01/05/2012
Nathalie Riera, Variations d'herbes, éd. du Petit Pois, 2012
Les Éditi•ns du Petit P•is
ont le plaisir d’inaugurer leur
Collection Prime Abord avec
……………………………………………………
NATHALIE RIERA
VARIATIONS D’HERBES

Variations d’herbes a été composée en Caslon 540 sur papier vélin ivoire de 160 g.
Les cinquante premiers exemplaires ont été signés et numérotés par les soins de l’auteur.
Ils constituent l’édition originale.
Format 14 x 18 cm
Non relié : 26 pages sur papier vélin ivoire 160g.
ISBN : 978-9534097-5-8
Dépôt légal : avril 2012
PRIX : 10 euros (+ frais de port)
(ce corps, toi sauvagement, dans l’offrande, ce cœur)
reviennent les choses ouvertes, auprès de toute verdure blessée,
brisure fermée aux lèvres, aux livres qui cessent l’éloge
ont dessein de vivre, louer ma soif, orange-trees
(ces mains, appuyées accablantes assidues, la chair dans l’herbe,
longuement l’embrassant la dépossédant la couvrant)
que ne cessent mes alliances avec les crêtes (elles replient leurs
toiles) peinture des collines
comme elles, me déployer à loisir, que fou soit le livre, crazy
dresses
je ne vous ressemble pas, c’est incompatible, écrire parmi
toutes ces choses-là
(orange trees, séquence I)
……………………………………………………
l’abîme est sans virgules
chaise vide
louvoiement des verticales en orgasme
louve de mon pouls cou ployé
de mon corps un Bois sacré
que nul n’oublie
(flexus florens, séquence I)
……………………………………………………
POUR COMMANDER
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Les Éditi•ns du Petit P•is
8, rue Suzanne Lenglen 34500 Béziers - Téléphone : 04 67 35 25 87 - Courrier électronique :davidzadresse-site@yahoo.fr – Site éditeur :http://cordesse.typepad.com/leseditionsdupetitpois
……………………………………………………
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30/04/2012
Nathalie Riera à la médiathèque de Saint-Vincent (Vallée de la Loire) - VENDREDI 4 MAI 2012 à 20h30

langue morte disloque
la route des mots déploie ses herbes calcinées colonisées
l’amour est le seul poème qui me demeure
...
Nathalie Riera
(Inédit, 2012)
Nathalie Riera vit en Provence. Elle est l'auteur notamment d’un essai sur la contribution positive du théâtre et de la poésie dans l’espace carcéral : La parole derrière les verrous (éditions de l'Amandier, 2007), de recueils de poésie : Puisque Beauté il y a (Lanskine, 2010), Feeling is first/Senso é primo (Galerie Le Réalgar, 2011 – Collection "1 et 1" : un artiste et un écrivain – sur les peintures de Marie Hercberg), puis récemment aux éditions du Petit Pois : Variations d'herbes (collection Prime Abord, 2012). Elle dirige par ailleurs la revue numérique Les Carnets d'Eucharis depuis 2008 (33 numéros) et publie régulièrement en revue.
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Amelia Rosselli
AMELIA ROSSELLI
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© Sites Imperfetta Ellisse / Terres de femmes / Littérature de partout

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Revue Europe n°996 & autres
■
EXTRAITS
Variations de guerre/Variazioni belliche
Les fleurs reçues en offrande…
Dialogue avec les poètes/Dialogo con i poeti
…
Amelia Rosselli, Variazioni
(1960-1961)
in Variazioni Belliche
Le poesie, Garzanti, 1997
ried. collana Gli Elefanti, 2007, p. 254
A cura di Emmanuela Tandello
Prefazione di Giovanni Giudici
VARIAZIONI, op. cit. supra, p. 292.
Si ce n’est ennui c’est amour. Le monde entier m’arrachait ses
chers sens. Si dans la nuit qui m’apporte ton oubli
j’oublie de me freiner, si dans tes bras évanescents
je cherche une autre forêt, un parc, ou une aventure : ―
si dans les routes qui mènent au paradis je perds
ta beauté : si dans les chenils et les évêchés du pré
de la grande ville je cherche ton ombre : ― si dans tout
cela je cherche encore et encore : ― ce n’est pas pour ta fierté
ce n’est pas pour ma pauvreté : ― c’est pour ton sourire oblique
c’est pour ta manière d’aimer. Dedans la grande ville
tombaient obliques encore et encore les manières d’aimer
les amères déceptions.
