24.04.2008
Béatrice Machet
à la manière des « porteurs de feu »*

Tu te retires
en un lieu élémentaire
pèlerinage dans l’acuité
où l’ivresse se trouve conduite
jusqu’à son geste de métamorphose
juste avant l’aveuglement : l’éblouissement
mirage ou résurgence : la flamme est ce que tu vois
juste avant la cascade
(…)
Tu te retires liquide
et l’intervalle oscille
bat la mesure polaire
demi-lumière ou demi-nuit
franges et spectres
végétaux comme minéraux
sont tentés par un vide bleuté
qui enseigne la sérénité :
la plénitude dans l’aridité
(Extraits du recueil de Béatrice Machet Tu te retires)
Qui ne connaît pas ce désir d’une amplitude, d’un saisissement du haut ?
Se retirer. Le saisissant départ pour mieux s’inclure ailleurs, à cet autre endroit qui nous serait précisément un vrai « lieu d’accueil ». Mais très vite, ne pas se laisser abuser, rester bien enraciné. De notre enracinement seulement, l’essor est possible.
Si les poètes de notre temps ont pour unique évasion la matière et non l’imaginaire, poètes du réel aux écritures désemplies d’affabulations, ne doivent-ils pas alors se risquer à nous être des « porteurs de feu ».
Défi de ces poètes que de trouver l’élan au creux même des ombres immobiles, ou tel que l’on chercherait un brin de silence dans la stridence.
« Porteurs de feu » à la manière de ces poètes décidés à toutes les plus grandes et les plus loyales ruptures. Faire se déchoir les barrières, pénétrer les enceintes inconnues de soi-même. Défi que de se retirer et s’avancer. Ainsi Béatrice Machet nous convie t-elle à cet
aller-retour alchimique
de la matière à l’essence
« la plénitude dans l’aridité » est une invite à ne pas se laisser flouer par la dualité, accepter que l’homme soit un lieu d’équivoques et d’oppositions. Mais néanmoins un lieu d’aucun ressentiment. Peut-on ainsi penser que tout monologue intérieur ait lieu dans le débat le plus mouvementé, que la solitude n’y soit pas infertile, la controverse se proposant alors comme la plus prometteuse en alliance ou en fraternisation.
En poète du concret et de l’insaisissable, Béatrice Machet nous propose la poésie comme respiration mystique de la vie…
caresse d’eau sans éroder … tu visites le relief
tu en ressens l’éclosion : un œil immense
qui s’ouvrirait sur les vastitudes intérieures
Entendre par respiration mystique :
… la poésie comme ensoleillement dans nos récifs intérieurs, comme espace pour le corps et demeure pour l’esprit.
Lorsqu’on lit Béatrice Machet, il y a comme une accessibilité immédiate, mais la lisibilité est-elle seulement liée au temps de la lecture, sorte de nitescence émise le temps de lire, le temps de nous ouvrir à des champs de sensations qui dénouent ce que nous pensons être l’indénouable, tout éclair de lucidité ne réduisant en rien l’inintelligible. Toujours se nourrissent les ombres de nos faims, des ombres que la lumière ne cherche ni à vaincre ni à détruire.
A l’intention de Béatrice Machet, et plus précisément de sa croyance en ce qu’elle écrit, et qui fait qu’elle écrit, et qui fait que nous croyons au texte que nous lisons (mais croyance au sens de croissance), je citerai Edmond Jabès : « Tu perçois ce qui, avec toi, s’efface. Tu ne peux saisir ce qui dure plus que toi ». **
Si la croyance est croissance, et si nous ressemblons à ce que nous lisons, du moins est-ce parce le poète n’a pas oublié qu’il est lui aussi un lieu de toutes les métamorphoses, de toutes les régressions et les révolutions, de toutes les exaltations et les soulèvements, mais également un être en ressemblance avec l’autre.
Et s’il ne s’agit pas d’avoir des yeux pour voir, il ne s’agit non plus de croire pour être croyant.
