16.04.2008
L'Homme du Grand Fleuve
Une étapedans laclairière | |
| 15 AVRIL | 2008, Numéro 3 |
| « Christian Hubin « Devant, le cercle d’une clairière, le ballet lumineux d’infimes particules en suspension dans l’air. Je marche béant, aspiré, glissant sur les aiguilles de pin comme sur un tapis roulant – tandis qu’à gauche et à droite ce sont les choses qui viennent en sens inverse, nous croisent et basculent derrière. Nous sommes le porche du passé, le portique bouche bée de stupeur, le four vaginal sans mémoire où ce que l’on voit fond » » Venant, (p.25) Editions José Corti, 2002 » | L’Homme du Grand Fleuve avec Lambert Savigneux La poésie attire toujours plus l’inimitié que l’unanimité. Mais le plus déplorable encore est cette marchandisation pathétique et insultante qui fait passer pour poésie ce qui n’en est pas, et nous la fait admirer comme objet poétique insolite. Reste que l’engagement du poète n’est pas à mener à renforts d’éclats médiatiques : la dissidence n’est pas autre part que sur le papier. Poésie de l’estime, Lambert Savigneux ne cesse de le prouver, mais poésie du désaccord aussi. Car chez lui demeure l’essentialité de la rupture pour ne pas s’empiéger dans des tiraillements inféconds. Son souci : partager le charivari de l’homme du Grand Fleuve. Que ses lecteurs puissent voir en sa poésie sans frontière comme une offrande.
LE GRAND FLEUVE Souffle de l'oeil la respiration au rythme de l'air souffle la peau le sang sourire aimant sédimentation rend l’accord enferme les paupières
replier un genou s’aspire se déplie s'évade circule libre à corps
JE me retrouve fier du grand fleuve la terre sur l'air accroche à la peau
JE la bête indomptée sauvage hurlante
moi l'homme du grand fleuve
bat mon coeur tangue mon sang
les strates pierre à pierre ma langue rive à mon exil
la fourmilière ronge à la tâche et nomade la terre de partout et d'ailleurs
liberté d'être sans autre frontière que tu même
puisque mon peuple le beau souffle d'une flûte
puisque JE la parole forte du sang bat aux tempes
mes frères peuplier en lance aigrette air fier en bec
parce que la terre la seule patrie
parce que rien qui entaille ferme LA TERRE trachée de ce qui coule ni arrêté ni encagé
puisque ma tête est dans le bleu que mon corps noue comme un arbre JE le roc irrigué de mon eau
parce que poussent les fouletitudes d'être gigues de vie que je ne cesse d'être
parce que non la peur, parce que non la laideur et le confort inutile
parce que JE
par ce que poisson dans les flots du grand fleuve
le long de l'eau en ramage les rives talus en ramure.
(à Jean Capdeville) Il y avait la danse au feu du chant les deux mots tronc
peintre si simple si libre si plein libre car fidèle à son étranglement
et qu'il creuse, creuse
et la force, l'accent de la terre l'empoignade des roches la giclée l'entaille le sang raille le son sourd la résonance il s'en tient à ripaille saillant refus de renoncer Dans Le Grand Fleuve, le cœur du poète est une terre de voyelles et de consonnes bousculées. Inlassable terre de nerfs où le bleu trop clément et le clair trop raisonnable ne s’interpellent pas, refusent la noce, afin de combler le désir du poète, et qui est : que la terre soit chant. Chant libre d’une voix qui se consume de sa plénitude et de sa détonation jamais interrompue. Des éclairs de vert et de vermeil dans la mélopée pour au mieux dire l’homme : ses utopies quand elles lui sont bienveillantes, ses rages quand elles sont de le porter vers ce qu’il a en lui de plus effondré et de plus éminent, et ses empathies les plus fraternelles. … que la terre soit chant, ainsi que les feuilles le sont des arbres, de leurs corps noués, de leurs ombres et leurs effluves qui mendient un peu de ces miettes de lueurs : des éclaircies qui font le tremblement. JE de terre, de poussière, d’échauffement, JE prurit : JEUX du poète Lambert Savigneux. La poésie est son jeu le plus profond, le plus ludique, et le plus proche de ce qui est enfoui sous la roche, le plus pudique de ce qui palpite sous les paupières, et de ce qui peine à se dire et qui se dit avec entrain et regain, et que