrait

y avoir de la musique : ces certitudes à rebours

du tout-incertain, cette beauté ordonnée sous

l’absence de tonalité, la confusion des bruits de hasard.

 

Il est tentant de dire de l’incompréhensible,

de l’absence de formes, qu’il n’y a d’ordre que celui

que nous ordonnons et que, l’ordonnant, il est ; ou encore,

qu’il y a un ordre naturel qu’appréhende la musique

 

dont l’appréhension justifie le monde ;

ou ceci encore, que ces formes sont fausses, pas vraies,

que la musique n’est pas pertinente à tout le moins, que le monde

est énoncé quelque part ailleurs, pas là. Mais non.

 

Comment dire ? Il y a une beauté de la personne aussi,

qui n’est pas la vérité des personnes ni même, apprend-on,

la vérité de cette personne en particulier.

Il n’y a que la beauté s’énonçant elle-même :

 

comme si nous en étions réduits à dire de la musique, qu’elle est.

 

(p.99)

 

Le monde, le sans-monde, 1964

(éd. Circé, 1994, pour la traduction française)

 

 

28/10/2010

Roger Curel par Claude Darras

 

PORTRAIT ET LECTURE

(Claude Darras)

 

Roger Curel, philosophe et rebelle

 

 

 

Il aime en gourmet la langue française dont il use et parle en virtuose. Parfois, afin de donner plus de mordant au fouet de son écriture, il abuse des expressions triviales, comme s’il parsemait d’orties un jardin à la française. Mais ce sont là des vétilles ; et personne ne songerait à les lui reprocher s’il ne portait si haut l’exigence morale de la littérature et une hantise continuelle de la barbarie. Né le mardi 29 mai 1923 sur les hauts plateaux algériens, à Saïda, berceau d’Apulée, l’auteur latin de L’Âne d’or, l’adolescent comprend très tôt que, sur de nombreux humains, la possibilité de commettre impunément quelque lâcheté, quelque crime, surgit du tissu des jours ordinaires. Il complète la découverte précoce de la sauvagerie au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Alors que les institutions françaises collaborent avec les Allemands après l’armistice de 1940, il est arrêté en 1941 en essayant de rejoindre Charles de Gaulle à Londres ; il participe à la préparation du débarquement des Alliés en Afrique du Nord le 8 novembre 1942, puis, le 24 du mois suivant, à l’exécution de l’amiral pétainiste François Darlan à Alger. Jugé et acquitté, il s’enrôle dans la 2e Division blindée du général Philippe Leclerc. Démobilisé après la guerre, il intègre le musée de l’Homme et rallie la mission Marcel Griaule en Afrique occidentale où il réalise quatre films avec l’ethnologue Jean Rouch (Le Cimetière dans la falaise, 1950 ; Bataille sur le grand fleuve, Les Gens du mil, 1951 ; Les Fils de l’eau, 1954). À son retour en France, le journalisme et le cinéma l’accaparent sur les rives de la Méditerranée. Le grand reporter « couvre » notamment la fin de la guerre d’Algérie et les débuts de l’indépendance. L’assistant metteur en scène participe à la réalisation du film d’Albert Lamorisse, « Crin blanc », en 1953, avec Denys Colomb de Daunant et Edmond Séchan. Vingt ans après, il écrit à la demande d’Alain Jessua le scénario du film « Traitement de choc », interprété par Annie Girardot et Alain Delon.

Dans la clandestinité de sa retraite vauclusienne, à Bonnieux où il réside depuis 1965, Roger Rosfelder a ajouté dix œuvres à sa bibliographie et des dizaines de nouvelles publiées, sous le patronyme de son grand-père (Curel Jean-Paul, notaire toulonnais), par des revues dont « Le Croquant » de son ami le philosophe Michel Cornaton. Il relit aujourd’hui le théâtre de l’Autrichien Thomas Bernhard (1931-1989) et les Récits de Kolyma du Russe Varlam Chalamov (1882-1941) ; les nouvelles et la poésie de l’Irlandais James Joyce (1882-1941) l’émeuvent tout autant ; il s’enthousiasme pour la prose pérégrine de l’Anglais Malcolm Lowry (1909-1957). Et dans le panthéon de ses préférences, il aime à citer l’Allemand Heiner Müller (1929-1996), l’Américain Ezra Pound (1885-1972), le Belge Pierre Rickmans alias Simon Leys (né en 1935), les Français Emmanuel Roblès (1914-1995) et Claude Simon (1913-2005). Le grand lecteur reconnaît sa dette envers « Lumière d’août » de l’Américain William Faulkner (1897-1962). « Tu ressembles aux écrivains que tu aimes », lui dis-je sans malice. Tous ses livres ne sont-ils pas en référence, même lointaine, à ses lectures ?