Et n’est-ce pas la quête de tout lecteur que d’exercer sa vue et sa croyance autrement et à distance de l’infernale intoxication qui nous sépare tant les uns des autres.
La sérénité dans un courant d’air.
* Allusion à l’essai de Salah Stétié, « Les porteurs de feu » publié en 1972.
** Edmond Jabès, L’ineffaçable L’inaperçu Le Livre des Ressemblances, III – L’imaginaire Gallimard.
©Nathalie Riera – Tous droits réservés
17 avril 2008
Pour de plus amples infos sur l'auteur
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"Une étape dans la clairière"
(du 22 AVRIL 2008, NUMÉRO 4)
sites à visiter
LLa Toile de l’Un
http://boudully.perso.cegetel.net
Editions de l’Amourier
http://www.amourier.com/cgi-bin/pg-shoppro.cgi?ORD=viewpr...
Revue des littératures amérindiennes contemporaines
http://surledosdelatortue.free.fr/
Scriptorium
http://poesiesud.free.fr/scriptorium/index.html
Courriel de l’auteur
Bio
Béatrice Machet, Vit dans le Var, depuis vingt cinq ans.
Sa passion de l'écriture lui vient de la danse. Au sortir de l'adolescence, tout en écrivant, elle rencontre Daniel Larrieu, Maguy Marin, Michel Kelemenis, Angelin Preljocaj, Régine Chopinot, Odile Duboc… ; c’est pourtant d’abord dans l’univers de la S.F. qu’elle prend contact avec les milieux littéraires. Imprégnée des cultures Indiennes d’Amérique du nord, elle est également la traductrice d’une douzaine de poètes Indiens vivant sur le sol des U.S.A. Aime à collaborer avec les plasticiens (H.Baviera, C.Garcia, G. Serée, violette Adjiman, Youl, Odine Guinand, Corine Leridon), les compositeurs (J. Dudon sur le festival des MANCA et aux NOCES HARMONIQUES, Eric Barthes ou autres pour des improvisations), ainsi qu‘avec des danseurs (Jasone Munoz, Yan Giraldou).
Jean Hugues MALINEAU (poète et responsable chez Gallimard de la section Folio Gallimard), le premier, saura lui donner confiance pour "oser" proposer ses textes à la publication.
D’où parutions de textes pour Encres Vives, Jalons, Sapriphage, Interventions à Hautes voix, le Matin Déboulonné, Parterre Verbal, Les dossiers d’Aquitaine, Quimper est poésie, Place au Sens, Lieux Dits, Autre Sud, Saraswati, Lieux d’être, Lou Andrea … Comme en poésie, Verso, Tremalo, A l’Index, Liqueur 44 , Axolotl, Commentaires ... etc, etc.
Depuis longtemps plongée dans l’univers des Indiens d’Amérique du nord, elle entre en relation avec des auteurs Indiens contemporains dont Carter Revard, Joseph Bruchac, John D Berry, Mike Austin, Simon Ortiz, Diane Glancy, Maurice Kenny, Hershman John, Deborah Miranda, Mark Turcotte … Anime sur le site la toile de l’un une rubrique de poésie contemporaine des Indiens d’Amérique du nord.
Nombreuses lectures publiques et performances ( Lyon, Vaucluse, Alpes-Maritmes, Var, Marseille, etc.), participation au printemps des poètes, à la manifestation 30 poètes dans 30 collèges du Var, La poésie a un visage comme La poésie des deux rives (Alpes Maritimes). Donne des conférences à propos de la poésie Indienne nord Américaine d’aujourd’hui. Anime des ateliers d'écriture en milieu scolaire et associatif.
* Traduite en Albanais, présente dans l’anthologie de la poésie féminine contemporaine Française parue en 1999 en Albanie.
• Traduite en Anglo-Américain. Présente dans des numéros anthologiques ou à thèmes, en Ecosse, grâce à l'éditeur G.J. Reilly.
