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10/04/2009

Jean Dubuffet

Fond de rivière

fond de rivière, 1927.jpg
1927
Lili (Masque)
LILI (masque) 1936.jpg
1936

Jean Dubuffet & Claude Simon

EDITIONS L’ECHOPPE

 

 

  

 

 

 

C.Simon.jpg

© Claude Simon photographié par Nete Goldsmidt

 

 

 

Jean Dubuffet

&

Claude Simon

 

Correspondance

1970-1984

 

 

Jean Dubuffet à Claude Simon

 

Paris, 15 mai 1973

 

            Mon cher Claude Simon,

            J’ai été très touché de votre gentille lettre, qui me parvient seulement maintenant à mon retour d’un séjour de 3 semaines à New York. Vous n’êtes pas de ceux auxquels on fait l’envoi de quelque chose et qui n’en accusent même pas réception. Comme moi, veux-je dire. C’est que je ne voulais pas seulement accuser réception du Triptyque mais je voulais vous en parler longuement, vous exprimer en termes convenablement élucidés et expressifs les sentiments que j’en ai ; et remettant toujours de rédiger cette lettre, qui nécessitait d’y consacrer un bon peu de temps, des mois ont passé sans que je le fasse. Engagé dans des travaux et projets compliqués, qui soulèvent de nombreux problèmes difficultueux, j’ai une vie suractivée et jamais de loisir. Je voulais vous dire, dans une forme convenable, et non pas brouillonne et hâtive comme je le fais ici maintenant, que votre livre présente ce caractère qui me comble de plaisir, de procurer une lecture ininterrompue, je veux dire qu’on peut à tout moment l’ouvrir à n’importe quelle page, et trouver dans cette page la substance du livre entier. C’est un livre qu’on ne peut pas lire – si lire est commencer à la première page et finir à la dernière. Ici on ne finit pas. On peut faire usage du livre une vie entière. On peut le lire aussi en remontant de la fin au commencement. Il n’a pas un sens, il en a autant qu’on en veut. C’est un livre à utiliser comme un tapis de Perse. Ou encore comme un talisman, une boule de cristal. Il est d’un usage permanent. A tout endroit qu’on l’ouvre on est immédiatement transporté dans votre monde parallèle, votre monde homologue, où se trouvent abolis le petit et le grand, le léger et le lourd, le corporel et le mental, le départ et l’arrivée, le vide et le plein. Je vous envoie, faute de temps nécessaire à m’y exprimer dans une manière plus formulée, ces impressions ainsi transcrites en brouillon désordre, comme un cochon. Vous savez que c’est mon mythe, mon obscur (et obscurantiste) idéal, de parvenir à écrire comme un cochon. Vous n’écrivez pas comme un cochon, ah non ! Vous écrivez dans une forme très magistrale, estomacante, que j’admire grandement. A vous chaudement.

Jean Dubuffet

 

Cette lettre a été publiée dans le n°414 de la revue Critique (1981) consacré à Claude Simon.

 

(p.13)

Editions L’échoppe, 1994

 

 

Fondation Dubuffet

    
dubuffet_fondation.jpg

© Jean Dubuffet Fondation

 

Jean Dubuffet

-- Les éditions de Minuit

 

jean dubuffet.jpg

 

 

New-York 1951-1952
Jean Dubuffet à New-York - Photo © Kay Bell

 

 

Asphyxiante culture

 

 

Où en sommes-nous en 1986 ? Le combat n’a pas pris fin entre-temps. Asphyxiante culture demeure d’actualité. Ayant compris que l’ordre social est l’émanation de l’ordre culturel – et non le contraire (et qui veut contrôler l’un doit préalablement s’assurer de l’autre), chaque pouvoir – celui-ci comme celui-là – n’a-t-il pas continué à empêcher d’éclore les œufs nouveaux pondus. De sorte que la culture, institutionnalisée, publicitaire, prévaut toujours dans l’attente de cette autre, souhaitée par Jean Dubuffet, qui désignerait “ l’actif développement de pensée individuelle ”. Pour + d'infos

 

asphyxiante_culture.jpg
Essais / Hors collections

 1986
128 pages