Ses romans sont invraisemblables comme la vérité des mondes qu’ils décrivent, démasquent ou dénoncent : les expéditions ethnographiques en Afrique (Le Géant du grand fleuve, 1956), le Front de libération nationale en guerre et les évènements d’Algérie (L’Office des Ténèbres, 1965), l’histoire du Maghreb français (Éloge de la colonie, 1992), l’Afrique du gaullisme (Une maison en Provence, 1994), les réseaux d’espionnage (Maxence de Tyr, 1998). Fatalement autobiographiques, ces récits et essais entendent corriger les bévues ou l’amnésie de la postérité selon la méthode des vases communicants : le témoin vient prêter la main à l’historien, le polémiste éclaire la lanterne du moraliste, le philosophe négocie avec le rebelle.

Il aime en gourmet la langue française, disais-je ? Il faut écrire avec appétit, enseigne-t-il, sinon les mots sont fades. La gourmandise de l’esthète, elle est dans l’ambiance de l’action, dans les décors de la narration, dans les parfums des lieux ; elle est aussi dans une joie rabelaisienne à manipuler les personnages, ces miniatures de camée, peu importantes en volume mais ciselées, suivant les caractères, avec précision, corrosion ou tendresse. Au-delà du plaisir de déplaire de l’iconoclaste qui signe le premier d’une quinzaine d’ouvrages majeurs à 29 ans (Chants haoussas, Seghers), le lecteur attentif trouvera de la grandeur chez certains protagonistes de ses histoires, la part la plus haute de l’homme, la manifestation du sentiment de noblesse qui s’empare des humbles quand ils refusent la servitude et le chaos toujours menaçant de la barbarie.

 

© Claude Darras

 

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Photo : Roger Curel par Robert Durand

  

Florilège

 

Le village sentait le combat. Sur toutes les cases des pêcheurs, des harpons alignés dressaient leurs fers barbelés dans le ciel. Les flotteurs en bois de sureau, assemblés en faisceaux, finissaient de sécher sur des claies. Tous les pêcheurs de Firgoun étaient réunis sur une esplanade de terre battue, située derrière la concession d’Oumarou. Ils finissaient d’affûter leurs fers, les emmanchaient sur des hampes de bois dur et enfonçaient les bois dans les flotteurs par des taquets ; ce travail une fois terminé, ils posaient leurs harpons, la pointe dirigée vers le ciel, contre les cases. Ils taillaient des pagaies de rechange pendant que le forgeron traçait à chaud la marque du propriétaire sur les fers neufs. Oumarou, torse nu dans son pantalon de coton bleu déteint, aiguisait les trois lances à tuer. Elles avaient un manche court et un fer large et coupant, aussi long et aussi large que son avant-bras : elles étaient destinées à achever les hippopotames en leur sectionnant les nerfs, profondément, entre le cou et la tête.

 

Dans « Le Géant du grand fleuve », éditions Julliard, 1956

 

Toujours ces militaires éternels et bornés qui dirigent si mal la circulation aux carrefours de l’histoire. Le souvenir d’un ami commun mort assassiné nous a rappelé l’injustice du monde. L’inexistence de tout rempart spirituel contre la félonie des hommes et des États préfigure notre avenir : on ne court pas au fascisme, on y est. Cette injustice du monde je continue à la vérifier dans les dépêches : ceux qui tuent au canon et au napalm continuent d’appeler « terroriste » celui qui tue au couteau. Les uns représentent le nombre et la puissance, ils ont les medias à leur botte ; les autres doivent s’y introduire par effraction. Aux premiers le téléphone, au second le plastic.

