28/01/2009
Claude Simon
Archipel et Nord
Claude Simon
Editions de Minuit, 2009
Ces deux textes, inédits en France, sont parus en 1974 dans les revues finlandaises Åland et Finland.
Extrait
fin-land suo-mi : terre des marais
les imaginant peuplées de créatures fabuleuses mi-
hommes mi-poissons encore comme sur ces peintures
où sur le fond de chaux des lignes rosâtres dessinent
des êtres aux torses traversés par une arête médiane de
chaque côté de laquelle s’évasent les côtes incurvées
comme les barbes de harpons
Franciscains moines fanatiques déchaux venus d’où
construire ici un sanctuaire de blocs roses lilas bistre
cyclamen au toit couvert d’écailles peindre le flagellé le
juge en robe prune qui se lave les mains sculpter ces
grappes de sang coagulé
treille aux flancs aux paumes aux pieds percés de
clous où pendent des raisins
la mer l’archipel tout entier montant vers nous L’une
après l’autre en commençant par les plus lointaines les
îles disparurent s’enfonçant l’une d’elles basse à peine
ondulée s’éleva grandit masquant les dernières elle
défila rapidement sur le côté et l’eau rejaillit sous les
flotteurs Ses énormes mains de marin aux doigts épais
et plats aux ongles carrés bordés de noir par le cambouis
cessèrent de s’affairer sur les leviers et les volants
du tableau de bord aux multiples cadrans noirs aux
multiples manettes noires parmi lesquelles elles couraient
les effleurant avec délicatesse comme une anatomie
féminine et compliquée le tapage du moteur cessa
quand il fut assez près il sauta adroitement sur le rocher
et enroula la corde à l’un des pieux de l’appontement
silence touffes d’aulnes sorbiers frissonnant à peine

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Sous les pavés la terre - Bande annonce
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Bernard Sichère : L’Etre et le Divin
NOTE DE LECTURE
Pascal Boulanger
C’est l’histoire du divin, liée à la question de l’être et de son oubli, que nous dévoile ce volumineux essai. Convoquant notamment Heidegger et Hölderlin, Rosenzweig et Rûzbehân Baqlî Shîrâzî, Bernard Sichère prend appui sur le moment grec et les révélations monothéistes pour penser et surmonter le nihilisme triomphant. Mais plus qu’un traité de philosophie, ce livre doit être lu comme une traversée singulière du temps et de l’espace. Devant la détresse de l’homme nouveau, indécis et flou, sans mémoire et sans dette, se cache le salut, autrement dit la merveille du simple, le surgissement de l’inattendu, la grâce d’un présent qui s’offre dans sa présence. Le hors monde n’est pas, aux yeux de Sichère, la négation du monde mais sa lumière secrète que la parole poétique révèle. Le penseur qui pense en poète et le poète qui raisonne – et fait résonner – la parole sont dans la vérité du retrait d’un dieu et aussi dans l’aventure que ce retrait rend possible. Chanter – jusqu’au désenchantement – la face visible de ce dieu qui s’est caché sape en beauté la clôture individuelle et sa volonté de puissance criminelle. Pour des poètes comme Hölderlin et Rimbaud, la mort de Dieu ou des dieux est une plaisanterie. Le manque de Dieu est déjà une question plus sérieuse, mais là est le signe du divin et de l’amour, car sans ce manque, comment sentir et savoir que l’on vit et que l’on aime ? L’agapè, c’est la certitude – la foi – d’être aimé par l’amour, c’est à dire par le Verbe, celui qui s’est incarné et s’incarne à chaque fois qu’une voix se déploie dans la nuit du monde. Mais l’aversion du beau et du sublime, de l’être et du divin ne domine t’elle pas tous les discours de notre modernité nécrophile? Qu’importe, des voix intemporelles continuent de penser et de parler.
Pascal Boulanger
"L'être et le divin"
Bernard Sichère
Ed. Gallimard, novembre 2008
« Collection Infini »
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Seamus Heaney
Les premiers mots
Les premiers mots furent pollués
Comme l’eau du fleuve au matin
Coulant avec la crasse
Des jaquettes élogieuses et des éditoriaux.
Je m’abreuve au seul sens surgi de l’esprit profond,
A ce que boit l’oiseau, et l’herbe, et la pierre.
Faites que tout s’écoule
Jusqu’aux quatre éléments,
Vers l’eau, la terre, le feu et l’air.
D’après un poème en roumain de Marin Sorescu
The first words got polluted
Like river water in the morning
Flowing with the dirt
Of blurbs and the front pages.
My only drink is meaning from the deep brain,
What the birds and the grass and the stones drink.
Let everything flow
Up to the four elements,
Up to water and earth and fire and air.
L’étrange et le connu, Gallimard, 2005 (pour la traduction française)
Traduit de l’anglais (Irlande) par Patrick Hersant
23:11 Publié dans GRANDE-BRETAGNE/IRLANDE, Seamus Heaney | Lien permanent | Commentaires (0) |
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