-------------------------
Se non è noia è amore. L’intero mondo carpiva da me i suoi
sensi cari. Se per la notte che mi porta il tuo oblio
io dimentico di frenarmi, se per le tua evanescenti braccia
io cerco un’altra foresta, un parco, o un avventura: ―
se per le strade che conducono al paradiso io perdo la
tua bellezza : se per i canili ed i vescovadi del prato
della grande città io cerco la tua ombra: ― se per tutto
questo io cerco ancora e ancora: ― non è per la tua fierezza,
non è per la mia povertà: ― è per il tuo sorriso obliquo
è per la tua maniera di amare. Entro della grande città
cadevano oblique ancora e ancora le maniere di amare
le delusioni amare.
***
VARIAZIONI, op. cit. supra, p. 321
Pendant tout l’hiver qui fut comme un gel entre tes
bras je fuyais désolée à travers une vaste, grande
plaine couleur ambre. Ce n’était pas par jalousie que s’estompaient
les grandes ombres des gratte-ciels ; ce n’était pas à cause du
gel que je dédaignais l’ami. Je dépeignais attentivement
de grands triomphes qui s’estompaient eux aussi à la première
vaine apparition du soleil. Le soleil peut-être était ton
ombre sagace et sadique, ta main était pleine d’ombres
et tes yeux simulaient le braquage, le sel et
les triomphes.
En m’arrêtant sur des trottoirs je regardais attentivement
le fleuve se mouvoir. Il n’était pas clair que la ville
se vengeât !
-------------------------
Per tutto l’inverno che fu come un gelo tra le
tue braccia io fuggivo desolata per una vasta, grande
pianura color ambra. Non era per gelosia che sfumavano
le grandi ombre dei grattacieli; non era per il
gelo che io disdegnavo l’amico. Disegnavo attentamente
grandi trionfi che sfumavano anch’essi al primo
vano apparire del sole. Il sole forse era la tua
ombra sagace e sadica, la tua mano era piena di ombre
e i tuoi occhi simulavano la rapina, il sale e
i trionfi.
Arrestandomi su dei marciapiedi guardavo attentamente
muoversi il fiume. Non era chiaro se la città
si vendicasse!
***
VARIAZIONI, op. cit. supra, p. 333
Le monde entier est veuf s’il est vrai que tu marches encore
le monde entier est veuf si c’est vrai ! Le monde entier
est vrai s’il est vrai que tu marches encore, le monde
entier est veuf si tu ne meurs pas ! Le monde entier
est à moi s’il est vrai que tu n’es pas vivant que tu n’es
qu’une lanterne pour mes yeux obliques. Je suis restée aveugle
depuis ta naissance et l’importance d’un jour nouveau
ne m’est que nuit dans ta distance. Je suis aveugle
parce que tu marches encore ! Je suis aveugle parce que tu marches
et le monde est veuf et le monde est aveugle si tu marches
encore agrippé à mes yeux célestiels.
-------------------------
Tutto il mondo è vedovo se è vero che tu cammini ancora
tutto il mondo è vedovo se è vero! Tutto il mondo
è vero se è vero che tu cammini ancora, tutto il
mondo è vedovo se tu non muori! Tutto il mondo
è mio se è vero che tu non sei vivo ma solo
una lanterna per i miei occhi obliqui. Cieca rimasi
dalla tua nascita e l’importanza del nuovo giorno
non è che notte per la tua distanza. Cieca sono
chè tu cammini ancora! Cieca sono che tu cammini
e il mondo è vedovo e il mondo è cieco se tu cammini
ancora aggrappato ai miei occhi celestiali.