• Traduite en Espagnol, présence régulière dans la revue Galicienne l’Amastra-n-Gallar d’Emilio Arauxo
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20.04.2008
Une nouvelle bonté
La force de regarder demain… | ||||
| 19 AVRIL | 2008 | |||
nouvelle bonté Il n’est pas question de livrer le monde aux assassins d’aube la vie-mort la mort-vie Les souffleteurs de crépuscule Les routes pendent à leur cou d’écorcheurs Comme des chaussures trop neuves Il ne peut s’agir de déroute Seuls les panneaux ont été de nuit escamotés Pour le reste Des chevaux qui n’ont laissé sur le sol Que leurs empreintes furieuses Des mufles braqués de sang lapé Le dégainement des couteaux de justice Et des cornes inspirées Des oiseaux vampires tout bec allumé Se jouant des apparences Mais aussi des seins qui allaitent des rivières Et les calebasses douces au creux des mains d’offrande une nouvelle bonté ne cesse de croître à l’horizon
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00:11 Publié dans Poètes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.04.2008
La tragédie du Roi Christophe
Aimé Césaire | ||||
| 19 AVRIL | 2008 | |||
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17.04.2008
Un poète, un dramaturge, et homme politique
Aimé Césaire | ||
| 17 AVRIL | 2008 | |
... le quatrième jour la végétation se fana et tout tourna à l'aigre de l'agave à l'acacia en aigrettes en orgues végétales où le vent épineux jouait des flûtes et des odeurs tranchantes Frappe paysan frappe il naît au ciel des fenêtres qui sont mes yeux giclés et dont la herse dans ma poitrine fait le rempart d'une ville qui refuse de donner la passe aux muletiers de la désespérance Famine et de toi-même houle ramas où se risque d'un salut la colère du futur frappe Colère ... EXTRAIT A l'Afrique (à Wilfredo Lam) - p.39 | Fils de la foudre Et sans qu’elle ait daigné séduire les géôliers à son corsage s’est délité un bouquet d’oiseaux-mouches à ses oreilles ont germé des bourgeons d’atolls elle me parle une langue si douce que tout d’abord je ne comprends pas mais à la longue je devine qu’elle m’affirme que le printemps est arrivé à contre-courant que toute soif est étanchée que l’automne nous est concilié que les étoiles dans la rue ont fleuri en plein midi et très bas suspendent leurs fruits Né le 25 juin 1913 à Basse Pointe, en Martinique, Aimé Césaire a fait ses études en France et collaboré à la revue Légitime Défense créée en 1932 par des étudiants antillais, communistes et surréalistes. Poète, dramaturge et homme politique, il a joué un rôle considérable dans la prise de conscience des intellectuels noirs d'Afrique et des Caraïbes. Fondateur en 1939 de la revue Tropisme, il élabore et définit, avec Léopold Sédar Senghor, le concept de "négritude". En 1958, après avoir rompu avec le PC Français, il crée le Parti progressiste martiniquais. Député de la Martinique jusqu'en 1993, Aimé Césaire fut député-maire honoraire de Fort-de-France. Sa poésie, saluée notamment par J.P. Sartre et A. Breton (un "grand moment lyrique de ce temps...") est aujourd'hui mondialement reconnue. Quatrième de couverture, Ed. du Seuil - CADASTRE, suivi de MOI, LAMINAIRE, 1961 et 2006 pour la présente édition. Le non-temps impose au temps la tyrannie de sa spatialité : dans toute vie il y a un nord et un sud, et l'orient et l'occident. Au plus extrême, ou, pour le moins, au carrefour, c'est au fil des saisons survolées, l'inégale lutte de la vie et de la mort, de la ferveur et de la lucidité, fût-ce celle du désespoir et de la retombée, la force aussi toujours de regarder demain. Ainsi va toute vie. Ainsi va ce livre, entre soleil et ombre, entre montagne et mangrove, entre chien et loup, claudicant