le lecteur récolte comme on recueille l’écume ou ramasse un fruit rouge. JE amoureux. JE aux altitudes orageuses. JE aux envolées qui n’ont rien de lyriques, aux sueurs de fleurs et de fièvres seulement. Rien d’extatique non plus. Seulement des brouilleries de tempos et d’aubades sauvages, et qui résonnent comme les fissures d’un peuple arraché à sa patrie, à la « Reine Terre » victime des pires morcellements. // L’homme du Grand Fleuve s’anime dès les premiers mots du poème en transit, avec son délire de voyelles et de consonnes. Tous ces soubresauts de lettres pour au mieux dire l’homme et la terre, c’est toujours pour le poète une manière de garder le lien, mais c’est surtout l’occasion pour lui de s’arranger avec lui-même, et au lecteur de lire entre les branches des arbres ces bouffées d’air qui allègent les ombres. Par moment, trouver que nos matins n’ont rien perdu de la transparence de l’eau, de son ouverture et de son désordre liquide exposés aux vents du jour, lui évitant toute emphase, toute immobilité, ou toute oxydation. Dans les jours et les nuits de Lambert Savigneux, il y a une poésie comme un battement d’effluves et de fleuve qui nous soulève, une éphémère déflagration de bonheur. Et si ce n’est pas le bonheur, du moins en pressentir l’inclination ou la légitime attirance. Bonheur qui ne provient nullement du confort, mais procuré par ce qui ne peut être que fragile et transitoire. Disons alors, à la manière d’un Philippe Jaccottet : plutôt une « sorte de bonheur ». Ou les déraisonnables euphonies d’un poète. Nathalie Riera - Le 8 avril 2008
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Retrouvez également les créations poétiques de Lambert Savigneux et le texte de Nathalie Riera sur le site Francopolis (créa - phonie) http://www.francopolis.net/creaphonie/creaphoniefevrier20... * *** Pour en savoir plus sur le texte Venant de Christian Hubin : |
07:08 Publié dans Lambert Savigneux | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
25.03.2008
D'après "Fétiche calciné" de Lambert Savigneux
Lambert Savigneux est peintre et vit en provence.
L'aquarelle, l'encre, le pastel...
et quelques bribes de mots.
Une même passion, la poésie, sous toutes ses formes,
pour faire jaillir ce qui ne demande qu'à naitre.
à la recherche d'un universel qui dise
la saveur, la force de la terre et de l'homme...Si « l’insondable de paix » et « le désappris de vivre » ne sont promesses d’aucun allègement, la lourdeur recèle de possibles ondulations. Entendre par « lourdeur » le poids qui alourdit la marche, et la rend maladroite, mais sans pour autant lui ôter son agilité et sa vivacité poétique.
Selon notre manière d’habiter le monde, de sonder, de creuser, de fouiller, de fouailler, de franchir, de passer, d’escalader, certaines expériences nous enseignent que notre lien n’est pas ailleurs qu’à cet endroit intense qui nous tient en lisière et qui sait le mieux nous parler, ou plutôt nous insuffler un « horizon de la tendresse ».
Le « Fétiche calciné » de Lambert Savigneux m’invite à ouvrir une brève parenthèse sur le fait que nous oublions avoir la connaissance de l’obscur. L’obscur n’étant pas un évènement impalpable ou de pure abstraction mentale. L’indéchiffrable est peut-être notre savoir le plus haut, comme totalement assimilé qu’il est notre ignorance, et à la fois notre éveil. « Eveil crépusculaire ». L’obscur se produit sur le même sol que notre naissance, notre existence et notre mort, et il a lui aussi le quotidien pour matière.
Ainsi, en est-il également d’un certain silence que nous portons sans qu’il nous pèse. Silence qu’il ne faut cependant pas briser.
Le silence est un arbre éclairé de ses propres feuilles. Un silence simple.
La générosité accompagne le souci du poète, fait corps avec sa nostalgie, « linceul du bonheur/accrochée à mes gestes ». On ne peut se passer de la générosité de la beauté. La beauté du réel est fécondité, beauté à la générosité appréhendable, déambulante, saisissable, mais souterraine, et qui est la source du poète, c’est-à-dire l’alliée contre tout ce qui peut le tromper et le décevoir.
