21/02/2009
L'Apparition - Yves Goulm
(LES ENCRES D’ISAAC CELNIKIER)
Editions Albiana, 2007
-Quatrième de couverture-
Jamais il n’écrivit sur Piotr dans son hebdomadaire. Il n’en fit jamais le portrait. Comment aurait-il pu ? Qui pouvait écrire sur ses Têtes ? Personne. Personne n’écrivait comme il gravait. Personne n’avait jamais écrit comme il gravait. Qui écrirait un Visage pour l’hachurer ensuite, pour le strier de suie ? Qui bâtirait le poème de la Face pour le raturer ? Qui rimerait la littérature de la Face pour la biffer avec frénésie une fois l’harmonie atteinte ? Qui parviendrait à faire apparaître une Révélation, à faire se révéler une Apparition pour l’encombrer de gribouillis, pour la charger, la surcharger ? Qui traquerait le beau en mots tissés pour mieux le rayer, le dérayer par les sillons du laid, les souillures de l’effacement ?
-En un mot…-
Par Nathalie Riera
Puisque peindre c’est transcender le monde avait-il dit à Edouard, alors le monde sera ma toile.
Piotr peint des têtes, rien que des têtes, mais pas n’importe quelles têtes. Trente gravures, la Tête I, la Tête II… « Trente Têtes saturées comme pièces maudites » que son ami Edouard, dont l’amitié précieuse l’aide à vivre, veut les confronter au public, lui faire rencontrer ces Têtes, et permettre en même temps au peintre de sortir de son atelier et de sa solitude. Une exposition est organisée dans une galerie, mais Edouard ne peut s’empêcher de remettre en cause ce projet qu’il considère inepte :
Comment avait-il pu insister, et insister encore, et encore, à le sortir de sa réclusion volontaire pour l’entraîner dans cette fange ? Et, surtout, pire que tout comment avait-il pu envisager par quel miracle les œuvres de Piotr supporteraient le choc d’être confrontées aux non-regards, aux regards éteints et aveugles, aux regards vides d’yeux ? Comment avait-il pu concevoir cette rencontre de têtes ?
Dès les premières pages, le ton est donné. Une situation singulière, avec un Edouard en culpabilité, un Piotr pris d’hébétude et de panique, tous deux versés au milieu d’une cacophonie, d’une masse de gens aux conversations futiles et verbeuses, si peu attentifs aux horribles créatures de Piotr : plus personne n’y prêtait attention, si tant est que quiconque en eût seulement l’intention. Ces Têtes gâchaient presque le plaisir des conviés.
(…)
Comment avait-il osé croire que ces sublimes laideurs, ces laides beautés, ces Têtes extirpées de la tribu des damnés recevraient autre chose que le dédain d’un temps où le factice et le clinquant triomphent ?
Un livre qui, pour l’éditeur des Editions Albiana, se confronte à de vraies questions.
-Extraits-
Ci-dessous : Tète 1, 1996 gravure, 1981, pointe-sèche, 11 x 11
Ils pleurèrent un mélange d’eau et de sang, d’eau de sang, de rage et d’écoeurement, d’eau d’étang saumâtre, de mare flasque, de flaque aux eaux mortes et fangeuses où le moustique abonde, eaux de marécages, eaux dormantes où règne la touffeur. Chacun son royaume, chacun son trône et son spectre. Roi des flaques d’eau sales, roi des mares d’eaux de boue, roi des étangs d’eaux stagnantes, roi des écoulements huileux, les eaux de haut-le-cœur, roi des eaux de rage, roi des eaux de sang, suceur de sang, vampirique diktat, nécrophilique édit.
(p.35)
C’était un regard de désert, une terre d’yeux à l’aridité calleuse, un regard aux yeux de sécheresse, un regard de sable, un regard de tempête de sable, un regard de dunes, un regard ardent, un regard d’erg. C’était une immensité calcinée et grillée, un regard sans autre végétation que des arbustes épineux, un regard sans autre faune que lézard et scorpion, le serpent pour animal, le cactus pour végétal. C’était un regard de dard et d’épine, un regard des contrées immenses aux épouvantables chaleurs diurnes et froideurs nocturnes, un regard flou d’horizon incertain, la netteté de la ligne troublée, vaincue, distordue par les torrides torsions de la canicule, un regard dur de croûtes misérables, un regard calleux de crevasses et de gerçures. C’était un regard sans sources, sans puits, sans pluies, sans oasis, sans mirages et sans rêves, un regard sans trêve de soif, une soif que plus aucune ondée n’aurait épanchée, une soif que l’eau n’apaise plus. C’était un regard de traversée de désert sans nul but, sans boussole. C’était un regard dur d’une dureté muette.
(p.100)
Les gravures sont d’Isaac Celnikier, né à Varsovie en 1923, enfermé au ghetto de Byalystok de 1941 à 1943, et qui a reçu le Prix Mémoire de la Shoah de la Fondation Jacob Buchman en 1993.

