01/04/2008
Mon émotion quand je relis "Le cimetière des partisans" de Roberto Mussapi
Là, vivant parmi les vivants dans mon désir, l’un d’eux se détacha de l’oubli et vint à ma rencontre.
« Ecoute-moi, arrête-toi un instant – car je vois bien
que tu es pressé – je suis Pellegrino
Battista, « Colibri » : regarde, je t’arrive aux épaules
(et il riait sous ses yeux noirs et sa tignasse), ma mère
habite à San Defendente, elle est encore des vôtres,
dis-lui que tu m’as vu, que je suis
comme la dernière fois où elle me vit,
je suis mort le jour suivant, dans une embuscade.
En tombant, j’ai senti l’herbe dans ma bouche, j’ai souffert.
Dis-lui que je la suis, que je suis près d’elle,
que de ses pleurs aucun ne s’est perdu,
parce que dans votre vallée on n’aime pas gaspiller les larmes. »
Et il fit le geste de me prendre la main, mais je me dérobai
par peur de l’étreinte vide.
Yves Bonnefoy a préfacé Gita Meridiana (Le voyage de midi aux éditions Gallimard, collection L'arpenteur, 1999). L'ensemble des poèmes de Roberto Mussapi est traduit de l'italien par Jean-Yves Masson.
Voici ce que Yves Bonnefoy écrit : "Et ce sont là des vers émouvants, mais davantage encore, ou pour mieux dire en ce fait même, en cette émotion, ce sont des vers lourds de sens, et je voudrais m'arrêter à cette richesse du sens comme à un de ces apports nullement inédits dans l'intuition poétique mais renouvelés, rendus efficients à nouveau, dont abonde la poésie de Mussapi. -- Que dit "Colibri", le petit partisan, sinon, d'abord, la sorte de vérité que l'on perd toujours de vue, celle que la poésie ne recherche qu'en vain, la plupart du temps, mais celle aussi que sans doute la mort révèle, d'une façon soudain évidente mais alors incommunicable, autant que venue trop tard : à savoir que c'est l'amour, le simple amour d'être à être qui s'avère au dernier moment la seule réalité. Colibri qui reste "auprès" de sa mère, qui a besoin des pleurs qu'elle verse est en cela même bien peu différent du Pline qui pense à la femme qu'il a aimée quand il rencontre sa propre mort dans l'éruption du Vésuve. Cette sorte d'amour est la suprême vérité, paut-être même la seule dont l'humanité soit capable, et, nommons cela un mystère, elle ne se distingue pas d'une joie qui monte du sol du monde par tout ce qui y semble pourtant de plus indifférent à l'existence des hommes : et cela parce que ce monde en son devenir est encore, de toutes parts, vie plus vaste qui enveloppe et éclaire. Réfléchissant en compagnie de l'ombre de Beppe Fenoglio, l'écrivain piémontais qui combattit lui aussi, dans ces montagnes, puis témoigna puis mourut sans avoir peut-être pu croire que ses livres avaient dit ce qu'il fallait dire, Mussapi en vient à penser :
Le sens le plus haut, celui qui coïncide avec la vie,
est étranger aux mots présents
et à la douleur d'où ils débordent.
C'est la montée du brin d'herbe vers la lumière,
le plongeon du dauphin parmi les bulles : la douleur
est en toi qui regardes depuis la rive salée,
non en celui qui plonge avec légèreté dans l'abîme".
Un grand poète à découvrir absolument!
Roberto Mussapi est né en 1952 à Coni dans le Piémont et vit aujourd'hui à Milan. Il est l'auteur de 5 livres de poèmes.
Le voyage de Midi, suivi de voix du fond de la nuit (Gallimard/L'arpenteur), 1999, pour la traduction française
La poudre et le feu (La polvere e il fuoco), Ed. L'Escampette, 2003, pour la traduction française
Lumière frontale (Luce frontale), précédé de Le sommeil de Gênes (Il sonno di Genova), Editions de la Différence, 1996, pour la traduction française
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Galerie du Tableau (Diem Perdidi)/Marseille
Diem Perdidi est une association créée en 1990 et dont l’objet est "la promotion des artistes plasticiens de la Région Provence Alpes Côte d’Azur". Depuis 1991 Diem Perdidi gère la Galerie du Tableau, rue Sylvabelle, à Marseille. C’est un petit espace agrandi par le temps. En proposant un artiste par mois, la Galerie du Tableau, n’aurait pu en quinze ans n’en proposer qu’une centaine et demie. Pour l’heure ce sont six cents expositions et plus qui ont eu lieu. Le 17 décembre 1990, un « microbe » de Max Ernst était proposé pour l’inauguration. Une épidémie s’est, ce jour-là, déclarée.
LIRE LA SUITE... http://www.galeriedutableau.org/
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