11.06.2008
Pablo Neruda & Mathilde Urrutia

A Capri, en 1952
VI
Pardon si quand je veux
Conter ma vie
Ce que je raconte est terre.
Cette terre c’est la terre.
Grandit-elle dans ton sang
Tu grandis.
S’éteint-elle dans ton sang
Tu t’éteins.
XIII
L’homme grandit avec tout cela qui grandit,
Pedro grandit avec son fleuve,
Avec l’arbre qui monte sans parler
Voilà pourquoi mes mots grandissent
Grandissent :
Ils viennent de ce silence avec des racines,
Des jours du blé,
De ces germes intransférables,
De l’eau si vaste,
Du soleil clôturé sans son consentement,
Des chevaux en sueur sous la pluie.
XXVI
S’il existe une pierre dévorée
Non je n’y suis pas étranger :
J’étais présent dans la rafale,
La vague,
L’incendie terrestre.
Respecte-la cette pierre perdue.
Si dans un chemin tu rencontres
Un petit
Voleur de pommes
Et un vieillard sourd qui taquine
L’accordéon,
Souviens-toi alors que je suis
L’enfant, les pommes et le vieillard.
Ne me fais pas de mal en poursuivant l’enfant,
Ne lève pas la main sur le vieux vagabond,
Ne jette pas les pommes à la rivière.
XXVIII
(...)
Je meurs dans chaque vague chaque jour.
Je meurs dans chaque jour en chaque vague.
Pourtant le jour
ne meurt jamais.
Il ne meurt pas.
Et la vague ?
Non plus.
Merci.
Ile Noire, Chili
6 juillet 1969
Extrait de Encore - Poésie/Gallimard (pp.305/324)
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