ta beauté
fraîcheur
au bonheur de l’eau
Mais il incombe à la beauté de bouleverser autant l’esprit que le corps. Pour Lambert Savigneux, le corps « comprend » ce que l’esprit ne comprend pas ; l’esprit ayant comme pour habitude ou réflexe de rester « à la surface », tandis que le corps comme espace clos se prête à tous les engouffrements et les rayonnements, à toutes les danses des sentiments d’amour, d’attachement. Torrentiels sont les abîmes du poète amoureux. Et tenaces sont ses plus hautes interrogations qu’il transporte avec lui : « le silence s’est refermé/et n’offrira jamais de réponse ». La lourdeur ne cesse de se poursuivre, de faire violence, et toujours ce désir plus intense d’un retranchement, d’un abandon dans la verbalité du corps et l’animalité de son feu. Un besoin d’élimination, mais un autre souci habite le poète, celui de donner au poème ses courbes et ses sinuosités, comme si le pouvoir du poème était de vous déhancher l’esprit, de vous décanter le cœur. Rafraîchir l’obscur.
Opacité et transparence, durcissement et ondoiement, la langue du poème est d’être sans fards, un éperon à la pointe résistante. Mais à force de parler du poète comme étant dans le souci, c’est-à-dire dans la difficulté de trouver réponse à son angoisse, d’être telle la branche la plus haute du verger et la plus proche de se fêler, n’est-il pas plus juste de penser que la hantise du poète n’est justement pas la poésie ? et que de l’avoir pensé ne serait que pure arrogance. Ainsi, plusieurs mots du recueil me frappent de leur énergie et leur énigme : « incarnation », « attachement », « non-existence des choses », le « crieur de vie » qui hurle dans le silence…
Ecrire : ne s’agit-il pas plutôt d’une opération de dénuement, en même temps de foudroiement, et plus exactement d’une mise à nu ?
Ou alors « écrire » ne ressemble-t-il pas à « aimer » ?
aimer à se brûler au brasier
dès lors
seule la morsure brûlure
est vérité
Priver l’arbre de sa peau. L’arbre en cendres. Est-ce ce qui nous rapproche de la poésie pour nous la faire ni aimer ni même haïr, simplement nous rapprocher davantage de nous-même, pour ainsi mieux nous écouter écrire, le geste ample, souple et abrupt.
Bruissement rouge de l’écriture, bourdonnement de sa chorégraphie, être le plus proche des montagnes de la vie.
« Fétiche calciné » me fait entendre une écriture des corps, du plus intime et du plus sauvage de l’être, et ce refus d’une écriture dans la conformité ou l’infirmité.
Gravir.
Nathalie Riera
Le 24 mars 2008
13:38 Publié dans Lambert Savigneux | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
06.03.2008
Ces "contacts qui nous font avancer sur des étincelles" (1)
Sur le recueil "AFRICAINE" de Lambert Savigneux
Des roulis de poèmes marqués d’aucune amertume, mais qui exhortent nos regards à se fondre aux couleurs musicales des corps, leurs ondulantes tensions, et à une sorte d’élégie aussi, qui n’a pas le ton de la plainte. L’africaine à la lisière de nos fantasmes blancs, vivante et non fantôme ; ses invitations à la pudeur de la fluidité, à la tendresse longiligne, à la louange terreuse de l’amour, à l’horizon de la chair. Par ces poèmes, bannir donc toute idée d’exotisme.
L’africaine qui me réclame un juste regard sur elle, ou est-ce moi qui attend quelque chose d’elle ; ce quelque chose sur la page où frémit la rencontre de l’eau et du soleil.
Sans l’erreur du leurre je m’encense m’affermis de sa force et de son ignorance
Nathalie Riera - 6 mars 2008
(1) André Breton au sujet du « grand poète noir » Aimé Césaire.
Recueil "Africaine/Jeu de deux... ma douceur" - Lambert Savigneux
Atelier AITAREN
17, rue république 83300 Draguignan
tél: 0494857309 / 0628675716
e.mail: aloredelam@free.fr
L'oeil au coeur
http://abridabattu.wordpress.com/
Le regard d'Orion
http://regardorion.wordpress.com
Les Vents de l'inspire
21:10 Publié dans Lambert Savigneux | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : poésie contemporaine
























































































Lambert Savigneux
« Ma propre obscurité nourrit des dessins à l'ocre de peau, à la blancheur de l'esprit dans la fermeture pesante de la roche qui m'habite, m'encercle et me laisse libre, par inadvertance.