Traduit de l’italien par Marie Fabre
testo inedito per Terres de femmes (estratto e trad. G. Cerrai - 2009)
■ Imperfetta Ellisse
http://ellisse.altervista.org/
***
Amelia Rosselli
Dialogo con i Poeti
Serie Ospedaliera 1963-1965
in Le poesie, Garzanti, 1997
(1960-1961)
DIALOGUE AVEC LES POÈTES (extrait) DIALOGO CON I POETI (brano)
T’aimer et ne rien pouvoir faire d’autre que t’aimer, inconvénient
dont je souffris une fois et puis plus du tout, pour
retomber ensuite. Dans la souffrance de toi tu invitais : parler
plus clair, lacérer l’air de petits cris
obtus, puis désinfecter l’air lui-même, et
l’appeler amour à son tour, lui qui tant te séparait
de mes bras fondus d’envie, de mes
tantrums* secrets, de ton visage penché
qui ne blâmait pas ou presque, l’affairement
de mes horloges mentales autour de ton corps.
-------------------------
Amarti e non poter far altro che amarti, inconvenienza
di cui soffrii una volta e poi non più, per
poi ricadere. Soffrendoti invitavi: parlare
più chiaro, lacerare l’aria di piccoli gridi
ottusi, poi disinfettare l’aria stessa, e
chiamarla amore anch’essa, che tanto ti divideva
dalle mie braccia fuse d’invidia, dai miei
tantrums segreti, dalla tua faccia proclive
che non biasimava se non quasi, il moi affacendare
gli orologi della mente intorno al tuo corpo.
■ Terres de femmes
http://terresdefemmes.blogs.com
***
DOCUMENTO 1966-1973
I fiori vengono in dono e poi si dilatano
una sorveglianza acuta li silenzia
non stancarsi mai dei doni.
Il mondo è un dente strappato
non chiedetemi perchè
io oggi abbia tanti anni
la pioggia è sterile.
Puntando ai semi distrutti
eri l'unione appassita che cercavo
rubare il cuore d'un altro e poi servirsene.
La speranza è un danno forse definitivo
le monete risuonano crude nel marmo
della mano.
Convincevo il mostro ad appartarsi
nelle stanze pulite d'un albergo immaginario
v'erano nei boschi piccole vipere imbalsamate.
Mi truccai a prete della poesia
ma ero morta alla vita
le viscere che si perdono
in un tafferuglio
ne muori spazzato via dalla scienza.
Il mondo è sottile e piano :
pochi elefanti vi girano, ottusi.
-------------------------
Les fleurs reçues en offrande s’épanouissent
une étroite surveillance les réduit au silence
ne jamais se lasser des offrandes.
Le monde est une dent arrachée
ne me demandez pas pourquoi
j’ai aujourd’hui tant d’années
la pluie est infertile.
En quête de graines détruites
tu étais l’accord flétri que je cherchais
voler le cœur d’un autre aux fins de s’en servir.
L’espoir est un dommage sans doute irréparable
les pièces de monnaie tintent crûment dans le marbre
de la main.
Je persuadais le monstre de se retirer
dans les chambres propres d’un hôtel imaginaire
on trouvait dans les bois de menues vipères embaumées.
Je me déguisai en prêtre de la poésie
mais j’étais morte pour cette vie
les viscères se perdent
dans la bagarre
et tu en meurs balayé par la science.
Platitude et minceur du monde :
les éléphants sont obtus, on en rencontre peu.
Traduit de l’italien par Jean-Baptiste Para
Extrait de Une brève anthologie, Amelia Rosselli (Revue Europe n°996 – avril 2012)

***
A Pier Paolo Pasolini
Di Amelia Rosselli
E posso trasfigurarti,
passarti ad un altro
sino a quell’altare
della Patria che tu chiamasti
puro…
E v’è danza e gioia e vino
stasera: - per chi non pranza
nelle stanze abbuiate
del Vaticano.
Faticavo: ancora impegnata
ad imparare a vivere, senonchè
tu tutto tremolante, t’avvicinavi
ad indicarmi altra via.
Le tende sono tirate, il viola
dell’occhio è tondo, non è
triste, ma siccome pregavi
io chiusi la porta.
Non è entrata la cameriera;
è svenuta: rinvenendoti morto
s’assopì pallida.
S’assopì pazza, e sconvolta
nelle membra, radunata a sé
gli estremi.
Preferii dirlo ad altra infanzia
che non questo dondolarsi
su arsenali di parole!
Ma il resto tace: non odo suono
alcuno che non sia pace
mentre sul foglio trema la matita.
E arrossisco anch’io, di tanta esposizione
d’un nudo cadavedere tramortito.
