28.03.2008

Carla Ferro

Sur les bords des volcans où j'ai fait mon jardin

 

 

 

Ce matin l'Afrique en rognures

Mes rêves en plasmas coagulés

Je maudis

les hommes de glace

des temples cupides

 

Et je meurs de soif

sur les bords des volcans

En feu,

 

Mes os

S'effacent et meurent

Poussières de sable

d'un passé moite

Verdoyant

En boue

Écrasées par des grues

 

Je vous hais.

Vous.

Et vos frères!

 

Et je pleure

Mes enfants affamés

Mes toits colorés

Dessinés en henné

Sur les mains calleuses

Dans la cale moisie

D'un navire

Espoir criblé de balles

Souillé

De départs et de sang

arrosent

Des cimetières en prières

étendues

En une poignée de main.

 

Et je rêve

Du vent

Qui sème

L'Amour.

Sur les bords des volcans

Où j'ai fait mon jardin.

Sous la lueur pâle d'un soleil insulaire
Des fenêtres aux volets vert-gris
Dénotent des rideaux blancs pour les gens de nulle part
Un vélo endormi sur l'herbe humide
Des enfants-sourires,
des linges désordonnés,
des touailles arc-en-ciel

La salade du printemps croît
Derrière un regard distrait
D'un pull pourpre, sale

L'amour d'un pigeon cendré
Suspendu à un grillage mûr,
lamente

mes pieds nus sur le carrelage crème
absence

Je m'ennuie comme ces faîtages oranges
Par-dessous les derniers rayons de lumière
des heures blanches

La balançoire est trop petite à côté de la vigne morte.

  

 Sur les fils électriques

coupant le vert des arbres

et le ciel bleu orné de nuages cotonneux

Le regard glisse

A en perdre le souffle

jusqu'aux plaines des siestes lointaines

Des bourgs blancs aux toits orangés

Des gens inconnus à jamais,

Des enfants jouent à cache-cache

(Sûrement...)

 

Les terres

presque jaunes des cueillettes,

enfantent

des sapins dans les flancs,

épinglant leurs crêtes

au ciel

qui devient gris et accablant

 

L'instant qui passe

S'agrippe à ce regard

Espoir poignardé

D'un enfant qui pleure,

Des rails en métal grinçant

Répandus ici et là de gravier

Eternellement broyés

S'ouvre un chemin

Vers nulle part

 

(Et le vent débordant de pluie qui ne m'effleure pas)

 

Les fils électriques continuent

Leur parcours

parallèlement

À côté du rail

Qui, de temps en temps

Entrecoupé de bleu d'un autre train

s'engouffre dans le brouillard

 

Sur la route en asphalte

Allument leur phares, les voitures

Passant sous les ponts vides

en béton

Rient aux éclats

les vertes prairies parsemés de fleurs jaunes

 

Et puis, soudainement

Derrière les fils électriques et le rail

Un fossé prolonge dans les champs labourés

S'arrête contre le mur d'un viaduc

Familièrement vivent

Des gitans dans leurs caravanes blanches

Parmi les fleurs jaunes d'une verte clairière.

 

Et,

mon regard lent

suspendu aux fils électriques

peine

encore et encore

cheminant au-delà de l'infini

du silence de la brume.

Carla FERRO

Poèmes inédits

Native du Cap Vert et lusophone (le portuguais comme langue officielle), Carla Ferro vit en Belgique depuis 1997.

Elle participe à l’atelier « Lecteurs anonymes », animé par Frédéric BOURGEOIS et mis en œuvre par la Maison de la Poésie de Namur

1626494912.jpg"Rêves à emporter" : le blog de Carla Ferro

http://www.reves-a-emporter.blogspot.com/ 

Retrouvez le texte sur le site de la Maison de la Poésie de Namur

http://www.maisondelapoesie.be/article.php?id=186