25/05/2008
L'émotion L'émeute - Pascal Boulanger
« Le monde s’occupe trop des morts »… alors ne revient-il pas au poète de se réjouir à ne pas quitter le monde, mais à se laisser quitter par lui, parce qu’à cet endroit même de ce presque invivable, de ce presque irrespirable, il y a ce lieu, à proximité, là où :
« le mauve accentué autour du tilleul
Ne rien dire
dire oui »
Parce que acquiescer « veut dire jouir », chez Pascal Boulanger acquiescer est aussi une manière cruciale de donner au poème à être « une machine critique »* contre ce monde dans lequel nous y sommes « plantés », comme nous y sommes « jetés », avec cependant cette forme de foi en la beauté, en ce que Pascal Boulanger nomme, par ailleurs, ces « Merveilles endormies », qui nous éveillent et sont notre éveil, nous donnant à vivre une sorte de gloire intérieure, ou de ce qu’il écrira plus loin « le flux interne », ainsi ces insignes « Battements lumière du cœur » contre toutes les sombres langueurs, et contre toutes les asthénies ambiantes et leurs morbidités.
Il y a chez le poète des départs, toujours plus de départs que de fuites. Vers ces lointains tout proches. Vers ces proximités vibrantes. Des départs « pensés », des départs pour que « tout cesse de peser ». Mais des départs aussi pour répondre à ce souci de l’éveil, « la clarté imprévisible et brutale de l’éveil ».
Le saut dans lequel on survole l’univers brise les frontières on monte jusqu’au plus haut des clôtures on descend vers les lacs blancs au creux des vallées tout s’élève et s’abaisse on sait où aller en quête d’un nouvel amour notre amour sonne à chaque instant dans la soudaineté du tranchant
Tranchant de la révolte, mais pas du ressentiment, c’est aussi avec cette même « soudaineté » que le poète dit « Adieu dieux de la mort terre aride où rien ne pousse on laisse tout désespoir à l’agitation des hommes… ».
De fait, peut-on dire que ces départs ressemblent à ces voyages que le poète refait « dans l’instant et rien d’autre ».
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Les trois vocables qui semblent le plus chers au poète : vie – épiphanie – devenir.
Précieux vocables que Pascal Boulanger aura lui-même réunis dans un des articles de son dernier ouvrage « Fusées et Paperoles » publié aux Editions L’Act Mem.
Ezra Pound déclarait un jour : « J’écris pour contrecarrer l’opinion que l’Europe et la civilisation vont au diable ». De la même manière, Pascal Boulanger ne regarde t-il pas devant lui, au loin, tout en étant le plus attentif possible à son environnement présent, à ce qui est près et qui se fait entendre par la terreur, ainsi ce :
11 septembre 2001
CE QUE DESIGNE CE TERME DE NIHILISME EST UN MOUVEMENT HISTORIAL QUI REMONTE A FORT LONGTEMPS AVANT NOUS ET QUI VA PAR-DELA NOUS-MEME S’ETENDRE DANS LES LOINTAINS DE L’AVENIR.
Mais en même temps que le vœu du poète serait que le nihiliste puisse s’abolir de lui-même « dans un pur néant », il y a dans le cœur du poète ce désir d’atteindre les roses :
« C’est plein de bouquets quand il s’éloigne
Là-bas sur la route
De tous côtés vers les sources
Les éclats de lumière
Quand il atteint les roses
Les roses qui gravitent pénètrent la pensée ».
Il y a de l’amour dans le cœur de cette pensée. Dans le cœur où parfois mourir, se laisser troubler, où parfois s’enténébrer, et puis souffler.
Et puis aussi ce vertige qui ne prend pas seulement le cœur, mais les jambes. Et le poète qui vous dit, presque le dirait-il au creux de votre oreille : « crois à ce que tu voudras mais on sort toujours indemne dans le velours de l’écriture ».
Pour Pascal Boulanger, les routes ne sont jamais les mêmes, parce que lui-même change souvent de lieux, parce que lui-même « ne cède pas au désir de mourir ». Toujours ces grands départs, afin de mieux supporter « les deux visages du destin », sans irritation ni indignation contre personne.
la parole parlante
Sauvagement présente
la beauté seule
les livres par milliers
C’est beaucoup de choses
l’émotion l’émeute
le mauve accentué autour du tilleul
Ne rien dire
dire oui
©Nathalie Riera
* "Le poème de Pascal Boulanger est par là aussi une machine critique", selon Emmanuel Laugier dans le Matricule des Anges, n°44 de Mai-Juillet 2003.
D'autres textes en ligne dans les Chroniques de la Luxiotte
ICI : http://www.luxiotte.net/textes/boulanger01.htm
Pascal Boulanger, né en 1957, est bibliothécaire en région parisienne. Parallèlement à son travail d’écriture, il cherche depuis une vingtaine d’années, à interroger autrement et à resituer historiquement, le champ littéraire contemporain. Il a ainsi donné de nombreuses rubriques à des revues telles que Action poétique, Artpress, le Cahier Critique de poésie, Europe, La Polygraphe et Passage à l’acte. Il participe à des lectures, des débats et des conférences sur l’écriture en France et à l’étranger.