 

Dans « La Rose d’Alger », éditions Paul Keruel, 1989

 

J’ai la gorge qui se serre. Ensuite elle me parle comme si de tout temps j’avais été au courant du malheur du monde, des années qui passent, de la vieillesse et de la mort. Je crois qu’elle est en train de contempler ce qui jusqu’à maintenant lui avait échappé, les ruines totales d’un pays, d’une famille et d’une vie dans un paysage mental sec, désertique et figé à la Piranèse.

 

Dans « Éloge de la colonie – un usuel de la destruction »
chronique, éditions Climats, 1992

 

Il gardait sa rubrique sur le festival d’Avignon. La saison commençait, il lui fallait désormais donner à penser sur l’impensable à un public qui se déversait en ondes régulières de ces grandes villas de pierres apparentes qui ressemblaient à des Noëls de carriers.

 

Dans « Une maison en Provence »
roman, éditions Aléas, 1994

 

Goya « Caprices ». Dessin 56. Eau forte non signée. La fortune traite mal ceux qui s’élèvent en essayant d’écraser les autres. Elle paye en fumée la peine que l’on a prise en cherchant les hauteurs. D’après l’anonyme l’homme déguisé en saltimbanque qui domine la scène pour lancer ses toutes petites foudres sur tout ce qui bouge encore autour de lui se tient en équilibre sur les bras de la Sottise.

 

Dans « Caprices et Désastres », L’Harmattan
collection "Le Croquant", une vie une œuvre, 2009

 

27/10/2010

CAMAÏEUX, Angèle PAOLI

camaieux-couv.jpg

24 exemplaires originaux avec des Suminagashi et un Gaufrage 

de Véronique Agostini

 

Camaïeux du roulis régulier de la vague
crépitements crêpelés de lumière ambre rousse
grenailles de cailloux de criques aux bruyères
incendiées de folioles
clairs de terre en camaïeux
de chants de cuivre
de cymbales et crotales
de feu.

 

voir le livre

 

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Véronique Agostini
Editions les Aresquiers
27 avenue d'Ingril -  34110 Frontignan - FRANCE

www.agostiniveronique.com 

logo éditions les aresquiers.jpg


mobile : 06.23.81.50.77
mail : 
veronique-agostini@orange.fr

Workshop "Puisque Beauté il y a" à l'Ecole Régionale des Beaux-Arts de Dunkerque

PRESENTATION 1.jpg

Sylvie Durbec, Peinture c'est silence

 

 

PEINTURE C’EST SILENCE

 

 

peinture c’est silence pas besoin du bruit des lèvres au bord du bol brûlant SUR LE BOL EN PYREX DANS LE REFECTOIRE les lèvres suçotaient les dents en attente de la brûlure du lait chaud  pourquoi associer la blancheur brûlante du lait à la peinture

 

 

dans les tableaux de Soutine la couleur blanche est liée au rouge  exemple cette petite zone laissée en blanc dans le portrait de l’idiot du musée Calvet d’Avignon que le gardien justement aime comme une dent pointée dans une bouche ouverte celle de Lina

 

 

une table ce n’est pas le Mont Blanc mais juchée la religieuse sur veillait les petites en train de boire ou ne pas boire la blancheur brûlante du lait obligatoire pour colorer leur teints d’après guerre et la peinture ne s’étalait ni sur les tables ni sur le carrelage froid

 

 

Soutine se pliait  à trois genres : portrait nature morte et paysage se servant du feu pour oublier le temps passé à apprendre des arbres à Céret Peinture c’est silence se tuait-il à répéter Bach est le seul musicien qui travaille comme un peintre en rythme

 

 

blanc noir noir rouge blanc et ça devient une sorte de duende silence c’est musique avez-vous un enregistrement de couleurs peinture aussi c’est musique et si vous voulez entendre voir petites filles buvant à regret leur bol de lait  alors faites silence

 

© Sylvie Durbec, octobre 2010

l’inauguration du réseau de lecture publique de la Communauté de Communes de la Vallée de la Scarpe

Sans titre 1.jpg

 

Après-midi

Autour de la thématique « Pluri...Elles »

 

14h à 15h30 Table ronde

Auteures invitées : Marie Desplechin,

Merete Pryds Helle* et Nathalie Riera

 

15h45 à 16h30 Mini-concert de Liz Cherhal (dans le cadre de la manifestation « Bibliothèques en fête »)

 

16h30 à 17h Discussion avec la salle