Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29/06/2008

Jacqueline Risset

J_risset_2.jpg

RIEN –

le silence

la source ouverte

- mais ces images sont petites

pas besoin de parler de source

pas besoin de parler d’ouvert

pas d’eau sans doute

et s’il faut une image

c’est la plus transparente

légère

quasi absente

- de toute fleur

 

Petits Eléments de physique amoureuse, « l’Infini », collection dirigée par Philippe Sollers (Gallimard, 1991)

risset.jpg

 

Le Toucher

Tu ne m’as pas touchée encore

l’amour passe par les yeux
et descend dans le coeur
l’amour de loin nous exerce
et nous perfectionne

mais qui

pourrait me toucher à présent
sinon toi ?

je circule dans l’air
dans ce bois sacré
couloir de givre
dans cette auréole

L’Amour de loin, Flammarion, 1988

Voyageur universel - Jérôme Rothenberg

jérôme rothenberg.jpg

Chants maoris ou altaïques, cérémonies indiennes, épopées et louanges d’Afrique, hymnes d’Egypte ou du Pérou, cosmogonies d’Asie centrale, du pays Dogon, d’Australie, légendes d’Irlande et de Chine, inscriptions sumériennes, rites de possession, définitions aztèques, “poèmes en prose” esquimaux...

Les Techniciens du sacré présentent tout d’abord un panorama divers et cohérent, un corpus exemplaire de textes “traditionnels”, de toutes provenances géographiques et temporelles.

Mais loin de s’en tenir à une approche strictement documentaire, Jerome Rothenberg a composé son ouvrage comme une anthologie “active”, inscrite dans le présent, développant au fil de nombreux Commentaires, un singulier parallèle entre ces textes immémoriaux et la poésie du XXe siècle.
Selon lui, les diverses révolutions modernes ont en effet replacé les créateurs (et singulièrement les poètes) dans une posture qui n’est pas sans équivalent - au moins à titre analogique - avec celle des chanteurs, chamans ou devins des sociétés dites “sans écriture”, en leur confiant le soin d’arpenter les domaines que recouvre la part obscure du langage : le rêve, les visions, la parole des morts...

Composé au beau milieu de la grande tornade utopique et rebelle des années 1960, ce livre a eu outre-Atlantique une influence notable sur la poésie de son temps. La version qu’en propose Yves di Manno rouvre aujourd’hui ce débat, dans le contexte français.

Les techniciens du sacré : anthologie
Rothenberg, Jerome
Editions Corti

9782714309679.jpg
 

Pour moi, le sacré ne relève pas du transcendantal ou du métaphysique… Il s’agit plutôt d’une attitude de questionnement, d’interrogation par rapport à la vie, la vie dans son expression la plus matérielle, concrète. (…) La question centrale, par rapport au sacré, est bien celle du langage et de la réalité : comment le langage représente- t-il la réalité ? Quel rapport entretient-il avec elle ? Il est important de comprendre à quel point le langage faisait partie de la démarche des peuples traditionnels (…)   A lire « Propos recueillis » par Marta Krol pour le magazine LE MATRICULE DES ANGES – N°93 Mai 2008 - (pp.44-45)

Bernard Plossu

cinematheque.jpg
Michele, en allant à la cinémathèque de Chaillot, 1963
(Bernard Plossu est né en 1945 à Dalat, sud du Viêt Nam)
intim2.jpg
Françoise

Frémis, très chère!...

pasternak.jpgBoris Pasternak

« Frémis, très chère ! – un poète amoureux, C’est un dieu, un forcené qui aime.» (…) « Tu t’assieds, ramenant tes genoux Près de toi sur la molle ottomane. Nuit et jour et toujours et partout, Tes raisons sont toujours enfantines. » (…) « Il faut ouvrir la route à l’avenir. Il ne naîtra pas une vie nouvelle Dans les décombres, les révolutions, Mais dans les inventions et les appels D’une âme dévorée par la passion. MA SŒUR LA VIE et autres poèmes, Editions Poésie/Gallimard»

Bernard Pagès - Le Clair Obscur III

bernard pagès.jpg

Le clair-obscur III 1999
Bois de chêne calciné, Plexiglas scié, 251 x 120 x 45 cm
Vue de l'exposition Le noir est une couleur, Fondation Maeght, Saint-Paul
Collection privée
Photographies Claude Germain

http://documentsdartistes.org/artistes/pages/page1.html

Elle l'appelait Jim

images.jpgStratis le marin décrit un homme

(Extrait)

HOMME

(…)

On nous disait, vous vaincrez quand vous vous soumettrez.

 

Nous nous sommes soumis et nous avons trouvé la cendre.

 

On nous disait, vous vaincrez quand vous aurez aimé.

 

Nous avons aimé et nous avons trouvé la cendre.

 

On nous disait, vous vaincrez quand vous aurez abandonné votre vie.

 

Nous avons abandonné notre vie et nous avons trouvé la cendre.

 

Nous avons trouvé la cendre. Il ne nous reste plus qu’à retrouver notre vie maintenant que nous n’avons plus rien.

 

J’imagine que celui qui retrouvera la vie, malgré tant de papiers, de luttes, de sentiments, d’enseignements, sera quelqu’un comme vous et moi, avec une mémoire juste un peu plus tenace. Pour nous, c’est difficile, nous nous souvenons encore de ce que nous avons donné. Lui, ne se rappellera que ce qu’il aura gagné par chacun de ses dons. Que peut se rappeler une flamme ? Si elle se rappelle un peu moins qu’il ne faut, elle s’éteint. Si elle pouvait nous enseigner, tant qu’elle brûle, à nous souvenir avec justesse !

(…)

Une fois – je travaillais encore sur les bateaux – je me suis trouvé un midi de juillet tout seul sur une île, infirme sous le soleil. La brise légère de la mer faisait naître en moi de tendres pensées quand vinrent s’asseoir un peu plus loin, une jeune femme à la robe transparente qui laissait deviner son corps de biche, mince et ferme, et un homme silencieux qui la regardait dans les yeux, à quelque distance. Ils parlaient une langue que je ne comprenais pas. Elle l’appelait Jim. Mais leurs paroles étaient sans poids et leurs regards, immobiles et confondus, laissaient leurs yeux aveugles. Je pense toujours à eux : ils sont les seuls êtres rencontrés dans ma vie à n’avoir pas cette expression rapace ou traquée qu’ont tous les autres. Cette expression qui les range dans la foule des loups ou dans celle des agneaux. Je les revis le même jour dans une de ces petites chapelles des îles qu’on découvre toujours au hasard pour les perdre dès qu’on en sort. Ils se tenaient à la même distance puis ils se rapprochèrent et s’embrassèrent. La femme devint une image incertaine et s’effaça tant elle était petite… Savaient-ils qu’ils étaient délivrés des filets du monde ?

 

Il est temps que je parte. Je connais un pin qui se penche sur la mer. A midi, il offre au corps fatigué une ombre mesurée comme notre vie, et le soir, à travers ses aiguilles, le vent entonne un chant étrange comme des âmes qui auraient aboli la mort à l’instant de redevenir peau et lèvres. Une fois, j’ai veillé toute la nuit sous cet arbre. A l’aube, j’étais neuf comme si je venais d’être taillé dans la carrière.

 

Si seulement l’on pouvait vivre ainsi ! Peu importe.

Londres, 5 juin 1932.

Georges Séféris