15/10/2008
EDOUARD GLISSANT

Vous, présence, émoi de pierre, ouvrage du soleil quand il est lézard sur la roche. O votre présence est de jour, l’envers miraculeux de celle-ci, malhabile. Et que le souffle hésite, c’est bon signe. Landes, levures du matin. Rade assouvie, une fois franchi le goulet des mots. Votre absence, de même pluie, ouvre la lumière ; infinie, après l’intimité cernée de chaque forme ; gardienne du mot dans l’allée secrète. O revoici ce champ du jour et de la nuit, assomptions, l’un de chair et puis l’autre de rareté. Ce n’est absence de saison, qu’effacent le retour et l’oublieux revoir. Ce n’est présence de raison, le sentier des dialogues, la main dans le cœur comme une épissure de gloire. Acacias rouges sur le rêve. Sang volubile sur le chemin ! Absente qui êtes présence ! Que la parole à l’entrée du poème hésite encore, mûrisse au plus profond les fastes de leurs proches épousailles, c’est témoignage pour l’époux. O ce n’est point absence, ni présence à demi, mais si pleines que l’être leur est un sillon de terre. Toute chair se divise, à l’aurore et au soir, de présence et d’absence, pour un feu et pour un sevrage. O mangue, image des ses succulences ! Chambre du soir, berceuse d’engoulevent, et ta tête de statue blanche, si blanche ! Cette image a poussé tout le jour ses lèvres nettes comme une berge. Maintenant que voici le soir, chambre du soir, berceuse d’engoulevent, pose-toi sur la crête et élargis ton rêve. Mais l’élargissant jusqu’aux hauteurs de cette absence, sous l’ogive des filaos, ramène-le cependant vers la foi têtue de cette présence, parmi la foule ! – O poème qui naît de vous, qui naissez à ce labeur du monde entier.
Un champ d’îles, novembre 1952
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Berthe Morisot

In the wheatfields at Gennevilliers, 1875 (huile sur toile)

23:08 Publié dans CLINS D'OEILS (arts plastiques) | Lien permanent | Commentaires (0) |
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Jardins en peinture - Nils Buttner

Jardins en peinture
Nils Büttner
Dorian Astor (Traducteur)
Beau Livre - Relié
Paru le: 03/09/2008
Editeur : Actes Sud ISBN : 978-2-7427-7491-3
238 pages
Quatrième de couverture
Le jardin, comme le tableau, est par essence composition de formes, de couleurs et de lumières, cadrage d'une nature reconstruite, artifice, trompe-l'œil : " une harmonie parallèle à la nature ", selon la sobre définition de Cézanne que cite l'auteur.
Ainsi le " jardin d'eau " de Monet, à Giverny, transposé dans les Nymphéas de l'Orangerie, acquiert " l'illusion d'un tout sans fin, d'une onde sans horizon et sans rivage ", l'expansion des choses infinies rêvée par Baudelaire. La représentation des jardins en peinture, loin d'être un genre anecdotique et pittoresque, touche au plus profond de la sensibilité humaine, comme le nu, les symboles hédonistes de la mythologie, les vanités, les images de la spiritualité chrétienne, archétypes fondateurs auxquels la peinture de jardins est si souvent associée.
Sur les murs de Pompéi, le jardin figure en trompe-l'œil le " lieu de l'agrément ", locus amoenus, image édénique des champs Elysées où séjournent les Bienheureux, et royaume de Vénus. Au fil du temps, cette vision paradisiaque du " jardin d'amour " connaîtra d'infinies variations, depuis les mosaïques du mausolée de Gallia Placidia à Ravenne, le Roman de la Rose et le Songe de Poliphile, jusqu'à l'Improvisation 27 de Kandinsky ! Le lecteur est invité - s'en plaindra-t-il ? - à toucher l'orgue pour la Vénus de Titien, à épier la Suzanne de Tintoret ; il entre avec Cranach dans la ronde de L'Âge d'or, célèbre la Fête galante de Watteau et les plaisirs de l'escarpolette selon Fragonard.
Mais le jardin revêt aussi un caractère sacré. Sur la carte du monde du cloître d'Ebstorf (ca. 1300), l'Eden est situé au nord de Jérusalem, centre de l'univers, qu'ailleurs il symbolise. Le jardin est le lieu clos, hortus conclusus du Cantique des Cantiques, qui devient métaphore de la virginité mariale, avec les attributs qui l'accompagnent, la rose, le lis de la royale Trinité, la licorne de l'Immaculée Conception (voir la Madonne à la fontaine de Van Eyck, la Vierge au rosier de Lochner, la Chasse mystique de Schongauer).
Il est le cadre du péché originel, le calice de la Passion du Christ (Botticelli), le lieu ultime du Jugement dernier (Fra Angelico). La peinture des jardins, progressivement affranchie des références allégoriques et symboliques - si présentes, toutefois, chez Friedrich et les nazaréens comme chez les préraphaélites - s'attachera au concret de la chose même et à la sensualité de l'impression : Jardins de pommiers du père Courbet, Partie de croquet de Winslow Homer, Chemin de jardin aux poulets de Klimt illustrent la veine naturaliste dont le modeste héros, Candide et Biedermann réunis, est L'Ami des fleurs de Cari Spitzweg.
Puis c'est l'éclatement, l'enivrante profusion des Monet, Renoir, Pissaro, Manet, Bonnard, Matisse, Van Gogh, Gauguin, Kirchner, Paul Klee. Histoire de la représentation picturale vue à travers le prisme du jardin - microcosme et condensé de désirs -, le livre est, selon le vœu de Pétrarque, la plus délicieuse des " promenades parmi les paysages de l'âme ".
Biographie de l'auteur
Nils Büttner, professeur d'histoire de l'art à l'université de Dortmund, est spécialiste de la peinture flamande, hollandaise et allemande et de la naissance de l'art moderne au tournant du XXe siècle. Il s'est également intéressé à l'histoire du graphisme et du livre. Il est l'auteur du récent ouvrage, L'Art des paysages (Citadelles, 2007).
22:53 Publié dans 4EMES DE COUVERTURE | Lien permanent | Commentaires (0) |
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Ernst Ludwig Kirchner

22:48 Publié dans CLINS D'OEILS (arts plastiques) | Lien permanent | Commentaires (0) |
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