25.03.2008

D'après "Fétiche calciné" de Lambert Savigneux

570693640.2.JPGDe racine basque à l'horizon de toutes les cultures
Lambert Savigneux est peintre et vit en provence.
L'aquarelle, l'encre, le pastel...
et quelques bribes de mots.
Une même passion, la poésie, sous toutes ses formes,
pour faire jaillir ce qui ne demande qu'à naitre.
à la recherche d'un universel qui dise
1198492717.jpgla saveur, la force de la terre et de l'homme...
  
          

Si « l’insondable de paix » et « le désappris de vivre » ne sont promesses d’aucun allègement, la lourdeur recèle de possibles ondulations. Entendre par « lourdeur » le poids qui alourdit la marche, et la rend maladroite, mais sans pour autant lui ôter son agilité et sa vivacité poétique.

Selon notre manière d’habiter le monde, de sonder, de creuser, de fouiller, de fouailler, de franchir, de passer, d’escalader, certaines expériences nous enseignent que notre lien n’est pas ailleurs qu’à cet endroit intense qui nous tient en lisière et qui sait le mieux nous parler, ou plutôt nous insuffler un « horizon de la tendresse ».  

 

Le « Fétiche calciné » de Lambert Savigneux m’invite à ouvrir une brève parenthèse sur le fait que nous oublions avoir la connaissance de l’obscur. L’obscur  n’étant pas un évènement impalpable ou de pure abstraction mentale. L’indéchiffrable est peut-être notre savoir le plus haut, comme totalement assimilé qu’il est notre ignorance, et à la fois notre éveil. « Eveil crépusculaire ». L’obscur se produit sur le même sol que notre naissance, notre existence et notre mort, et il a lui aussi le quotidien pour matière. 

Ainsi, en est-il également d’un certain silence que nous portons sans qu’il nous pèse. Silence qu’il ne faut cependant pas briser.

Le silence est un arbre éclairé de ses propres feuilles. Un silence simple.

           

La générosité accompagne le souci du poète, fait corps avec sa nostalgie, « linceul du bonheur/accrochée à mes gestes ». On ne peut se passer de la générosité de la beauté. La beauté du réel est fécondité, beauté à la générosité appréhendable, déambulante, saisissable, mais souterraine, et qui est la source du poète, c’est-à-dire l’alliée contre tout ce qui peut le tromper et le décevoir.  

ta beauté

fraîcheur

au bonheur de l’eau

 

Mais il incombe à la beauté de bouleverser autant l’esprit que le corps. Pour Lambert Savigneux, le corps « comprend » ce que l’esprit ne comprend pas ; l’esprit ayant comme pour habitude ou réflexe de rester « à la surface », tandis que le corps comme espace clos se prête à tous les engouffrements et les rayonnements, à toutes les danses des sentiments d’amour, d’attachement. Torrentiels sont les abîmes du poète amoureux. Et tenaces sont ses plus hautes interrogations qu’il transporte avec lui : « le silence s’est refermé/et n’offrira jamais de réponse ». La lourdeur ne cesse de se poursuivre, de faire violence, et toujours ce désir plus intense d’un retranchement, d’un abandon dans la verbalité du corps et l’animalité de son feu. Un besoin d’élimination, mais un autre souci habite le poète, celui de donner au poème ses courbes et ses sinuosités, comme si le pouvoir du poème était de vous déhancher l’esprit, de vous décanter le cœur. Rafraîchir l’obscur.

 

Opacité et transparence, durcissement et ondoiement, la langue du poème est d’être sans fards, un éperon à la pointe résistante.  Mais à force de parler du poète comme étant dans le souci, c’est-à-dire dans la difficulté de trouver réponse à son angoisse, d’être telle la branche la plus haute du verger et la plus proche de se fêler, n’est-il pas plus juste de penser que la hantise du poète n’est justement pas la poésie ? et que de l’avoir pensé ne serait que pure arrogance. Ainsi, plusieurs mots du recueil me frappent de leur énergie et leur énigme : « incarnation », « attachement », « non-existence des choses », le « crieur de vie » qui hurle dans le silence

Ecrire : ne s’agit-il pas plutôt d’une opération de dénuement, en même temps de foudroiement, et plus exactement d’une mise à nu ?

Ou alors « écrire » ne ressemble-t-il pas à « aimer » ?

aimer à se brûler au brasier

dès lors

seule la morsure brûlure

est vérité

                      

Priver l’arbre de sa peau. L’arbre en cendres. Est-ce ce qui nous rapproche de la poésie pour nous la faire ni aimer ni même haïr, simplement nous rapprocher davantage de nous-même, pour ainsi mieux nous écouter écrire, le geste ample, souple et abrupt.

Bruissement rouge de l’écriture, bourdonnement de sa chorégraphie, être le plus proche des montagnes de la vie.

« Fétiche calciné » me fait entendre une écriture des corps, du plus intime et du plus sauvage de l’être, et ce refus d’une écriture dans la conformité ou l’infirmité.

Gravir.

Nathalie Riera

Le 24 mars 2008

http://abridabattu.wordpress.com/fetiche-calcine/

Commentaires

merci du fond du cœur de ce superbe texte sur un de mes textes que je préfère, dur sans doute mais en face à face avec l'incoercible, comme tu le dis après cela, et à un éclat de rire près il ne restait plus qu'à gravir, parfois avec sueur et rage mais surtout avec bonheur, ce chemin de mille vies, là ou ça s'épanouit ...
merci encore ...
lam

Ecrit par : lam | 25.03.2008

j'oubliais , ta revue est très belle bravo !

Ecrit par : lam | 25.03.2008

merci Nathalie ,
j'aimerai rajouter que même si je l'assume pleinement fétiche calciné est un texte de rupture et de deuil , en cela il est particulier , il ferme quelque chose et ouvre de par sa fermeture , par les interstices qu''il laisse ,
je me sens plus proche actuellement du recueil le grand fleuve même si là aussi ....
car chaque œuvre d'art met en chantier un possible que l'homme entrevoit, ce faisant ou plutôt l'ayant fait se révèle la ligne de partage de l'accompli et de l'inaccompli , le sentiment d'avoir pu dire ou de ne pas avoir pu dire , le sens du chemin à parcourir , soit parce que l'on se trouve face à soi , et l'on s'en rend compte ayant cheminé le long du poème-chemin, de l'éloignement de ce qu'il reste à gravir, on peut entrevoir ce qui peut seul être valable à ses yeux , et de là reprendre le chemin, et oui l'écriture , l'art est dynamique et découle tant qu'il y a à gravir , un certain moment advient ou l'on peut se sentir plus sûr d'affirmer ;
peut être que l'art proprement dit commence là ,
mais le chemin est très long et dépouille ,
pour moi en tout cas mais je peux me mtromper complètement et errer ... qui sait !
L

Ecrit par : lam | 26.03.2008

plus je lis lis ce texte plus je te remercie de l'avoir écris, merci donc et promis j 'arrête de parler !

Ecrit par : lam | 01.04.2008

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