■ Site PIER PAOLO PASOLINI
***
Pier Paolo Pasolini
Notizia su Amelia Rosselli
Uno dei casi più clamorosi del connettivo linguistico di Amelia Rosselli è il lapsus. Ora finto, ora vero: ma quando è finto, probabilmente lo è nel senso che, formatosi spontaneamente, viene subito accettato, adottato, fissato dall'autrice sotto la specie estetica di una «invenzione che si fa da sé». E così inserito nella serie di borchie, di cui questa lingua - nata come fuori dal cervello, quasi proiezione fisica di un involucro spirituale razionalmente inesprimibile - ha bisogno di costellarsi, per presentarsi come prodotto culturale riconoscibile, leggibile. LIRE LA SUITE
■ Autres sites à consulter
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Pascal Boulanger (Revue FAIRE-PART 30/31)
Pleynet en son temps
Pascal Boulanger
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■■■ C’est la résistance au dressage social (et aux poètes du social) et la radicalité du retrait qui ont toujours fait pour moi actualité dans les œuvres lues. En puisant dans la bibliothèque et en découvrant, à l’âge de 18 ans, les écritures de Rimbaud et de Pleynet, j’ai compris que la société n’était qu’un crime organisé sous le masque progressiste de la solidarité et des droits de l’homme.
…
Pleynet a été confronté, comme les écrivains de sa génération, au psychologisme lourd, au sociologisme pesant, à l’existentialisme engagé, au surréalisme tenace, au réalisme socialiste et bientôt à l’avant-garde exténuée sombrant dans l’académisme… Il fallait donc aller voir ailleurs, chez les poètes et les peintres américains, chez Lautréamont, Rimbaud et Artaud, chez Georges Bataille afin de détruire la parole éculée, le vieux bassin à sublime (Sollers).
Le combat du texte est combat musical et maîtrise du temps, contre l’asservissement au spectacle, contre le pathos materno-social au service de l’homo technicus, programmé dans un tube de verre et éduqué dans les collèges de l’ignorance et de la violence.
Le passé, le présent confondu au foyer fixe du désir (…) Etre aujourd’hui comme hier, présent, caché, fuyant, entouré, isolé et seul dans la jouissance de ce vide papier (Marcelin Pleynet, Prise d’otage, Denoël, coll. L’Infini).
…
Les animateurs culturels que je croise pour des raisons alimentaires s’intéressent au bien public. Ils croient à la société, à sa réalité et à son utilité. Ils sont dans l’agitation, l’adhésion, à l’image d’un Sartre pour qui Baudelaire fait scandale : Il a souhaité se dresser à l’écart de la grande fête sociale, à la manière d’une statue, définitif, opaque, inassimilable. Le transparent et assimilable Sartre, comme les bateleurs de foire d’aujourd’hui, n’aiment guère que l’on quitte la fête sociale, surtout sans autorisation. Les écrivains de la misère sociale préfèrent se perdre dans la foule, dans la bafouille de l’engagement. Quel intérêt peut bien susciter la poésie de Baudelaire et de Pleynet pour les professeurs d’instruction civique et de participation citoyenne ?
…
Dans la voix, dans les gestes, j’ai parfois senti une fureur digne d’un saint Paul chez Pleynet. N’est-il pas, comme le fut Pasolini, radicalement étranger à la culture de son époque ? La vision, qui n’est jamais celle d’un siècle mais d’un individu, témoigne d’une traversée directe et existentielle d’où peut surgir une extrême liberté de parole face à tous les discours des pharisiens et des prêtres de la fraternité universelle.
L’œuvre de Pleynet révèle une métaphysique de l’exil, celle d’un sans-patrie du temps (Franz Rosenzweig). L’oreille et la voix se chargent alors de l’infini : Il ne faut pas lire négligemment avec les yeux, mais avec les oreilles, comme si le papier était en train de déclamer (Hopkins à son ami Robert Bridges).
…
En 1999, je publie aux éditions Tarabuste un recueil : Le bel aujourd’hui, dédicacé à Marcelin Pleynet.
Le premier poème signe une dette explicite.
