07.05.2008
Emmanuelle K.
Quelques brèves du côté de…
Emmanuelle K. et l’aventure « mélusine »

C’est avec la folle complicité de http://lekrill.fr (Dominique Bernard) qu’Emmanuelle K. vient de fabriquer et publier "mélusine" : un livre d'artiste, avec le peintre Pierre Jaouen. Expérience qui se prolonge avec la mise en musique du même récit mélusine par des musiciens de jazz (Emmanuel Bex, Simon Goubert, François Verly)... Et peut-être un film réalisé par Emmanuelle K.Pour en savoir plus, laissez-vous guider...
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07.04.2008
Cathy Garcia
dans Une étape dans la clairière du 8 AVRIL 2008 - NUMÉRO 2 (diffusion uniquement par email) sur simple demande à : voyelles.aeiou@free.fr
Au cœur de La Grande Saline
Quand les longs doigts du rêve
pénètrent le réel
le frottement crée
des étincelles
des jouissances qui flambent
comme des allumettes
(…)
profite, profite
des souffles ultimes
petite sœur
et ne joue pas avec les allumettes
mais il fait froid aujourd’hui
le monde est froid

Illustration originale de Katy Sannier
Avec Cathy Garcia la poésie se passe de fioritures, mais pas des plaies de l’animal et de l’humain dont nous sommes investis. Dans le recueil Salines, qui précède Ombromanies, pas de discours dans les poèmes, mais plutôt l’énergie féroce, le désir intense à vouloir nous écorcher vif, et nous dépouiller à la manière d’un peintre qui dépossède ses modèles, les spolie de leurs faux-semblants. Alors le poème ne nous est plus étranger, parce qu’il nous ressemble, profondément, activement, et parfois monstrueusement. En poésie, la férocité est indispensable, et chez Cathy Garcia cela semble être de première nécessité. Dans le désordonné de nos amours se mêlent les fleurs du cœur aux fortes exhalaisons. C’est le printemps et l’été des corps, l’amour acclamé dans son éclat de sel, sa portée musicale en fièvre, mais les saisons se refroidissent vite, et lorsque tout pourrait nous sembler paisible, il en est absolument rien : pour Cathy Garcia, il s’agit plutôt de « balafrer la plénitude », « laisser jaillir//la fontaine de vivre », et ne cesser d’épargner à l’amour des odeurs de parjure, ainsi que
le sinistre sérieux
de nos serments théâtraux
la camisole du manque
nos angoisses toxiques
Chez la Grande Saline, l’amour nous invite à ses danses et ses rythmes de nomades, mais tôt ou tard l’amour s’en va sans regret rejoindre les eaux profondes et leurs « algues amnésiques » ; s’en va naviguer l’amour comme pour retrouver son feu, l’entretenir, et nous ravir des jouissances qu’il procure, comme pour recommencer « le geste toujours neuf», la grande fraîcheur d’aimer.
Chez la Grande Saline, ce qui est mot, ce qui est geste, ce qui est avoir peur, ce qui est rire « sans savoir pourquoi », ce qui est sel, épice, sang, langue, sève … ne cessent de cafouiller des « je t’aime », profondément, activement, et parfois sauvagement. Jean-Marie Magnan, au sujet de Picasso, écrivait : « C’est un lieu commun assez mesquin que d’affirmer qu’un créateur ne ressemble pas à sa création ». Dans le débordement de l’amour, Cathy Garcia nous dit le désastre qui est le sien qui est le nôtre, sa hantise qui est la sienne qui est la nôtre, sa démesure de femme « Unique Multiple », et en même temps sa grande déception à errer à la même rive maligne, où l’horrible et le minable nous serrent la gorge :
Se mettre à l’abri
en hauteur
ne pas se prendre
le plein fouet
le versant nu de nos extrêmes
fragilités
Chercher l’autre rive
des yeux seulement
paysages projetés
crachés au visage
Chez elle, le crépuscule n’est pas en chute libre, mais « en chute froide ». Et que peut le poète contre ça ? à part ne pas l’ignorer, à part ne rien attendre. C’est le crépuscule qui floue la soie de l’âme, la soif des chiennes, et leur extirpe le soleil. La solitude lui est-elle « un feu//à la langue exaspérante », la solitude est action, où écrire nous enracine, nous déterre, arrache, sarcle, déporte, éloigne. Gratitude de la solitude. Ingratitude de l’aveu. Peu importe. Il n’y a pas forcément de l’altruisme dans la lumière. Seulement de la buée sur les mots. Et puis de l’écume et du sel. Et puis du venin et de la lie comme excrétions contre toutes les mascarades, les violations, les reniements.
Le futur recommence au ras du sol*
Nathalie Riera
Le 4 avril 2008
* Claude Esteban
Cathy Garcia est poète et traductrice, responsable depuis 2003 de la Revue Nouveaux Délits, revue bimestrielle de poésie vive et dérivés éditée sur papier recyclé. Elle anime sur Internet Délit de Poésie : « Une quête d’éthique plutôt qu’une étiquette ». Née dans le Var en 1970, elle vit depuis 2001 dans le Quercy.