Livres :
• Septembre, déjà - éd. Messidor, 1991
• Martingale - éd. Flammarion, 1995
• Une action poétique de 1950 à aujourd’hui - éd. Flammarion, 1998
• Le bel aujourd’hui - éd. Tarabuste, 1999
• Tacite - éd. Flammarion, 2001
• Le corps certain - éd. Comp’Act, 2001
• L’émotion L’émeute - éd. Tarabuste, 2003
• Jongleur - éd. Comp’Act, 2005
• Suspendu au récit...la question du nihilisme - éd. Comp’Act, 2006
Dernière parution : Fusées et paperoles - éd. Tarabuste, et à paraître : Jamais ne dors - éd. Corridor bleu, en 2008.
Publications dans des anthologies :
Histoires, in Le poète d’aujourd’hui, 7 ans de poésie dans « L’Humanité » par Dominique Grandmont, Maison de la Poésie Rhône-Alpes, 1994.
L’age d’or, in Poèmes dans le métro, Le Temps des cerises, 1995.
Grève argentée, in Une anthologie immédiate par Henri Deluy, Fourbis, 1996.
En point du cœur, in Cent ans passent comme un jour, édition établie et présentée par Marie Etienne, Dumerchez, 1997.
Ça, in 101 poèmes et quelques contre le racisme, Le Temps des cerises, 1998.
Le bel aujourd’hui : chroniques, in L’anniversaire, in’hui/le cri et Jacques Darras, 1998.
L’intime formule, in Mars poetica, Skud (Croatie) et Le Temps des cerises, 2003.
Dans l’oubli chanté, in « Les sembles », La Polygraphe n°33/35, 2004.
Jongleur (extraits), in 49 poètes un collectif, réunis et présentés par Yves di Manno, Flammarion, 2004.
Etudes, entretiens sur :
Henri Deluy, Un voyage considérable, in Java n°11, 1994.
Gérard Noiret, Une fresque, in La sape n°36, 1994.
Marcelin Pleynet, L’expérience de la liberté, in La Polygraphe n°9/10, 1999.
Philippe Beck, Une fulguration s’est produite, in La Polygraphe n°13/14, 2000.
Jacques Henric, L’habitation des images, in Passages à l’acte n°1/2, 2007.
20:21 Publié dans Pascal Boulanger | Lien permanent | Commentaires (0) |
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Mes trucs pour écrire
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(Titre original : Tystnaden)
Réalisateur : Ingmar Bergman
Ester : Ingrid Thulin
Anna : Gunnel Lindblom
Johan : Jorgen Lindstrom
le barman : Birger Malmsten
le serveur : Håkan Jahnberg
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Cantus in memory... (Arvo Pärt) - Et puis, un poème de Marcelin Pleynet
je te vois
tu manques à ma voix
vois le manque
le clavecin
la musique
le clavier
l'amour avec les doigts
encore toi qui manque
en corps la musique
toi le clavier plus vite
le bonheur
le rire
le parfum
la voix qui manque"
A consulter : http://auteurs.arald.org/biogr/Pleynet1933.html
20:10 Publié dans MUSIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) |
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Ligeti
Une sensation de flux susceptible de se développer ou de se rétracter infiniment
Né le 28 mai 1923 à Discöszenmárton, en Transylvanie roumaine, il est considéré comme l’un des compositeurs phares de la seconde moitié du XXè siècle. Il étudie la composition au conservatoire de Cluj et enseigne l’harmonie et le contrepoint à l’académie Franz Liszt de Budapest. Fuyant l’insurrection hongroise de 1956, il est reçu par K . Stockhausen à Cologne. De 1957 à 1959, il travaille au studio de musique électronique de la Westdeutscher Rundfunk. Il y rencontre P . Boulez, B. Maderna, L. Berio et M. Kagel entre autres. Il participe au cours d’été de Darmstadt, enseigne un an à Stockholm en tant que professeur invité, réside en tant que compositeur à l’université de Stanford et reçoit de nombreux prix. A la fois tombeau, Hommage et rétrospective, cet article sera traversé par une seule question : quel patrimoine musical Ligeti nous laisse-t-il ?
LIRE L'ARTICLE... http://www.indeson.com/article.php?id_article=117
« les harmonies ne changent pas soudainement, mais mûrissent les unes dans les autres »
08:55 Publié dans MUSIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) |
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Paul Auster & Jacques Dupin
PAUL AUSTER
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© Écrivain américain
Né en 1947 à Newark, New Jerzey
…
La poésie de Jacques Dupin n’est pas d’un abord facile. Hermétique sans compromission et d’une concision rigoureuse, elle exige de nous moins une lecture qu’une absorption. Car la nature du poème a subi une métamorphose, et pour la rencontrer sur son propre terrain, nous devons modifier la nature de notre attente. Le poème n’est plus évocation de sentiments, ni chant, ni méditation. Il est plutôt le champ de l’espace mental dans lequel peut se déployer une lutte : entre la destruction du poème et la quête de l’éventuel poème – car le poème ne peut naître que lorsque toutes ses chances d’exister ont été détruites.