Gladys, 1985 huile sur toile, 81 x 65
« La poésie pour réconcilier les âmes »
sur le site Paysages bretons
21:40 Publié dans 4EMES DE COUVERTURE, NOTES DE LECTURES/RECENSIONS | Lien permanent | Commentaires (0) |
Imprimer | |
Facebook
Isabelle Zribi
Vient de paraître
Tous les soirs de ma vie
Ed. Verticales, février 2009
Note de lecture de Pascal Boulanger
Il est beaucoup question, dans ce très beau récit d’Isabelle Zribi, de désolation, de voix négatives et pessimistes, d’idiotie et de malchance, de nuits qui tombent en plombant l’existence…autant de scènes répétées qui révèlent, chez la narratrice, un désespoir lucide et profond. Il y a du Antoine Roquentin chez elle – rien jamais n’arrive, rien n’est nécessaire – chaque événement se voile ou bien, quand il pourrait surgir, il est déjà au bord de sa disparition nauséeuse.
Face à un réel qui ne se manifeste que par son absence ou sa défaillance, ce sont les attentes, les indécisions et les faillites qui résonnent à chaque page de ce récit. Et pourtant, des possibles autour de la fenêtre hölderlienne de l’enfermement survivent dans les lointains de l’amour. Et pourtant, Tous les soirs de ma vie est sans doute le récit le plus apaisé de Zribi car il propose aussi une rencontre et une fugue, avec une mystérieuse C., épiphanie offrant soudain un ressaisissement et une espérance. Ce livre brûle de ce qui fait obstacle à la présence. L’enjeu d’écrire consiste alors à questionner, dans un humour grinçant, une existence – la nôtre – monotone et vide. Face à la neutralité exacerbée, à la maladie de la répétition et de la tiédeur, nous ne sommes plus que des ombres muettes, plongées dans l’indifférence du monde. Plus d’immanence, encore moins de transcendance, mais le relevé froid et lucide de notre passion – notre souffrance – puisque rien ne peut excéder l’existence et sa banalité affligeante.
Flannery O’Connor, en bonne catholique, l’a exprimé : plus vive sera l’exigence de vivre plus évident risque d’apparaître le vide qu’on a sous les yeux. Zribi, triste par excès d’optimisme, traverse le négatif, y séjourne même, pour mieux déjouer nos illusions.
Pascal Boulanger
21:36 Publié dans NOTES DE LECTURES/RECENSIONS, Pascal Boulanger | Lien permanent | Commentaires (0) |
Imprimer | |
Facebook
Szilard Huszank

Pendant mon séjour à Marseille j’ai souhaité tenir un journal. Un journal en peinture.
En fait, des portraits issus de mon environnement immédiat: le plus souvent ceux de jeunes artistes de différents pays qui résident ou ont résidé à Marseille et sont originaires de Côte d’Ivoire, d’Inde, de Grande-Bretagne, de Nouvelle-Guinée, de Hongrie, d’Allemagne et de France.
À la Galerie du Tableau, je présente, avant mon retour en Allemagne, une sélection d’une série de 40 oeuvres : “Des visages à Marseille“.
Szilard Huszank
Während meines Aufenthaltes in Marseille durch das OFAJ habe ich mir vorgenommen, ein Tagebuch zu führen. Als Maler ist es naheliegend, sich dabei der Ausdrucksmöglichkeiten der Malerei zu bedienen.
So entstanden Portraits aus meiner direkten Umgebung: großteils junge Künstler, die gleichermaßen in Marseille verweilen oder verweilt haben und aus verschiedenen Ländern - um einige Beispiele zu nennen: Elfenbeinküste,
Indien, Großbritannien, Neu-Guinea, Korea, Ungarn, Deutschland und Frankreich - kommen.
Vor meiner Rückreise nach Deutschland zeige ich in der Galerie du Tableau zum ersten Mal eine Auswahl der aus vierzig Arbeiten bestehenden Serie: "Des visages à Marseille".
"Que Szilard Huszank se soit consacré à un savoir-faire et une peinture réaliste est logique. Dès qu'il choisit un terme : un portrait ou un nu dans une position précise ou un intérieur ou encore une nature morte, il en résultera une série de peintures montrant le sujet sous ses différents aspects. Cette attitude tient beaucoup de celle d'un naturaliste, par la méthode et le concept. Souvent réapparaissent les mêmes éléments, motifs et variations de couleurs. A une époque où la plupart des artistes évitent toute répétition, par crainte de routine et pour préserver un peu de liberté, toute superficielle, Szilard n'a aucun scrupule à se servir de son expérience et de s’appuyer sur ses acquis. Et ainsi mûrit sa peinture, de toile en toile, gagnant en assurance, raffinement et élégance. Avec ce sérieux, qui n’exclut pas l’humour, il construit sa démarche artistique."
Peter Angermann
(Extrait du catalogue : Szilard Huszank, Malerei 2001-2007)
Du 23 au 28 février 2009
Vernissage lundi 23 février à 18h30
21:30 Publié dans CLINS D'OEILS (arts plastiques) | Lien permanent | Commentaires (0) |
Imprimer | |
Facebook































