22:08 Publié dans Une étape dans la clairière | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Brigitte Broc
dans Une étape dans la clairière du 8 AVRIL 2008 - NUMÉRO 2 (diffusion uniquement par email) sur simple demande à : voyelles.aeiou@free.fr
De mes lèvres mouillées de ciel
Elle sortira de la mer
Très nue.
Les dormeurs auront glissé
Le néant
Sous leurs têtes.
La fraîcheur de la gamme
Eclaboussera le banc de sable,
Deux ou trois hémisphères.
Elle jouera à saute-violons,
Eduquera le flux.
Entre sang et peau
Elle invitera l'angélus,
Relèvera les nasses.
Sur le point de se rompre,
Elle en appellera
Au vrai visage,
A ses forces de femme,
Plus tendres que jamais.
Ombre puis lumière
Silhouette puis chair habitée
Elle investira le blanc du sonnet,
Le bleu de l'adagio,
Puis débordera d'enfants.
Elle ira à la ligne
A chaque solstice,
Sucera les noyaux,
Plantera les pépins.
Loin de s'éteindre,
Les notes et les mots
Feront des claquettes.
Sous prétexte d'été,
Elle hébergera les voix apatrides,
Greffera le chêne au roseau.
Auréolée de ruches,
Portant sous le bras
Tout un essaim de fleurs,
Elle déferlera.
Enfant, nous l’étions avant et nous le sommes après, mais c’est seulement plus tard que nous le savons.
La vie est de vert et de sang, ses grands arbres en palpitation, en débarcadères de l’imaginaire, avec ses trottoirs de feuilles, ses terrasses où résonnent des bruits de désespoir, de verres brisés, des paroles de poussière. Paroles d’hiver aux odeurs de mimosa.
La vie est de vert et de sang, et nous sommes parfois d’obscurs passants.
La poésie de Brigitte Broc a « la modestie de l’arbre » qui bruit de tout son feuillage profond, et nous attire sans peine, vers le « seuil du pays clair » et les grands larges.
Marina Tsvétaïéva écrivait : « Pour le bonheur – je suis vieille ! // Le vent a chassé les couleurs ! ». Brigitte Broc a non plus besoin de s’illusionner (le bonheur est ligature), mais seulement besoin « d’une grande fenêtre, de mots évasés, de gestes scintillants ». Sans débordement de pacotille. Car ce sont les chimères, le trop de brillance, le pas assez de discrétion qui chassent les couleurs, c’est le refus du réel qui nous prive de continuer à jouer et à perdre.
Le bonheur c’est le fruit rouge et non le ruban, et la générosité de l’arbre que de nous avoir appris à cueillir les fruits.
L’écriture peut être aléa et air, cercle et cri : écrire pour faire s’entrouvrir le silence des pierres, aérer les longs couloirs encombrés, faire détaler nos pas d’enfants jusqu’au ciel des rivières, l’azur des prés, et faire s’animer les nœuds les plus lointains et tout aussi présents, ou encore les nœuds de l’instant, avant que la main du poète ne soit en sécheresse.
Donner à la parole poétique la souveraineté de la terre et des êtres.
Au commencement et à la fin l’enfance.
Ondulations de vivre.
Nathalie Riera
Le 6 avril 2008
Et les reins de la femme,
Soudés aux reins de l'animal,
Rutilent et s'embrasent,
Ouvrant sur leur passage
L'horizon ébloui.
Auteur de textes poétiques pour enfants et adultes, Brigitte Broc est née entre océan et forêts, et vit aujourd’hui dans l’arrière-pays Grassois. Elle parcourt les hauts plateaux du rêve, affûte ses mots à la lumière drue. Et sa musique naît, au plus secret, là où vibrent des phrases de cœur et d’étoiles, des phrases en attente d’aube. Après avoir travaillé dans l’enseignement, la communication, la traduction et l’audiovisuel, elle se consacre désormais à l’écriture. Participe régulièrement à des salons, des lectures et des animations. Est aussi publiée en revue et a remporté plusieurs prix de poésie. Afin de montrer que la poésie, si souvent décriée, peut être vivante, accessible et rassembler les Hommes autour de l’émotion, elle a créé, avec une amie poète, un spectacle qui est un véritable voyage d’âme et de mots où chacun se reconnaît.
Bibliographie
Les Blancs Gilets – Poésie
Il y a toujours un nuage à prendre par la main
Vers Toi
Chemins d’Eau
Saisons de Femme
Entre Ecorce et Ciel
Je sème des forêts dans le creux de tes reins
Voix d’Ecume
Editions Les Presses du Midi
Vers de Mirliton, tontaine, tonton
Editions Encres Vives – Poésie
Le Jardin Andalou
Présence Minérale- Poésie avec eaux fortes de Guy Pontier
Editions Associatives Clapas –Poésie
L’Enfant des Marées
Collectif Poésie
Les Cahiers du Sens, Flammes Vives, Les Citadelles, Menu Fretin, La Voix des Autres, L’Année Poétique 2007 ( Anthologie Seghers )
04.93.36.86.21 06.62.38.19.26
Courriel : brigitte.broc536@orange.fr
22:00 Publié dans Une étape dans la clairière | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note


