Les monstres intimes
en attendant
lecture
des livres qu’on ne lit plus
1962 : Provisoires amants des nègres
1963 : Paysages en deux suivi de Les lignes de la prose
1965 : Comme
1973 : Stanze (Chants I à IV)
1981 : Rime
1984 : Fragments du chœur (vers et proses)
1987 : Plaisir à la tempête
1995 : Le propre du temps
1998 : Notes sur le motif suivi de La Dogana
Les livres sont sur le bureau
au pied du lit
sur l’herbe mauve
les guirlandes
Le poème Extase publié dans le recueil Le lierre la foudre (Editions de Corlevour, 2011) sera lui aussi dédié à Marcelin Pleynet.
Autrement dit, c’est toujours pour moi, à chaque reprise d’un livre de Pleynet et à chaque rencontre avec lui, un état neuf du langage qui se dessine, un espace stimulant qui se crée. J’écoute et je sais, je traverse ce que je sais, dans une accélération d’images ou dans la lenteur, dans une foule énorme de moments, dans un temps sans durée.
...
Vies misérables/Poésies misérables… La poésie, hors-jeu et dans le secret du jeu, Pleynet la conçoit comme passage d’un monde muet et idolâtre à un monde sensible saisissant l’oreille et le regard.
…
A la fin des années 70, inscrit à l’Université de Paris VIII Vincennes, j’assiste au cours des sinistres hégéliens/marxistes Jacques Julliard, Jean Elleinstein, Madeleine Réberioux et Henri Weber qui, avant de se découvrir social-démocrate et de siéger au Sénat, dirige avec Krivine la LCR. Il me dédicace un de ses livres Changer le PC : A Pascal Boulanger, eurocommuniste de choc, en souvenir de nos débats, et dans l’espoir que du dedans et du dehors on finira tout de même par changer le PC. Amicalement.
Changer le parti communiste, changer la vie ? Tout ce qui ressemble à de l’espoir ne constitue-t-il pas le signe que le présent et l’exercice de la vie ne vont pas de soi ? Je ne resterai pas longtemps ami des ligues, quelles qu’elles soient. Laissant au devenir son innocence et au hasard sa chance. Le monde est une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien.
...
Depuis la parution de Provisoires amants des nègres, les livres de Pleynet signent une odyssée du nom propre sous l’éclairage de la pensée. Ils tiennent la poésie en éveil, même quand ils prennent la forme d’un essai et du journal. Ils envisagent la poésie comme un savoir du monde, dans un carrousel de traits décalés sur la page, agissant par secousses, condensations, illuminations. Pour que le monde retrouve la vieille incohérence qui le fonde, il faut que l’écriture fasse retour à l’origine en brisant le lien social. Ce qui devient alors déterminant, c’est la liberté de son propre être essentiel.
…
J’au eu la chance d’être abordé par des visages et des livres. Pour brûler sans agir, pour tuer le monde et ses convulsions folles et fermées. Même si je sais que, demain, je risque de retomber en servitude, sollicité par quelque famille d’opinions encline à l’hostilité rageuse ou douceâtre des prédicateurs de l’action.
...
La poésie doit dévoiler l’histoire et l’histoire qui se dévoile poétiquement n’est évidemment pas l’histoire des historiens. Elle est l’expérience singulière du temps, c'est-à-dire la façon dont le temps est vécu dans le vécu du temps. Elle est aussi, et je pense au livre central de Pleynet : Stanze, épopée musicale jouant sur les harmonies et les dysharmonies prosodiques.
Heidegger : La poésie n’est pas simple ornement qu’accompagnerait la réalité humaine, ni simple enthousiasme passager, elle n’est pas du tout une simple exaltation ou un passe-temps ; la poésie est le fondement qui supporte l’histoire.
La poésie fonde l’histoire et tenter une fondation poétique de l’histoire, c’est ouvrir un monde, un présent du monde à chaque fois singulier, que les événements intimes et collectifs, dans une succession muette, recouvrent. Mais n’est-ce-pas aussi s’opposer à une communauté de destin basée sur le sacrifice et la guerre ? N’est-ce-pas se démarquer du site d’un monde historique commun dans lequel, justement, s’est égaré et compromis bassement Heidegger qui, en refoulant le judéo-christianisme, a souhaité unifier une communauté de langue recevant sa loi du poète et de l’homme d’Etat ?
…
(…) Comment lire Rimbaud ? Artaud ? Comment traiter la folie qui pourvoit d’otages ces misérables ? Comment quitter ce continent ? (Pleynet).
