07/08/2008
Israël Eliraz - Laisse-moi te parler comme à un cheval
1
une crainte se dessine dans les
joncs. L'herbe absorbe la sueur
Usée du soir.
Nous sommes piégés par les suffixes,
les légendes, spirales creusées
par le désert salé.
On parle d'une solidarité perdue.
On trace des parenthèses, des guillemets
devenus perfides.
À l'extrémité, les morts puent dans la
buée, la narration, le ressort
des idées.
Est-ce une région qui ne concerne plus Dieu ?
Qui a défini le Levant pli
entre deux plis
2
épuisé ne veut pas dire vide ou brume.
Le sable ne cesse de faire commerce,
les voix nous emportent vers un
dédoublement des noms dans
une zone où « les mouvements s'étaient arrêtés ».
Le plomb s'est cassé dans le crayon.
Le carbone dans les semelles s'effrite.
Des formes se cherchent dans les lignes,
les gestes, formant une poche d’
épaisseur énigmatique, une nappe
de poussière, léger tissu
3
où l'air sèche creuse une bouche,
on croit deviner un volcan
minuscule.
On s'appuie sur autre chose que
la parole, signes abandonnés.
Le regard change à mesure que la matière
(sable, choses) s'immobilise.
Le jaune qui est blanc-gris est baratté
par la vue comme pour dire :
écartez d'ici.
Un gris monte de la terre et s'ajoute au
Jourdain comme une peau, près des
formes achevées dans le jaune.
On ne voudrait pas que ça finisse.
Faut-il déterminer cette courbe
4
la vue comme toile encollée sur toile.
Le climat d'un lieu balayé
par un cri.
Cela correspondant précisément à quoi ?
Une blessure qui s'est taillée près d'une
courbe surprenante du ventre fait
pousser un alphabet sémite.
« Le passant aperçoit une ligne, puis
continue en se disant qu'il
a cru voir… »
Est-ce que la poche peut suivre
une tangente ?
Qu'est-ce que tu cherches
5
on essaie le long puis le large des
champs brûlés. On cherche
( cherche-t-on ?)
des Bodhisattvas dans les joncs qui
ont disparu complètement.
À l'extrémité du lieu se ranime
« tout est dit », qui veut dire la
matière du pays n'explique rien,
ne t'y appuie pas.
N'oublie pas les joies de toute une vie.
Ne t'en fais pas un drame. Vérifie
le lieu des forces matérielles.
« Ce qui est dans ce qui n'est pas »
est une phrase intraduisible
Editions José Corti, 2005 (pp.73/77) - Extrait "Ce sont proprement des commentaires"
Après avoir écrit deux pièces de théâtre, Israël Eliraz, né à Jérusalem, se consacre exclusivement à la poésie. Polyglotte et fin connaisseur de la langue française, il supervise lui-même les traductions (14 recueils traduits). Bien connu du public français amateur de poésie, ses quatre derniers recueils, Petit Carnet du Levant, Abeilles/Obstacles et Comment entrer dans la maison... et Dîner avec Spinoza et quelques amis, ont connu un grand succès d’estime ; la plupart des revues spécialisées les ont remarqués.
Les Editions José Corti poursuivent la publication de son œuvre avec ce cinquième volume.
http://www.jose-corti.fr/titresetrangers/Laisse-moi-eliraz.html
15:00 Publié dans Israël Eliraz | Lien permanent | Commentaires (1) |
Imprimer | |
Facebook
Milo de Angelis
MILAN
Dans le corps qui reçut la nourriture ils creuseront
un sommeil sans matière, ma reddition
qui varappe dans l’air, ruelle
où l’on vise au millième.
Le plus frénétique néant
peut délivrer une couleur trompeuse, mais aussi
l’exacte couleur demandée à son pont. Proserpine
qui peigne ses boucles bleues, un brancard
qui ralentissait devant le bagne. Coudre la nuque
à tout prix, ici où dociles nous invoquions les noces
dans un fol jaillissement de cygnes.
Traduit de l’italien par Jean-Baptiste Para
L'OCÉAN AUTOUR DE MILAN
I
L'océan là-devant là devant
comme une idée d'aplomb
ou une hémoptysie
dans le plus court intervalle entre les tempes.
Le gris souffre. Le gris n'est pas une couleur
mais un retournement, c'est scruter par terre
l'absolue moitié de toute chose, plier en quatre
les planètes de la fortune
qui nous donnent une limite au fond de la poche,
de même qu'en hiver cette rangée de maisons
signifie marcher côte à côte, être en hiver.
Il
Notre Dame des naufragés,
les millénaires ne descendent plus ici, viscères abrégés,
terminus de la grande vitesse.
Enseignant l'alphabet avec la même voix
qui sur l'autre face nous éclipse
nous sommes tombés de la chaise
par un faux mouvement du stylo
et voyageant quarante-deux années
dans une boîte de l'espace, nous scrutons
les derniers temps de l'oxygène,
nous n'avons pas demandé l'eau mais la soif.
© G. Giovannetti Milo DE ANGELIS
L’océan autour de Milan et autres poèmes
L'ocean intorno a milano
traduit de l’italien par Jean-Baptiste Para
Né à Milan en 1951, a fait ses débuts à 25 ans avec l'anthologie Somiglianze (Ressemblances), destinée à marquer un tournant dans la poésie contemporaine italienne. Il a publié cinq livres de poèmes et un recueil d'essais, Poesia e destino (1982). Traducteur de plusieurs langues, il a créé et dirigé la revue Niebo.
14:38 Publié dans ITALIE, Milo de Angelis | Lien permanent | Commentaires (0) |
Imprimer | |
Facebook
Les peintures de Jean-Louis Morelle

Echalottes et bouteille 35 x 42 cm
Galerie du Fleuve
http://www.galerie-du-fleuve.com/photo-jc.htm
Le site de JL Morelle :
14:05 Publié dans CLINS D'OEILS (arts plastiques) | Lien permanent | Commentaires (0) |
Imprimer | |
Facebook































