(…)
Ce que je vois et que je tais m’épouvante. Ce dont je parle, et que j’ignore, me délivre. Ne me délivre pas.
Dupin a accepté délibérément ces difficultés, préférant à la facilité la pauvreté et les contraintes du renoncement. Parce que son but n’est pas de subjuguer son entourage au nom de quelque vaine notion de maîtrise, mais de s’harmoniser avec lui, d’entrer en relation avec lui et, finalement, de vivre avec lui, l’opération poétique devient processus par lequel il se décharge de ses vêtements, de ses outils et de ses possessions afin d’assumer, nu, la plénitude de l’être. En ce sens, le poème est une sorte de purification spirituelle. Mais si un moine peut s’imposer la pauvreté en sachant qu’elle le rapprochera de son Dieu, Dupin ne dispose pas d’une telle assurance. Il prend sur lui la détresse de son environnement comme un moyen de mettre fin à ce qui l’en sépare, alors que nul signe ne le guide, que rien ne garantit son salut. Pourtant, en dépit de cette austérité, ou peut-être à cause d’elle, son œuvre possède une richesse peu commune. Cela provient, au moins en partie, de ce que tous ses poèmes sont enracinés dans un paysage, plantés fermement dans une réalité palpable. Les problèmes qu’il aborde ne sont jamais proposés comme des abstractions, mais présents tels qu’en eux-mêmes dans et au travers de ce paysage, dont ils ne peuvent en définitive être séparés. L’univers qu’évoque Dupin propose un itinéraire alchimique au cœur des éléments, la transfiguration par le verbe de ce qui paraît indivisible.
[…]
------------------------------ (p. 75/77)
Extrait de L’art de la faim, Paul Auster, Actes-Sud (« collection Babel »), 1992.
Paul Auster a écrit ce texte en 1971.
Je ne sais pas ce qui se passe dans le fond du regard qui se risque, dans l’attente qui se love, et la flèche qui jaillit – j’en éprouve la soif, la morsure. Un regard éclaté, et les prémices d’un récit qui se dénude jusqu’à l’os. Et comme l’inconscient, l’enfance ou le socle d’une œuvre romanesque qui en tire sa force, son effervescence, et déroule ses spires, multiplie ses jeux de miroir et leur vertigineuse réflexion.
(…)
Et d’un rivage à l’autre du vieil océan. De ta langue à la nôtre, sans dommages, non sans coups de roulis, côtoiement de gouffres. Tu passes, tu reviens. Par le jeu disjoint de l’œil et de la bouche. Et de l’instant rapace du poème à la durée, à l’aléa de l’écriture reptilienne. Tu reviens, tu t’éloignes aux grandes marées pour :
… simplement attendre. Comme si le premier mot venait seulement après le dernier, après une vie d’attente du mot
qui était perdu.
[…]
------------------------------
Jacques Dupin a écrit la préface de Disparitions de Paul Auster, Ed. Unes/Actes Sud - Traduit de l'américain par Danièle Robert.
On retrouve cette préface dans Poèmes de Paul Auster, de M’introduire dans ton histoire, Ed. P.O.L. – 2007, (p.152/153).
07:18 Publié dans ETATS-UNIS, Jacques Dupin, Paul Auster | Lien permanent | Commentaires (0) |
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Autobiographie de l'oeil - Intérieur

Autobiographie de l’oeil
Objets invisibles, ancrés dans le froid,
et poussant vers cette lumière
qui s’évanouit
dans chaque objet
qu’elle illumine. Rien ne meurt. L’heure
retourne à la première
heure où nous avons respiré : comme s’il
n’y avait rien. Comme si je pouvais voir
rien
qui ne soit pas ce qui est.
Au bout de l’été
et de sa chaleur : ciel bleu, colline mauve.
La distance qui subsiste.
Une maison, faite d’air, et de flux
de l’air dans l’air.
Comme ces pierres
qui s’effritent encore dans la terre.
Comme le son de ma voix
dans ta bouche.
MURALES – (1971-1975), Ed. Unes/Actes Sud, (p.99)
Intérieur
Chair déchirée du tout autre. Et chaque mot ici, comme si c’était la dernière chose à dire : le son d’un mot marié à la mort, et la vie, qui est cette force en moi à disparaître. Volets clos. La poussière d’un moi antérieur, vidant l’espace que je ne remplis pas. Cette lumière qui croît au coin de la pièce, là où la pièce entière a basculé. La nuit ressasse. Une voix qui ne me parle que de choses infimes. Pas même des choses – mais de leurs noms. Et où n’est aucun nom – de pierres. Le tintamarre des chèvres remontant par les villages de midi. Un scarabée dévoré dans la sphère de sa propre fiente. Et le pullulement violet des papillons au loin. Dans l’impossibilité des mots, dans le mot imprononcé qui asphyxie, je me trouve. (pp.49/50)
06:41 Publié dans Paul Auster | Lien permanent | Commentaires (0) |
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