En effet, comment quitter ce continent et le dix-neuvième siècle comme technique de l’ennui, sinon en proposant une écriture qui pense sa dépense ? Et comment ne pas être chassé de sa propre parole, comment rester vivant à force de paradoxes ? Pleynet ne s’est jamais identifié au milieu d’où il était censé venir ni à la misère qu’il traversa en faisant ses premiers pas à Paris. Pleynet ne sera pas assimilable. il n’y a pas de mère-patrie dans ses livres, mais le rejet radical de la société française, celle qui s’impose après la seconde guerre mondiale et pendant la guerre d’Algérie, un rejet des compromis et des marchandages, un refus de se laisser enfermer, fût-ce à l’intérieur de Tel Quel et de L’Infini. Il s’agit pour lui de se dégager des affaires de famille – du fascisme, du stalinisme – de se dégager d’un monde rongé par le négatif. Pour lui, toute création poétique nait de la ferveur pensante du souvenir et il s’agit de penser, à l’intérieur du déjà-pensé, le non-pensé qui s’y cache encore.
Les trois livres (Seuil), Fragments du chœur (Denoël), Plaisir à la tempête (Carte blanche), Le Propre du temps (Gallimard), Notes sur le motif (Dumerchez), Le Pontos (Gallimard) et tout autant les livres consacrés à la peinture et à la littérature participent à cette révolution poétique, inaugurée par Lautréamont et par Rimbaud, qui doit être comprise au sens étymologique des mots « qui fait retour ». Ce qui oublié, et oublié dans les œuvres lues, fait retour dans le temps. Il ne s’agit plus, à partir de là, de savoir si la poésie est admissible ou inadmissible, si elle participe ou non de l’impossible, elle est – écrit Pleynet – qu’on le veuille ou non, une fois pour toutes et par essence, de tous les possibles dévoilés.
L’écriture de Pleynet n’a rien à voir avec l’affairement autour de la question poétique, qui révèle trop souvent le nihilisme acharné de ceux qui jouissent de leur manque et de leur misère. La niaiserie poétique (qui peut très bien s’inclure dans un jeu formaliste) accepte un monde sans questions ni tentatives de réponses. C’est d’une autre partition dont il s’agit ici, où la pensée s’insère dans l’exercice de l’existence et de la liberté, et de l’aventure poétique qui en découle.
…
Prendre congé du siècle. En lisant donc tous les livres de Pleynet, conçus comme une éthologie, une composition de vitesse et de lenteur où les lignes de force qui se déploient sont des sillages de lumière et de couleur. Le champ qui s’ouvre est centrifuge, étendu, complexe. Et l’émotion méditée, l’éclat et le roulement des mots, le feu jusqu’au blanc des cendres sont des défis au nihilisme et à la logique interne de notre histoire dans laquelle tout le monde se ressemble et agit de même.
…
L’homme Pleynet en trois mots ? Fidélité, écoute, générosité.
Allez y voir vous-même, si vous ne voulez pas me croire.
© Pascal Boulanger, Revue FAIRE PART n° 30 / 31 - Printemps 2012
ITINÉRAIRES DE MARCELIN PLEYNET
(avec l’aimable autorisation de son auteur)
Pascal Boulanger est écrivain. Il a publié des chroniques et des entretiens dans de nombreuses revues et notamment sur Marcelin Pleynet. Son intervention à la Sorbonne en 2004 sur Rimbaud et Pleynet a été publiée dans le recueil critique : Suspendu au récit, la question du nihilisme (Comp’Act, 2006).
Il est l’auteur de plusieurs livres parmi lesquels : Martingale (Flammarion), Une action poétique de 1950 à aujourd’hui (Flammarion), Tacite (Flammarion), Le Bel aujourd’hui (Tarabuste), Jongleur (Comp’Act), Jamais ne dors (Corridor bleu), Un ciel ouvert en toute saison (Corridor bleu) et Le lierre la foudre (Editions de Corlevour).
Prochaine publication : un livre d’entretiens avec Jacques Henric.

revue faire part - 8 chemin des Teinturiers 07160 Le Cheylard
TD 04 75 29 41 36 - TM 06 86 41 97 77
21:38 Publié dans Marcelin Pleynet, NOTES DE LECTURES/RECENSIONS, Pascal Boulanger | Lien permanent | Commentaires (0) |
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