et binaire. Le temps aussi de régler leur compte à quelques fantasmes et à quelques fantômes. Introduction de Moi, Laminaire... (P.96) Comme me l’informe ce matin mon cher ami Christian : Jacques Nichet, qui a mis en scène La Tragédie du roi Christophe d’Aimé Césaire au Festival d’Avignon, en 1996, ce fut la première fois qu’un noir entra en cours d’honneur, précise t-il. A méditer ! Absolument. *** * 19 avril : reçu ce matin un Hommage au poète par Eric Virgal. Cliquer ci-dessous : http://studio16fm.hautetfort.com:80/archive/2008/04/19/ho... (Aimé Césaire en image et en musique sur Dailymotion) ![]() 18 avril : reçu ce matin du Président de l'ADCAP (Association pour le Développement de la Culture Antillaise en Provence) et du Comité Mam' EGA : Communiqué de presse Suite au décès de notre illustre poète et homme politique Aimé CESAIRE, l'ADCAP (Association pour le Développement de la Culture Antillaise en Provence) et le Comité Mam' EGA vous informent qu'ils organisent un rassemblement solennel, pour permettre à la communauté Antillo-Guyanaise-ainsi qu'à l'ensemble de la population Marseillaise de lui rendre un vibrant hommage. Ce samedi 19 avril 2008 à 15 heures : Grand rassemblement à Aimé CESAIRE Quai d'Honneur à la Mairie centrale de Marseille Suivi d'une Messe à 18 heures à l'Eglise de Château-Gombert L'oeuvre incommensurable de Monsieur CESAIRE a permis aux héritiers d'une histoire tragique et douloureuse que furent la traite négrière et l'esclavage de pouvoir enfin relever la tête. « Un jour prochain je poserai à terre le lourd fardeau qui pèse à mes épaules Ah! un de ces matins en pleine lumière J'ouvrirai mes ailes et je fendrai les airs Un jour prochain Un jour prochain Je poserai à terre Le lourd fardeau qui pèse à mes épaules La Vieille négritude progressivement se cadavérise. » N'oublions pas que notre Nègre fondamental disparu ce jour, dans le « Cahier d'un retour au pays Natal » prônait non point un repli sur soi, un repli sur sa négritude, mais une fraternité universelle. Dans une allocution prononcée à Genève le 2 juin 1978 Aimé CESAIRE s'exprimait ainsi :
« Vous avez bien entendu : c'est le voyage jusqu'au bout de soi qui nous fait découvrir l'ailleurs et le tout. En tout cas, c'est ce qui m'enhardit à penser que ce qu'à vous dire un poème nègre mérite peut-être de retenir ce soir votre attention, surtout quand son contenu est repris et magnifié par la musique, le langage le plus universel qui soit. »
Notre communauté est en deuil et triste, notre Nègre fondamental n'est plus. Il est allé écrire une autre page de son « Cahier d'un retour au pays.Natal » car comme l'exprimait un autre poète Birago DIOP « les morts ne sont pas morts. »
François NILOR&Jean-Marc EGA (A toutes fins utiles vous pouvez contacter M. NILOR président de l'ADCAP au 06 63 46 34 52) Document à télécharger : Décès Aimé CESAIRE 17 avril 2008.pdf De même ne manquez pas le vibrant hommage à Aimé césaire : ce soir vendredi 18 avril à 20h , sur 88.4 FM Emission : 2 mo 4 paoles sur les ondes de radio galère 88.4 FM http://radio.galere.free.fr/emissions/emission.php?nom_em...
Bona Mangangu
"Floraisons Blanches" (jeux d'encre sur papier, Villa Antomine 06)
Découvrez Bona Mangangu, peintre et écrivain voyageur né à Kinshasa le 16 février 1961. Biblio Ce que disent mes mains sur la toile, Paris, 2002, l'Harmattan. Et si la beauté de ce festin..., Paris, 2004, l'Harmattan. Kinshasa, carnets nomades, Paris, 2006, l'Harmattan, Paris. Carnets d'Ailleurs, Paris 2008, l'Harmattan, Paris. Son blog "Et si la beauté" http://etlabeaute.hautetfort.com/
Les Carnets d'Eucharis
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La Tragédie


Lambert Savigneux